28 oct. 2010

Un Numide en Amérique du Nord - 78 –

...Vivre entre deux pays ...
Le Numide, lors de notre dernière rencontre tu m’as dis que l’exil c’est aussi vivre entre deux pays. L’un a vu ton départ l’autre ton arrivée. Le premier devient un rêve à réaliser le second est une nouvelle réalité. Tu m’as aussi parlé de ton ami Furenso qui a fait une description poétique de l’exil veux-tu m’en parler ?
Le mieux c’est de lire ensemble ce poème. Qu’en penses-tu ? Sans attendre le Numide commence la lecture...
 Les deux jardins


Je sais deux jardins,
L'un est en haut,
L'autre  en bas
L'un est doux
L'autre  sauvage.



La terre d'en bas est tendre,
Celle d'en haut je ne peux la fendre.
Dans le jardin d'en bas
Des fleurs somptueuses et, des fruits délicieux
Y croissent par centaines
Celui d'en haut n'offre
Que quelques fleurs aux parfums rares
Et des fruits acides qui excitent l'envie.




Le jardin d'en bas est mien,
Celui d'en haut,
Je l'ai découvert à l'abandon,
En braconnant par hasard,
J’ai poussé sa porte entr'ouverte,
Il m'a ébloui,
J’en ai arraché une ronce
Pour la planter en bas,
Elle en est morte
Pour avoir eu trop d'eau.
Mon jardin est à vendre,
Je veux celui d'en haut !
Je préfère mille fois
Me piquer les doigts
Que de cueillir sans peine
Des fleurs sans parfum
Et des fruits sans graines !

Oh ! Mon beau jardin d'en haut !
Si tu le veux, je te protègerai
Contre les chacals et les vautours.
Pour que nul ne te piétine plus jamais,
Avec une solide chaîne,
Je fermerai ta porte à double tours
Et dans ta terre dure et chaude,
J'userai ma bêche en bois d'olivier.
Furenso Fracachi,
Avec l’aimable autorisation de l’auteur

24 oct. 2010

Un Numide en Amérique du Nord - 77 -

Je ne viens pas de n’importe où…
Je ne viens pas de n’importe où…
Mon territoire natal a été jadis une terre de liberté,
Là où la liberté a été confisquée,
C’est encore chez moi et c’est quelque part,
Mon territoire d’accueil est aujourd’hui la liberté.
Je la sens, je la vis, elle ne m’aliène pas…
Le Numide, il y a quelques mois tu me disais ces vers et tu avais poursuivi en parlant de l’exil que ‘’chacun le vit selon la manière qu’il choisit de s’intégrer à la société d’accueil et de rester profondément attaché à ses racines’’ j’aimerais que tu m’explique comment tu arrives à concilier les deux tout en préservant leurs attributs.
Il est vrai que ce n’est pas facile, cependant, les variables ‘’âge’’ et ‘’expérience de vie’’ prennent toute la place, toute la mesure pour garder très fort les attributs des racines et permettre l’ancrage à la société d’accueil. Personnellement j’ai trouvé, j’allais dire, une formule pour allier les deux et en tirer profit pour vivre l’exil, en dépit d’une très forte problématique de conscience, dans une sérénité mentale tout à fait appréciable.
Peux-tu m’en expliquer les grands fondements ? Il faut d’abord savoir que mes liens avec l’Algérie se résument à ‘’Ma  Famille’’, ''Mes Amis'' ''Mes Proches'' et à ce que l’on qualifie habituellement de ‘’Mère Patrie’’. Pour moi le tout est fortement lié.
Mais n’est-ce pas la même chose pour tout le monde ?  C’est vrai. Cependant, la signification des deux n’est pas la même pour tous. Cela revêt chez les uns et les autres différents contours. Par exemple, pour moi la Famille ce sont des Valeurs, une Éducation, une Identité, une Personnalité, une Image, une Histoire. Pris séparément et conjointement. Le tout, j’allais dire, homologué et approuvé par Ma Mère. 
Ce qui est en lien avec la Mère Patrie. Pour ce qui me concerne elle a les mêmes attributs que la Famille mais j’y ajoute un Patrimoine et une Culture. S’il n’y a pas de cohérence et d’harmonie entre les deux et l’ensemble ça ne marche pas. Pour comprendre ce que je dis, médites les quelques vers que je t’ai déjà lu.
Ferid Chikhi

5 oct. 2010

Un Numide en Amérique du Nord - 76 -

Les Imazighen et le Christianisme - 3 -

Le Numide, pour clore ce chapitre sur le patrimoine algérien chrétien et avant de te questionner sur le Judaïsme que peux-tu encore me dire sur ce qui te tient à cœur au sujet de ce pan de l’histoire peu connue des Algériens ?
Je pourrais citer un prêtre d’Alger et vicaire à l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris il se nommait Vincent Serralda. Il a écrit ces vers qui en disent long sur l’apport des Imazighen à la civilisation chrétienne :
Pareil à ton soleil, ton rayon est ardent.
Tertullien, Victor, puis l’Église souffrante,
L’évêque Cyprien, prestigieux martyr,
Enfin saint Augustin, la flamme triomphante,
Le sublime flambeau, splendeur de l’avenir.
Tes noms sont glorieux au cours de ton histoire,
Syphax, Massinissa qui fut ton plus grand roi,
Mais bientôt va s’écrire un chapitre de gloire :
Le berbère chrétien, le rocher de la foi.
Pour te peindre d’un trait on peut dire qu’en somme,
Pareil à ton soleil, ton rayon est ardent,
C’est un astre nouveau, celui des droits de l’homme.
Qui monte, grâce à toi, dans le ciel d’Occident.
Tertullien, Victor, puis l’Église souffrante,
L’évêque Cyprien, prestigieux martyr,
Enfin saint Augustin, la flamme triomphante,
Le sublime flambeau, splendeur de l’avenir.
Ton sang, noble ciment de l'Eglise africaine
- Ce précieux fleuron de notre chrétienté -
Répandu par amour, en réponse à la haine,
Conserve, sous l’Islam, encore sa pureté.
Prêtre près d’Alger et vicaire à l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris.

Ferid Chikhi