25 avr. 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 105 -


L’exploration de l’autre -5-
Au-delà du voyage spirituel, des chemins de vie
Des chemins de vie ! Lorsque j’ai pris conscience que ceux que j’ai empruntés, non seulement, je ne les ai jamais imaginés mais aussi que je n’avais jamais prévu d’y poursuivre une quelconque quête de spiritualité ou de recueillement, j’ai aussi compris que l’infini n’est pas la porte d’à côté.  Dans ma pratique religieuse, la foi et la spiritualité vont de pair et se complètent. Alors que je n’avais que 12 ans, j’ai appris, de mon grand oncle maternel, qu’elles vont de pair parce qu’il y a trois types de récitations d’un chapitre ou d’un verset pendant une prière.  Il y a les prières qui se font ordinairement, instinctivement, formellement … le matin ou dans la journée. Il y a celles qui se font à l’aube et le soir. Il y a aussi, une troisième, la meilleure, celle qui a été recommandée au ProphèteQSSSL dans la sourate - 73 - Al Muzzamil (L’enveloppé) : La prière pendant la nuit est plus efficace et plus propice pour la récitation. Tu as, dans la journée, à vaquer à de longues occupations.
Ce chapitre recommande de prendre le temps qu’il faut pour réciter le Coran, lentement et clairement. Il appelle à méditer les mots qu’on lit et à s’en imprégner pour faire l’agrégation entre la foi et le spirituel. Alors, je me suis dit, si ma pratique religieuse m’indique que la foi et la spiritualité vont de pair et se complètent, pourquoi ma pratique sociale ne devrait-elle pas être sur le même modèle et conjuguer échange, compréhension, partage et solidarité ?
Sur les Chemins de vie que j’ai empruntés j’ai eu, parmi tant d’autres, des rencontres apaisantes et sereines. Beaucoup d’entre-elles m’ont incitées à aller de plus en plus vers l’autre parce qu’il est étrange et l’étrange doit être exploré, découvert pour faire de celui qui le porte un proche et non pas un étranger quelque soit son origine.
Ferid Chikhi

18 avr. 2011

Un Numide en Amérique du Nord -104-

L’exploration de l’autre -4-
La course après son souffle
Un autre aspect de cet organisme m’avait emballé. C’était ni plus ni moins que son fonctionnement : Les ‘’Soirées sur l’actualité’’ qui portent un ‘’Second regard sur le monde’’ et qui offrent l’opportunité à des moments et en un lieu pour faire le point, échanger nos craintes et nos espoirs, trouver du sens à nos idées tout en posant des gestes pertinent.
Certes je ne remettais en question ni mes choix, ni mes valeurs et encore moins ma façon de vivre. Je n’avais pas un tel besoin mais, la curiosité, ce méchant défaut a pris le dessus sur la prudence et la réserve.
Nous nous sommes retrouvés, Leila et moi, à parler avec des Québécois de souche des défis que nous confrontons tous les jours, des mauvaises nouvelles comme des bonnes qui se succèdent et qui souvent perturbent notre quotidien. La course après son souffle ... expression du jour, de tous les jours.
Ma première participation n’allait pas être la dernière, malgré le fait que je sois musulman. Les échanges sont toujours cordiaux et ouverts. Des thèmes bien choisis par Jacques et Denise, deux personnes forts sympathiques, toujours accueillantes et surtout authentiques.
Les autres participants sont à l’écoute de nos propos et n’hésitent pas à questionner même sur les sujets les plus délicats. Les sujets qui fâchent. Mais lorsque ce sont des gens simples, malgré leur culture, leur éducation et leur instruction de haut niveau ou tout simplement leur expérience de vie, qui cherchent des réponses à leurs questions cela devient de l’exploration.
Ça ne heurte pas. Ça incite à sonder sa mémoire pour y valider si la bonne réponse n’y est pas déjà imprégnée. Si elle ne s’y trouve pas, vous le dites et, personne ne vous en tiendra rigueur.
A suivre …  
Ferid Chikhi

