31 déc. 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 272 -

Pour 2017, l’année à venir et qui débute cette nuit à 00 : 00.

Je me promettais d’écrire ma liste de résolutions avant le dé but de la soirée.
Ce matin en mettant de l’ordre dans mes livres de référence j’ai feuilleté l’un d’entre eux :  sur l’apport de la civilisation américaine. Mon regard s’arrête sur une phrase, une citation de William Jennings Bryan, démocrate pacifiste et anti-impérialiste, ancien secrétaire d’État, un des plus grands opposants de la théorie de l'évolution et à l'impérialisme américain. Cette phrase est : ‘’Le destin n’est pas une question de chance mais une question de choix. Ce n’est pas une chose qui doit être attendue mais une chose qui doit être accomplie.’’.
Alors, je me suis demandé comment et non pas pourquoi
faire une liste de ce que devraient être mes objectifs principaux alors que d’habitude je laisse faire le destin ?
Des décennies d’ambiance et de culture pour ne pas dire seulement de pratique musulmane ça imprègne et ça laisse des traces indélébiles dans l’esprit ; d’autant plus que chaque année, le rituel des fêtes religieuses revient et nous rappelle l’enfance, l’adolescence et même la jeunesse. Heureusement que seuls les moments les meilleurs surgissent et resurgissent par moments.
Pour 2017, je ne fais pas de liste, pas de résolution et pas de de chemins particuliers à suivre. Seuls les moins et les plus vont compter.
Ferid Chikhi

16 déc. 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 271 -

Pour un retour sur des visions et des vécus
Tout ce que nous possédons aujourd’hui, nous le perdons un jour
Y a-t-il de l’espoir dans notre monde en bouleversement ? Répondre à cette question aussi abruptement qu’un éclair dans le ciel n’aide pas à la sérénité. Faut-il parler de faits singuliers que les médias mettent en évidence à un moment ou à un autre de la vie, au quotidien, ou d’évènements marquants qui ont un effet direct sur chacun d’entre nous ou mieux encore de faits qui sont portés à la connaissance de Madame et Monsieur Tout Le Monde mais selon des angles de vision différents ?
‘’Pense aux saisons - m’avait dit mon grand-oncle Smaîn - à l’euphorie du moment et au début de chacune d’entre-elles et ce qu’elles charrient de bon et de mauvais succède l’incertitude et la frustration. Tout ce que nous possédons, aujourd’hui, nous le perdons, un jour, surtout lorsqu’on sait que rien ne perdure et que toute chose porte en son sein ses propres limites temporelles.’’
Identité et Personnalité
Ceux qui cherchent à apprendre et à savoir tout au long de leur existence sont différents
par leur particularité de partisans du moindre effort, de moutons. Il est une évidence que les impatients n’apprennent pas et se placent sur les bancs des médiocres et des cancres. Il faut savoir être tenace car la précipitation mène à des actions intempestives avec des résultats négatifs. Pour se faire comprendre par autrui il importe de choisir des mots appropriés, compréhensibles et porteurs du contenu que l’on souhaite transmettre.
Il est évident que tout réside dans le contenu du message et la manière dont il est véhiculé. Ce sont parfois des paraboles, des allusions, des métaphores qu’il faut savoir décrypter. La symbolique étant très forte c’est avec le temps que l’on apprend le sens des mots et de leur portée et que l’on finit par se forger une identité et une personnalité.
Je fais le rêve…
Dire que les rêves des plus démunis sont faciles à combler est certes vrai, surtout que le premier d’entre eux est celui de la dignité, suivi par celui de la justice ensuite vient celui du bien-être et enfin la liste se termine par celui de la paix, mais bien d’autres soulignent, à juste titre, que c’est la liberté qui prime sur tout mais les puissants de ce monde trouvent que c’est utopique et pour leurs servants cela est inutile.
Un jour Jacques Grand’ Maison a dit :
Je fais le rêve que partout sur la terre des enfants,
Se lèvent, se dressent et crient résolument,
Arrêtez vos guerres, vous les grands et les puissants,
Arrachez la haine et la revanche de vos cœurs,
Vous tous terroristes et militaires de l’horreur
Qui humiliez, massacrez, tuez tant d'innocents. …
L’individu est par essence toujours en mouvement.
La récapitulation des périodes qu’une personne franchit de la naissance à la date du changement ou encore l’élaboration du tableau bord de son expérience de vie, de son existence est, à mon sens, un moyen ou mieux encore un procédé privilégié de revoir et d’imaginer, à la fois des séquences de son passé et d’envisager quelques-unes à venir ; c’est à la fois et d’un côté, troublant et émouvant et de l’autre côté, impressionnant et singulier pour ne pas dire prodigieux.
Dans les faits, à la fin des années ‘’90’’, j’avais fait un bilan exhaustif des 50 dernières années que j’avais vécues. J’ai évalué, par anticipation, la dizaine, un peu plus ou un peu moins, qui me restait à vivre. Bien entendu, je n’ai parcouru que les grandes étapes ou encore les évènements privilégiés et les moments qui m’ont d’une façon ou d’une autre marqué. Toutefois, revoir le passé et envisager l’avenir constituent deux démarches différentes qui ont, par endroit, des similitudes. Elles se complètent mais avec un point d’arrêt ou ce qui peut être considéré comme un espace qui les sépare et qui les relie. Comme si c’étaient les outils d’un relais … un espace et un instrument de transition.
Une pensée troublante
Je me rappelle par exemple que le cimetière, comme peut être tous les cimetières, n’est pas seulement fait pour accompagner à leur dernière demeure les défunts parents ou proches connaissances, il est également fait pour aller se recueillir sur leurs tombes, les jours de fêtes, se les rappeler à notre souvenir, revisiter une histoire de vie partagée. Une tradition qui persiste seulement pour les plus récents.
Pourquoi le cimetière est-il remonté à la surface ? Je ne l’ai jamais compris mais c’était
une pensée troublante qui a traversé mon esprit. Était-ce l’espace où sont réunis tous ces morts et qui par le silence, parfois dérangé par le vent ou une légère brise, impose son propre silence, sa paix, sa sérénité ? Je n’ai jamais réfléchi à la question mais depuis le départ de MA, ce dit silence occupe parfois mon esprit. Pour rester dans cette logique du départ et de l’arrivée, qui ne ferait pas la distinction entre les conditions du départ et celles de l’implantation ?
Cependant, dans ma pensée, l’exil, la mort, le vécu, le renouveau, sont des instants que je ne peux ni prévoir, ni prédire, ni deviner. Je peux seulement y songer. Lorsqu’on meurt, on ne prend rien avec soi. Lorsqu’on part, c’est déjà le début du renouveau. Une nouvelle vie commence à chaque pas que l’on fait vers l’avenir, le futur, l’inconnu. Certitude, évidence ou simple hypothèse !?
L’exil, l’appréciation du vécu… et l’autre qui nous habite.
 Le premier pas se fait dans un univers dont certaines caractéristiques nous apaisent et nous confortent parce qu’elles ont des similitudes avec celles laissées derrière soi. D’autres sont à déchiffrer parce qu’elles sont nouvelles, différentes, distinctes. Cet univers est en premier lieu celui de l’environnement social et culturel. Il change au fur et à mesure que l’on y avance. Il n’est pas le même que celui que l’on a connu.
C’est par lui que débute la rencontre avec l’autre. En fait, l’autre est un binôme. Le premier, est celui qui veut nous connaître et apprendre tout de nous. Celui qui veut comprendre l’univers d’où nous venons et comment nous y avons vécu. De notre côté, nous avons le même besoin, la même soif de savoir, de découvrir qui il est. Mais, la problématique est complexe parce qu’une question nous interpelle, comment connaître l’autre si on n’a aucune idée de sa propre connaissance de soi ? C’est là que débute une autre aventure. Celle de découvrir qu’il existe en nous un autre individu, une autre personnalité que nous n’avons jamais cherchée à prospecter, l’autre qui nous habite.
Lorsque débute ce processus on apprend avec souvent un étonnement non feint et une profonde surprise des aspects de notre identité que nous n’avons jamais imaginé porter en nous.  Cet autre, n’est pas distinct de soi-même avec des qualités, des défauts, des forces, des faiblesses.
À titre de repère et en ce qui me concerne ma venue au Québec, au Canada, en Amérique du Nord c’était, au début, traverser l’océan et, même si ce n’est pas par bateau, ça reste loin. C’est vivre le mythe de la liberté en terre de liberté. C’est valider que c’est possible parce que cela existe. Mais confronté aux gens du pays j’ai dû revoir ma copie et me fixer de nouveaux objectifs parmi lesquels celui de la connaissance de soi a été primordiale.  
C’est aussi faire le deuil d’un passé … l’emprise de l’âge.
Dès l’arrivée, l’enthousiasme a vite pris le dessus et ma motivation me survoltait au point de me faire oublier mon demi-siècle de vie passée ailleurs. Ce n’est que bien plus tard en analysant mon installation que j’avais compris que ma prise de décision était différente de celles des autres nouveaux arrivants, différentes des milliers d’exilés et de ceux qui se sont rendus en Europe ou ailleurs dans le monde.
L’âge, cette emprise qui nous façonne sans que nous ne puissions faire quoique ce soit,
change toute la perception de ce qui m’attendait, de ce que j’appréhendais et de ce que je cherchais. Je n’ai pas mis longtemps pour repérer, distinguer, discerner le cheminement à suivre en vue d’éviter les méandres inconnus que j’empruntais. Parce qu’il s’agissait de le faire et non pas de rester en marge. Il fallait pénétrer un monde nouveau qui malgré des similitudes avec celui de mon passé était différent. Les conditions étaient difficiles.
Pour m’y adapter j’ai décidé de changer mes paradigmes en appliquant trois principes qui caractérisent l’espace social de ce pays d’accueil ; ‘’Faire le deuil d’un passé. Apprendre à mieux me connaître. Me constituer un réseau de contacts’’. Le tout fondé sur un principe propre aux Numides : ‘’Bâtir sur du neuf et Toujours partir de zéro’’. Je l’ai fait et je ne m’en plains pas.
Ferid Chikhi


