31 mars 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 101 -

L’exploration de l’autre -1-
A la rencontre des autres …  
Il y a des moments dans l’existence d’un individu qui lui font prendre conscience des chemins de vie qu’il emprunte et qu’il n’a jamais imaginé parcourir de sa naissance à l’ultime seconde de son existence. D’aucuns diront que c’est une lapalissade. J’en conviens. Mais il arrive que les évidences ne soient pas perçues de la même manière par tous.
Il existe aussi de précieux instants de la vie de tout un chacun qui mettent en relation des personnes qui viennent des quatre coins du monde et qui sont à la fois des moments sublimes de vérité pour au moins deux raisons : La première est que ces précieux instants n’ont pas été pensés, prévus ou planifiés. La seconde est que ces personnes arrivent à communiquer, à échanger et à converser quand tout les différencie. Alors qu’elles sont distinctes les unes des autres, ces personnes sont aussi et à la fois uniques et semblables.
Depuis pas moins de 45 ans, j’ai rencontré des hommes, des femmes, des enfants avec des personnalités différentes mais fort marquantes. Des personnes qu’on n’oublie pas. Les uns avec des parcours fabuleux et d’autres ayant une vie tout à fait modeste, paisible et tranquille. J’ai aussi rencontré des individus dont la fréquentation est tout à fait répréhensible. Heureusement, pour beaucoup de ces jonctions tout est resté aux premiers balbutiements. Par contre, pour bien d’autres c’était l’initiation d’une sympathie partagée et profonde, d’une entente singulière, d’une compréhension mutuelle, d’un attachement et d’une estime partagés.
Cette initiation est, souvent, partie du simple croisement de nos regards, de l’échange de mots simples d’une phrase de contact. C’est aussi par une observation ou un commentaire pertinent que le lien se crée. Mais il arrive qu’un constat sur un segment de nos cheminements de vies soit le déclic d’une amitié profonde.
Pour illustrer ces deux parties, la répréhensible et la positive, je commencerai par la seconde et je tenterai d’oublier la première. Ma rencontre avec une Amie originaire de Roumanie en est un bon exemple. Il n’y a pas si longtemps de cela ; environ une demi-dizaine d’années, je l’ai rencontrée. Elle est arrivée à Montréal, presqu’à la même époque que moi. Comme un grand nombre de Roumaines et d’immigrants des pays de l’Est de l’Europe et d’ailleurs, Elle pourrait étaler ses diplômes en mathématiques et en informatique, son savoir faire et ses compétences tout en faisant concurrence aux meilleurs sommités du domaine, ou considérées comme telles en Amérique du Nord.  Je ne parle même pas de ses origines familiales et sociales, tout à fait nobles. …
A suivre
Ferid Chikhi

26 mars 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 100 -

Bâtir sur du neuf et Toujours partir de zéro -5-
L’exil c’est aussi faire le deuil d’un passé …
Dans mes différentes perceptions je me suis rendu compte que je faisais la distinction entre l’immigration et l’exil de ceux qui se sont rendus en Europe et de ceux qui viennent en Amérique du Nord. Même si dans leur essence ils sont identiques. Cependant, la distinction que je fais se situe au niveau des conditions de départ et celles de l’implantation. L’environnement social, culturel et politique n'est pas le même. Venir au Québec, au Canada, en Amérique du Nord c’est traverser l’océan et, même si ce n’est pas par bateau, ça reste loin. C’est vivre le mythe de la liberté en terre de liberté. C’est valider que c’est possible parce que cela existe.
Le Québec, c’est immense, c’est aussi grand et même plus vaste que le Sahara. Le temps, la distance, et l’espace ça fait trop de choses à la fois. J’y ai réfléchi plus d’une fois. Une sensation particulière m’envahissait chaque fois que j’y pensais.
J’angoissais et la peur me prenait au ventre. Cela a été suivi par de l’appréhension, de l’inquiétude et parfois le doute m’envahissait. Mais l’enthousiasme a vite pris le dessus et ma motivation me survoltait au point de me faire oublier mon demi-siècle de vie passée ailleurs. Ce n’est que bien plus tard en analysant mon installation que j’avais compris que ma prise de décision était différente de celles des autres nouveaux arrivants, différentes des milliers d’exilés et de ceux qui se sont rendus en Europe.
Si au final, le Québec a été retenu, c’est tout simplement parce que trois conditions majeures étaient réunies. La 1ere  étant la Liberté dans laquelle La Belle Province baigne ainsi que ses citoyens. La 2nd est la sécurité et la protection que chacun ressent dans son vécu de citoyen. La 3ième est à la fois la langue française - même en tant que langue de colonisation* - associée aux valeurs d’égalité. C’est ce qui m’a le plus impressionné lorsque je suis arrivé à Montréal.
Ce, à quoi je m’attendais des mois auparavant, je le regardais et je le voyais. Je l’écoutais et je l’entendais. Je le vivais jour après jour. Tout était dans le mouvement, dans la découverte de choses vraies. Un pays, une province, des gens. En fait, pas seulement des gens mais des citoyens. Des habitudes de vie, des Us & des Coutumes qui ‘’tassent’’ les premières. Ça fonctionne comme pour un ordinateur qu’il faut reformater.
Pour m’intégrer j’ai décidé de changer mes paradigmes en appliquant trois principes québécois. ‘’Faire le deuil d’un passé. Apprendre à mieux me connaître. Me constituer un réseau de contacts’’. Le tout fondé sur un principe propre aux Amazighes : ‘’Bâtir sur du neuf et Toujours partir de zéro’’.
Ferid Chikhi
* Avant la colonisation française de l’Algérie la langue première a toujours été le Tamazight et la langue seconde l’Arabe. Pendant 132 ans le Français a été la langue du colonisateur. Après l’indépendance du pays l’Arabe est devenu la langue officielle supplantant le Tamazight et le Français reste cependant la langue de travail mais en voie de diminution

