28 mai 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 108-

L’Ijtihad, l’accueil et l’hospitalité -1-
Malgré nos différences prônons un vivre ensemble intelligent 
Le propos qui suit se veut l’expression d’un aspect du cheminement que j'ai suivi pour me rapprocher de celles et de ceux qui m’ont accueilli et m’ont donné le temps d’occuper la place qui me revient selon leurs valeurs sociétales sans pour autant renier les miennes. Pour m’y faire j’ai pratiqué l’Ijtihad ‘’ - l’effort de réflexion sur soi-même’’ - tel que le préconise ma pratique religieuse.
Au préalable, je voudrais partager cette première réflexion : quitter un pays pour un autre est, pour certains, un simple voyage d’un point à un autre et une aventure pour d’autres. Je conviens aussi que pour la majorité il s’agit d’une immigration mais en ce qui me concerne c’est d’un exil qu’il est question.
Il faut comprendre que dans mon cas j’ai laissé derrière moi, non pas et seulement, un pays et une société, mais aussi toute une famille, des amis et des collègues. Les reverrai-je un jour ? Qui sait ? J’ai aussi laissé derrière moi des habitudes et des ambiances de senteurs et de parfums tels que le jasmin, le musc et la fleur d’oranger. Je me demande si un jour celles de l'érable et du bleuet les remplaceront ? Il y avait aussi des bruits tel celui de la résonance du pilon qui sert à broyer les condiments nécessaires à la confection des plats que réalisent avec tant d’attention les femmes de mon pays et que rien de similaire n'évoque au pays de Félix Leclerc et de frère André.
L’exil, ça se déroule alors que l’impuissance face au départ est avérée et tout en nous confrontant à notre vulnérabilité il nous questionne, il nous interpelle ... S’agit-il d’une fuite ou au contraire d’une avancée vers le futur ? N’est ce pas un acte de lâcheté ou au contraire un acte de bravoure que de se risquer à aller de l’avant, vers l’autre ?
Dans mon langage d’exilé venant d’un pays ou l’Islam est la religion dominante l’intégration suppose le respect des lois de l'hospitalité. Or, dés le début, j’ai compris qu’au Québec celle-ci prend une autre signification et se voit remplacer par l’accueil. Il est vrai que le québécois, dans sa générosité et son ouverture d’esprit, accueille beaucoup plus qu’il n’offre l’hospitalité. Et là, il a fallu m’adapter à ce nouveau paradigme, sachant que pour moi, l’accueil est une partie de l’hospitalité. C’est le 1er segment de la rencontre avec l'autre.
Ferid Chikhi
Contribution particulière
Revue ‘’L’Envoi’’ du Diocèse
De St Hyacinthe – Montérégie – Québec - Canada
12 mai 2011

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