6 nov. 2009

Un Numide en Amérique du Nord - 17 -

 Ne m’appelle pas étranger…

De Rafael Amor

 Le Numide, comment expliques-tu l'exil, l’expatriation, l'immigration? Là encore, une réaction à peine perceptible, quelque part indiscernable sur son visage, quelque chose de furtif…il se résout pourtant à commenter.
Je ne saurais tous les expliquer en quelques mots. Ils font partie du même mouvement régulier de l’humanité vers son futur. Ils sont nombreux celles et ceux qui les vivent comme synonymes de séparation brutale d’une famille, d’un pays, d’éloignement des proches. Dans le pays d'accueil ils sont aussi synonymes d’isolement, de rejet, d’exclusion.


Et pour cause un grand nombre n’arrivent pas à s’adapter au monde nouveau qui les accueille. Aux personnes qui les attendent…Le pire se vit quand commence la rencontre avec l’autre. Un autre qui à un moment ou à un autre de son existence ou celle de ses ancêtres est venu d’ailleurs.  Elles et ils sont arrivés en premier de la même façon que les suivants par des chemins difficiles. Mais pour elles et pour eux ces nouveaux arrivants sont des étrangers et étranges. C’est là que le bât blesse. 

Rafael Amor, un chanteur Uruguayen a su chanté l’étranger. Je pense que ces vers sont significatifs de ce que ressentent les ''intrus face aux originaires''. 
     
''Ne m'appelle pas étranger parce que ta route m'a attiré et parce que je suis né dans un autre pays, parce que j'ai connu d'autres océans et appareillé à d'autres ports.
Mais les mouchoirs voletant pour se dire adieu sont les mêmes,
Comme sont identiques les yeux humides de larmes
De ceux que nous laissons.
Les prières et l'amour de ceux
Qui espèrent notre retour sont les mêmes.


Ne m'appelle pas étranger.
Tous, nous pleurons avec la même voix et partageons la même fatigue,
que nous traînons derrière nous depuis le commencement des temps.

Quand les frontières n'existaient pas encore,
Bien avant l'existence de ceux qui divisent et tuent,
De ceux qui vendent nos rêves et qui auraient,
Un jour, inventé la parole ''étranger''.

Ne m'appelle pas étranger.
C'est un mot triste, un mot froid qui évoque l'exil''.

Après ces vers, le Numide, poursuit en insistant ''sais-tu ce qui me rassure le plus ? Et bien, c'est la chaleur avec laquelle ils arrivent dans le pays qui leur ouvre ses bras. Cela finit par avoir raison des rejets, de l'exclusion et des autres qualificatifs pratiqués pour les indexer. Cela se fait dans tous les cas parce que dans leur nouveau pays il existe des femmes et des hommes qui savent ce que les mots hospitalité, partage, écoute veulent dire''.  
Ferid Chikhi

Titre original du poème : ''No me llames estranjero''

Auteur : Rafael Amor

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