30 janv. 2010

Un Numide en Amérique du Nord – 36 –

2010, un autre Québec
Questions de droits et de devoirs… -5-
Le Numide, avant de revenir à certaines parties de tes dernières réponses, je sais que tu as présenté un témoignage à la commission Bouchard & Taylor et que tu as participé aux travaux organisés par l’Institut du Nouveau Monde. Maintenant que la poussière est retombée veux-tu nous en parler ?
‘’Je suis convaincu que le dossier n’est pas encore clos. Ce que la Commission Bouchard &Taylor a révélé ce sont d’une part les incompréhensions, l’ignorance et la méconnaissance de l’autre et d’autre part que les extrémismes sont prégnants. À ce niveau de la réflexion, j’espère que les québécois ont compris qu’ils ont intérêt à préserver leurs acquis s’ils ne veulent pas vivre des expériences qui ont laissé des séquelles indélébiles ailleurs. Il y a bien des exemples de ces effets visibles sur des immigrants et des exilés qui ont choisi le  Québec comme terre d’accueil.
Ce qu’il faut retenir c’est qu’au-delà de ce que je qualifie de faits divers, survenus entre 2007 et ces dernières semaines, l’inventaire des sujets qui ont alimenté les commentaires de l’opinion publique insidieusement éperonnée par des partisans du NOUS Exclusif démontre le manque de discernement d’une grande partie de la société face aux différences. Certes tout, ou presque, a été dit et commenté.
Et, pourtant les passions sont toujours là, vives et  intenses…les solutions potentielles sont toutes trouvées. Pour certains c’est la stigmatisation, par la majorité, de l’AUTRE, pour les autres c’est la laïcité pour, au moins, préserver les institutions de l’État. Mais est-ce que la problématique est comprise par tous ? La réponse se trouve en partie dans cette option mais elle n’est pas la réponse idoine.’’
Tu m’as parlé d’une guérilla idéologique et d’occupation des espaces de libertés…qu’en est-il dans la pratique quotidienne ? ‘’ Dans les faits, parce-que des groupes d’extrémistes bon chic bon genre, (BCBG) composés de quelques centaines de néo québécois et même d’anciens s’essayent à une guérilla idéologique et d’occupation des espaces de libertés, les québécois se questionnent sur les limites des droits et des libertés chèrement acquis depuis les années ‘’60’’ et après des décennies de colonisation anglaise.
J’ai rencontré des élus, des animateurs d’émissions TV, des journalistes, de simples citoyens…J’ai aussi participé à des discussions radio, à des rencontres avec des groupes de pratiquants des religions monothéistes et extrêmes orientales, etc. Ce que j’en ai déduit c’est qu’il existe deux catégories de personnes et de groupes : ceux qui sont vraiment ignorants des expériences vécues par ceux qui viennent d’ailleurs porteurs de valeurs différentes, d’une culture différente, d’une religion différente, etc. ceux qui feignent d’ignorer les évènements et les expériences des nouveaux arrivants et qui participent de leur hypocrisie à envenimer les perceptions et les relations avec les membres de la société d’accueil. Il se trouve que ce groupe compte un grand nombre de pseudo intellectuels.
A l’évidence il n’est plus nécessaire de revenir sur la fameuse commission  parce qu’elle n’a pas, à mon sens, répondu à toutes les attentes sauf à celles des adeptes d’idéologies qui ont montré leur inhumanité sous d’autres cieux. La prophylaxie sociale qu’attendait d’elle la majorité a été éludée.
Il est aussi vrai que pour certains, elle a été plus favorable aux extrémismes et aux lacunes que génèrent les attitudes conciliantes de ceux qui en toute légitimité acceptent les choix que font les uns et les autres dussent-ils venir d’ailleurs sans pour cela que les conditions d’intégration ne soient réunies.’’                    À suivre…
Ferid Chikhi

