29 janv. 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 91 -

L’Oralité : adages, proverbes, dictons … -3-
Structuration de l’identité et formation de la personnalité

Le Numide, Les adages les devises, les dictons et les proverbes font partie de la culture orale et une caractéristique légendaire de l’identité pour ne pas dire de la personnalité algérienne, que peux-tu me dire à ce sujet ? C’est une réalité qui a presque disparu, ou qui peu à peu disparait de l’environnement du savoir algérien. Il y a par conséquent la perte d’un patrimoine que l’on ne pourra pas faire revivre et refonder. En Algérie, les adages, les proverbes, les dictons, etc. ont été pendant des siècles un instrument de structuration de l’identité et celui de la formation de la personnalité des citoyens. Cela s’est opéré par la transmission de génération en génération des aînés vers les plus jeunes et sans discontinuer. Écoute ce proverbe, il te donnera une idée de la profondeur de son contenu et de sa portée : Tu es le maître des paroles que tu n’as pas prononcées et tu es l’esclave de celles que tu laisses échapper. Ce qui voudrait dire d’une part que chacun doit faire attention à la formation de l’idée, de la pensée et à la manière dont il va s’exprimer et d’autre part, chacun est responsable de ce qu’il prononce autant par les bienfaits que cela produit sur ceux qui l’entendent que par leurs effets négatifs. Le Numide si je comprends bien ce que tu dis c’est quelque part insupportable pour les individus de se voir limiter je dirais même empêcher de s’exprimer !? Exact, mais il faut convenir que cela évite, dans une population où l’oralité est reine, les incompréhensions qui pourraient avoir des conséquences préjudiciables non pas pour le locuteur mais pour tous ses proches parce que justement, c’est la collectivité ou la communauté qui est la garante de l’équilibre social. Ailleurs on appelle ça ’le sens commun’’. En fait, tout réside dans le contenu du message et la manière dont il est véhiculé. Ce sont parfois des paraboles, des allusions, des métaphores qu’il faut savoir décrypter. La symbolique étant très forte c’est avec le temps que l’on apprend le sens des mots et de leur portée. Il ne faut donc pas être impatient si l’on veut maîtriser cet art, parce que tel que tu le décrits c’est un art ? C’est une évidence. Les impatients n’apprennent pas et se placent sur les bancs des médiocres et des cancres. Il y a un proverbe qui le souligne, il dit : L’attente est plus dure à supporter que le feu. Ou encore celui-ci : L’envie, c’est comme un grain de sable dans l’œil. Il faut savoir être patient, la précipitation mène à des actions intempestives avec des résultats négatifs.
Ferid Chikhi

21 janv. 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 90 -

De quelques caractéristiques des Algériens -2-
’Oralité, respect des aînés, dérision ...’’
Le Numide, peux-tu me donner quelques précisions, quelques éléments constitutifs qui marquaient la différence entre les deux ? Il y a avait une différence marquante dans nos relations avec nos amis et les cousins cousines, oncles et tantes et les autres parents. Certains diront que c’est le sens de la famille et ça existait chez tous ; ceci est vrai mais je souligne que dans notre cas la place honorable qu’avait notre famille dans la société était alliés - le mariage était non seulement l’union de deux personnes mais aussi l’alliance entre deux familles. Si je comprends bien les attributs sociaux et culturels sont façonnés avant tout par la famille avant de l’être par la société !? J’ai envie de répondre par l’affirmative mais ce n’est pas aussi simple que tu l’énonces, malgré le fait que l’adage populaire formule l’idée comme suit : ‘’ dis moi qui sont les tiens je te dirai qui tu es’’ ou encore cet autre qui insistent sur les origines : ‘’ dis moi quelles sont tes origines je te dirai quelles sont tes valeurs’’. ‘’Oulid A’ila ou en encore Oulid Si… Mais, Le Numide, si tu devais résumer ou faire une liste de ces attributs et des caractéristiques, de ce qu’a pu garder l’Algérien de son passé éloigné et récent, quelles seraient celles que tu mettrais en évidence ? Je commencerai par cette préférence de l’oralité avec une prépondérance aux échanges directs qui consolident les relations intergénérationnelles marquées et entre la multitude de membres de la famille. Il y avait aussi cette attitude ordinaire facilement assimilable à la tradition et une tendance à user sans limites de la dérision. J’observe que tu regrettes cette époque !? Certainement. Les temps changent, les habitudes aussi et, des valeurs se perdent alors que de nouvelles s’implantent, plus ou moins partagées. Le respect de l’aîné était une valeur fondamentale qui faisait la différence entre cette oralité structurée et les discussions sans fondements que nous observons aujourd’hui. Il y avait non seulement une hiérarchie, une pyramide mais aussi une ligne horizontale des groupes sociaux. De nos jours des personnes incultes, ignorantes avec des origines douteuses, n’ayant aucune expérience de vie sociale, aucun repère culturel ou identitaire, s’arrogent le droit de parler au nom de tous. Et dire que la consultation et la concertation sont recommandées non seulement par les pratiques sociales locales mais aussi par l’Islam. Le consensus était recherché pour éviter les dépassements et surtout impliquer tous les membres de la communauté.
due au respect façonné, forgé, bâti et j’ajouterais raffiné par mon arrière grand-père et ses fils avant de passer la main à leurs enfants. Il y avait aussi ce lien très particulier avec les
Ferid Chikhi

