23 oct. 2009

Un Numide en Amérique du Nord - 14 -

À New York - Le sublime ? Est-il impensable ?

Le Numide !? Récemment, New York a été un point de rencontre entre une certaine Amérique du Nord et toi. Tu l’as qualifié de moment de vérité. Peux-tu m’en dire un peu plus? Le silence prend place suivi d'un court moment de méditation, comme pour réunir ses souvenirs les plus prégnants et il débute par un :

‘’Voir New York n’est pas une si mince affaire même si auparavant les États-Unis m’avaient déjà accueilli à deux reprises. Ma première visite à Washington a été pleine d’enseignements et de rencontres aussi passionnantes, séduisantes, je dirais même ravissantes les unes que les autres, la seconde a été une visite de 24h à Plattsburgh. Là, c’est surtout une des observations faite par un ami qui m’accompagnait qui m’a interpelée. Regarde ! me dit-il, il ya tellement d’obèses que j’en suis à me demander comment se sentent les plus maigres à côté d’eux ?

En effet, assis sur un banc de l’un des principaux centres commerciaux de la ville, il s’est mit à compter les surdimensionnés qui passaient devant lui. ‘’72 en 10 minutes’’. Les effets des Mac étaient là, devant moi, par la quantité et les caractéristiques, de quoi renforcer la décision, que j’ai prise 15 ans plus tôt, de faire un trait définitif sur la restauration rapide.

Mais New York c’est autre chose que les fast food, les restaurants et les bars. C’est réellement un concert de spécificités, de particularités et de bizarreries différentes par la forme et par le fonds qui font de cette ville et ses édifices une ville séduisante. La fascination qu’elle a exercée sur moi n’a d’égale que celle que j’ai ressentie lorsque, descendant de l’autobus, j’ai foulé le sol de la 5ième Avenue et un peu plus tard de Broadway’’.

Qu’est ce qui à le plus retenu ton attention : ‘’En venant dans cet espace nord américain quatre places, parmi tant d’autres, étaient incontournables dans mon esprit. Wall Street, Manhattan, la résidence de John Lennon et South Street Seaport. À cette dernière place, les ponts de Brooklyn et de Manhattan sont visibles du quai 17. Ils surplombent l’East River. Leila et moi, sommes rejoints par Hanadi. La suite a été une multitude de souvenirs qui sont remontés à la surface. Souvenirs de Berne et d’Alger. En somme des moments parmi les plus agréables de cette visite.

Bien avant cet instant de retrouvailles, j’ai grimpé au dernier étage de l’Empire State Building d’où j’ai admiré les cimes des grattes ciels qui culminent plus haut que les minarets des mosquées les plus prestigieuses du monde. J’ai visité l’Église St John the Divine, et ressenti la ferveur des croyants chrétiens venus de partout assister à une des messes qui s’y tiennent quotidiennement. La parade des Pâques a été un moment fort intéressant de découvertes singulières.

J’ai aussi été conquis par Manhattan, la Statue de la Liberté et le Chinatown. Des lieux pleins d’histoires et d’une Histoire qui font oublier leurs cauchemars à ceux qui ne savent plus rêver. Des endroits et des lieux que beaucoup ont déjà décrits avec moult détails. Mais en ce qui me concerne voir New York et ignorer Wall Street c’est comme aller au Djurdjura et ne pas voir les neiges éternelles. J’ai fais encore mieux. J’ai découvert le fameux taureau de la bourse (la tradition veut que lorsqu’on touche à ses parties génitales !! Nos finances se porteraient mieux. -  peut être qu’un jour je te montrerai la photo de ce moment mémorable ?). À voir.
Ferid Chikhi

17 oct. 2009

Un Numide en Amérique du Nord - 13 -

Qui s’est habitué à marcher
En montagne peut évoluer en plaine
Comment se fait-il que les historiens occultent ces pans de l’Histoire de l’Afrique du Nord ?  Toujours, comme à son habitude, Le Numide, l’air songeur, cherche dans sa mémoire la réflexion qui pourrait porter son message. Avec sa voix calme et apaisante il commence à énoncer une hypothèse en principe irréfutable ‘’Il y a au préalable un point que je tiens à décoder, tu me dis l’Afrique du Nord !? Tu aurais pu dire Le Maghreb Arabe !? Comme le soutiennent certaines néo idéologues qui ne voient même pas les paradoxes qu’ils véhiculent avec ce type de qualificatif. Par exemple, l’Égypte, qui fait partie intégrante de cette région du continent africain, en est exclue. Pourtant, ses habitants sont aussi, si ce n’est plus, arabes que beaucoup d’Algériens qui tiennent mordicus à une arabité sans podium. 

Par ailleurs et à mon sens, il est rare que l’Histoire d’un peuple ou d’une contrée soit écrite par les pacifistes. L’Histoire du monde a toujours été écrite par les polémarques et leurs biographes. Ou encore des pseudos chercheurs bénéficiant des facilités et des privilèges des puissants du moment’’.

