30 nov. 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 130 -

Différences de partage ou partage des différences - 1 -    
La question du partage des valeurs et de la différence des valeurs a souvent été mise de l’avant au cours de ces dernières années par divers groupes sociaux, des chercheurs universitaires, des politiques, des observateurs de la vie sociale et culturelle, etc.
Des discussions sur les perceptions des uns et des autres se font jour au détour d’un évènement qui interpelle les consciences. Bien des avis émis ça et là sont dans une grande proportion modérément enrobés d’hypothétiques incompréhensions et de barrières culturelles auxquelles sont confrontés les nomades des temps modernes qui, dans beaucoup de cas, ne semblent pas prêts à se départir de leur profil originel.
Ces citoyens du monde - immigrants ou exilés, réfugiés ou demandeurs d’asile - qui ont fait de la mobilité leur mode de changement tout en s’implantant de plus en plus nombreux dans des pays d’accueil et d’ouverture tel que le Canada en général et le Québec en particulier ne s’en offusquent pas pour autant.
Au détour de lectures et parfois au cours de quelques discussions spontanées et réduites dans un espace temps par des modérateurs souvent hors champs, les propos de certains d’entre-eux m’ont fortement dérangé parce que je trouvais qu’ils s’appropriaient sans gêne des idées et des concepts qui font d’eux des spécialistes ou encore des experts alors qu’ils n’en ont pas l’étoffe. 
Parfois, en écoutant ces propos, ma crédulité a été suivie de ma perplexité et mon étonnement et prenait la place de mon ouverture à l’égard de toute personne libre de s’exprimer et d’exprimer librement sa pensée.
C’est dire combien la perception des uns lorsqu’ils parlent de ‘’différences’’ et de ‘’partage’’ et celle de ceux qui parlent de ‘’partage’’ et de ‘’différences’’ semblent être inconciliables.
À suivre
Ferid Chikhi

19 nov. 2011

Un Numide en Amérique du Nord -129 –

À la rencontre de ‘’K13’’ - Liberté
Au cours des 20 dernières années, j’ai parlé de la Liberté et de ma sensibilité à son endroit. Et qui n’en parle pas, me diriez-vous ? Vrai, nous en parlons tous d’une façon ou d’une autre, à un moment ou à un autre de notre vécu, de nos rencontres, des étapes de notre vie. C’est un fait universel et personne ne saurait l’ignorer. Chacun la vit comme il l’a comprend et elle se vit par chacun d’entre nous comme elle nous aliène à son contenu et à sa trajectoire. Récemment, j’ai eu le privilège de rencontrer ‘’K13’’.
Immédiatement, spontanément, je dirais même, normalement, j'ai associé son nom à Liberté.
Pourtant rien en son initiale ne rejoins cette représentation si ce n’est cette sensibilité que rarement nous portons en nous et que j’ai perçue instantanément en son être, en son entité, en ses caractéristiques physiques, en ses croyances exprimées.
Je dois dire que j’ai eu la ferme sensation d’être en phase avec la Liberté autant que je l’ai été lorsque par un matin de juillet 1991, le désarroi et l’affolement envahirent tout mon être.
Fortement secoué par son vrai sens, une profonde émotion s’empara de  moi. C’était un saisissement intense qui laissa en moi une empreinte mentale indélébile. En fait je venais comprendre,  de  découvrir que j’avais vécu une grande partie de ma vie dans une illusion entretenue par un environnement idéologique savamment façonné par des pseudo-maîtres que je n’ai pas mandatés en toute liberté.  
En rencontrant ’K13’’ - Liberté j’ai retrouvé l’espace de quelques heures mes amis du Tassili N’Ajjer : Abdel, Seddik, Tedjini et Kerami et des souvenirs enfouis depuis plus de dix ans au plus profond de ma mémoire. Cette rencontre a été aussi celle de nos deux entités. Nous avons alors parlé de La Cérémonie du Thé que certains définissent de la sorte : Le premier verre, disent-ils, est amer comme la vie, le second est doux comme l'amour, et le troisième est léger comme la mort. Mais, Kerami me l’expliqua différemment et me la fit vivre en trois temps. Le premier verre de thé préparé et servi selon un acte de préséance, m’avait-il expliqué, est doux comme la vie ; le second est sucré comme l’amour et le troisième est amer comme la mort.
Il m’a parlé de la liberté telle qu’elle est conçue chez nos cousins les Touareg et le solide lien qu’ils font entre les deux. En reproduisant ces souvenirs avec ‘’K13’’ -Liberté, j’ai repris le tout dans mes mots et sous ma plume, je l’ai habillée comme suit :
... Il fait de nos mots des poèmes ...
Le premier verre de thé est
Doux comme la vie
Nous sommes tous les jours confrontés à la douceur de la vie.
Quel que soit le chemin que nous suivons les lignes de notre vie se lisent sur nos visages.
L’important n’est-il pas de faire face aux choses de la vie ?
Relever des défis en acceptant les épreuves quotidiennes ?
Rester debout lorsque la précarité nous a ciblé
Plier quant le vent de la douleur souffle,
Ne pas se laisser abattre, toujours repartir et recommencer de nouveau …
Le deuxième verre est
Sucré comme l’amour
L’amour nous enlace et nous étreint.
Il ne prévient pas. Il nous enivre. 
Il nous fait pleurer, et nos larmes l’alimentent.
Il fait de nos mots des poèmes et de nos poèmes il panse nos blessures.

