29 avr. 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 148 -

Cinquantenaire 1962-2012
Indépendance et liberté(s)
Les expériences, les pratiques idéologiques et les vécus du citoyen ont été qualifiés d’hérésie, de blasphème, de mécréance. Ils ont été déclinés par la négation de la personnalité et de l’identité premières de l’Algérien. Ils ont été à l’origine de la mutilation et de la défiguration de l’indépendance et des libertés citoyennes.
Pis encore, pendant que dans les autres pays les citoyens s’identifient les uns à leurs héros, les autres a leurs philosophes et à leurs esprits visionnaires … En Algérie, les usurpateurs au pouvoir se sont appropriés celui de décideurs uniques. Ils ont fini par imposer des inconnus, ignorants non seulement l’histoire de l’Algérie mais aussi son apport aux civilisations méditerranéenne et africaine.
Pourtant, des héroïnes et des héros, des penseurs et des idéologues et même des visionnaires, il en a existé, il en existe et il en existera dans ce pays qui a vu naître Massinissa, St Augustin et St Donat, Tin Hinan et Dihya, Cléopâtre Séléné et Kateb Yacine, Abane Ramdane et Boukhobza, Boudiaf et Tahar Djaout, Saïd Mekbel, Liabes et Belkhenchir, … et toujours la même litanie, la même complainte, la même souffrance collatérale.
Ce sont les meilleurs qui sont assassinés, dit-on. Ce sont les meilleurs qui sont contraints à l’exil et bien entendu ce sont les meilleurs qui restés au pays sont soumis, ostracisés, et pour reprendre la réflexion de l’un d’entre eux : ‘’… comme des enfants dans leurs lits, tenus de fermer les yeux pour dormir et bordés par l’autorité pour ne pas tomber … ’’. C’est fait pour couper net un éventuel glissement ou progression, amélioration ou performance menant vers un futur meilleur.
Pendant que les gouvernants prescrivaient et convoquaient des figures emblématiques des autres mondes, les nôtres étaient exilés, emprisonnés, torturés, bâillonnés, retournés ou au final effacés pour ne pas dire assassinés.
Si ce n’était pas au lendemain de l’indépendance, c’était au moment où le monde parlait d’amour et de paix ; si ce n’était pas au moment de la révolution industrielle c’était juste après. Ceux qui ont échappé aux trois premières décennies ont été liquidés durant la décennie noire.  Ceux qui résistent encore, à défauts de fuir sont exclus, s’auto-excluent ou s’ostracisent. 
Ferid Chikhi

24 avr. 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 147 -

Cinquantenaire 1962-2012
Des idéologies à la religiosité …
L’aboutissement, l’issue ou encore pour reprendre un terme révolutionnaire les acquis de la gouvernance de l’Algérie en ces temps de commémoration du cinquantenaire de l’indépendance sont connus. Ils sont triomphalistes pour les gouvernants et catastrophiques, immérités ou tout simplement déplaisants pour le citoyen.
Les recommandations, les résolutions et les conseils de ceux qui ont imposé la référence au peuple en ‘’toute démocratie’’ n’ont pas été respectés alors que c’était de mise durant les 50 dernières années du 20ième siècle. ‘’Un seul héros, le Peuple’’, nous disait-on, outrageant ainsi le sacrifice des vrais héros et des vraies héroïnes, ceux et celles qui ont donné leurs vies pour que vive la patrie. A t’on encore ce sentiment lorsque tous s’accordent à dire que c’est un véritable gâchis qu’ont commis ces politiques ?
Alors et de nouveau comment ressent-on, comment perçoit-on le lien de cette prescription de la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique lorsque nous la paraphrasons comme suit : ‘’Nous, le Peuple d’Algérie, en vue de former une UNION plus parfaite, d'établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, nous décrétons et établissons cette Constitution pour l’Algérie indépendante’’ ? 
Comment ressent t’on, comment perçoit-on cette obligation selon laquelle il existe une liberté collective sous jacente aux libertés individuelles notamment lorsque sans elle, l’avenir, le futur et la destinée des jeunes générations sont menacés ? Ou alors, doit-on penser que ce qui est valable pour un pays où la citoyenneté est un des fondements de l’organisation sociale ne vaut pas pour les autres pays ?
Après avoir perçu et ressenti les effets de la médiocrité politique de ceux qui sont censés parler du présent et du futur sans ignorer le passé, ma sentence est définitive : Les figurants et non pas les acteurs de l’été 1962- parce que les vrais acteurs se sont retirés aussitôt le départ du colonialisme validé – et les suivants ont aliéné le bien commun des algériens, c'est-à-dire sa personnalité et son identité, à leurs émules sans valeurs éducatives. C’est ainsi qu’ils ont fait passer le pays - de Massinissa, de Fathma N’Soumer, de Boudiaf, de Abane et de leurs compagnons – simultanément de l’idéologie socialiste et panarabiste sans omettre celle du non-alignement à une religiosité islamiste régressive, obscurantiste et déficiente.
Ferid Chikhi