26 janv. 2010

Un Numide en Amérique du Nord – 35 –

Ne perds pas cet instant…
Le Numide, avant de poursuivre et comme interlude ou digression à notre dialogue, je sais que la poésie fait partie de tes centres d’intérêts, quels vers, quels poèmes, quels poètes peux-tu nous citer ? ’’C’est vrai, la poésie est une des formes les meilleures de l’expression du monde qui est en nous. Elle nous permet de nous imaginer et de vivre des instants de bonheur. C'est d'autant plus important lorsque l'exil t'habite et que tu habites l'exil. Quelques parts, nous sommes tous des poètes. Il y a ceux qui divulguent ce qu’ils ressentent avec une telle conviction que les mots qu’ils utilisent soignent les maux que chacun porte en lui. Il y a ceux qui restent incompris mais qui n’hésitent pas à versifier. Il ya ceux qui ne font pas l’effort de parler du royaume qui les habite mais savent dire le mot juste pour le formuler. Il y a ceux qui par leur poésie savent retenir l’attention et se promener dans le cœur de ceux qui les comprennent.’’
Et toi quels sont les poètes qui t’accrochent ou que tu préfères ? ‘’ J’ai envie de te répondre par la voix du grand poète du soufisme Jaleleddine Erroumi : Une amoureuse demanda à son amant : "O mon ami ! Tu as visité beaucoup de villes lorsque tu étais seul. Dis-moi celle que tu préfères parmi toutes."  Et l'amoureux répondit : "C'est la ville où habite ma bien-aimée. Bien qu'elle soit petite, elle nous semble la plus vaste!"

''En fait tout dépend du thème abordé par le poète. Mes préférences sont variées. Mais mes faveurs vont entre autres pour Omar Khayam. Écoutes, ces vers : Ne perds pas cet instant… ''

Aujourd'hui sur demain tu ne peux avoir prise.
Penser au lendemain, c'est être d'humeur grise. 
Ne perds pas cet instant, si ton cœur n'est pas noir
Car nul ne sait comment nos demains se déguisent.
Entre la foi et l'incrédulité, un souffle ;
Entre la certitude et le doute, un souffle.
Sois joyeux dans ce souffle présent où tu vis,
Car la vie elle-même est dans le souffle qui passe. 
Ou encore La voie…
‘’Une multitude d'hommes réfléchissent sur les croyances, sur les religions;
D’autres sont dans la stupéfaction entre le doute et la certitude.
Tout à coup, celui qui est à l'affût criera : "ô ignorants ! La voie que vous cherchez n'est ni là, ni là".
‘’ Ces nombreux grands seigneurs, si fiers de leurs titres, sont tellement rongés par les soucis et le chagrin que l'existence leur est à la charge.
Ce qu'il y a de plus plaisant, c'est qu'ils ne daignent pas appeler du nom d'hommes ceux qui ne sont point comme eux esclaves des passions’’.
J’aime bien ce que tu déclames mais pourquoi en particulier ces poètes ? ‘’Je te l’ai dis, ça dépend du thème et par conséquent des mots et de la manière dont ils viennent te chercher au plus profond de ton être.’’ Le Numide se tait, puis reprend la parole pour m’inviter à revenir à l’histoire du Québec. N’est ce pas l’Amérique du Nord qui nous intéresse pour le moment ? Me dit-il.
Ferid Chikhi