21 mars 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 99 -

Bâtir sur du neuf et Toujours partir de zéro -4-
L’exil et l'appréciation du vécu ...
Pour dépasser le handicap et l’appréhension ou encore la crainte que la simple pensée du risque encouru créait en moi j’ai du me faire violence ou plutôt j’ai prohibé ou mieux encore empêché l’accès de mon esprit, de mon raisonnement, à tout ce qui pouvait contrecarrer la remise en question du cheminement que je m’étais assigné. C’était de l’autocensure que je m’étais infligée. J’ai pour ainsi dire révoqué tout empêchement possible à même de me faire changer d’idée.
Dans les faits j’ai du faire un bilan exhaustif des 50 dernières années et évaluer par anticipation la dizaine, un peu plus ou un peu moins, qui me restait à vivre. Donc, revoir le passé et envisager l’avenir. Deux démarches différentes qui ont, par endroit, des similitudes. Elles se complètent mais avec un point d’arrêt ou encore mieux un espace qui les sépare et qui les relie. Comme si c’étaient les outils d’un relais … un espace de transition.
Sur un autre registre et selon ma propre compréhension, partir d’un pays est un processus qui s’envisage naturellement parce que l’individu est par essence toujours en mouvement. Sur un tout autre plan et selon les spécialistes de la mobilité internationale des ressources humaines l’arrivée dans un autre pays débute au lieu du départ.
Il existe un autre aspect de la question de l’exil tant de fois défini, évoqué et analysé, c’est celui de l’appréciation du vécu jusqu’à une certaine échéance. Celle de la récapitulation des périodes qu’une personne franchit de la naissance à la date du changement ou encore l’élaboration du tableau bord de son expérience de vie, de son existence. A mon sens, et en ce qui me concerne, revoir et imaginer, à la fois des séquences de mon passé et certaines à venir, est à la fois troublant, déchirant, émouvant et impressionnant.
Le tout en raison des représentations ou des images qui nous confrontent comme une convenance, une affinité de notre raison alors que l’on pense tout savoir de soi. Par exemple, je n’ai jamais pensé au cimetière de Batna, ma ville natale, où sont enterrés quelques dizaines des membres de ma famille : grands parents, grands oncles et tantes, cousins et cousines, neveux et nièces, etc. des amis et des voisins et bien d’autres relations. Y penser au moment d’un départ ce sont des pans entiers d’une grande histoire qui défile devant moi.
Je me rappelle que ce cimetière, comme peut être tous les cimetières, n’est pas seulement fait pour accompagner à leur dernière demeure les défunts parents ou proches connaissances, il est également fait pour aller se recueillir sur leurs tombes, les jours de fêtes, se les rappeler à notre souvenir, revisiter une histoire de vie partagée. Une tradition qui persiste seulement pour les plus récents. Pourquoi le cimetière est-il remonté à la surface ? Je ne l’ai jamais compris mais c’était une pensée troublante qui a traversé mon esprit.
A suivre
Ferid Chikhi