17 avr. 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 146-

Cinquantenaire 1962-2012
‘’Nous naissons tous nus. La seule distinction : fille ou garçon’’
Je me suis toujours demandé comment ressent t’on, comment perçoit-on le lien, je dirais, ombilical qui fait que ‘Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ?’’ Oui ! Tout à fait au départ, au commencement, à la naissance nous sommes tous égaux et pour paraphraser un ami d’enfance ‘’nous naissons tous nus, la seule distinction étant celle du sexe : fille ou garçon’’.
Mais, personne ne peut ignorer que tout change dés le moment où les mains qui nous accueillent en ce bas monde ne sont pas les mêmes pour toutes et pour tous. À titre d’exemple, il y a celles qui le font avec une étoffe dans laquelle le bébé est enveloppé, d’autres le font avec un tissu de fine laine ou de coton, d’autres encore le font avec un drap ou mieux une soierie. Bien entendu, il y a les mains de l'amour.  C’est par cette seconde différence marquante que débute le cycle de la discrimination. Mais avec le temps tout devient ordinaire, commun, habituel et par conséquent admis et accepté. Le fils ou la fille d’un nanti n’a pas la même destinée que celle de l’autre, le moins riche, le pauvre, le miséreux, sauf en amour.
Pourtant, il arrive des moments dans la vie d’un peuple, d’une nation, d’un pays où des paramètres partagés rassemblent, réunissent, fusionnent ou agrègent toutes les composantes sociales. C’était le cas de la révolution de novembre 1954 et ce fut aussi le cas lors des premiers jours de l’indépendance de l’Algérie.
Là où le bât blesse, c’est ce million et demi de martyrs fauchés à la fleur de l’âge. Toute une génération décimée avec pour conséquence un vide abyssal entre les générations d’avant et les suivantes. Les meilleurs des jeunes âgés de 18 à 35 ans, sans distinction d’origines avaient perdu la vie dans une guerre déclenchée contre un indu occupant, le colonialisme français. Nos aînés, n’étaient pas là pour vivre ce moment privilégié, celui de voir le pays pour lequel ils avaient pris les armes vivre son indépendance.    
Un autre tracas pour certains, une épreuve pour d’autres et un gros risque pour les plus avertis, allait mener le pays là où il est. Il s’agit du profil de ceux qui ont présidé aux destinées de l’Algérie indépendante - ou du moins la grande majorité d’entre eux -. Ils n’étaient pas préparés pour la gouverner pour au moins deux raisons qui me paraissent essentielles, la première réside dans le fait qu’ils n’ont jamais été en première ligne de la lutte pour l’indépendance, donc sans formation réellement patriotique et par conséquent sans l’engagement solennel que les autres avaient pris envers la nation et le peuple. La seconde réside dans le fait qu’ils ont usurpé un pouvoir auquel ils n’ont jamais été préparés et à la conception duquel ils n’ont pas été associés. La majorité n’a jamais anticipé ou appréhendé se trouver en mode gouvernance d’un pays dévasté par 132 ans de colonisation.
Ferid Chikhi