12 Janvier 2012 mise à jour le 15 décembre 2016

30 nov. 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 270 -

Dangers du Wahhabisme et Complaisances Occidentales
"Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion"
Voltaire
Évoquer l’arrivée en force de Donald Trump dans le monde des dirigeants les plus influents de la planète c’est aussi m’amener à me poser la question de savoir si cette arrivée change fondamentalement la donne et les contours du nouvel ordre mondial ? Bien entendu, cette question est sur les langues de tous les observateurs et analystes pris de cours par sa stratégie de prise du pouvoir Étasunien et ne sachant plus comment lire les tendances qui s’affichent sur la scène politique.
D’autres interrogations sont inventoriées telles que celles-ci : Est-ce que Trump aura la marge de manœuvre nécessaire pour réaliser ses projets ? Tiendra t’il les promesses faites à ses électeurs au sujet du mur, de la fin du Partenariat Trans-Pacifique, du rejet des musulmans ? Que fera-t-il avec l’Arabie Saoudite et le Qatari qui subventionnent le Salafo-Wahhabiste et son expansion dans le monde ?
Attentats terroristes et Victimisation : Les deux faces de la même médaille
Dans les faits, rien ne changera si ce n’est quelques paramètres pour rééquilibrer la conjoncture au seul bénéfice des USA. Les manifestations de ces idéologies se révèlent constamment soit par des attentats contre les personnes et leurs biens, soit par la victimisation, presque martyre, de leurs ouailles, soit encore par la perfidie de leurs opérations de médiatisation de masse. Un des objectifs de ces pratiques est de mettre en position de rejet tous les musulmans afin qu’ils se tournent tous contre les sociétés d’accueil.
Ce qui surprend le plus, au plan macro-politique, c’est l’aveuglement simulé des gouvernants de tout bord aux activistes islamistes et autres extrémistes qui ne reculent devant rien pour imposer leur diktat alors qu’au plan micro-politique c’est d’observer l’organisation de rencontres portant sur des thèmes controversés chez les citoyens musulmans. Au cours de ces rencontres sont banalisées des questions aussi sérieuses la laïcité, la démocratie, l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, le féminisme ou encore ‘’Les libertés individuelles dans un état de droit’’ ‘’La Place des minorités dans les sociétés d’accueil’’, etc.
Mais dans les faits demandons-nous pourquoi les gouvernements occidentaux sont aussi laxistes et complaisants envers ces propagandistes et autres Djihadistes violents ou leur alter ego activistes soi-disant pacifiques ?
De l’origine des conflits de guerre et de leurs effets sur le reste du monde
Rappelons-nous des années ‘’90’’. Nous savons que suite à une accalmie, d’à peine 10 ans, après la seconde guerre mondiale le monde renoue avec les guerres ; réfléchies et attisées dans les officines occidentales elles se déclarent dans d’autres pays, d’autres régions et contrées du monde. Elles ne viennent pas seules. Elles sont souvent accompagnées de leurs lots d’événements imprévisibles dans leurs formes, leurs intensités ainsi que dans leurs conséquences et impacts sur des populations non préparées à les endurer.
Nous observons aussi que depuis le début de cette décennie ‘’90’’ le monde est en perpétuel changement : au Moyen Orient (Irak avec le Kurdistan comme cœur du fléau ; La Syrie, le Yémen, la Libye…) ; en Europe de l’Est (Allemagne, Ex URSS, Ex Yougoslavie, Ex Tchécoslovaquie,) et en Afrique (Soudan). Chaque décennie se voit imprimer de nouveaux pactes, de nouvelles négociations, de nouveaux engagements tels que ceux constatés depuis la guerre du Golfe qui opposa l'Irak de Saddam Hussein à une coalition de 34 États, soutenue par l'Organisation des Nations Unies. Elle a été le déclenchement d’une série de déstabilisation et de destruction de pays, villes et villages du Moyen Orient.
Les conflits redoublent de violence et la puissance des armes utilisées n’a d’égale que la détermination et l’endurance à y faire face des populations affectées. L’amplitude des conflits n’est pas forcément circonscrite mais essaime dans le monde et dépasse les frontières pourtant sures des pays où siègent les plus grands penseurs des guerres des temps modernes. Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées des foyers de guerres vers des territoires plus tranquilles, laissant aux polémarques de l’OTAN et des complexes militaro-industriel et alimentaire, les possibilités d’occuper plus d’espaces, d’enrichir encore plus les riches et d’appauvrir les plus vulnérables.
Malgré cela, dans les pays du Nord des incertitudes prennent de plus en plus la forme de croisements dangereux et imprévus en raison des impacts réalisés par les tentatives d’implantation de modèles sociopolitiques dérivés des pratiques géostratégiques réfléchies dans des tours d’ivoire. Donald Trump est-il l’homme de la conjoncture pour limiter les dégâts ? Ce n’est pas évident, disent bien des dirigeants des pays alliés, cependant, c’est le seul qui propose de modifier le plan de charges en redéfinissant le modèle d’implantation de la démocratie dans des pays en décalage sur les droits humains et les nouvelles technologies.
Selon, les sociétés civiles, des témoins et chercheurs qui n’ont pas droit aux chapitres des médias de masse, la démocratie inachevée en Occident – où se constatent des remises en question des gouvernances sont observées - est perçue comme étant incompatible avec des identités diverses et des cultures multiples affichant entre elles des dénivellations souvent abruptes.  Cela ne se fait pas sans dégâts.
Le wahhabisme religion ou idéologie ?
Au Canada et au Québec, le Wahhabisme est comme partout où il s’implante, aussi perfide que l’Albion et l’Oncle Sam qui l’ont aidé à naître et à s’étendre. Sous couvert de alliances et de coalitions de soutien qui ciblent les groupes sociaux originaires du Moyen Orient et d’Afrique du Nord, ainsi que tous ceux qui se déclarent musulmans. Il vise en particulier les plus vulnérables en raison de leurs difficultés de s’adapter et de s’intégrer aux sociétés d’accueil ainsi que la déculturation qu’ils sont vécu dans leur pays d’origine en leur offrant une identité fondée sur la religion plutôt que sur la citoyenneté.
Or, beaucoup considèrent que tant que les partis politiques, leurs militantes et leurs militants, tant que les citoyennes et les citoyens, tant que toutes les sociétés civiles où qu’elles soient – y compris celles du Québec et au Canada - n'ont pas saisi, compris et intégré que – à titre indicatif -  le voile, le tchador, le foulard, le hijab, etc. n'ont rien de religieux mais qu'ils sont les instruments et fer de lance de la propagation de l'idéologie Wahhabite (et non pas celle de l'Islam) avant l’implantation des tribunaux islamiques, ce sera peine perdue de tenter de les en convaincre. La seule dimension qui compte et dont il faut maintenir la portée - contre vents et marées - c'est de continuer à expliquer que le Wahhabisme est un cadeau empoisonné. Il remet en question toutes les valeurs universelles acquises de haute lutte en matière de liberté individuelles, de liberté de conscience, d'égalité de droits et de devoirs entre les hommes et les femmes, d'accès équitable aux mêmes chances de développement humain et de droits sociaux. Or, ce qu’il faut déterminer avant qu’il ne soit définitivement trop tard c’est que si le Wahhabisme est une religion, il faut le traiter comme toutes les religions, si c'est comme tout le monde le sait une idéologie il faut le considérer comme telle. Cela ne peut pas être les deux.
Ferid Chikhi 

