7 sept. 2014

Un Numide en Amérique du Nord - 224 -

L’Islam est-il vraiment malade ? -2-
Les rêves qui ne se concrétisent pas deviennent des cauchemars
"L'écriture est supérieure au signe et à la parole, elle est plus utile ;
Car la plume quoiqu'elle ne parle pas, se fait entendre des habitants de l'Orient et de l'Occident.
Sans elle, il ne s'établirait parmi les hommes ni religion ni société "
L'Emir Abd El-Kader
L’origine du mal et ses effets sur les nouveaux oracles
L’islam a bien été accommodant et protecteur non seulement envers ses fidèles mais aussi avec et pour les autres pratiquants des religions monothéistes. A titre indicatif, souvenons-nous juste de l’Émir Abd el Kader et des chrétiens de Syrie.
En tant que musulman, comme tous ceux qui sont de culture musulmane, nous savons que les
préceptes dispensés aux enfants et aux jeunes, non seulement par l’éducation familiale en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Libye, en Syrie, en Égypte, en Irak, etc. pour ne parler que d’une partie du monde (dit arabe) mais aussi par leurs maîtres, leurs enseignants, leurs précepteurs, leurs professeurs, leurs éducateurs n’ont jamais été ceux introduits depuis (la fin des années 70 et le début des 80) que l’Arabie Saoudite est devenue un protectorat des USA et un allié inconditionnel d’Israël.  
L’agressivité, la barbarie la colère, le courroux, la violence et encore moins la bestialité et la cruauté n’ont jamais fait l’objet de ces apprentissages… La mort ou tout ce qui mène à la mort a de tout temps été évité; les jeunes musulmans apprennent la sagesse, l’affection, le respect de l’autre et surtout des plus âgés, des femmes, des enfants et des plus vulnérables, le partage… (La Zakat = l’aumône). Oui ! Des changements sont intervenus depuis une quarantaine d’années avec l’introduction d’enseignements idéologiques qui n’ont rien de commun avec la pratique de l’Islam… Et, heureusement que de nos jours, l’origine de tels enseignements n’est plus un secret pour personne.
Dans le même registre,  je retiens que ceux qui, aujourd’hui, agissent pour islamiser, imposer une charia hors contexte, le Khalifat, etc. n’ont rien de musulmans. Ce ne sont ni des fondamentalistes, ni des intégristes et encore moins des dogmatiques (groupes d’individus avec lesquels je ne partage ni les pensées et encore moins les actes)… Ce sont des mercenaires criminels, primitifs, incultes, agissants après avoir été formés à la tuerie, au carnage, à l’extermination ; ils œuvrent pour le compte de forces - pour le moins occultes mais qui commencent à être débusquées - que les USA et leurs alliés croient contrôler mais qui ne leur ont jamais été ni soumises ni obéissantes. Les massacres collectifs et massifs au quotidien qu'il y a eu en Algérie durant les années ‘’90’’ semblent être une source d’inspiration pour ces tueurs des temps présents... en Syrie, en Irak, au Nigéria, et peut être bientôt en Inde, etc.
Un autre questionnement me vient à l'esprit et considérant ce qui se fait et qui est imputé à tous les musulmans sans distinction. Supposant que le vrai ennemi est Israël, comment se fait-il que ces individus ne se soient pas rendus à Gaza pour défendre d’abord des musulmans qui sont soumis au diktat de  HAMAS et ensuite libérer la Palestine ? Pourquoi ces djihadistes n'ont jamais attaqué Israël, y compris hors d'Israël ? N'est-ce pas là une autre bizarrerie ?
Par ailleurs, celles et ceux parmi les nouveaux oracles, qui se réveillent de leur long sommeil en criant à la réforme de l’Islam, sa mise à niveau avec les transformations rapides que connait le monde occidental, depuis le début de ce millénaire, qu’ils se rassurent, s’ils veut bien l’être, cela est déjà consacré et suit son cours… L'Islam et les Musulmans n'ont pas attendu leurs prédictions et autres conseils pour revivifier leur pratique et la mettre au diapason des temps modernes.
L'Islam, les musulmans et leurs réformateurs
Un grand nombre de penseurs, d’intellectuels, de chercheurs sont en accord pour considérer que le Coran et les pratiques musulmanes doivent être relus et réétudiés avec une attention et une intelligence toute particulière afin de les adapter et baliser leur mise en œuvre de la meilleure compréhension possible et le pragmatisme les plus conformes aux interrelations qu'exigent le présent et le futur.
En réalité, ce travail essentiel, l’Ijtihad Fil Ilm oual Maarifa ou effort dans la science et le savoir, a toujours existé dans le monde musulman. Des réformateurs ont fait part de leurs réflexions, de leurs idées et de leurs pensées ; leurs œuvres jalonnent les espaces temps, territoires et ornent les bibliothèques de l’Europe, accessibles seulement à quelques érudits. Quelques-unes de ces intelligences musulmanes, ont réussi avec brio, d’autres ont subi des échecs cuisants, face à des conservateurs inflexibles, loin d’accepter que leurs privilèges acquis, parfois de longue date, soient remis en question par des inconnus ou des jeunes maîtrisant plus des connaissances théoriques que possédant une pratique de vie.