11 avr. 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 103 -

L’exploration de l’autre -3-
Parmi les besoins humains ... le sens de sa vie ... 
Tous ces immigrants sont confrontés au même paradoxe qui pourrait se lire comme suit : d’une part, les causes du départ de leur pays, - parce que la démocratie y fait défaut, parce que les conditions économiques est à l’origine de la précarité économique qu’ils vivent ou encore en raison de la guerre - et d’autre part, leur intégration à la société d’accueil notamment à cause de la problématique de la reconnaissance de leurs acquis universitaires et professionnels.
La reconnaissance d’un registre de connaissances, de savoir faire et de savoir être est tellement cruciale même si dans l’absolu c’est sur la base de ces deux paramètres auxquels vient s’ajouter la maîtrise de la langue française qu’ils ont été sélectionnés …  la problématique est que la non reconnaissance invite tous les immigrants du Québec à renier leur passé - au Québec il est question de faire le deuil du passé - et à partir de nouveau de zéro.
J’ai fais de cet énoncé une règle, un précepte, un enseignement ou selon certains le commencement d’une nouvelle vie telle que celle de tous ces immigrants qui arrivent en cette terre du nouveau monde qu’est l’Amérique du Nord, le Canada en tant que pays entre deux océans. Un pays ou deux solitudes (l’anglophone et la francophone) se regardent comme chiens de faïences.
Puis le Québec, terre d’accueil par excellence de l’immigration francophone. Un pays qu’une partie des habitants voudrait couper de l’ouest et que les citoyens de l’ouest veulent à tout prix garder dans la confédération, de peur de perdre soit leur âme soit leur esprit ou peut être les deux en même temps. C’est dire qu’emprunter de nouveaux chemins dans ce vaste monde n’est pas aisé parce que le risque de l’inconnu est toujours présent.
Pour le moment je ne vais pas élaborer autour de la suggestion de Lamine mais je reste sur les chemins de vie que j’ai empruntés. Chemins au pluriel et vie au singulier. J’ai vite compris que nous pouvions emprunter plusieurs chemins mais nous le faisons au cours d’une seule vie. Un jour un petit entrefilet dans un hebdomadaire local invitait à une discussion sur ‘’l’étranger et l’accueil des immigrants dans les pratiques religieuses’’ lancée par un organisme communautaire qui souligne dans l’exergue de ses missions que ‘’Parmi les besoins humains, il y a celui de trouver le sens de sa vie et de s’accomplir comme personne, y compris dans sa dimension spirituelle’’.
Les pratiques religieuses. Ce concept tellement banalisé a été le déclic qui m’a amené à chercher qui étaient les personnes qui présidaient aux destinés de cet organisme. Je n’ai pas trouvé les informations nécessaires et suffisantes pour me donner une idée précise de leur profil. J’ai eu quelques appréhensions et comme le dit l’adage ‘’tu chasses le naturel il revient au galop’’ ; très vite la curiosité du journaliste qui sommeillait en moi depuis plus de dix années émergea et …  me voici embarqué dans une belle histoire.
A suivre …  
Ferid Chikhi

5 avr. 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 102 -

L’exploration de l’autre -2-
Ils ne savent rien de nous.
Après l’euphorie de l’arrivée, Oksana a frisé la dépression parce que tout son savoir et son savoir faire ont été rejetés du revers de la main par des recruteurs y compris d’institutions gouvernementales, des employés et même le registrariat d’une université, même si après mille et une démarches elle a fini par accéder à une inscription en doctorat. Cela n’a pas empêché certains professeurs de lui faire faire des travaux de recherche qu’ils ne pouvaient mener à terme selon leurs propres compétences. Le résultat est simple à deviner : appropriation indue des conclusions de ses recherches.
Dés le début de sa dépression elle m’a fait part de son désarroi. Nous avons échangé sur la frustration qu’elle ressentait parce qu’elle ne trouvait pas un emploi en conformité à ses attentes. Lorsque je lui ai suggéré de rencontre un psy elle a souri, me regarda droit dans les yeux et me lança visiblement excédée : crois tu que je peux leur faire confiance ?  Ils ne savent rien de nous. Elle me rappela qu’une fois inscrite au doctorat en informatique, les employeurs qu’elle a contactés ne voyaient que celui avec lequel elle est arrivée au Québec mais non reconnu à sa juste valeur. Ils la remercièrent d’avoir offert ses services mais personne parmi eux ne voulait la recruter sauf pour un emploi de technicienne niveau collégial.
Un jour elle a étalé sept des qualificatifs qu’elle connaissait pour exprimer sa colère et sa frustration : Insatisfaction. Tristesse. Contrariété. Désagrément. Chagrin. Désillusion. Dépit. Une fois énumérés dans le désordre elle les a classés par ordre alphabétique : Chagrin, contrariété, dépit, désagrément, désillusion, insatisfaction, tristesse. Voilà, me dit-elle, le mur que je dois abattre pour être acceptée avec mes valeurs, mes compétences et mon expérience. Quelques temps après elle s’est mise à les proposer en mots croisés.
Dans nos discussions nous avons comparé ce que nous avons laissé derrière nous en quittant nos pays respectifs. Je cite Oksana, comme je pourrais parler de Simon un Ivoirien, Jean Jacques un Français originaire de Madagascar, ou encore Svetlana une Serbe, Mirela une Lithuanienne, Shérif un Bosniaque, Geneviève une Congolaise et bien d’autres … je le fais parce que récemment, mon frère Lamine, m’a invité à poursuivre ma réflexion en mettant en exergue Ce qui manque fondamentalement aux pays du Sud et qui se doit d'être réalisé (ou concrétisé ou encore réuni) pour qu'ils gardent leur jeunesse.
Il est vrai que l’idée m’a interpelée et avant d’aborder cet aspect des choses je me suis laissé prendre par les premières images qui défilèrent devant moi. …
A suivre
Ferid Chikhi