12 nov. 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 269 -

Les États-Unis d’Amérique avec Trump, n’est-ce pas cela l’Amérique ?
" La parole est au peuple. La parole du peuple, c'est la parole du souverain
Le Général De Gaulle
Depuis le 09 novembre 2016, des analystes, des observateurs et d’autres experts attitrés des rédactions politiques des grands médias ainsi que des Internautes tentent de comprendre ce qui a mené Donald Trump à s’emparer de la Maison Blanche. Et pour cause, la scène médiatico-politique Etasunienne et internationale a été désarçonnée par cet homme décrit comme l’idiot du village global. Pourtant, il a ébranlé l’Establishment dans ses certitudes ordonnancées dans des tours d’ivoire loin des masses populaires. Il a désorienté la conscience collective préfabriquée par les faiseurs d’opinions de l’Ordre Établi et a secoué tous les gardiens du temple en faisant la preuve qu’aux États-Unis d’Amérique tout est possible pour un adversaire politique possédant son profil. Quels ont été les principaux facteurs de ce succès et de la débâcle des faiseurs d’opinions ?

Le banc des insignifiants pour des médias, des sondeurs et des attachés politiques
Il y a d’abord eu le message. Il a été porteur et a eu l’avantage de mobiliser à son avantage le vote improbable de l’Etatsunien moyen qui n’avait plus de confiance en ses dirigeants
et en ses capitaines d’industrie.  L’Establishment avec les chefs de files des médias ont joué sur le rejet par ce même électeur du risque de voter pour lui en raison de l’incertitude et de l’angoisse sociale vécue depuis le milieu des années 2000. Les retombées de la crise multidimensionnelle vécue par la première puissance mondiale ne semblent pas avoir été correctement évaluées et suffisamment analysées par des officines qui ont pêché par défaut ou manque de sérieux.
En soulignant deux catastrophes parmi les plus prégnantes aux USA, les guerres avec leurs lots de pertes mal vécues par les familles des jeunes soldats partis en Irak, en Syrie… ou encore les dégâts matériels provoqués par une nature déchainée durant la présidence d’Obama, il est tout à fait compréhensible que l’exécutif, malgré sa bonne volonté, ne pouvait rien y faire si ce n’est tenter de panser des blessures qui ne se ferment pas aisément.
Il faut admettre que pour tous ceux qui ont perdu leur maison sans espoir d’en avoir une autre c'est un peu comme perdre son âme et voir la faillite d’une ville comme Détroit qui a été le fleuron de l’industrie automobile durant des décennies est un indice en moins dans le paysage de l'ingéniosité de ce pays. Le crash immobilier devait à lui seul canaliser le vote dans le sens choisi par les gouvernants de tous bords. Ce sont donc les effets de cette crise sur la population que Donald Trump a su utiliser à bon escient pour se faire élire.
Le non verbal n'a pas ''trumpé''
Dans cette élection nous avons observé deux profils de candidats et bien du monde s’est intéressé au langage utilisé et au non verbal de l’une et de l’autre. Hilary Clinton s’est toujours présentée avec un sourire préfabriqué marquant un peu de sincérité et cachant sa vraie nature : fausseté et sournoiserie. Ses phrases guerrières étaient mal conçues, sans aucune impulsion ni effet émotif, leur portée ciblait des groupes de personnes alors que celle de Donald Trump ratissait large. Lui, a toujours eu un regard malicieux, tourné vers son adversaire de circonstance. Il semblait souvent partir sur de nouvelles bases, un nouvel élan. Sa spontanéité, a plu et séduit l’américain moyen, notamment celui de la campagne qui ne cause pas beaucoup mais qui écoute et se rappelle de l’essentiel. Ce que Donald Trump veut, c’est de tout rapporter à lui et aux USA d’abord et de devenir le champion de la redistribution des cartes et de ses outils d’influence par la suite. Une véritable réingénierie de la stratégie de domination des États-Unis d’Amérique sur le reste du monde  
C'est ma thématique ! 11/09 et 09/11 = 20/20.
La date du 09 novembre 2016 sera marquée en surligné dans les annales mondiales des élections US. Elle a aussi inspiré le caricaturiste Philippe Geluck ‘’Le Chat’’ qui la lie à celle du 11 septembre 2001. ‘’11/09 V/o 09/11’’. L’addition des chiffres donne comme par hasard un 20/20. Comme dirait l’autre ‘’c’est ma thématique’’.
Une collision frontale, un coup de boutoir dans la boite électorale… Donald Trump,
malgré ses incartades, ses errements et ses déclarations intempestives, a été élu. Ses électeurs le soulignent fort bien : ‘’Il ne risque pas de se laisser corrompre comme les autres’’ et il fera certainement ce qu'ils attendent de lui. Une grande masse d’américains l’ont préféré à sa rivale ! Peut-être que beaucoup diront que c'est la main de l'étranger et possiblement que c'est celle de Poutine, ou encore que son style fait peur.
Cependant, l'Amérique a choisi encore une fois un gars en dépit de ses problématiques comportementales, mais n’est-ce pas cela l’Amérique ? Trump a fait des promesses au plan économique : plus d’emplois et moins de chômage ; un partage des ressources. Elles vont dans le même sens que celles qu’il a faites au plan social pour l’accès universel aux soins de santé pour les plus démunis alors qu’au plan politique international il veut faire une partie du chemin en direction de la Russie tout en se retirant un peu plus des autres alliances traditionnelles et en tissant de nouvelles.
Les changements dans la feuille de route.
Le cadre de références globales ne sera pas profondément modifié et Donald Trump devra en tenir compte en se pliant aux principes des relations internationales, même si elles sont controversées, avec des pays impliqués dans les guerres menées en Afrique du Nord et au Moyen Orient.
La position à l’endroit du terrorisme Islamiste sera consolidée et renforcée pour réduire le lien avec les officines de l’Arabie Saoudite et celles du Qatar. Cependant, d’autres foyers de guerre seront forcément allumés pour aider l’industrie de l’armement, du pétrole et de l’agroalimentaire.
C’est pour cela que, durant la première partie de son mandat, Trump ne pourra pas procéder à des changements majeurs potentiels dans la politique étrangère des USA mais il pourra en introduire quelques-uns qui modifieront profondément ses contours les plus significatifs. Il le fera grâce à son style bulldozer qui aura des impacts importants dans la seconde partie de sa gouvernance. À titre indicatif, il privilégiera les affaires domestiques plus que l’implication des USA sur la scène internationale ce qui laissera le champ libre aux autres d’en faire de même ou de poursuivre dans leur entêtement guerrier.
L’alternance et une nouvelle emprise de l’empire se dessine
Les enseignements qui peuvent être tirés de cette élection sur laquelle était focalisée tous les regards du monde, si sont mis de côté les guerres en Syrie, en Libye et en Irak, les
dysfonctionnements majeurs au plan social et domestique (crimes des policiers contre les jeunes noirs, la prééminence de la possession et de l’utilisation des armes à feu qui ont concentré le vote en faveur de Trump, il importe de souligner que ce sont aussi le numérique et les réseaux sociaux qui ont eu raison de Clinton et de l’Ordre établi US.
Alors une question essentielle se pose, à savoir : cela changera-t-il quelque chose dans le va-t’en guerre des USA ? Pour l’heure, les enjeux sont trop important mais l'avenir n'est plus loin. Il est là... Les guerres en Libye, en Irak et en Syrie ne s’arrêteront pas en un claquement de doigts. Les relations avec la Russie ne s’amélioreront pas de sitôt. Celles avec la Chine devront être révisées et, Trump ne voudra pas perdre le leadership international et l'Étatsunien moyen échaudé par les différentes crises veut des résultats immédiats. C’est le changement qu’il attend. L’alternance un bien beau concept l’exige et le la majorité relative du Peuple la veut. 
Le Général De Gaulle n’avait-il pas dit "La parole est au peuple. La parole du peuple, c'est la parole du souverain" et c’est ce que devra réaliser le ‘’général’’ Trump. Il a sensibilisé avec un discours peut être populiste mais en tout cas un discours qui a rassemblé un minimum d’électeurs tout en ébranlant la machine redoutable de l’Ordre établi US et de ses relais au niveau mondial. Voyons voir les effets dans le chemin tracé pour l’impeachment ou pour la postérité. 
Ferid Chikhi

