1 sept. 2013

Un Numide en Amérique du Nord - 194 -

Immigration, Exil et Société d’accueil  - 2 - 
L’effet des mots … des maux … dans une société de progrès !
(…) Les personnes victimes des rejets de la part de leurs environnements humains et vivant des souffrances psychiques cherchent dans l’histoire des langues les mots appropriés pour se défendre et dénoncer ces perceptions, ces actes qui les marginalisent ... elles apprennent la victimisation, elles en usent à outrance ...
Afin de préciser ma pensée, je me dois de confier qu’il m’arrive de faire des temps d’arrêt pour faire le point de la situation concernant mon implantation en Amérique du Nord, au Canada au Québec et je me demande en quoi ai-je changé ? Cela se voit-il ? Mon statut, mes progrès, mes apprentissages, les changements auxquels je suis confronté sont-ils définitifs ou bien peuvent ils encore être altérés ? 
Je le fait en observant le fonctionnement de ma nouvelle société d’accueil. Une société que ses concepteurs et autres chroniqueurs, prosateurs, historiens et sociologues, décrivent comme étant multiethnique et très diversifiée. Avec des nuances puisque les uns la veulent multiculturelle les autres interculturelle.
Je continue à apprendre et à comprendre son fonctionnement, l’évolution avec laquelle elle se transforme, les résistances et les avancées sociales, culturelles et économiques. J’en conclus, sans détours, que c’est une société de progrès et de développements sérieux avec des impacts conséquents pour certains, notables pour d’autres, marquants et utiles pour les individus et toute la société ; d’autres sont constants et majeurs. Ils sont certes ponctuels mais très structurants.
Même la langue par ses mots et sa syntaxe se modifie sous l’influence des divers apports en provenance d’Asie, d’Afrique, d’Europe de l’Est, etc. Elle se transforme, change, s’adapte, s’ajuste et les technologies de l’information d’un côté accélèrent ses améliorations et d’autres hâtent la disparition de quelques règles de base considérées comme désuètes. La langue Française au Québec se métamorphose.
Pourtant, ce sont seulement des mots, des termes, des vocables, des concepts…en quoi peuvent-ils influencer les attitudes et les comportements ? Et bien, ils prennent une signification et un sens particuliers lorsque la façon de les dire ou de les écrire est porteuse d’arrogance, d’insolence, de suffisance, d’irrespect, de raillerie…Ils peuvent aussi exposer le mépris et le dédain.
Il est vrai qu’en fonction des époques, certains de ces substantifs sont sagesse et conscience. Sentiment d’amour ou perception d’inclusion. Ils motivent. Ils justifient, ils légitiment, ils innocentent, ils réhabilitent, ils condamnent…Cependant, souvent ce sont les pires que l’on retient parce qu’ils frappent la conscience. Leur fonction est de nier l’autre.
À titre indicatif…À la fin du siècle dernier, un mot, un terme signifiait la violence à l’endroit des femmes. Il l’est encore de nos jours. Misogynie. Bien entendu, il existe depuis toujours mais ce sont les Grecs qui nous l’ont concocté sous sa forme et son sens actuels. Il est à la fois excessif, abusif et précis. Parmi les peurs générées par les violences sociales la misogynie était répandue sans être totalement généralisée. De nos jours on n’en parle presque plus. Les gens se sont organisés pour tout réduire à des cas et des actes isolés. Un soutien psychologique, de défense, de protection et même de prévention sont offerts aux femmes. La loi s’applique même si parfois elle l’est de façon restrictive.
Pendant ce temps d’autres individus sont ciblées. Des fléaux sociaux nouveaux occupent le champ médiatique !? On vient à en oublier que les séquelles de la misogynie sont encore observées et des stigmates sont devenues indélébiles chez beaucoup de femmes et par extension de familles. Pourtant la récurrence est toujours là, aveuglante, violente et de plus en plus agressante.
Des appels à la fois insidieux et perfides sont entendus afin de les réduire. ’Il faut passer à autre chose’’ entend-on ça et là. Les regards se focalisent sur des événements sociaux et idéologiques, qui malgré le fait qu’ils soient différents par leurs formes et leurs contenus, restent singuliers par leur ampleur. Le monde moderne les redécouvre presque simultanément.
À suivre
Ferid Chikhi