19 janv. 2010

Un Numide en Amérique du Nord – 34 –

2010, un autre Québec
De nouvelles valeurs d’intégration … -4-
Mais comment perçois-tu le Québécois en ce début de décennie ? ‘’La Révolution Tranquille a été, selon ce que j’ai compris des lectures que j’ai faites et des explications de quelques-uns de mes nouveaux amis québécois,  à l’origine de trois paramètres dans la définition de la personnalité québécoise.’’
Quels sont-ils ? ‘’Avant de poursuivre je voudrais parler des chocs que ressentent presque tous les immigrants qui arrivent au Québec. J’en ai vécu quelques-uns. Après les premiers moments de ravissement j’en ai compté trois en particulier. Le  premier est linguistique.  Le fameux accent québécois couplé à cet ensemble de locutions et de qualificatifs empruntant à la religion pour ‘’sacrer’’ ou si tu préfères ‘’jurer’’.
Bien entendu je ne parlerai pas du choc thermique sans citer une anecdote que j’ai vécue lors de mon premier hiver. Mes amis m’avaient conseillé de ne jamais me frotter les oreilles lorsque la température descend sous les moins dix (-10). Un jour il m'arriva une drôle de mésaventure alors qu faisait -15. J’avais pris toutes les précautions pour couvrir mes oreilles. À l'entrée d'une place commerciale, j’eus la mauvaise idée de m’essuyer mes moustaches. Ce qui arriva, tu peux le deviner… ‘’
Mais, dis moi, Le Numide, tout le monde parle du choc culturel que peux tu m’en dire ? ‘’Pour ce qui est du choc culturel, bien des choses ont été énoncées et écrites. Je reviendrai plus tard sur quelques-uns des points clés de cet aspect. Ce que je voudrais souligner c’est la disposition des québécois à positiver et ce que je percevais au départ comme étant des défauts j’ai fini par les comprendre comme étant des atouts, je l’entends et je le vois ainsi, comme une autre forme de résistance, entre autres, face à l’emprise anglophone.
Par ailleurs, j’ai saisi que la fierté de parler avec cet accent est une forme d’expression et de revendication de la spécificité québécoise. Les Québécois, leur accent !  Ils le formulent et ils l’assument. Mais ils expriment aussi leur fierté en parlant de la langue française comment étant le socle d’un peuple noyé dans 320 millions d’anglophones et c’est ainsi qu’ils se singularisent par rapport aux autres francophones. En réalité ils ne sont pas noyés mais ils flottent bien en dessus du reste des populations nord américaines. Ils sont comme un iceberg. A cela s’ajoute la combinaison d’une force qui semble tirer son énergie d’une fragilité à peine perceptible.
Peux-tu être un peu plus explicite ? Oui, c’est ce que je nomme ‘’le paradoxe de l’endurance’’. Je peux l’expliquer par le fait qu’ils montrent ce que je qualifie d’endurance mais celle-ci s’apparente à de la patience ou encore à de la ténacité. Le tout porté par une dynamique qui a fait que le Québec a traversé quatre siècles sans se décourager tout en étant capable de résister à l’encerclement anglophone. 
Enfin, ce qui se dégage de la réunion de ces paramètres, et c’est à mon sens le plus remarquable, c’est la recherche du consensus. Il s’agit-là d’un tour de force que les québécois mettent un point d’honneur à atteindre et à concrétiser. Mais c’est aussi ce prix qu’ils payent pour atteindre la souveraineté.
Il y a d’autres dispositions qui m’épatent chez cette société. La fierté de penser qu’étant québécois on est capable d’aller de l’avant et de ne jamais être impressionné ou découragé par l’adversité. C’est aussi la vision de ce qu’est un québécois avec une force intérieure qui nous invite à attendre notre heure malgré l’épreuve à dépasser.  Quelque part, je suis convaincu que si le fait français n’était pas présent au Canada et surtout au Québec, ils seraient tous les deux absorbés par les Etats Unis.
Pour conclure cette partie de notre conversation, je tiens à relever, une variable avec deux aspects essentiels, il s’agit de la poursuite du cheminement vers la souveraineté, il importe qu’elle soit consolidée par l’apport de plus en plus de nouveaux francophones. Ceux-ci seront porteurs de nouvelles valeurs d’intégration globale et réduiront la réticence de ceux qui ne sont pas à l’aise avec le concept de la souveraineté considérant que le risque de la séparation est trop important pour que cela se fasse sans dégâts.’’ Le Numide, prend une pause et m’invite à un moment de méditation.
Ferid Chikhi