10 avr. 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 145 -

Cinquantenaire 1962-2012
Une visite du passé qui pénètre le présent …
Repartons de zéro. 1962-2012. Cinquante ans déjà, depuis ‘’l’Indépendance de l’Algérie’’. Agé de 13 ans et déjà un changement majeur dans mon environnement immédiat. Des images enfouies dans ma mémoire ressurgissent. Je perçois une ambigüité, une contingence, j’allais dire une inconstance, dans leur visionnement.
J’ai la nette impression que d’une part ces images m’apostrophent, comme si elles m’interpellaient, me hélaient et que d’autre part, elles réclament que j’écrive sous chacune une légende comme pour les accompagner.
Est-ce une épreuve du temps ou simplement un ressourcement. Une visite du passé qui pénètre le présent comme pour le sonder. Lui rappeler qu’il a existé avant lui et avant le futur.     
L’indépendance !? J’avais abordé la question dans un autre chapitre. Je me demandais si l’indépendance était similaire à la liberté c'est-à-dire multiple, puisqu’il ya des libertés et indissociable d’elle ? Etait-ce un concept en lui-même, singulier, unique, indivisible ? Les dictionnaires, le Larousse, le Petit Robert, le Littré, etc. donnent une suite de mots s’identifiant à l’indépendance parmi lesquels j’ai trouvé : l’autonomie – la souveraineté – l’identité – l’autogestion – le séparatisme – le nationalisme - … même le mot liberté y est associé.
Cependant et dans les faits, l’indépendance d’un pays veut-elle aussi dire la liberté de son peuple, de ses populations ou au contraire l’une et l’autre n’ont aucun lien ou du moins une relation même très tenue ?
Durant les premiers moments de l’indépendance de l’Algérie, ce dont je me souviens parmi tant d’autres aspects, et je dirai qui m’a le plus marqué c’est ce mouvement généralisé, ce geste spontané doublé d’un naturel instinctif qu’ont eu presque toutes les femmes âgées et jeunes, mariées ou veuves, fiancées ou demoiselles … en jetant leurs voilettes et leurs voiles blancs ou noirs. C’était la première fois que je voyais en dehors de leurs maisons les visages à découvert des mères de mes copains d’enfance, ceux de leurs sœurs aînées et de bien d’autres femmes de la famille, des voisines, etc.
C’était un geste naturel. Personne n’osait émettre un quelconque interdit. Bien mieux bien des hommes s’étaient solidarisés et marquaient une certaine fierté en voyant tomber ce ‘’paravent’’ prétexte d’une protection honorable face à l’occupant. Ce geste était incontestable, vrai, authentique, souverain, historique. Il marquait le début d’une ère nouvelle, celle de ne plus être obligé de se voiler la face, de se cacher de l’ennemi colonialiste. C’était l’un des premiers gestes émancipateurs non pas et seulement de tout un pays mais celui de toute une nation. Un peuple qui aspirait à vivre libre et affranchi d’un joug qui a duré 132 ans.  C’était un des premiers gestes initiateurs de la femme algérienne.
Ferid Chikhi

4 avr. 2012

Un Numide en Amérique du Nord -144-

La Numidité plus une  mobilité  qu’une stabilité -2-
Il reste qu’il existe une relation et une continuité indubitables entre les multiples espaces, les univers, par exemple celui de l’air et celui du liquide ou encore celui d’un monde clos et celui d’un monde ouvert. Comme de bien entendu il en existe entre l’univers solide donc tangible, palpable, matériel tel que la terre et celui intangible, immatériel et impalpable tel que celui du temps.
De même, il existe des facteurs déterminants mais en apparence contradictoires, d’une part la stabilité et d’autre part la mobilité ; autant, le premier est nécessaire pour s’ancrer ou se fixer, s’implanter ou s’établir, s’installer et s’enraciner autant le second l’est pour partir, marcher, se déplacer, quitter, se mouvoir, voyager, cheminer, progresser, parcourir, se propulser, fuir ou encore se déraciner.
Cela peut être la caractéristique du voyageur, du pèlerin, de l’homme en mouvement, celui d’un Numide qui vit l'instant qui le mène d'un lieu à un autre, avec cette force qui le caractérise et dont il use pour aller de l'avant tout en préservant son passé. Un Numide vit ces situations de façon tout à fait naturelle.
Par ce mouvement, il fait une rupture avec la constance, la stabilité, la permanence. Cette mobilité le définit, le distingue et le singularise. C’est à travers elle qu’il est en équilibre. Cependant, toujours, il laisse derrière lui un peu de son passé récent. Il le laisse à la nature qui s’en charge, le fige, le modifie, lui donne la forme que le temps lui imprime et le fossilise en tant que de besoin.
La force du Numide est à la fois dans l'appropriation du moment passé et de l'espace dans lequel il vit mais aussi dans la distance qu’il parcourt et qu’il insuffle à sa personnalité. Il renaît par cette mobilité constante qui l’invite à vivre sa ‘’Numidité’’ tout en préservant son authenticité et sa pérennité.   
Ferid Chikhi