18 mars 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 98 -

Bâtir sur du neuf et Toujours partir de zéro -3-
L’individu est par essence toujours en mouvement.
Pour dépasser le handicap et l’angoisse que la simple pensée du risque encouru créait en moi j’ai du me faire violence ou plutôt j’ai prohibé ou mieux encore empêché l’accès de mon esprit, de mon raisonnement, à tout ce qui pouvait contrecarrer la remise en question du cheminement que je m’étais assigné. C’était de l’autocensure que je m’étais infligée. J’ai pour ainsi dire révoqué tout empêchement possible à même de me faire changer d’idée.
Dans les faits j’ai du faire un bilan exhaustif des 50 dernières années et évaluer par anticipation la dizaine, un peu plus ou un peu moins, qui me restait à vivre. Donc, revoir le passé et envisager l’avenir. Deux démarches différentes qui ont, par endroit, des similitudes. Elles se complètent mais avec un point d’arrêt ou encore mieux un espace qui les sépare et qui les relie. Comme si c’étaient les outils d’un relais …
Sur un autre registre et selon ma propre compréhension, partir d’un pays est un processus qui s’envisage naturellement parce que l’individu est par essence toujours en mouvement. Sur un tout autre plan et selon les spécialistes de la mobilité internationale des ressources humaines l’arrivée dans un autre pays débute au lieu du départ.
Il existe un autre aspect de la question de l’exil tant de fois défini, évoqué et analysé, c’est celui de l’appréciation du vécu jusqu’à une certaine échéance. Celle de la récapitulation des périodes qu’une personne franchit de la naissance à la date du changement ou encore l’élaboration du tableau bord de son expérience de vie, de son existence. A mon sens, et en ce qui me concerne, revoir et imaginer, à la fois des séquences de mon passé et certaines à venir, est à la fois troublant, déchirant, émouvant et impressionnant.
Le tout en raison des découvertes qui nous sont flanquées au visage comme une injure à notre raison alors que l’on pense tout savoir de soi. Par exemple je n’ai jamais pensé au cimetière de Batna, ma ville natale, où sont enterrés quelques dizaines des membres de ma famille : grands parents, grands oncles et tantes, cousins et cousines, neveux et nièces, etc. des amis et des voisins et bien d’autres relations. Y penser au moment d’un départ ce sont des pans entiers d’une grande histoire qui défile devant moi.
Je me rappelle que ce cimetière, comme peut être tous les cimetières, n’est pas seulement fait pour accompagner à leur dernière demeure les défunts parents ou proches connaissances mais il est fait pour aller se recueillir sur leurs tombes les jours de fêtes, se les rappeler à notre souvenir, revisiter une histoire de vie partagée. Une tradition qui persiste seulement pour les plus récents. Pourquoi le cimetière est-il remonté à la surface ? Je ne l’ai jamais compris mais c’était une pensée troublante qui a traversé mon esprit.
A suivre
Ferid Chikhi

11 mars 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 97-

Bâtir sur du neuf et Toujours partir de zéro -2-
La proximité en question se vit au quotidien …
Répondre aux deux précédentes questions c’est ouvrir la porte à des spéculations, à des hypothèses les unes vérifiables les autres le seraient en partie parce que le faire c’est aussi refuser le changement et ne pas se risquer à voir le monde autrement que par la lorgnette de ceux qui veulent imposer le leur, totalement rétrograde, alors que les paradigmes de la vie et de la société sont en perpétuels transformation.
J’ai entendu des proches me traiter de fou. Oui, n’est-ce pas dans notre cas et à notre âge, faire preuve d’inconscience et à la limite de folie ? Mais il y a des conditions et des facteurs qui varient de jour en jour et personne n’en a la maîtrise. Ce sont ces moments de vérité qui vous engagent à aller de l’avant.
Mes deux filles les ont vécus avant nous. Ma femme et moi même les avons guidées dans ce cheminement. Il importe de souligner que la proximité avec nos filles n’a rien à voir ni avec la religion ni avec la culture traditionnelle mais elle relève bien plus de l’amour filial héritage de l’éducation inculquée par nos mères et nos pères. J’ajouterais que ce n’est pas aussi par la formation acquise dans le système scolaire d'une éducation nationale ‘’sinistrée’’ comme l’a qualifiée le défunt Président algérien Mohamed Boudiaf. C'est bien par l’éducation familiale qui forme, qui trace les contours et dessine tant la forme que le fonds de cette relation et le devenir des générations futures. La proximité en question se vit au quotidien.
Je tiens également à souligner qu’en ce qui me concerne quitter un pays c’est aussi laisser derrière soi des habitudes et des usages difficilement renouvelables ailleurs. Ce sont des parfums singuliers qui n’habillent plus l’atmosphère et l’ambiance du milieu de vie. Il y a aussi des sons et des bruits que je n’entends plus, tel que le timbre du pilon qu’utilisent les femmes pour préparer des condiments, ces aromates et ces épices, destinés à donner du goût et des senteurs spécifiques à la chorba, ce potage de tomate, plein de blé dur concassé et parfumé de coriandre ou à un Tajine de pruneaux agrémenté de raisins secs.
Au-delà des handicaps communs qu’il fallait dépasser ; le plus important a été, en ce qui me concerne, l’âge. Choisir de quitter son pays à 50 ans n’est pas en soi une aventure, un simple voyage mais un changement radical dans la vision, la perception ou la compréhension de l’immigration et de la séparation. C’est comme couper une seconde fois le cordon ombilical. C’est aussi une autre compréhension du passé.
À suivre
Ferid Chikhi