13 janv. 2010

Un Numide en Amérique du Nord – 33 –

2010, un autre Québec
Des Québécois Anglophones pour la souveraineté… -3-
En complément à ce que tu me disais précédemment peux-tu illustrer ces tendances ? ‘’Excellente question. Vois-tu chaque période a été marquée par des évènements spécifiques tant au plan interne qu’au niveau international. Certains de ces évènements se sont produits simultanément ici au Québec et ailleurs dans le monde. D’autres même s’ils se sont déroulés ailleurs ont eu un impact particulier ici au Québec.
Par exemple durant la décennie ‘’60’’, au Québec, il y a eu un changement fondamental dans le secteur de l’éducation ; en 1967 l’Exposition Universelle a dynamisé tous les secteurs d’activité ; la contraception est devenue accessible à toutes les femmes ce qui a généré la liberté sexuelle. Au plan international, en Asie du Sud Est, par exemple, c’était la guerre du Vietnam qui accaparait l’attention du Monde et qui rassemblait les pacifistes et les anti-guerres tant aux États-Unis qu’ailleurs.
C’était également l’époque de la guerre froide et celle qui mettait aux prises Israël et les pays arabes.  La menace atomique et la conquête de l’espace se faisaient, j’allais dire, concurrence alors qu’en France c’était ‘’mai 1968.’’ 
La décennie suivante, (les ‘’70’’), était marquée, au Québec, par l’accession au pouvoir du Parti Québécois en 1976 ; la seconde phase de la libération sexuelle – celle d’avant le sida – avec l’abaissement de l’âge des premières relations sexuelles et le multi partenariat prenait une grande place dans la société québécoise. Pendant qu’au niveau international le monde était pris par le 1er choc pétrolier de 1973.’’ 
Le Numide j’ai trois questions en rafale, que dis-tu des deux solitudes ? La situation est-elle la même aujourd’hui ? Et selon toi les québécois sont-ils plus proches des États Unis que des français ? ‘’Ouah ! Trois questions en une seule fois. Commençant par la dernière. Je pense qu’avant d’affirmer une chose pareille il faut se demander si cette proximité ne se reflète pas beaucoup plus chez les anglophones du Québec que chez les francophones. Bien qu’un bémol s’impose à ce niveau de la réflexion. J’ai rencontré des Québécois anglophones qui sont pour la souveraineté. Il reste que d’un autre côté des influences sont observées ça et là chez les québécois francophones qui habitent à proximité de la frontière US ou encore en plein cœur de Montréal. Sur un autre registre il me semble que les québécois ont, dans une certaine mesure, emprunté aux 1ers et ce malgré eux, un grand nombre d’habitudes, de comportements et je dirai même de valeurs et de mode de vie. Par exemple l’individualisme est prégnant en Amérique du Nord mais chez les québécois il est compensé par un très fort sens de la solidarité collective. Il est entendu que le fonds est resté globalement et il est, à mon avis, toujours français.
Pour la 1ere partie de ta question, oui ! Il y a deux solitudes. Mais chacune est phagocytée par le nouveau visage de l’immigration qui est très diversifiée, en dépit de l'homogénéité qui semble se dégager de l’anglophone. Émettons l’hypothèse que toute colonisation est la cause de séquelles indélébiles au sein des populations soumises. Que faut-il faire pour les réduire et au mieux les annihiler ? L’histoire nous apprend que même le changement qu’engendrent les révolutions n’efface pas toutes les traces de l’aliénation et du déni identitaire. Ça se vérifie dés lors que le tout est accentué par les nouvelles différences sociales qu’imprègnent les nouveaux acquis de la révolution. Et à titre indicatif les algériens connaissent cette problématique.’’ Là encore le Numide s’arrête et demande un moment de répit. Le temps de mettre les idées en ordre.
Ferid Chikhi

10 janv. 2010

Un Numide en Amérique du Nord – 32 –

2010, un autre Québec

Le mode de pensée n’est plus le même … -2-
Le Numide, au-delà de la chronologie des évènements et des faits dont tu fais état qu’est ce qu’un immigrant peut retenir d’essentiel de la révolution tranquille et de la conception de la politique québécoise en Amérique du Nord ? ‘’Pour ma part, il y a trop de choses à considérer parce qu’il n’y pas que cette page de son histoire qui a marqué la société Québécoise. Il y a bien d’autres faits et évènements que je qualifie de majeurs; ils sont aussi importants les uns que les autres. Nous pourrions y revenir un peu plus tard. Mais puisque tu cites la révolution tranquille et de façon générale la politique québécoise dans ce grand continent parlons-en. 
En ce qui me concerne, même si j’ai appris beaucoup de ces étapes qui font la nation québécoise je croyais, avant mon immigration, connaître un minimum sur l’histoire de ce pays. Ce minimum je le comprenais à travers l’Histoire de France et du Royaume Uni. En arrivant au Québec j’ai compris qu’il y avait autre chose de différent à distinguer, à assimiler, à intégrer et à vivre. La société québécoise doit être vu de l’intérieur avec d’autres critères ou au mieux une critériologie aménagée et basée sur le fait Nord Américain et non pas et seulement de notre statut d’immigrant.’’
Le Numide, peux-tu m’en dire une peu plus sur cette différence ? ‘’J’étais jeune lorsque j’ai vécu le début de la révolution algérienne et que j’ai entendu parler de la guerre d’Indochine devenue la révolution vietnamienne. Les révolutions que, tout jeune, j’ai vécues ou dont j’ai entendu parler ont été violentes. Réfères-toi à la citation de Mark Twain.

