27 mai 2012

Un Numide en Amérique du Nord – 154 -

Du chahut de gamins au tintamarre des adultes …
Lorsque les gouvernés perdent confiance en leurs gouvernants et qu’ils appellent au changement, comment faire pour que cette défiance se réduise et disparaisse ? Comment des gouvernants qui se sont discrédités face à la majorité de leurs électeurs peuvent-ils de nouveau se réapproprier une quelconque influence ?
Les analystes les plus pertinents et les plus objectifs soulignent qu’au Québec le gouvernement n’a pas fait ses devoirs afin de mieux appréhender les revendications des étudiants, les dirigeants de demain. Au-lieu d’être à l’écoute des jeunes il a jugé utile - pour reprendre une expression d’un homme politique algérien des années ‘’80’’ - de qualifier de ‘’chahut de gamins’’ leurs demandes de maintenir le statuquo en matière de frais de scolarité.     
Qu’est-ce qui a donc aveuglé le gouvernement Charest au point qu’il use de la matraque au lieu du dialogue pour les convaincre alors qu’ils démontrent que leur intelligence n’est pas seulement académique mais sociale et politique. Des injonctions à caractère juridique à la loi spéciale 78 ce gouvernement s’est enfermé dans un labyrinthe dont il ne sortira pas à moins qu’un fil d’Ariane ne soit découvert dans les jours qui débute une nouvelle semaine cauchemardesque.
Personne n’ignore que les injonctions n’ont jamais résolu les problèmes politiques parce qu’elles sont porteuses de mépris et de dédain. Même si elles ont été adoptées pour faciliter l’accès aux universités de ceux qui ne font pas la grève ou le boycott - c’est selon - leur mise en œuvre a démontré qu’elles sont devenues l’amorce du rejet de l’autorité morale du gouvernement dés lors que l’adoption de la loi 78 a aidé à l’exaspération du ras le bol chez le québécois moyen.
Et, nous voici passant du ‘’Chahut de gamin’’ au ‘’tintamarre des adultes’’ le plus grand jamais enregistré en Amérique du nord. C’est dire combien l’observation des mutations sociales dans les pays industrialisés montre un déficit dans les relations qu’entretiennent les leaders politiques avec leurs électeurs. Des indignés il en nait, partout à travers le monde, des centaines de milliers par semaine.
Enfermés dans leurs tours d’ivoire les ministres sous estiment et méconnaissent les besoins fondamentaux des nouveaux groupes sociaux et des jeunes nés depuis la fin des années ‘’90’’ et le début des années 2000. Les nouvelles technologies de l’information par la configuration des réseaux sociaux font la démonstration qu’ils ne sont pas subversifs mais plutôt rassembleurs et collectifs.
Ce que les jeunes du Québec apportent de nouveau c’est qu’ils ont vite appris de passer sans transition de l’écran de l’ordinateur et du cellulaire à la rue. Il ne faut pas longtemps pour que la famille et les voisins en fassent de même.
Les élus du peuple, ministres du Québec – Courchesne, Bachand, Fournier, etc. - sans de nouveaux défis de communication avec la population ont déjà perdu la bataille morale ils finiront par perdre à jamais leur influence. Ils devraient, pour s’en sortir, d’abord améliorer leur discours tout en en veillant ensuite à ce qu’ils soient exempt d’incohérence, de langue de bois et de contradictions.     
Les leaders étudiants - Gabriel Nadeau-Dubois et Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins - quant à eux par la cohérence, la logique et l’objectivité de leurs déclarations, de leurs débriefings et de leurs allocutions, emballent déjà le public. Mieux encore, ils font la démonstration que non seulement ils sont éclairés et visionnaires mais qu’ils ont aussi la confiance de leurs camarades. Le soutien des syndicats ne s’est pas fait attendre pendant que les gens d’affaires et le maire de Montréal … se réunissent pour sauver les événements qui rempliraient les caisses de leurs institutions durant l’été qui s’annonce chaud. Le tintamarre pour ce qui le concerne est porteur d’échos planétaires et devrait à lui seul inviter les touristes à venir plus nombreux dans la métropole. N’est ce pas là un vrai festival populaire ? Mais bon, ni M. Charest, ni M. Tremblay et encore moins les gens d’affaires de Montréal ne l’entendent de la même oreille. 
Ferid Chikhi