6 mars 2011

Un Numide en Amérique du Nord -96-

Bâtir sur du neuf et Toujours partir du zéro -1-
Des motifs et des choix qui en découlent
Pourquoi avez-vous choisi le Canada et le Québec ? C’est l’une des questions les plus redondantes que posent 90% de ceux que je rencontre au quotidien, lorsque vient l'instant d’aller plus loin dans la relation avec l’autre et la compréhension des chemins de vie empruntés, quelques-uns en toute connaissance de cause, d’autres parce que c’étaient ou ce sont encore les seuls qui se présentent à nous.
Il est vrai que malgré le temps qui passe et repasse, les causes premières du changement sont indélébiles. Il existe des bribes de souvenirs qui se cachent dans la mémoire et qui n’en sortent qu’après un exercice de recherche d’indices qui interpellent ou d’indications qui vous offrent des explications claires et raisonnables.
Il arrive aussi que les facteurs déterminants et les moments de vérité se présentent tout d’un coup comme un package publicitaire. Ils s’étalent devant vous comme des flashs qui brillent et desquels votre attention ne peut être détournée. C’est ce que j’ai vécu alors que je me trouvais en Allemagne à la veille du 11/09/2001. Mon arrivée à Montréal s’est passée un jour d’octobre de la même année. Plusieurs idées d’expatriation avaient été discutées avec ma famille.
Le choix se situait entre retourner au pays ou au contraire tenter le saut d’un ailleurs plein de promesses et bien entendu plein d’incertitudes. Plusieurs options s’offraient à moi avec quelques villes en France - Montpellier, Angers, Paris - où des amis me proposaient leur soutien ; l’Allemagne où je me trouvais déjà, ou au final le grand saut vers l’Amérique du Nord, le Canada et le Québec en particulier.
Il est vrai que quitter un pays est, pour certains, un simple voyage d’un point à un autre mais pour d’autres c’est une aventure pleine de risques. Mais pour le commun des mortels et dans les faits c’est une immigration. Le plus dur à vivre c’est que les candidats à ce voyage laissent derrière eux un pays, une famille, des amis. Mais en ce qui me concerne je savais qu’en plus du pays et de la société je laissais derrière moi un mode de vie ne serait-ce que parce qu’il y a un changement dans l’occupation du temps, une proximité sociale par les visites faites aux plus âgés et aux proches, notamment durant les fêtes religieuses et culturelles. Peut être et aussi en raison de l'âge !? Je quittais aussi un confort matériel monté avec ma petite famille et pour elle, selon des besoins précis et lentement agencés. Je me dessaisissais d’un monde fait de valeurs et de principes de vie différents de ceux qui font converger tant d’immigrants vers cette terre d’accueil qu’est la Belle Province. Pour ceux qui n’ont en pas fait l’expérience, ils doivent savoir que quitter son pays, c’est pire qu’une simple séparation. Ça se déroule alors qu'on est impuissant face à cet acte qui en même temps nous confronte et nous questionne ... S’agit-il d’une fuite ou au contraire d’une avancée vers le futur ? N’est-ce pas un acte de lâcheté ou au contraire un acte de bravoure de se risquer à aller de l’avant ?
À suivre ...
Ferid Chikhi