9 févr. 2013

Un Numide en Amérique du Nord -179-

L’intégration des immigrants :
Réviser le système de sélection des immigrants -2/3
Tous énoncent que la problématique est autrement plus complexe. La difficulté d'intégration ne se situerait pas dans la concordance des exigences et des attentes de l'industrie versus les profils professionnels des immigrants, mais dans les déductions, les suppositions et le autres préjugés invoqués et confortés à partir de quelques cas singuliers - craintes d'une inadéquation pouvant perturber ou influer négativement sur les résultats de gestion, difficultés de compréhension des attitudes et comportements pouvant avoir des conséquences sur les relations interpersonnelles tant à l’interne qu’avec la clientèle, etc. - Par les employeurs pour ne pas leur donner la chance de s'intégrer professionnellement et par conséquent socialement.
Tous postulent que ‘’ces immigrants qui s'adaptent rapidement à l'incertitude et à l'éloignement de leurs pays et de leurs familles ; qui participent au changement fondamental qui les interpellent au quotidien ; qui prennent part à la vie de tous les jours au sein d’une société d’accueil généreuse et tolérante mais affichant des valeurs différentes qu’ils doivent embrasser ; qui font face au choc thermique  et aux relations informelles de bon voisinage … ces immigrants sont vus comme n’ayant pas les qualifications, les compétences, les expériences adéquates pour une insertion professionnelle rapide et conséquente’’.
À l’évidence, il est question d’un paradoxe qui ne dit pas son nom. Il y a d’un côté des emplois vacants avec des critères presqu‘universels et de l’autre côté des candidats répondant théoriquement à ces critères mais qui sont refusés pour des motifs subjectifs. Pourtant, ils possèdent des qualifications conformes (conformité établie par le ministère de l’immigration), une expérience (j’allais dire internationale puisque presque tous ont travaillé dans leur pays d’origine et pourrait faire profiter de leurs expériences les employeurs d’ici), une attitude gagnante (ne serait-ce qu’au plan de la motivation - ils veulent tous prouver qu’ils sont capables de …), mais au regard de l’appréciation des recruteurs ‘’ils ne répondent pas aux attentes des employeurs’’.
Les raisons des refus sont généralement ‘’la non maîtrise de l’anglais et/ou une soi-disant surqualification’’. Lorsque ces deux obstacles sont levés un troisième fait son apparition comme par enchantement et c’est celui du ‘’manque d’expérience québécoise’. Or, personne ne peut plus occulter que ce sont là des insuffisances infondées.
Le décryptage que j’en fais, et que fait un bon nombre d’analystes, d’observateurs et autres chercheurs issus de l’immigration, se lit comme suit : dans certaines circonstances il y a effectivement un réel embarras affiché à l’égard de l’attitude de certains immigrants, pourtant, tous ont été sélectionnés, choisis et triés sur le volet selon les exigences spécifiques du Québec et non pas du Canada ...
Or, ils n'arrivent pas à se faire accepter par les industries quelque-soit le secteur d'activité où ils postulent. Rares sont ceux qui arrivent à se placer dans des jobs qui répondent à leur profil.
La question fondamentale qui interpelle et qui est consacrée par l’actualité est la suivante : Que faut-il faire pour arrimer les profils aux exigences des employeurs, la réciproque étant vraie ?
L’actuel gouvernement préconise ‘’d’aller sur le terrain pour aider les chercheurs d’emplois à se placer en misant sur un programme d’intégration par les compétences’’. C’est là une piste intéressante mais pour réussir une bonne intégration ne faut-il pas des solutions plus pertinentes et régulièrement adaptées aux flux des arrivées sont requises de la part des institutions gouvernementales ? Par le passé, le Québec s'est adapté à des provenances autrement plus diversifiées : Chine, Italie, Grèce, Liban, Vietnam, Haïti ...  
Mieux encore, et je pourrais dire indubitablement, si les procédures de recrutements des immigrants doivent, elles aussi, être adaptées aux besoins en main-d’œuvre d’employeurs tatillons sur les attitudes et comportements beaucoup plus que sur les compétences et les qualifications, le schéma de la sélection et de l’organisation de l’accueil et de l’installation doit lui aussi être réaménagé, adapté et orienté vers plus d’efficacité et moins de déperdition. Par conséquent il doit être plus qualitatif que quantitatif. À titre indicatif, la marge d'appréciation de l'agent d'immigration en charge de l’évaluation des profils lors de l’entrevue de sélection, doit être bonifiée et élevée à plus de 20% de la pondération totale, à charge pour le Ministère en charge de ce portefeuille de procéder à des vérifications et à des validations de conformité chaque fois que de besoin. Mieux encore, pourquoi, dans certaines situations, ne pas faire appel à des consultants/recruteurs occasionnels issus de l’immigration ?
Ainsi le système de sélection après avoir été révisé en profondeur pourrait être ajusté, en fonction de l’apport de l’immigration aux régions et en tenant compte de l’expérience de Montréal tout en évitant de reproduire les mêmes erreurs.
À suivre
Ferid Chikhi
http://www.politicoglobe.com/2013/02/lintegration-des-immigrants/
http://www.vigile.net/L-integration-des-immigrants