16 janv. 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 89 -

De quelques carctéristiques des Algériens -1-
''Oralité, respect, Us & Coutumes, dérision ...’’
Le Numide, Je n’ai pas oublié que nous parlions des traits caractéristiques des algériens et tu m’as fais faire une balade dans la poésie, une virée en Allemagne avec les fêtes de fins d’années et bien entendu ton amour pour nos origines mais si nous revenions au point de départ c'est-à-dire les codes culturels et les signes particuliers de l’Algérien comment peux-tu en quelques mots les résumer ? Je te disais que si tu sais d’où tu viens tu sais avancer vers ton futur, ton destin … lorsque nous étions plus jeunes nous avons vécu deux vies et parfois même trois vies sociales et culturelles complémentaires les unes des autres. Il y avait en premier lieu la famille proche et éloignée ; mon père par exemple avait fait sienne une valeur singulière, celle de rendre visite aux proches quelques soient les lieux où ils se trouvaient ; il considérait que c’était la meilleure façon d’avoir des échanges directs. À son retour il faisait un compte rendu de ses échanges à ma mère, ma grand-mère, mes oncles … la famille était pour lui un attachement essentiel au regard des pratiques de l’environnement social. C’était aussi une manière de souligner son engagement personnel tout en maintenant très fort celui de la famille. Les us & coutumes restent prédominants. Il avait aussi cette capacité de voir dans le changement une dynamique, pour ne pas dire une énergie productive.  Tu me disais que vous aviez deux autres vies sociales, quelles sont-elles ? C’était la vie avec le monde exogène constitué des amis du quartier, des camarades de classe, des copains du club de football, etc. Mais avant cela c’était aussi et surtout les liens profonds et les relations avec les cousins et les cousines. Ces relations étaient basées sur une dominante familiale avec un profond attachement aux valeurs inculquées par les aînés.
À suivre ….
Ferid Chikhi

11 janv. 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 88 -

Yennayer...le nouvel an berbère
Le 12 janvier 2011 correspond au nouvel an 2961 du calendrier berbère. L’une de ses caractéristiques les plus remarquables est d’être fêté par toutes les populations de l’Afrique du nord.
L’an zéro du calendrier berbère remonte à l’époque oû l’Egypte ancienne était une puissance régionale qu’aucune autre n’inquiétait. Mais c’était compter sans SheShonq 1er, prince de la tribu berbère des Mechaouch, qui conquit le pays des Pharaons et y régna de 945 à  924 avant J.C. Il fut le fondateur de la 22e dynastie égyptienne. Son action principale a été de réunifier l’Égypte en l’an 950 avant J.C. Il occupa la Palestine et Jérusalem et s’empara des trésors du temple de Salomon.
Yennayer c’est aussi la relation des berbères avec d’une part la terre nourricière et le cycle des saisons ainsi que les liens entre les vivants et les morts. Des coutumes et des rites anciens perdurent et confirment la place de Yennayer dans les traditions berbères.
Yennayer comme le disent les anciens n’est pas seulement un moment de l’année célébré à la fois avec faste mais aussi même si cela parait paradoxale avec cette sobriété reconnue comme une valeur par les populations confrontées à un climat versatile, à une terre exigeant des efforts collossaux avant qu’elle ne produise ce qu'elles attendent d’elle, Yennayer c’est surtout une organisation sociale qui fait le lien entre des croyances païennes et des pratiques en constante évolution.
Le calendrier Grégorien n’a pas changé cette célébration et l’avènement de l’islam l'a intégrée en tant qu'innovation ponctuelle et locale.
Alors bonne et heureuse année 2961