13 oct. 2016

Un Numide en Amérique du Nord- 268 -

Quelle convergence pour l’Indépendance du Québec ?
Entre 2018 et 2022, sera-t-il encore question d’indépendance ?
Mon arrière-grand-père est né colonisé.
Mon grand-père est né colonisé.
Mon père est né colonisé.
Je suis né colonisé.
Mes aînés ont libéré ma patrie mais il m’a fallu 40 ans et
L’exil pour savourer un semblant de liberté.  
Trois principes pour une convergence acceptée.
L’investiture ou la course à la chefferie du Parti Québécois aura tenu en haleine bien des observateurs, des analystes, des journalistes et le commun des mortels au Québec et dans the Rest of Canada (RoC). Au final, Jean François Lisée aura été élu, en toute démocratie par une majorité éclatante de militant-e-s du Parti Québécois. Bien des indépendantistes voient en lui le chef en mesure de battre les libéraux lors des prochaines joutes électorales mais d’autres ne croient pas qu’il fera le pas vers l’indépendance du Québec avant 2022. Qui a raison ? Qui a tort ?
Par principe, je suis pour l’indépendance du Québec mais je ne suis qu'un observateur venu de ma lointaine Algérie et il m’est arrivé de proposer à discussion quelques-unes de mes réflexions sur ce sujet. Elles n’ont pas toujours l’assentiment de toutes et de tous mais elles intéressent bien du monde concerné directement ou indirectement par l’autodétermination des peuples.
Retour sur une mémoire d’enfance
J'avais à peine cinq (5) ans lorsque mes aînés ont déclenché la Révolution Algérienne un jour de la Toussaint. Une révolution qui a sonné le glas des colonisations en Afrique. Cela s’est passé le 1er novembre, au lendemain de Diên Biên Phu, cette grande bataille qui a mis aux prises les révolutionnaires Indochinois et les troupes coloniales Françaises. Au cours de cette bataille bien des Algériens se sont retrouvés comme ''sujets français'' du côté des occupants et bien d’autres, qui s'étaient rebellés, ont pris le parti des Vietnamiens (quelques-uns sont même revenus au pays accompagnés d'une Vietnamienne).
Quelques six mois plus tard (Novembre 1954) de jeunes militants du mouvement national Algérien, avaient analysé les effets de Diên Biên Phu et en ont déduit que c'était l'heure de changer les méthodes d’action et de militance pour chasser le colonisateur Français et libérer le pays. Leur vraie première action a été la réflexion et de celle-ci en est sortie la rédaction de la proclamation du 1er novembre 1954. Le contenu de ce projet révolutionnaire allait être pris à bras le corps par tout un peuple dans une guerre de libération nationale qui sonna le glas du colonialisme.
Ce qui en est advenu par la suite est une autre affaire qui pourrait être examinée en temps voulu. Pour l’heure les historiens s'attellent à nous en écrire des pans jusqu’à ce jour occultés.
Trois principes pour une convergence partagée : Participation - réalisation – intégration.
En tout état de cause, ce dont je me rappelle c’est ce grand principe partagé par tous et qui a mené ces révolutionnaires Algériens du siècle dernier jusqu’à la victoire finale : L’indépendance de l’Algérie.
Ce principe se lit comme suit : ‘’Celles et ceux qui veulent participer à la réalisation de cet idéal sont invités à intégrer les rangs du Front de Libération Nationale (FLN) à titre individuel et en accepter les règles’’. Une des règles énoncée et acceptée par toutes et par tous était l’adhésion par toutes et tous ’’à l'unicité de direction qui aussi paradoxale que cela puisse paraître était collégiale’’ (le conseil révolutionnaire d’union et d’action (CRUA) était composé de 6 membres).
Bien entendu, avant de poursuivre et avant que les libéraux et les fédéralistes ne commencent à s’offusquer, à s’étrangler et à crier à qui veut les entendre que mon propos est une hérésie et que le Québec est une province du Canada qui est un grand pays démocratique… Je tiens à souligner que la Belle Province ne se trouve pas dans le même environnement politique et encore moins soumise au même type de colonisation.
Les monarchies en dessus de l’Écosse, la Catalogne, le Québec…
Cependant, il reste que la coquille dans laquelle sont enfermées la société, l’identité et la culture Québécoises, n’est pas du tout confortable sachant que l’Épée de Damoclès est toujours suspendue et bien tenue par les Fédéralistes toutes obédiences politiques confondues, et qui plus est, sont tous monarchistes. Comment l’Écosse et la Catalogne sont-elles arrivées à mobiliser toutes leurs citoyennes et tous leurs citoyens ? La réponse pourrait se résumer de la sorte : C’est en parlant le même langage, au-delà des divergences et des perspectives. C’est aussi en acceptant le principe unique qui est : Faisant l’indépendance et nous verrons après.
La situation est certes différente pour le Québec mais n’est-il pas déjà admis par toutes et par tous que cette province, est un GRAND PAYS à part, avec une société à part, une identité et une culture distinctes en Amérique du Nord ? Alors, il est tout à fait normal que ce pays, sa société, son identité et sa culture puissent s’exprimer sans contraintes et sans être soumis comme sujets d’un gouvernement supranational exogène dans un Canada à jamais monarchiste et non indépendant, par conséquent que la chance soit donnée ou arrachée pour s’autogouverner serait tout à fait appropriée et opportune.
De quelques principes de la convergence
Ce qui est suggéré ? C’est que le Parti Québécois avec Jean François Lisée et sa direction en cours de formation, ne doivent plus être seulement ceux des péquistes mais ceux de tous les Québécois-e-s de quelques origines que ce soit. C’est la démarche suivie par l’Écosse et la Catalogne, le ralliement des forces vives de la société civile : Jeunes, femmes, immigrants, ainés, Francophones, Anglophones, Hispanophones, Est européens, Nord-africains, Arabes du Moyen Orient, etc. Celles et ceux qui ne veulent pas se rallier grand bien leur fasse. Viendra le jour où les circonstances et la conjoncture les pousseront à le faire. En Algérie, ces militants du schisme et de l’attentisme avec l’égo démesuré se sont rallier au lendemain du cessez le feu, le 19 mars 1962, à peine trois avant (le 04 juillet 1962) la proclamation d’indépendance.   
Alors se pose les questions suivantes, pour le Québec, le parti Québécois est-il en mesure avec Jean François Lisée de rallier toutes et tous les indépendantistes, les vrais, pas les assimilées ? Le projet de convergence sera-t-il opérationnel entre 2018 et 2022 ?
Pour les mois à venir, le Parti Québécois devra s’atteler à renforcer cette convergence tant voulue par celles et ceux qui la croient réalisable. Si elle est probable, des principes à respecter et à faire accepter sont nécessaires pour franchir l’étape du ralliement : il s’agit d’abord du maintien dans les rangs de toutes celles et de tous ceux qui s’y trouvent au 7 octobre 2016, ensuite il faudra veiller à augmenter le nombre de militant-e-s en allant chercher encore plus de Québécoises et Québécois toutes origines confondues. Cela devrait être suivi d’une explication de ce que sont la convergence et le ralliement à l’interne et ainsi faire des militant-e-s des vecteurs de rassemblement.
Par ailleurs, la convergence ne doit pas être faussée par un énoncé illisible. Il doit être clair et limpide dans la définition et les étapes, les valeurs et les règles participatives. Cette convergence doit être codifiée et pour cela un projet de plate-forme ou de proclamation doit être conçu et publié afin de donner la chance à toutes et à tous d’en prendre connaissance et d’y adhérer ou de l’ignorer en assumant les conséquences qui en découleront. Enfin, la convergence doit être consacrée autour du grand principe du ralliement de toutes et de tous et sans condition.
Est-ce possible dans ce Québec de la troisième décennie de ce millénaire ?
Ferid Chikhi   