Veux-tu parler de la problématique de l’éthique ? ‘’Oui! En quelques mots le respect des faits et de leurs auteurs. À titre indicatif, je me suis toujours posé les questions suivantes : qui parmi les historiens qui ont parlé et qui parlent de la Grèce ou de la Rome antiques ignorent qu’Hercule le Grec et Hannibal le Carthaginois pour se rendre en Espagne sont passés par les hauts plateaux et la côte de cette contrée sans brimer sa population?  Qui parmi eux ignorent que Massinissa, Adherbal, Micipsa, Hiemspal et Syphax ont bien été des rois Numides ? Tous n’en parlent qu’en tant qu’ennemis de Rome.
     
Ils sont cités comme des chefs rebelles battus par la plus grande puissance militaire de l’époque et dans une demi mesure comme des résistants obstinés et opiniâtres. Mais tous, nous savons qu’ils ont eux aussi été des Aguelidène, des sages, des protecteurs de leur peuple, des bâtisseurs, donc pacifistes. Mais, les circonstances les ont amenés à combattre Rome avec bravoure et honneur pour que la dignité de leur peuple soit sauve?

Pour en revenir à l’analogie entre les deux peuples, oui ! Il y a des spécificités fondamentales entre les Numides et les Nord Américains. Il est aussi vrai comme le dit un proverbe numide que celui qui s’est habitué à marcher en montagne peut évoluer en plaine.  Mieux encore, parmi les valeurs les plus en vue dans leurs relations de tous les jours avec autrui, les numides ne se font pas prier pour afficher leur mépris pour l’injustice et le mensonge ils ne s’en cachent pas. À-contrario ils savent aussi passer sous silence leur générosité et leur bonté pour les humbles. Ils sont connus pour être francs et directs’’.
Un soupir, puis un long moment de silence suit cette réflexion.

Ferid Chikhi

11 oct. 2009

Un Numide en Amérique du Nord - 12 -



Il n’y a ni plaques de circulation
Ni policier pour m’empêcher de le faire’’ - 2 -
‘’Des proverbes de chez moi’’


De nos jours, la problématique de la personnalité et de l’identité des peuples de ce que fut La Numidie interpelle ses gouvernants y a-t-il une raison qui confirmerait l’hypothèse de leur dilution ?

‘’ C'est une évidence qui n'a pas besoin d'être confirmée. Une Nation, un Peuple, une Société sont constitués d’individus culturellement, socialement et économiquement complémentaires et en constante évolution. Pour cela la famille a un rôle à jouer. La société a un rôle à jouer. Les espaces et les lieux d'acquisition du savoir et de la connaissance ont un rôle à jouer. Mais, c’est seulement là, et uniquement à ce niveau que les rôles ne sont ni transformables ni transférables. Lorsque cela survient c’est l’anarchie et le chaos qui guettent la Nation, le Peuple et la Société.

C’est ainsi que les médiocres se hissent au sommet de la gouvernance et que l’on rencontre des personnes instruites mais sans éducation, par conséquent leur culture étant limitée elle s’érode facilement. Elles sont secondées par d’autres qui sont cultivées et éduquées mais pas très instruites. Il existe, dans beaucoup de cas, un troisième groupe constitué de personnes incultes, analphabètes et basse extraction qui complète ce panel. L’espace que n'occupent pas ces personnes leur échappe en raison de paramètres qui ne sont pas à leur portée. Et, c'est là qu'apparaissent des intellectuels égarés et une élite qui faute d’oser s’exprimer démissionnent, s’ostracisent et vit en parasite.

Mais il doit exister une possibilité pour les faire participer, les faire parler, les interpeler pour connaître leur avis, leur point de vue, les résultats de leur connaissance … ? Bien sûr, cependant, lorsque les élites se défient de leurs gouvernants, c’est le début d’une révolution qui couve. Il ne faut pas oublier la leçon des origines de la révolution de novembre 1954 ; ou encore celle des insurrections qui la précédèrent. Sais-tu que nos aînés insistaient sur deux principes le premier est de connaître l’origine des personnes que l’on veut fréquenter, le second est de connaître l’éducation familiale et sociale ainsi que la culture individuelle et collective des groupes sociaux auxquels ils appartiennent et auxquelles on veut s’allier. La gouvernance d’une peuple ou d’un pays procède de la même démarche’’