Ferid Chikhi

9 janv. 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 87 -

Retour à une source bien inspirante... -2-
Berlin et ses lieux mythiques …
’Une sensation empreinte
d’un saisissement émotionnel singulier’’
Comme je le soulignais dans une précédente rétrospective, un retour aux sources n’est pas seulement un voyage vers le passé c’est aussi et à titre indicatif ressentir la sensation que le lieu que l’on revisite fait partie un peu ou beaucoup de nous. Je me suis même posé la question suivante : Qu’est ce qui pourrait-être commun entre ‘’Batna’’ ma ville natale et Berlin que j’ai visité à trois reprises lors de mon long séjour en Allemagne il y a de cela une dizaine d’années ?
La réponse pourrait être subdivisée en plusieurs parties. Par exemple, en observant au plus large et au plan historique les vestiges et l’héritage culturel laissés par l’occupation plusieurs fois centenaires par l’empire romain je peux dire sans risque de me montrer qu'elle est une empreinte indélébile dans le paysage ou les alentours des deux villes. Si je ramène le tout au plan personnel, j’ai trouvé des caractéristiques similaires dans la sensation que j’ai ressentie en retournant à Berlin et celle que j’ai toujours eu par le passé en me rendant à Batna, en particulier en marchant, dans Friedrich Strasse et le Quartier 206. Même à dix années d’intervalle, les devantures des boutiques réagencées ou complètement modifiées pour le shopping haut de gamme des créateurs de mode avec cette ambiance fortement art-déco ne fait que confirmer cette forte sensation empreinte d’un saisissement émotionnel singulier.
Les lieux ne m’étaient pas inconnus j’avançais le long de ces boutiques sous les arcades avec la nette impression que rien ne m’était inconnu. Les lieux faisaient partie de moi et je faisais partie de ces lieux.  Il en était de même lorsque je me suis rendu à Postdamer Platz, à Ku’damm à Yaeuntzien Strasse ou à la Hackesche Höfe. Et dire, qu’au plan de l’architecture il n’y a rien de commun entre Batna et Berlin si ce n’est le ‘’B’’ et le ‘’N’’.
Je n’avais passé que quelques heures en ces lieux, je dirais mythiques de la capitale allemande, pas très loin du fameux Check Point, aujourd’hui matérialisé par un monument floral. Repère mnémonique redisant que des évènements majeurs se sont déroulés à cet endroit précis de la capitale allemande. Quelques 150 photos géantes et des légendes en anglais et en allemand, retracent l’histoire et la symbolique de l’opposition qui a caractérisé les relations entre les américains et les soviétiques. Le ‘’Mur’’, ‘’Der Mauer’’ n’existe plus. Quelques uns de ces pans ont été dispersés dans la ville à des fins touristiques.
Ferid Chikhi

5 janv. 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 86 -

Exclusif
Digression poétique
En ce début de 2011 et au moment où les coptes sont victimes de la violence intégriste il existe de par le monde des personnes qui scrutent l’histoire et qui par leur capacité de recherche et d’analyse nous offrent une lecture plus pertinente du contenu spirituel de l’Islam. Ils ont l’intelligence de nous dire comment par l’éducation et la diffusion des sciences il est possible de s’orienter vers ''le bien vivre ensemble''. Mohièdine Boutaleb, ancien médersien et professeur à la retraite en fait partie. Il nous dit que c’est par les qualités de discernement, l’esprit d’ouverture et la pensée positive que les peuples se rapprochent et que les barrières de l’intolérance tombent.