http://quebec.huffingtonpost.ca/ferid-chikhi/convergence-independance-du-quebec_b_12435998.html 

http://vigile.quebec/Quelle-convergence-pour-l

12 sept. 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 267 -

Islamisme & Terrorisme : du sympathisant au djihadiste
‘’Vulnérabilité sociale ou problématique de santé mentale’’
 ‘’ Pour bien comprendre le présent et anticiper le futur
Il faut parfois rechercher des ancrages dans le passé, même le plus récent’’
El Houcine Messaoud
Ancien militant PPA MTLD
Cette année, la commémoration des attentats du 09/11/01 coïncide avec l’annonce du gouvernement qui invite les Canadiens à un exercice démocratique assez particulier qui consiste en une participation via Internet à une vaste consultation sur toutes les questions relatives à la sécurité nationale en vue d’un projet de loi destiné à remplacer la Loi antiterroriste qu'avait adoptée le gouvernement de Stephen Harper, le 6 mai 2015.
Ce billet, troisième de la série[i], publiée depuis le 25 juillet 2016, reprend des éléments de réflexions et d’observations concernant le conditionnement, l’enrôlement et la radicalisation des jeunes dans les rangs des Islamistes. Réalité ou fiction ?
Depuis les années ‘’90’’ les procédés et les démarches de prévention de la radicalisation des jeunes et moins jeunes sont portées à la connaissance des citoyens, par des rapports d’enquêtes, des analyses et divers écrits. Ils sont conçus dans le bon ordre de la rectitude politique en fonction des besoins de l’heure qu’ils soient géostratégiques, étatiques ou informationnels.
Mais, me dira-t-on qu’est ce qui attire ces individus dans le djihad armé ? Question à l’évidence essentielle. C’est, souligneront certains, leur vulnérabilité sociale et parfois leur problématique de santé mentale. Cependant, les plus critiques diront, dans les deux cas c’est foncièrement leur prise en charge en amont qui a failli. 
Les enseignements de l’histoire Algérienne.
Il y a quelques années de cela, ‘’El Houcine Messaoud’’, un proche et ancien résistant du mouvement national Algérien m’avait dit ‘’Pour bien comprendre le présent et anticiper le futur Il faut parfois rechercher des ancrages dans le passé, même dans le plus récent’’. La mémoire n’étant pas infaillible, rappelons qu’en Algérie, des articles de presse et bien des chroniques sur les actes terroristes étaient rédigés dans l’urgence sur des coins de tables. Ce n’est que bien plus tard que des ouvrages, des mémoires et des recueils de chroniques mettaient en exergue les causes et les effets des violences islamistes ainsi que les dérives politiques qui ont durement affectées et ébranlées les fondements de la nouvelle et jeune société Algérienne.
En Europe et en Amérique du Nord, la donne est différente. L’information et l’analyse par les médias majeurs est dense mais semble passer à côté de l’essentiel. La médiatisation des faits divers, qui tournent en boucle sur le petit écran, occulte l’apparition de nouvelles méthodes d’endoctrinement et d’enrôlement, sans compter que cette façon de traiter l’information porte un grave préjudice à la cohésion citoyenne et à l’économie des pays où les attentats sont perpétrés.
En Algérie, deux paramètres sont apparus dès le début de la guerre contre les civils. Ils avaient permis, aux islamistes, y compris ceux infiltrés dans des rouages de l’état, d’occuper le terrain pour une prise de pouvoir quel qu’en fusse le prix. Le premier était organisationnel et consistait en la mise en œuvre d’un maillage des mosquées autour d’œuvres de bienfaisance et en l’occupation des municipalités grâce à des fraudes majeures.  Le second était fonctionnel et consistait en l’ouverture, des mosquées sous contrôle islamiste, à tous les individus de statut social précaire. Ils avaient maille à faire avec l’état pour diverses raisons (effets de l’exode rural tels que le manque de logements, précarité sociale, chômage, exclusion scolaire, délinquance, etc.). Ce bassin d’‘’Islamistes en devenir’’ allait constituer un des fondements de leur expansion.  
L’objectif était double, d’un côté, la création d’une véritable armée de désœuvrés convertis en militants aguerris par des formations paramilitaires et de l’autre, aussi paradoxale que cela puisse paraître, le racolage et la canalisation de diplômés des universités exclus des emplois clés des organisations et des institutions industrielles, commerciales et économiques, à caractère public.
De nos jours qui sont les candidats au ‘’djihadisme’’ ?
L’État des lieux nous indique qu’à quelques éléments près, la stratégie de l’implantation de l’Islamisme est la même partout. Bien entendu avec des adaptations en fonction des population cibles. Au Canada et au Québec, même si elles sont similaires par le fonds, les pratiques sont les mêmes avec un paramètre commun, le conditionnement communautariste et social qui touche les familles, les femmes, les jeunes – garçons et filles – (décrocheurs et désœuvrés, écoliers finissant leur primaire ou leur secondaire (le cours d’ECR participe de ce fait). Les jeunes se recrutent parmi ceux dont la frustration est visible. Ils vivent un stress non diagnostiqué. Quelques-uns sont dépressifs et connaissent des troubles anxieux, des peurs et diverses phobies, comme si les dangers et les risques pourtant laissés, par leurs parents, à des milliers de kilomètres du Québec étaient encore là et à venir.
Par contre, il est difficile de trouver des arguments plausibles quant à l’endoctrinement de finissants des universités. Une de leurs caractéristiques réside dans le fait qu’ils fuient les débats d’idées des groupes ouverts mais sont ‘’invités – récupérés’’ pour rejoindre des groupes informels d’étudiants originaires des pays du Proche Orient et d’Afrique du Nord, etc. En général, ils ne participent pas aux activités des associations traditionnelles. Leur endoctrinement est comme instantané pour devenir des dépisteurs, des éveilleurs et des mentors des futurs radicalisés, mais le conditionnement est latent et présenté comme ayant servi au lavage de cerveau.
Leur discours, fortement imprégné de Wahhabosalafisme est victimaire. Il dénonce les agressions de l’Occident contre les pays musulmans. Une de leurs activités phare est l’animation d’ateliers de communications interpersonnelles. Ils outillent quelques ‘’dépistés‘’ en techniques de débats pour les émissions de radios, de télévisions et de conférences portant sur le racisme, la discrimination, l’islamophobie et la stigmatisation, non pas et seulement des islamistes mais aussi, des minorités visibles, etc.
Le conditionnement, les espaces et les acteurs de l’enrôlement
L’implantation de l’Islamisme se fonde sur quatre axes porteurs : les liens avec leurs alliés naturels ou conjoncturels ; le conditionnement communautariste et social ; les espaces communautaires et les acteurs de l’enrôlement. À la différence de la France, l’Islam et l’Islamisme en Amérique du Nord sont ‘’jeunes’’. Au Canada et au Québec, la radicalisation semble être traitée comme un effet et non pas comme une cause. Le conditionnement communautariste et social est une étape à peine abordée par les différents observateurs. Un examen rigoureux de ce qui est qualifié de ‘’radicalisation’’, (en Europe et en France… au Canada et au Québec) nous montre que la matrice de l’islamisation des individus et des communautés ne se fait ni sur le même modèle d’organisation ni sur les mêmes profils des intermédiaires et des émissaires.  
La radicalisation diffère aussi par la population d’immigrants considérés comme cibles privilégiées par ‘‘les dépisteurs, les orienteurs et les éveilleurs’’. Elle est aussi spécifique par la violence sociale qu’elle engendre en raison des causes beaucoup plus que de leurs effets. Dans ce contexte le sentiment d’appartenance fait partie des éléments déstabilisants. Ces jeunes égarés par les sociétés d’accueil vivent une perte de sens qui les pousse à nier leur appartenance à une identité en construction. Ils empruntent ainsi les chemins de l’incertitude hors d’une société qui ne les reconnait pas, qu’ils ne reconnaissent pas et dans laquelle ils ne se retrouvent pas.
Selon certains, les mosquées ainsi que des réseaux sociaux auraient perdu leur titre de bassins privilégiés pour le recrutement des sympathisants. Cependant, même si la WebSphere se modifie elle s’adapte très vite aux objectifs des djihadistes. Tous les autres espaces de regroupement et de rassemblement de personnes sont des cibles ordinaires : universités (groupes d’études, lieux et filières d’études), librairies et bibliothèques, stades et salles de sports, cafés, bars/restaurants. Sans omettre les lieux de rétention judiciaire.
Les instruments du conditionnement communautariste et social
À ce qui précède viennent s’ajouter trois instruments de l’endoctrinement :  Le monde de la vidéo subversive qui fait le lien entre les auteurs et les ‘’sympathisants’’. Les chaînes de télévisions satellitaires financées par le Pétrowahhabisme émettant à partir de la Grande Bretagne et des pays du golfe, usent des technologies les plus sophistiquées pour passer leurs messages grâce à des animateurs polyglottes par la pratique. Pas moins de 70% des immigrants en provenance des pays du Moyen Orient et du Maghreb privilégient ces télévisions à ceux de leurs pays d’origine et d’accueil. L’autre outil de communication singulier et incontrôlable, totalement méconnu par les ‘’experts’’ mais qui a fait ses preuves en d’autres périodes et lieux, c’est l’oralité, le téléphone arabe, diront certains, la rumeur, diront d‘autres.
Comment y remédier ? Au-delà des politiques sécuritaires et de ‘’déradicalisation’’, une piste à suivre serait de développer l’appartenance à la société qui les a vu naître ou qui les a accueillis beaucoup plus que communautaire, en mettant en pratique une éducation civique et citoyenne au sein des institutions, des organisations éducatives, des centres communautaires, des groupes sociaux, etc.
Elle devra dérouler des actions d’éclaircissement proactives de communication, de sensibilisation et d’intégration non seulement des jeunes mais aussi des moins jeunes, des femmes et des familles. Il ne s’agit pas seulement de lutter contre le racisme ou la discrimination, il s’agit de tendre la main en allant vers ces immigrants pour les faire participer à la réalisation d’un projet commun d’une société en pleine transformation. Quant aux radicalisés, l’adaptation de certaines démarches de ‘’désintoxication’’ en amont serait appropriée.
 Ferid Chikhi