De nos jours, les profils d’une grande partie des nouveaux penseurs, de ces exégètes et autres intellectuels (anthropologues, psychiatres, théologiens, sociologues, etc.), faisant preuve d’un Ijtihad moderne, étudient, analysent, explorent... avec minutie, le Coran, la Sunna, les Madhaheb (écoles juridiques) ou Fiqh et même les autres religions et leurs apports, pratiqués dans tous les pays musulmans ; ils ont publié, ils ont donné des conférences, ils ont parlé aux médias mais ils sont souvent mis à mal par des fanatiques et des extrémistes ignorants les fondements de l’Islam.
Ces individus profitent de l’illettrisme quasi généralisé des populations, dans les mosquées, les écoles coraniques et autres lieux et temps de rassemblement pour réduire au silence toute personne qui oserait remettre en question leur parole. Ils sont plus considérés, plus suivis et plus écoutés par des pans entiers des sociétés musulmanes où le patriarcat pèse plus de son poids coutumier que de la sagesse recommandée par la tradition musulmane.
Ils s’opposent, ridiculisent et mettent à l’index, sans aucun ménagements, ces érudits, ces autorités dont la probité intellectuelle et leurs travaux sont recherchés partout dans le monde occidental et interdits de séjour dans leur propre pays. Le cas de Feu Mohamed Arkoun agressé violement en Algérie par El Qaradaoui ; Soheib Bencheikh, jeune théologien franco algérien, empêché d’exercer son imamat par des idiots utiles, en sont deux parfaites illustrations. Il en fut de même dans un passé pas très lointain, et je pense aux exils forcés de Djamel Eddine Al Afghani…  Mohamed Abduh, etc.
De nos jours Ghaleb Bencheikh, Malek Chebel, Rachid Benzine, Naima Dib ou encore Mohamed S. Al Ashmawi... sont les plus percutants dans leurs travaux. Ce qui est peut être navrant et déplorable, c'est que malgré leur intelligence, leurs représentations, leurs façons d’aborder les problématiques qu’ils mettent de l’avant, quelques-uns de ces nouveaux penseurs, de ces sommités, non seulement, n’ont pas su et ne savent pas encore utiliser les moyens et les canaux traditionnels de la communication mais ne maîtrisent même pas les moyens modernes pour communiquer avec le commun des mortels.
Peut-être est-ce en raison de leur manque de pédagogie à l’endroit des populations illettrées ou par manque de mise en adéquation de leurs rapports avec les individus ou encore par manque de capacité de vulgarisation ? 
Toujours est-il, leurs discours, leurs réflexions, leurs idées semblent être pensés, conçus et écrits à l’adressent d’autres intellectuels et érudits qu’à des populations ignorantes et encadrées par des activistes rétrogrades, passéistes et dans la majorité des cas obscurantistes.
A ce qui précède, s’ajouterait un autre aspect lié à leurs personnalités. Il est à la fois spécifique et plus imperceptible ; il s’agit du manque de courage qui habite les visionnaires, les initiateurs, les précurseurs. Ils se positionnent chacun dans des cases différentes et souvent sans interrelations, par égocentrisme ou par vanité, qui sait ?
Un traducteur n'est pas un interprète
N’en demeure pas moins que leurs travaux peuvent être classifiés comme suit :
1. Il y a ceux qui pensent à une véritable épuration des versets qui alimentent la primauté de l’homme sur la femme, ceux qui incitent à la violence et à l’engagement guerrier, ou encore ceux qui désignent
les non musulmans comme ennemis de l’Islam et par conséquent ils doivent être mis à mort.
2. Il a ceux qui invitent à maintenir la situation telle quelle mais en évitant d’enseigner les versets inadaptés ou inappropriés selon les contextes et les territoires.
3. Il y a ceux qui considèrent que tout doit être enseigné et il appartient à tout un chacun de distinguer le bien du mal. La conscience et la raison faisant le tri.
4. Il y a ceux qui invitent à séparer la religion de la politique en veillant à ce que l'une et l'autre ne se côtoient pas et que l’enceinte des institutions, en commençant par les lieux du savoir, soit fermée à la première. 
Pour conclure, Je me souviens d'avoir entendu Socrate dire que l'essentiel n'est pas dans la citation des autres mais dans l'intelligence de penser par soi-même, alors, trois conseils aux donneurs de leçons insignifiantes, habitués des salons feutrés de l’Occident. Ils devraient, en premier lieu, ne plus être tributaires de traducteurs mais de s’adresser un peu plus aux interprètes. Ensuite, ils gagneraient à se brancher, non pas à la fibre optique mais à s’ouvrir, ne serait-ce qu’à ceux qu’ils qualifient sans retenue ‘’d’égorgeurs en veille’.
Enfin, dès lors que leurs apprentissages s’en ressentiraient et leurs perceptions auraient changé, ils pourraient avoir accès au chapitre de l’interpellation des musulmans et de leurs intellectuels, penseurs, observateurs, analystes, etc. afin que ceux-ci envisagent de désacraliser le Coran. En d’autres termes, au lieu de se fier à des auteurs en mal de notoriété qui pondent des réflexions, des études et autres analyses faites, pour certaines, à distance des lieux où la pratique musulmane est consacrée, Ils gagneraient à ouvrir autrement et un peu plus leurs esprits obtus !?
Les sociétés musulmanes dans leurs grandes diversités, partout dans le monde, mais aussi et surtout les sociétés de culture arabe, grâce aux idées d’authentiques intellectuels et penseurs travaillent depuis longtemps à changer la donne.

Ferid Chikhi