20 août 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 160 -

Élections législatives au Québec - 2012.
Des options divergentes et risques encourus
Que dire du débat des chefs qui a mis aux prises deux hommes et deux femmes dont les options - les objectifs et les moyens - de faire de la politique sont diamétralement opposées mais qui toutes ont un vecteur commun, celui de l’argent, le budget, les finances ?
Sondeurs et analystes, journalistes indépendants ou non et faiseurs d’opinion, d’avant débat, prévoyaient un choc Charest / Legault. Choc qui au final n’a pas eu lieu, tant les politiques se ressemblent. Charest toujours fier mais sur la défensive était prêt à attaquer un Legault qui s’est avéré fort brouillon. Tous deux ont ciblé Pauline Marois mettant de leur côté Françoise David, se présentant comme une candidate humble mais pas effacée, ne demandant qu’à se faire une place dans une arène politique à laquelle les trois autres étaient rompus ; son seul objectif étant de se faire élire dans le quartier qu’elle n’a jamais quitté. 
A vif, ma première impression a été qu’autant les deux souverainistes étaient sur le registre politique et social, autant les deux fédéralistes tentaient de se positionner sur le registre économique néolibéral  tout en minimisant les stratégies portées par les deux dames.
Mme Marois, politicienne aguerrie, a clairement afficher ses intentions de donner les moyens de son autodétermination à un peuple qui mérite de profiter des richesses naturelles de son pays mais qui perd de plus en plus une partie de ses valeurs fondatrices : La langue française porteuse de la culture qui a su, en plus de 400 ans, garder ses lettres de noblesse et l’identité du fait français - francophone  diront d’aucuns - en Amérique du Nord.
Est-ce le hasard des idéaux portés par les deux femmes pour un Québec indépendant et des Québécois maîtres de leur destin ou est-ce les stratégies politiciennes - des deux autres candidats néolibéraux qui seront appréciés par les électeurs ? Le résultat est attendu au lendemain du 04 septembre.
Pour l’heure je retiens qu’au classement général je n’ai point été impressionné par François Legault. Le plus brouillon des deux politiciens. Il veut tout en supprimant des structures du réseau de la santé et de l’éducation offrir de meilleurs services aux citoyens concernés. Pour une cacophonie en devenir il n’y a pas mieux que cette option de suppression d’emplois pour faire des économies. La politique néolibérale dans sa majesté. En fait, de souverainiste à fédéraliste, il n’a fait qu’un pas que d’autres bien avant lui n’ont pas hésité à faire. Seulement pour la caricature d’ensemble, il y a une expression algérienne qui dit : ‘’il a passé une nuit dans le poulailler, le lendemain il a voulu chanter comme un coq’’.
Le moins crédible a été sans conteste - quoiqu’en disent certains analystes proches de ses thèses - le chef du gouvernement sortant qui malgré son expérience et la documentation qu’il détient n’a pas été à la hauteur d’un changement de l’opinion générale à son égard. La mienne, aussi minime soit elle, est faite.  Selon ses propres dires il n’a créé que 23.000 emplois durant l’année 2010/2011 après neuf ans de gouvernement. Comment peut-il en créer 50.000 par an avec le plan Nord et la perspective de 250.000 durant ses prochains mandats ? Encore un leurre !? Quant à la forte présomption de corruption, qui a miné sa gouvernance, l’attente sera longue avant d’avoir les résultats de la commission Charbonneau s’il est réélu.
Pour revenir à la meilleure, d’après le sens commun et l’orientation des questions posées aux citoyens par certains journalistes, Mme David, s’en est bien sortie d’autant plus qu’elle n’a pas été mise à mal par les deux fédéralistes soucieux, et c’était visible, de diviser le vote souverainiste.
Quant à Mme Marois, de loin la meilleure. Elle a notamment mis en exergue son programme politique et ses visions à long terme d’un Québec souverain, les valeurs porteuses d’une société ouverte et maîtresse de son devenir et de ses richesses et de celles de ses femmes et de ses hommes. Si la stratégie de ne pas dévoiler son programme financier a été réfléchie, cela a  fait mouche parce que ses adversaires n’avaient rien à cibler et à comparer à leurs intentions. Cela lui a servi, il reste qu’elle devra ajuster sa rhétorique pour le face à face.
Sachant que les élections au Québec ne sont pas seulement le fait des Québécois mais aussi celui de tous les Canadiens d’un océan à l’autre et surtout des gouvernants fédéralistes à tous les niveaux qui interférent directement ou indirectement, les officines poursuivant leur œuvre inlassable de garder cette province au sein de la confédération, les souverainistes devraient, toujours et encore, tenir compte de cette donne qui contamine les enjeux politiques au Québec.
Ferid Chikhi