  1. Terrorisme : pourquoi les musulmans ne parlent pas ? 2. Islam, islamisme et terrorisme : comment réformer, rompre et éradiquer ?) publiés sur le Huffingtonpost Québec depuis le 25 juillet 2016 et le 22 août 2016.

http://quebec.huffingtonpost.ca/ferid-chikhi/islamisme-et-terrorisme_b_11969168.html 

23 août 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 266 -

Islam, Islamisme et Terrorisme
Comment réformer, rompre et éradiquer ?
’Le bonheur de l'humanité n'est pas dans l'épée et la violence
Mais dans la plume et la bienveillance’’
Tablit Guerfi Malika
Il y a quelques années de cela, un ami me racontait l’anecdote suivante : ‘’Je me trouvais dans un autobus et trois jeunes se chahutaient et irritaient les autres passagers par leur attitude et comportement provocateurs. A un des arrêts suivants un ami Québécois monte et après quelques minutes me dit ‘’les arabes sont vraiment niaiseux, ils sont impolis et n’ont aucun respect pour les autres’’. Mon regard interrogateur l’amèna à compléter par une phrase qui allait me mettre hors de moi : ‘’ Au moins tu n’es pas comme eux, tu es différent’’. Je m’assume et lui réplique ‘’ils sont moi et en dépit de ce que tu peux penser je suis eux’’. En mon for intérieur je me suis dit, quel que soit ‘’X’’ sa perception étant biaisée je ne saurais lui en vouloir mais le double langage ne fait pas partie de mon expérience. Les trois compères ayant entendu ma réflexion se sont tus et ‘’calmés’’ jusqu’à leur descente de l’autobus’’.
Les musulmans ont le devoir de dénoncer ce qui est fait en leur nom
De nos jours, qui dit terrorisme dit islam et musulmans. Qui dit hijab, djilbab et Burqa dit
musulmanes soumises et islamisme. Qui dit burkini (qui depuis quelques jours défraie la chronique) dit Wahhabisme et recul du progrès et de l’émancipation des femmes musulmanes, oubliant que le processus est le même que celui par lequel le hijab a été imposé. Est-ce vrai ? La réponse, pourrait être lapidaire et ne se décline qu’en un seul mot : Oui ! J’ajoute que c’est révoltant ! C’est blâmable ! C’est répréhensible !
Nous observons tous les jours que le monde est pris au piège de la médiatisation du Wahhabisme et du Salafisme par la Ligue islamiste internationale littéralement financée par les petro-wahhabisme.  À cela s’ajoute qu’à chaque attentat commis par les criminels et autres mercenaires islamistes que ce soit au Moyen Orient, en Afrique subsaharienne ou ailleurs dans le monde, des appels sont adressés aux musulmans pour une introspection et une mise à niveau de leur pratique religieuse. Ces appels les invitent, parfois sèchement, parfois ‘’mielleusement’’ à réformer leur religion et même à rompre avec une partie du message révélé.
La source de ces appels provient essentiellement de pseudo-islamologues et autres politologues en panne de notoriété, de journalistes de droite, etc. Il existe ainsi une diversité de voix qui souvent ne connait que très peu de choses aux religions. Elles sont souvent en rupture de bans avec et s’érigent en donneuses de leçons à des millions de personnes acquises à l’Unicité d’un Dieu avec des valeurs les unes excellentes et compatibles avec celles des autres peuples et d’autres tout à fait en contradiction.
Une réforme de l’Islam ou l’éradication de l’Islamisme
Alors, comment faire ? Quelle est la solution ? Emettons quelques hypothèses qui constitueraient un blocage et considérons un des aspects en lien direct ou indirect avec l’Islam. Nous savons que cette religion est traversée par plusieurs courants qui s’emboitent les uns aux autres en fonction du temps et de l’espace de leurs survenances mais toujours autour de cinq principes dont le principal est une exigence incontournable : ‘’L’unicité’’, la foi en un seul Dieu et en son dernier prophète. La panoplie de ces courants va du rigoriste intégriste et conservateur au plus progressiste et ouvert d’esprit acceptant l’innovation et la nouveauté.  Nous savons qu’en général lorsqu’il y a une panne dans la pratique de leur religion les musulmans font appel à l’Ijtihad, c’est-à-dire l’effort sur soi pour trouver le juste milieu.
Or, ce qui est observé depuis quelques décennies c’est que ce travail sur soi qui résulte en un apport à la communauté a été selon les circonstances, le lieu, les sociétés soit invalidé
soit annihilé. Dans bien des situations il a été tout simplement balayé et pulvérisé par l’Idéologie Wahhabo Salafiste qui use non seulement de la terreur, de ses finances incontrôlées et de la corruption des esprits vulnérables et autres laissés pour compte. Dans une telle impasse, les musulmans se sentent enfermés et bâillonnés par cette idéologie même si quelques-uns de leurs penseurs vivant ailleurs que dans les pays musulmans sont à l’œuvre pour tenter de la contrer malgré sa capacité assassine et sa richesse outrageuse.
Des bien-pensants prennent des raccourcis et suggèrent entre autres, d’amputer le Coran de sa partie ‘’mortifère’’, celle qui appelle à tuer tous les autres qui ne sont pas musulmans, les apostats, les athées, les homosexuels, etc. Pour quelles raisons cette question est-elle ainsi posée ? Dans le camp des musulmans, à l’évidence personne ne veut y répondre.  Pour bien d’autres musulmans cette exigence est, non seulement simpliste mais de par sa légèreté qualifiée d’incongrue. Une abrogation, aussi minime soit-elle, exigerait un consensus pratiquement utopique.
Mais de nos jours le terrorisme islamiste est transfrontalier et il remet en question toutes les valeurs universelles partagées. Les musulmans sont les plus visés et les premières victimes. Ils ont par conséquent le devoir de prendre des décisions intelligentes afin d’agir contre ce fléau.  Ils doivent assumer ce qui se fait en leur nom et au moins de dénoncer vigoureusement cette mainmise du Wahhabisme Salafiste sur leur statut de citoyen et de partie prenante de toutes les sociétés qui les ont accueillis de par le monde. Un hadith du Prophète (QLSSSL) le leur intime : ‘’Et si tu réprouves le mal alors que tu restes avec les désobéissants et les gens mauvais et que tu dises : ‘’Je réprouve avec mon cœur’’ alors ceci ne t'est pas permis car s'il y avait dans ton cœur une réprobation du mal tu ne serais pas resté avec eux’’. Il est par conséquent grand temps de passer du silence, qui s’interprète comme de la complicité, à l’expression et à l’action pacifique et participative. 
L’ère des ruptures nous interpelle
Sachant que l’Islam est une des matrices nourricières de l’Islamisme, interrogeons-nous au sujet de l’avenir des deux. Demandons-nous, comment doit-on procéder pour stopper l’islamisme wahhabosalafiste en évitant de porter préjudice à l’Islam et aux musulmans ? Les capacités et l’esprit de discernement sont des conditions sine qua none pour opérer un choix. Celles et ceux qui le savent et l’ont vécu, considèrent que l’éradication de l’Islam politique généré par le Wahhabisme est la réponse la plus appropriée.
Cette idéologie qui s’est construite autour de trois autres vecteurs que sont la philosophie de la Sahwa ou renouveau de l’Islam prêchant le salafisme c’est-à-dire un puritanisme hors espace des temps modernes.  Ensuite en ciblant et en soumettant la femme pour en faire la partie la plus visible de son forfait victimaire pendant que son dernier, le terrorisme s’en prend à des innocents avec un jugement situationnel et machiavélique mais jamais aveugle.
Il existe un autre problème que les gouvernements Occidentaux doivent résoudre c’est celui du soutien au terrorisme qui sévit contre leurs citoyens là où ils se regroupent le plus. C’est à dire l’espace public. Une partie des protagonistes vient des zones à forte concentration de populations vulnérables avec des statuts sociaux du bas de l’échelle. Tous ces jeunes des ‘’communautés d’origine…’’ ont un ‘’destin écrit’’ (Mektoub) que les éveilleurs, les endoctrineurs, les enrôleurs vont chercher et formater pour les pousser vers la radicalisation. 
Les gouvernements Occidentaux doivent aussi se demander comment des associations, soi-disant caritatives, œuvrant sous couvert de centres communautaires islamistes et autres associations culturelles arrivent à recruter des ‘’intervenants et éveilleurs influents‘’ et en même temps réunir des sommes aussi minimes soient elles sans que les services de police et les institutions financières de leurs pays, pourtant habitués à traquer le blanchiment d’argent, n’y voient que du feu ?  
Éradication de l’origine du mal
Ensuite comment des jeunes oisifs, petits délinquants et autres diagnostiqués en santé mentale se portent candidats au suicide ou à l’opposé des étudiants finissants ou doctorants dans des universités ou le débat d’idées fonctionne à plein tube, se trouvent subitement à développer un sentiment d’appartenance à l’Islam politique et sont happés par le Wahhabosalafisme pour devenir des éveilleurs et mentors des futurs radicalisés au lieu de considérer leur appartenance à la société qui les a vu naître ou qui les a accueilli ?
Une troisième interrogation s’énonce comme suit : comment une association de criminels arrive à créer une agence d’information et à diffuser ses messages et ses communiqués via les satellites appartenant à des agences internationales ?  Enfin, une dernière explication doit être fournie au sujet des liens entre ces associations et certaines groupes financiers transnationaux qui offrent ‘’d’excellents placements’’ pour leurs apports financiers?
Quant au terrorisme transnational soutenu par les Pétro Wahhabisme et son idéologie porteuse des gênes de la souffrance de populations innocentes, il ne doit plus être médiatisé au nom des musulmans.  Les médias publics doivent être mandés pour agencer leurs messages afin d’éviter les confusions en parlant par exemple de l’origine des terroristes qui sont pourtant nés dans le pays où ils commettent leurs crimes ou encore évoquer l’islam radical sachant que la radicalisation et le terrorisme sont l’œuvre du wahhabisme salafiste et de la Da’awa Islamia. Il n’est plus question d’intérêts seulement économiques et industriels mais il s’agit surtout de désamorcer une déflagration qui serait hors de contrôle.
Pour terminer cette réflexion, j’emprunte à mon amie, Mme Malika Tablit Guerfi, professeur à l’université d’Alger et poétesse la citation qui suit ‘’Le bonheur de l'humanité n'est pas dans l'épée et la violence mais dans la plume et la bienveillance’’. N’est-ce pas le chemin à suivre pour consolider le rapprochement entre citoyens de toutes les fois, de toutes les obédiences religieuses et de tous les statuts ? Sera-t-il considéré par les gouvernants pour assurer que tous les ressortissants de leurs pays sont des citoyens à part entière ? Le temps nous le dira.
Ferid Chikhi
http://quebec.huffingtonpost.ca/ferid-chikhi/islam-islamisme-et-terrorisme_b_11646970.html 