La décolonisation de l’Afrique, qui célèbre son cinquantenaire en ce 2010,  a été arrachée par des révoltes et des insurrections des peuples colonisés contre les puissances coloniales française, britannique et portugaise, et surtout il ne faut jamais oublier qu’elle a été amorcée par la révolution algérienne. La révolution vietnamienne, de son côté, a donnée une première leçon de résistance d’un peuple d’abord et encore contre le colonialisme français et ensuite contre l’impérialisme américain. Je ne parle même pas de ce qui s’est passé sur le continent Latino-Américain.

Pour ce qui la concerne, la révolution algérienne a été celle d’un autre peuple de résistants refusant l’oppression, l’aliénation culturelle et le déni identitaire. C’était une lutte contre le colonialisme français, allié à des puissances européennes et nord américaine qui dix ans auparavant avaient combattu le nazisme et le fascisme, pour les libertés fondamentales et la fin de l’oppression d’un peuple par un autre.

Dans son registre particulier, la Révolution tranquille a aussi été celle d’un peuple qui a subi l’oppression, la dénégation de son identité et de sa culture par une puissance qui a transposé ses ressentiments contre la France sur un continent qui a été ouvert par des immigrants qui ont fui la persécution ou qui étaient à la recherche d’un mieux être. Elle a été non violente comme le suggérait Mahatma Gandhi. Elle se poursuit encore de nos jours mais, j’en suis convaincu, elle a besoin de se ressourcer. Beaucoup de choses ont changé depuis les années ‘’60’’. Les paradigmes qui ont été son terreau devraient être revus et ajustés.
Peux-tu là aussi être un peu plus précis ? Beaucoup de ses paramètres et orientations sont à mon sens devenus caducs. La population même si elle reste majoritairement francophone ou d’origine française s’est enrichie de l’apport d’autres immigrants d’origines diverses. Le mode de pensée n’est plus le même; non seulement lui aussi s’est enrichi de l’apport des autres nord américains mais aussi des asiatiques, des africains et des latino-américains, etc. Là aussi il ne faut pas oublier les autochtones et les premières nations.
Une chose est certaine, elle a bénéficié à ses artisans qui se comptent parmi la génération de ceux qui sont nés durant la décennie ‘’40’’ et le milieu des ‘’50’’ et à leur postérité. Elle a changé les comportements, elle a consolidé les valeurs d’un peuple qui ne se voyait pas dans celles de l’anglais, elle a aussi et surtout façonné les tendances lourdes de ce qu’est le Québec d’aujourd’hui.’’
Le Numide s’arrête quelques secondes, pensif et méditatif. Il propose de poursuivre à un autre moment.
Ferid Chikhi