Il illumine notre monde et colore ses moindres espaces.
Il nous rend heureux ou fous.
Il remplit nos cœurs et la distance qui nous sépare.
Nous sommes faits pour aimer et pour être aimés.
Le troisième verre de thé est
Amer comme la mort
La mort complète l’amour de la vie.
Elle est son prolongement.
Contrairement à l’amour personne ne l’aime.
Personne ne la recherche. 
Elle est le repos éternel. Elle est sans issue. 
Le thé nous révèle l'amertume de la mort, la douceur de la vie et de l'amour.
Ferid Chikhi

11 nov. 2011

Un Numide en Amérique du Nord -128 –

Le testament d’Abd El Kader El Djazaïri
‘’Médiateur des temps modernes’’
Au moment où il est de plus en plus question de développements imprévus de ce qui est qualifié de ’’Printemps arabes’’, que des ‘’Indignés’’ manifestent leurs rejets d’un monde de plus en plus mercantile, une partie de la ville de Montréal vit au rythme de la 12ième édition du Festival du Monde Arabe avec pour thème central ‘’l’Émir Abd El Kader, sa vie, son message pour aujourd’hui’’. Que dire de plus sur cet homme qui n’a été dit si ce n’est qu’il a fait du dialogue avec l’autre l’instrument privilégié du rapprochement et de la médiation. En effet, pour Abd El Kader El Djazaïri, le dialogue est la clé du vivre ensemble. Il en a initié les fondements aussi bien dans les champs interculturel, interreligieux qu’inter-civilisationnel. 
Pour apprécier une partie de son profil il ressort de ses propres écrits et de ceux qui l’ont décrit que c’était un homme raffiné, cultivé, attentionné envers les femmes, humble, digne et sans haine envers autrui.
Quelques citations de ceux qui furent ses adversaires ou ses admirateurs nous renseignent sur son humanisme, son universalisme et ses valeurs morales
L’amour des richesses lui est inconnu
 « L’Emir est un homme remarquable. Il est dans une situation morale qui est inconnue de l’Europe civilisée.  C’est un être détaché des choses de ce monde qui se croit inspiré et auquel son Dieu a donné mission de protéger ses coreligionnaires (...) son ambition n’est pas de conquérir ; là n’est pas le mobile de ses actions ; l’intérêt personnel ne le guide pas ; l’amour des richesses lui est inconnu ; il n’est attaché à la terre qu’en ce qui tient à l’exécution des volontés du Tout-Puissant, dont il n’est que l’instrument ». Gabriel Esquer, officier français, dans une correspondance qu’il adresse au gouverneur général Droue d’Erlon à partir de Mascara le 14 janvier 1835.
Mystique et philosophe
«La seconde partie de sa vie, Abdelkader la consacra à une autre “espèce de djihad”. Celui de la réflexion, le djihad philosophique. C’est aussi à ce niveau que séduit la personnalité d’Abdelkader. Car on imagine mal un Bugeaud en retraite, consacrant le restant de sa vie à la mystique …  Dans sa retraite à Damas, Abdelkader consacra une partie de sa vie à approfondir la lecture du Coran. Ses écrits nous incitent à poser une question sur l’histoire littéraire et sur la renaissance arabo-musulmane et répondre qu’Abdelkader fut le précurseur de la «Nahdha». Jacques Berque.
