30 juin 2015

Un Numide en Amérique du Nord - 245 -

Digest : La bas, ici et ailleurs -III-
Conjonctures et actualités
Deux semaines mouvementées et mortifères, c’est ainsi que beaucoup qualifient cette fin de mois de juin 2015 malgré un début de Ramadhan que les musulmans pensaient calme et serein. C’était sans compter avec les criminels de DAESH qui ont ensanglanté la Tunisie et le Koweït tout en poursuivant leur occupation macabre en Irak et en Syrie. Les Algériens, en signe de solidarité avec leurs frères et sœurs de Tunisie promettent d’envahir, l’été durant, les plages de ce beau pays.  La conjoncture a cependant a été riche en sujets, faits et évènements aussi intéressants les uns que les autres.
À la mémoire de Boudiaf
En ce 29 juin 2015 et en commémoration du 23e anniversaire, de l’assassinat de Mohamed Boudiaf, seuls quelques compagnons, anciens moudjahidine et des plus jeunes militants étaient présents au cimetière d’El Alia pour se souvenir de ce grand patriote, père de la révolution de Novembre 1954.
Par contre c’est du Nord de Bouira, dans la commune de Haizer qu’un collectif de jeunes, pour la plupart des militants du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), a pris l’initiative d’organiser à sa manière, un hommage à ce martyr de la cause nationale.
Ils se sont mobilisés dans la soirée de lundi dernier d’abord en allumant des bougies et en brandissant des portraits de feu Boudiaf et l’emblème. Ils ont aussi observé, une minute de silence contre l’oubli. Ce même collectif avait fait de même en rendant hommage à la mémoire de Matoub Lounes, le 25 juin 1998.
Bien entendu, nous n’oublierons pas la perte cruelle de Slimane Amirat, victime d’une crise cardiaque alors qu’il se recueillait, sur la dépouille de son compagnon Mohamed Boudiaf. Qui oubliera la conception de son choix pour l’Algérie ? Il avait en quelques mots dit son amour pour sa patrie : ‘’À choisir entre l'Algérie et la démocratie, je choisirais l'Algérie’’. En ce  1er juillet 1992, l’Algérie venait de perdre deux de ses valeureux fils.
Raif Badaoui
Oui ! Commençons par ce jeune blogueur Saoudien qui a crée, en 2008, le site Free Saudi Liberals. Il militait pour une libéralisation morale en Arabie Séoudite. Il a finit par être accusé d'apostasie et d'insulte à l'Islam et par conséquent arrêté et emprisonné depuis juin 2012. Il a été condamné à 1 000 coups de fouet et 10 années de prison.
Son avocat Walled Abu Al Khair a été, lui aussi, emprisonné. Raif badawai a déjà reçu une partie de la sentence de flagellation le 09 janvier 2015.
Malgré la condamnation de la sentence par plusieurs gouvernements, l'ONU et Amnesty International, celle-ci a été récemment maintenue par la cour suprême du pays. Des dizaines d'organisations se déploient dans le monde entier pour empêcher l'exécution du jugement qui a été maintenu par la cour suprême saoudienne et faire libérer ce jeune Saoudien afin qu'il rejoigne sa famille réfugiée au Canada.
Le mariage gay aux USA
Mercredi 17-06-2015, avec deux décisions de la Cour suprême sur le mariage, les 9 juges ont invalidé, par 5 voix contre 4, la loi fédérale de protection du mariage (Defense of Mariage Act ou DoMA) votée en 1996, qui définissait ce dernier exclusivement comme l'union d'un homme et d'une femme. Tournant historique pour l'Amérique et victoire majeure pour la communauté homosexuelle,
Ce jugement suggère que les États n'ont pas le droit de discriminer les couples gays et il faut s'attendre à ce que des États comme l'Alabama ou le Texas soient saisis de multiples recours en justice.
Malgré, 52 % des américains se disant favorables au mariage homosexuel il existe une réelle et profonde division culturelle de l'opinion sur ce sujet. Les États qui refusent toujours le mariage gay ''vont se battre'', surtout que la Cour n'est pas allée jusqu'à définir le mariage comme un droit absolu ouvert aux homosexuels. Des batailles juridiques et politiques sont à prévoir dans les États mais aussi entre le niveau fédéral et celui des États.
La Grèce, sa dette et l’avenir de l’Europe
312 milliards tel est le montant de la dette Grecque. Elle devra rembourser 284 milliards d'euros, sur des centaines d'échéances pendant 40 ans. Jusqu'en 2054, précisément. Le FMI en détient 24 milliards d'euros (selon le taux de change de l'euro contre les DTS, les droits de tirage spéciaux - une sorte de monnaie créée par le FMI - qui est, à ce jour, de 1,26 euro). La BCE (Banque centrale européenne), en détient 27 milliards d'euros, soit un peu moins de 10%, que la Grèce devra rembourser entre 2015 et 2037.