7 janv. 2010

Un Numide en Amérique du Nord – 31 –

2010, un autre Québec

De la Quiet Revolution à une souveraineté ressourcée … -1-

Le Numide, dés ton arrivée au Québec tu t’es intéressé de très près à la souveraineté du Québec. Quel est ton sentiment à l’égard de l’histoire récente du Québec, de ce qui est qualifié de révolution tranquille et de la souveraineté ?‘Oui et c’est très vrai. Je pense que tous les immigrants, qui débarquent à Montréal, soit par ignorance, soit par curiosité, soit par connaissance de l’histoire de ce pays, soit encore parce que tout le monde en parle, s’intéressent à la révolution tranquille et la souveraineté  du Québec. Je pense aussi et selon moi qu’il n’y a pas d’histoire récente ou d’histoire ancienne du Québec; il y a l’Histoire du Québec et elle pourrait se subdiviser en plusieurs époques. Celles-ci débutent avec l’arrivée des premiers immigrants et ont progressé tout au long des quatre derniers siècles jusqu’à nos jours c'est-à-dire la formation de ce qu’est le Québec au sein du Canada. Alors de quelle partie voudrais-tu que nous parlions ?’’  
De celle du Québec et de sa révolution tranquille, de la société distincte de l’Amérique du Nord. ‘’Le peu de choses que je connaisse de cette période a été initialisé à la fin des années ‘’50’’. Le Québec était, vu de chez nous, comme une colonie du royaume Britannique faisant partie du Canada. Nous parlions du Commonwealth. Au début des années ‘’60’’ des hommes et des femmes conscientisés ont décidé de changer ce statut et de se libérer comme le faisaient déjà d’autres à travers la planète. C’était aussi l’époque de la décolonisation.
Parmi ces hommes il y avait René Levesque, Gilles Grégoire, Pierre Bourgault. Ils avaient créé des organisations politiques avec pour objectif principal la séparation du reste du Canada. La rupture pour utiliser un concept que nous avons utilisé chez nous au cours des ‘’90’’. À ce stade de la réflexion je dirais qu’Il existe quelques similitudes entre les causes de la révolution algérienne et celles de la révolution tranquille. Il est bien entendu que la forme et le fonds qui les constituent sont différents. J’aime citer Mark Twain qui, un jour, a dit  Ceux qui sont pour la liberté sans agitation sont des gens qui veulent la pluie sans orage.’’ Ça existe mais la grande différence entre les deux révolutions pourrait se résumer à cette citation.’’
Mais quelles sont selon toi les  causes, les motivations, les raisons pour que cette révolution ait été qualifiée de tranquille ?  ‘’ Il faut d’abord savoir que cette appellation est la traduction de l’expression Quiet Revolution qu’un journaliste anglophone du Globe and Mail a utilisé dans un de ses écrits après une élection au début des années ‘’60’’.
Ce qu’il faut aussi retenir c’est que pour les pères de la révolution tranquille il fallait rompre avec le reste du Canada. Leur plateforme politique annonçait dexu aspects à considérer ceux qui avaient un carcactère exogène et ceux qui avaitent un caractère endogène : la séparation de l’église et de l'État, l’initialisation d’une nouvelle identité québécoise avec comme fondement le fait français. Le tout était porté par les facteurs de réorganisation des institutions de l'état dans les domaines notamment de l’éducation, des services sociaux et de l’économie sans négliger les autres aspects.
Pour rassembler les forces politiques en lice il fallut regrouper les organisations les plus en vue de l’époque. Le Parti québécois (PQ), le Mouvement souveraineté association (MSA) et le ralliement national (RN) de Gilles Grégoire tous indépendantistes fusionnent alors que les possibilités de rapprochement avec le Rassemblement pour l’Indépendance nationale  (RIN) de Pierre Bourgault se heurtent à plusieurs difficultés telles que celles des orientations sociales qu'il proposait et la place français dans un Québec souverain.
Au Parti Québécois, René Levesque accepte cependant que les militants du RIN adhèrent à titre individuel au nouveau parti politique. Ça te rappelle certainement quelque chose de similaire dans la révolution du 1er novembre 1954 !?
Le Numide, à ce point-ci de tes propos et au-delà de l’adhésion au parti Québécois, quels autres liens fais-tu avec la révolution algérienne ?  

‘’En fait parler du Québec sans évoquer l’Algérie c’est passer à côté de quelque chose d’inconvenant tant le lien entre les deux pays est ténu même si de nos jours pas moins de 45.000 algériens sont néo québécois. Les décès, le 25 septembre 2009 du cinéaste et écrivain québécois Pierre Falardeau ou celui il y a quelques années de cela de Pierre Bourgault nous rappellent qu’à un moment de leurs histoires le Québec et l’Algérie ont eu, non pas et seulement un mais, plusieurs points de rencontre.
Sais-tu par exemple que dés le printemps 1967 et encore à la veille de Mai 68, à l’université d’Alger, nous étions étudiants et nous parlions de l’Expo 67 ? L’Algérie n’y avait pas participé mais le discours du général De Gaulle avec son Vive le Québec Libre ressemblait à son Je vous ai compris. Il faut aussi se rappeler qu’à l’époque il n’y avait par Internet et nous avions seulement le transistor, le Monde (diplomatique) et les correspondances épistolaires pour savoir ce qui se passait dans le monde.’’ 
Ferid Chikhi