L’espérance de tous les musulmans
« Abdelkader était un homme dé génie... certainement l’une des plus grandes figures historiques de notre époque... c’est un ennemi actif, intelligent et rapide, qui exerce sur les populations arabes le prestige que lui ont donné son génie et à la grandeur de la cause qu’il défend. C’est beaucoup plus qu’un prétendant ordinaire, c’est une espèce de prophète. C’est l’espérance de tous les musulmans fervents ». La vie d’Abdelkader - Charles-Henri Churchill, p. 36-1867, Londres. Introduction et traduction en français de Michel Habart - 1991.
Il œuvrait pour le rapprochement des peuples
‘’Les officiers français - à toutes les époques de la colonisation - n’ont jamais été favorables à révéler à l’opinion publique le comportement d’Abdelkader tant dans les rapports guerriers que dans les relations diplomatiques avec ses adversaires français.  C’était des rapports d’un homme loyal, d’un humaniste, d’un homme de paix - le recours à la violence lui fut imposé - qui œuvrait pour le rapprochement des peuples, même s’ils sont différents par la race ou par la religion’’. Le général Bugeaud
A la veille de sa mort, Abd El Kader El Djazaïri eut des paroles pleines de sens quant à l’appréciation de tout individu, elles nous interpellent et nous inspirent : Il ne suffit pas de demander quelle est l’origine d’un homme, il faut au contraire interroger sa vie, ses actes, son courage, ses qualités pour savoir qui il est et de qu’il en est. Si l’eau puisée dans une rivière est saine, agréable et douce, c’est qu’elle vient d’une source pure. Le néant est mon aïeul, la nature ma mère. Au moment où la trompette de l’archange me signale qu’il est la bonne heure, j’affirme l’unicité de l’unité dans l’unicité de l’être.
C’est dire combien cet homme a su développer des qualités universelles qui suggèrent une ouverture à l’autre en toute quiétude afin de développer un vivre ensemble en toute intelligence.
Ferid Chikhi

’Tu n’es point venu asservir des esclaves
Mais bien les faire jouir de cette liberté …’’
’Oui Sultan de France, tes agents exclusivement militaires, ne veulent que combats et conquêtes ; ce système n’est pas le tien, j’en suis sûr. Tu n’es point venu sur la terre d’Afrique pour en exterminer les habitants, ni pour les chasser de leur patrie. Tu as voulu leur apporter les bienfaits de la civilisation.
Tu n’es point venu asservir des esclaves, mais bien les faire jouir de cette liberté, qui est l’apanage de ta nation, de cette liberté dont tu as doté tant de peuples et qui est une des bases des plus solides de ton gouvernement.
Eh bien ! La conduite de tes généraux est tellement contraire à ces sentiments (qui sont les tiens, j’aime à le penser), que les Arabes sont persuadés que la France a l’intention de les asservir et de les chasser de leur pays.
Aussi, vois-je grandir chez eux et contre vous, une haine qui sera plus forte que ma volonté et mettra un obstacle insurmontable à l’exécution de nos projets mutuels de civilisation …’’
Extraits de la lettre de l’Emir Abdelkader à Louis-Philippe (Roi de France)