En réalité, le plus gros détenteur de la dette grecque est le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Plus communément appelé le Fonds de secours européen créé en mai 2010, au début de la folle crise de la dette en zone euro, pour aider financièrement un État de la zone euro en difficulté. Le FESF a donc aidé la Grèce à hauteur de 131 milliards d'euros, avec des remboursements qui s'étalent de 2023 à 2054.
Les autres États membres de la zone euro sont également créanciers de la dette grecque. Non seulement directement, via des prêts bilatéraux, à hauteur de 53 milliards d'euros. Mais aussi via le FESF. Car le FESF est garanti par les États membres, selon des montants qui dépendent de leur participation au capital de la BCE. Du coup, via le FESF, l'Allemagne et la France sont ainsi exposée à hauteur de 56,5 milliards d'euros et de 42,4 milliards.
Les pays membres de la zone euro ont déjà fait plusieurs concessions pour aider la Grèce à assurer le service de sa dette. La solution serait, qu’ils acceptent une décote sur la valeur des titres qu'ils détiennent, comme c'était le cas pour les créanciers privés il y a trois ans.
À la veille du referendum Stelios Kouloglou un eurodéputé grec, membre de Syriza soutient que : "S’il y a un compromis, alors on peut trouver différentes solutions. Soit annuler complètement le référendum, soit voter pour le oui. S’il y a un accord, le référendum perd de son importance parce que tout le monde sera d’accord’’. Attendons pour voir…
Écriture et critique
Le 17 décembre 2014, Boudjedra souligne dans une virulente critique que le roman de Kamel Daoud ‘’Mersault, contre-enquête est un livre médiocre, sans construction ni philosophie. Ce livre a été écrit en français et publié en France’’.
Une semaine plus tard, le 23 décembre 2014, c’est au tour du P. Abdelmadjid Merdaci, de l’université de Constantine, dans une réflexion qu’il intitule ‘’Une insensée et ruineuse campagne de promotion’. Il débute sa critique par ‘’Que l’appel d’un imam déjanté aux tribunaux de la République pour juger et infliger une lourde sentence de mort à un écrivain perçu comme blasphémateur envers l’Islam, religion de la majorité des Algériens, soit un fait inhabituel dans notre histoire littéraire, il ne devrait pas moins inviter à réfléchir à ce qui apparaît comme une violente et insupportable campagne de promotion dans les médias français d’un livre et de son auteur aux effets détonants et imprévisibles en Algérie…’’. Dans la suite des commentaires relevés sur quelques médias sociaux, certains s‘en prenaient, non pas à la critique du Professeur mais, au fait qu’il avait remis en question ‘’L’euphorie ambiante’’ dans laquelle ils baignaient suite à l’attribution du prix Goncourt du premier roman.
Ce sont surtout les propos de l’un et de l’autre qui ont été ressenti comme une attaque généralisée, non pas contre le contenu du livre, le style de l’écriture, la trame, etc. mais contre un jeune chroniqueur qui passe subrepticement du statut de journaliste à celui d’écrivain.
Cependant, ce qui a attiré mon attention c’est que Boudjedra et Daoud ont en commun les attaques d’un activiste islamiste qui a déjà émis une fatwa contre le second que le premier ne soit pas enterré avec les autres musulmans. Aussi paradoxale que cela puisse paraitre cet individu, malgré ses propos haineux et violents, n’a en aucune manière inquiété par les autorités judiciaires ou de police.
Des projets de lois au Québec
Le projet de loi 56 - Ou comment dénaturer la définition et la mission des OSBL
Ce projet de loi modifie la Loi sur la transparence et l’éthique en matière de lobbysme or, le gouvernement du Québec prévoit une consultation restreinte au lieu et place d’une consultation générale. Des conséquences majeures pour un très grand nombre d’OSBL sont à prévoir.  C’est d’ailleurs l’assujettissement possible des OSBL qui a été souligné par les médias pour résumer le contenu du projet de loi 56.
Selon le contenu de la pétition en cours de signature sur le site de l’Assemblé Nationale il est souligné qu’il y aura ‘’Des conséquences néfastes sur l’exercice de citoyenneté, sur le droit d’association et sur la liberté d’expression : Il limitera l’exercice de la démocratie et de la citoyenneté, brimera les droits d’association et d’expression et la défense de la population et des biens collectifs. Il sera préjudiciable à des dizaines de milliers d’organisations issues de la population, car leurs actions et leurs pratiques citoyennes, de même que leurs relations avec la population et l’État seront compromises (par exemple ceux qui ont un numéro de charité). Il fait un amalgame entre représentation politique et lobby. Ces modifications ont été plusieurs fois très majoritairement rejetées. Le résultat sera d’empêcher les groupes de s’exprimer, d’agir, de faire de la sensibilisation, etc.’’
La même restriction de consultation est programmée pour les projets de loi 59 visant à contrer la radicalisation religieuse et sera accompagné d’un plan d’action, alors que le PL 62 visant la neutralité de l’État, constitue la réponse du gouvernement libéral au projet de loi portant Charte des valeurs de l’ancien gouvernement péquiste. On peut donc se demander : où va le Québec ?
Ferid Chikhi