23 juil. 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 265 -

Terrorisme : Pourquoi les musulmans ne parlent pas ?
 « Le silence, c'est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et
Si tu parles, tu meurs. Alors, dis et meurs ! »
Tahar Djaout
Depuis les attentats de Paris nous ne sommes plus dans le « Je suis Charlie », mais dans « l'après Nice » et le faux coup d'État Turc en passant par Molenbeek et les autres crimes commis contre les civils de Syrie, de Libye, du Yémen, d'Afghanistan et d'ailleurs. En l'espace d'un semestre, le monde a changé. Un changement majeur qui configure les contours d'un nouveau monde et dépasse celui de la seule mondialisation.
Récemment, sur la terrasse d'un restaurant, alors que nous échangions nos commentaires sur ces crimes contre des citoyens innocents, une amie allemande s'est demandé : « À qui le tour ?» Sur le moment, un rictus se fige sur mon visage et très vite, les souvenirs des jours d'enterrements de mes amis assassinés, durant les années 90, remontent à la surface. Je la fixe quelques secondes avant d'exprimer mon anxiété en rappelant que maintes fois nous avons répété cette question et toujours la réponse – un autre assassinat de l’un des nôtres - ne tardait pas à nous parvenir. C'est ce qui s'est passé.  Quelques jours après, c'est Munich ! Encore Munich ! Des morts, des blessés, des familles endeuillées, des peurs exposées...
En Allemagne, des explications mesurées des autorités, et ailleurs, ce sont des spéculations maladives, souvent insensées, des politiques en déphasage total avec la nouvelle réalité d'un monde meurtri par des individus avec lesquels seule la puissance de la force publique est de mise. Le monde a changé. Le monde va encore changer avec l'élection vraisemblable de Donald Trump à la tête des États-Unis. Le monde change avec le pseudo coup d'état en Turquie, alors que de nouvelles victimes s'ajoutent sur la liste des islamistes.
Victimes d'abord anonymes et par la suite connues. Mais encore et toujours bien des citoyens du monde dit « libre » demandent, entre autres : « Pourquoi les musulmans ne dénoncent-ils pas ces attentats commis par leurs coreligionnaires ? »
Nous avons souvent entendu cet énoncé qui nous cible, nous invite, nous interpelle, nous somme de nous exprimer contre ce fléau devenu mondial. Que ce soit en France, au Canada ou ailleurs, c'est le même appel, le même refrain : Pourquoi ne dites-vous rien ? Pourquoi ne dénoncez-vous pas ces actes abjects, ces crimes scandaleux commis par les vôtres ?
Même si tous savent que les premières victimes sont les musulmans. Un grand nombre parmi nous ne trouvant pas quoi répondre assurent : « Non, ce n'est pas cela l'islam. Les musulmans n'agissent pas
ainsi... » Parfois, ils citent maladroitement un verset du Coran qui condamne celui qui tue une vie. Sans plus. Ils ne disent pas la phrase magique. Celle que tous les autres veulent entendre : Oui ! Ils sont des nôtres et nous devons les arrêter, les condamner, les dénoncer. Manifester contre eux.
Des Occidentaux voudraient supprimer le mal à la source en s'en prenant à la matrice coranique et se présentent comme des experts et spécialistes du texte sans tenir compte du contexte, et encore moins de l'époque de sa révélation ou, en fonction de l’époque, de ce que les hommes ont fait de lui.
Pendant ce temps, les médias de masse poursuivent leur quête du sensationnel. Ils ont choisi d'offrir leurs plateaux de télévisions, leurs micros de radios, leurs colonnes de journaux à des militants islamistes et à quelques musulmans conservateurs et activistes de la Sahwa[1], qui ne cachent ni leur proximité ni leur allégeance au salafisme, au wahhabisme et au Tekfirisme, y compris les plus criminels. De toute façon, ils le sont tous si ce n'est pas directement, c'est par une complicité qui valide leur duplicité.
Quand un musulman « normal » - je n'aime pas ce qualificatif, comme je n'aime pas l'autre, le « modéré » parce qu'ils sont tous les deux péjoratifs - parle, « la communauté » est sommée de le contrer. Elle considère que c'est au représentant accrédité par ‘’la tribu’’, par les politiques et leurs médias, de parler au nom de toutes et de tous, y compris celles et ceux qui n'ont jamais accordé leur délégation.
Mieux encore, pour le faire, la communauté réfléchit et patiente que le « La » soit donné par les pseudo imams, les pseudo leaders, les pseudo représentants. Leur message se résume à quelques mots : « Ils sont contre, mais... »
Le « MOI » et le « JE » sont haïssables, honnis et bannis dans les pays arabo-musulmans
En Occident, si un musulman - pas un islamiste - ose s'exprimer en dehors de ce cadre préétabli, des groupes et leurs porte-voix s'en offusquent et le qualifient de vendu, de traître, de retourné... de moins que rien, qui a renié les références de son groupe et les valeurs de sa communauté. La raison d'une telle attitude est simple : le « MOI » et le « JE » sont haïssables, honnis et bannis dans les pays qui ont plié, non pas et seulement, devant les préceptes religieux, mais aussi devant les cultures venues d'ailleurs portées par l'islam, et étrangères aux us et coutumes des pays arabo-islamisés. Paul Valéry aurait été bienheureux de constater que ce qu'il a dit se vérifie dans un contexte qu'il n'aurait jamais imaginé.
L'appropriation du « ON » et du « NOUS » est soutenue en substance par une phrase qui est inculquée dès le plus jeune âge et se lit comme suit : « Mon Dieu préserve moi du haïssable, aide-moi pour ne pas prononcer le mot " Moi " ou le mot "Je", ils sont détestables. » Et, ça fonctionne.