Pour revenir aux proverbes et aux adages quels sont ceux que tu as en tête? ‘’De mémoire ces mêmes aînés savaient et savent encore que L’éducation vaut mieux que l’or. Ils sont tolérants au point de soutenir que Si dieu ne pardonnait pas, son paradis serait vide. Ils savaient et ils savent encore les limites de l’être humain, pour ne pas vexer une personne qu’ils ne croient pas par la dérision ils lui diront Quand le sel germera et le charbon fleurira. Ils ont été et sont encore prudents et circonspects et t’engagent à mieux connaître les choses de la vie au point qu’ils te diraient Écoutes et tu apprendras ; garde le silence et tu échapperas au danger. Ce qui est extraordinaire c’est qu’ils sont convaincus qu’Organiser un peuple vaut mieux que de multiplier les armées’’


Ferid Chikhi

7 oct. 2009

Un Numide en Amérique du Nord - 11 -

’Il n’y a ni plaques de circulation
Ni policier pour m’empêcher de le faire’’ – 1-

‘’Des proverbes de chez moi’’


Un long moment de réflexion occupe l’espace qui nous accueille. Le Numide sourit et ses yeux brillent ; je savais qu’il ’circulait dans ses pensées’’. Souvent, lorsque ce même silence prenait place et que je lui demandais à quoi il pensait il me répondait ‘’Je circule dans mes pensées et il n’y a ni plaques de circulation ni policier pour m’empêcher de le faire’’. Je n’ose même pas un ‘’pourquoi souris-tu?’’ Qui me brûlait les lèvres.

Pour ne pas perdre le fil de ses pensées je change de registre et lui demande de confirmer s’il partage l’idée selon laquelle les proverbes sont la sagesse des nations et l’expression de leurs caractères et comment cela se conçoit là d’où il vient ? Son sourire s’élargit ses dents se desserrent et il accroche … ‘’Il n’y a pas que les proverbes, il y a aussi les adages et les maximes, les dictons et les aphorismes. Ils ne forment pas seulement la sagesse des nations et l’expression des attributs, ils définissent les contours de leurs mœurs et de leurs coutumes ; quoique parfois leur façon de faire se trouve en contradiction avec leurs maximes et leurs dictons.

Par exemple, La Numidie a enfanté de peuples éduqués et cultivés mais leur instruction a été empêchée d’éclore. Pour contrecarrer ce processus ils n’ont pas trouvé mieux que de mémoriser leur alphabet et d’enfouir au plus profond de leurs âmes ce qui devait être leurs littératures. Ce que je sais c’est que la personnalité de ses peuples se fonde sur un beaucoup d’éducation, un peu de culture et presque pas d’instruction. Le taux d’analphabétisme est là pour nous le rappeler.

Mais, parfois je doute et je me demande si la personnalité d’un peuple se fonde seulement sur le triptyque Éducation, Instruction et Culture et si l’absence de l’un de ces trois piliers ne fragilise pas l’édifice de l’identité et de l’image de ce peuple et de ses individus ?’’(…)


Ferid Chikhi

2 oct. 2009

Un Numide en Amérique du Nord - 10 -

Les chemins qui montent,

Les rues et les côtes des saints - 2 -


Un bâillon sur la langue de la vérité


Mais en ce qui concerne les Numides que reflètent ces chemins qui montent ? ’’Pour les Numides !? Ce sont les pistes qui mènent vers les sommets des collines et des montagnes qui traversent la Numidie. Ce sont par exemple ces itinéraires qui vont vers les hauteurs qui surplombent les plaines verdoyantes de la Mitidja porteuses des perles rouges et des émeraudes vertes qui pendent des vignes. Ce sont ces sentiers qui descendent ruisselants des cimes qui scrutent les hauts plateaux de Sétif et de Tiaret dorés par la couleur des épis de blé.



Les chemins qui montent dans les Aurès


Ce sont ces passages empruntés pour rejoindre les refuges inexpugnables des sommets du Djurdjura, de l’Aurès, de l’Ouarsenis, des monts de Chréa ou plus au Sud du Hoggar et de l’Assekrem à la recherche de leur paix toujours menacée par des envahisseurs, des conquérants et des colonisateurs.


Les chemins qui montent ce sont aussi les convergences d’amours parfois impossibles. Ce sont ces voies qui relient les espaces, les temps et les distances pour s’ajuster aux moments de vérité qui remplissent leur vie. Une vie parfois monotone, quelques fois sereine et souvent tumultueuse pour ne pas dire complexe.’’


Considères-tu qu’il existe des éléments communs aux deux contrées et peuples Numide et Nord Américains ? ‘’Non pas du tout. Il y a beaucoup de spécificités. Les espaces et le climat ne sont pas les même et par conséquent le temps n’est pas le même. Les distances ne sont pas les mêmes.


L’Histoire des deux peuples est différente, notamment parce qu’il y a une silence assourdissant commis par les historiens au sujet de ce que fut vraiment La Numidie. Ils ont parlé de la Grèce et de la Rome antiques. Ils ont parlé de Carthage et de la Phénicie mais ils ont occulté celle des Numides, et pire que cela, ils serrent encore plus le bâillon sur la langue de la vérité’’.


Ferid Chikhi