L’Islam Conciliant

L’Islam combat l’extrémisme
Il est contre l’intégrisme
C’est une guidance vers le bien
Qu’il inculque même au vaurien.
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Il exalte toujours la science
Son alpha est magnificence
« Lis »  premier verbe révélé
Au cœur d’Ahmed Dieu l’a fort scellé
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Il n’affiche pas le mépris
Il hait autant le parti pris
Du golf persique à l’Atlantique
Il a été trop pacifique
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Par deux fois les Juifs sont sauvés
Au Maghreb de Satan le mauvais
Sisebut (1) que nos ancêtres ont sabré
Sauvegardant les survivants navrés
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Puis leurs descendants andalous
N’ont pas trouvé de jaloux
Chez nous le Judaïsme espagnol
A resplendi sous nos coupoles (2)
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La preuve est bien produite
Par Chouraqui (3), de bonne conduite
La manifestant au monde entier
Que les Arabes sont des altiers.

Avec la courtoisie de l’auteur
Mohiédine Boutaleb

Notes Explicatives :
(1)    Il s’agit de Sisebut (Flavius) roi des Visigots d’Espagne, mort en 620 et non en 550 date erronée inscrite par inadvertance sur la page 55 de l’ouvrage d’André Chouraqui. Cette restitution est due à Larousse (Volume 5 P 370) qui ajoute « élu en 512, à la mort du Gundmar, il soumit les Astures et les Vascons, et chassa à peu prés complètement les Byzantins de la Lusitanie et de la Bétique. Il créa une marine qui peut-être conquit Ceuta et Tanger. Il s’intéressa aux études et dédia à Saint Isidore de Séville un poème sur les éclipses. Mais il persécuta les Juifs et, dit-on, mourut empoisonné… »
(2)    A la fin du 8eme Siècle Hégirien correspondant au 14ième Grégorien, un rescapé Juif du pogrom antijudaique espagnol, abusant du laxisme de ses bienfaiteurs, les Maghrébins de Famantil, capitale du Touat, devint, astucieusement, leur Imam quarante ans durant et ce, rendant les mal pour le bien. Quand ils s’aperçurent de son blasphème ils durent le lapider au lieu-dit El-Mardjam, sis jusqu’à nos jours au nord d’Ain Safra.
3)     L’auteur de l’ouvrage « Les Juifs d’Afrique du Nord » est né et a grandi à Ain-Temouchent où sa famille établie dans la région au XIXième Siècle possédait un vignoble au début des années 50. Il rejoint Israël où il se lie d’amitié avec Bengourion alors premier Ministre durant la guerre 1967.
Mais il est connu à l’étranger et surtout pour avoir traduit le Coran en Français. En 1995,  Il confie à un journaliste d’El Watan que le Coran prêche la paix et la tolérance.
Au cours de leur long entretien qui s’est déroulé sous son toit, Chouraqui lui fait des révélations troublantes. «Il m’explique dit-il que dans la tradition hébraïque, le fils doit visiter la maison où sont nés ses parents avant de se marier. Il le rappelle à son fils, officier dans l’armée israélienne. Ayant trouvé une fiancé, je prends - me raconte André Chouraqui -,  le téléphone et j’appelle le Président Chadli Bendjedid à Alger. Je lui explique ma décision de faire le déplacement à Ain Temouchent avec mon fils pour lui montrer la maison familiale. 
Il a immédiatement donné son accord. Arrivés à Paris, un responsable me confirme l’accord donné par Chadli. Nous avons débarqué à Oran où une voiture officielle nous attendait. De l, nous nous sommes rendus à Ain Temouchent. Nous avons pu visiter la maison familiale.
Ensuite nous avons quitté l’Algérie sans problème, au grand étonnement de mon fils. C’était avec regret que j’ai quitté ce vieil homme qui m’a donné l’impression d’être entièrement sincère. »
En parcourant son ouvrage précité, le lecteur ne s’étonnera pas outre mesure de l’accueil chaleureux réservé au journaliste d’El Watan par André Chouraqui qui s’est rappelé, en honnête intellectuel, au meilleur souvenir de la terre qui avait sauvé par deux fois la vie à ses ancêtres poursuivis par la haine viscérale des Espagnols antisémites.
Mohiédine Boutaleb