Le musulman ne doit jamais parler à la première personne du singulier, seul Allah peut le faire. Lui seul peut le dire. Le « JE » est le sien. Le musulman peut s'approprier le « Nous » et le « Il » impersonnels. Mais il ne se citera jamais comme sujet principal. L'estime de soi en prend un coup, tellement il se « désavoue ». Et, si par hasard cela venait à être entendu, les questions de la stigmatisation fuseront automatiquement : comment oses-tu parler en ton nom alors que tu es avec « NOUS » ? Si tu le fais, c'est que tu les as rejoints, « EUX », pas nos adversaires, mais « EUX », nos ennemis. « Te prends-tu pour Dieu alors que tu n'es que poussière !? » La boucle est ainsi bouclée.
Les islamistes - je préfère ce qualificatif parce qu'il est idéologique - et les intégristes et/ou les fondamentalistes qui s'accrochent mordicus aux dogmes et aux pratiques religieuses d'une autre ère - parlent du « NOUS » inclusif, contre ceux d'en face. Il m'est arrivé, plus d'une fois, de sursauter lorsque j'entends certains Québécois parler d'inclusion. Je me demande s'ils entendent ce concept comme le comprennent les islamistes qu'ils privilégient ? Pourtant, entre eux ils (les islamistes) les qualifient de mécréants, d'athées, d'impies, d'infidèles, etc.
L'histoire le démontre, ils se referrent à une ère, une époque, un contexte à jamais révolus, lorsque tout était tribal et qu'il fallait dans ce désert d'Arabie survivre et se protéger contre tout ce qui n'était pas similaire et semblable. Alors, de nos jours, au lieu de se fondre dans la société qui les a accueillis, comme le font des milliers de musulmans venus chercher une citoyenneté complète, ils choisissent de s'ostraciser, se ghettoïser et occuper la marge avec la bénédiction des multiculturalistes.
Seuls les islamistes et leurs alliés naturels crient à l'islamophobie
Au Québec, la menace islamiste existe bel et bien, dans les faits et les actes. Nous savons, même ceux qui font semblant de ne pas le savoir, qu'il est important de distinguer la bonne graine de l'ivraie et comprendre que tous les musulmans ne sont pas islamistes, mais que tous les islamistes sont musulmans. Alors se pose la seule et vraie question, à savoir : comment faire pour les distinguer et éviter la stigmatisation, le ciblage, « le racisme », le mépris, le dédain, le rejet... des autres, de toute la grande masse de citoyens de confession musulmane ?
Pour tenter de trouver quelques pistes de réponses, faisons parler quelques indicateurs : il existe au Canada environ 700 000 musulmans d'origines diverses, ces personnes viennent aussi bien des pays musulmans du Moyen Orient, d’Asie que des pays européens, africains, etc. Au seul Québec ils avoisinent les 200 000 (femmes et enfants compris). 
Il existe une très faible proportion de fondamentalistes, d’intégristes, de conservateurs et d’islamistes - la ligne de démarcation entre les deux premiers groupes et le dernier est mince - les militants islamistes engagés, purs et durs ainsi que les sympathisants de cette mouvance au Québec avoisinent les 1500.
Pendant ce temps, la masse critique des pratiquants (respect total ou partiel des cinq piliers : foi en un Dieu unique et en son dernier prophète, prière, jeune, aumône, pèlerinage) s'intègre bien et ne sollicite aucun accommodement religieux. Elle voudrait s'exprimer et participer au débat. Elle n'est ni entendue ni audible pendant que les relais médiatiques l'évitent lui préférant les représentants autoproclamés et soutenus par les militants actifs. À force de « comparaitre », ils ont appris à maîtriser l'art de la victimisation et celui de la culpabiliser tous les autres citoyens, y compris ceux qui valident leur inclusion.
Le grand mal vient d'eux. Ils crient à l'islamophobie, à la marginalisation, à la discrimination et même au racisme, lorsque ce n'est pas à la xénophobie. Leurs chantres - ils sont, de nos jours, hommes et femmes publiques, intellectuels, universitaires, bien-pensants - n'hésitent pas à marquer leur territoire et leurs espaces de communication en exigeant que leur religion - entendez par là leur idéologie - soit respectée chaque fois que leurs demandes déraisonnables, contraires aux principes de «l'islam du Juste Milieu», sont ignorées parce qu'elles mettent à mal le bon vivre d'abord avec les musulmans ensuite avec les Canadiens en général, les Québécois en particulier et un nombre de plus en plus croissant d'immigrants de provenances diverses.
Bien des individus vont crier au scandale en répétant que le Coran, la Charia, les Hadiths - et j'en passe - portent en eux les germes de la violence, de l'agressivité de la provocation ostentatoire. Le bon sens veut que personne ne puisse le nier, mais les musulmans n'en font pas cas.
Pire encore, ils ne sont même pas en mesure d'expliquer que ces « versets » s'appliquaient à une époque où l'implantation et l'expansion de l'islam se faisaient par le sabre de la domination d'une ou plusieurs tribus sur d'autres.
S'ils le font, ils remettraient en cause tout le contenu de la révélation, et ça, c'est tabou. À l'époque, le modus operandi se fondait sur deux éléments : les alliances avec les femmes comme tribut et le « ou vous vous intégrez à nous ou vous êtes contre nous ».
Comment faire pour stopper l'islamisation ?
Dans les pays occidentaux, tant que les bien-pensants, les intellectuels, les femmes et hommes politiques ne comprennent pas le sens de la Sahwa islamique - idéologie et instruments de guerre de l'Alliance conjoncturelle Wahhabite et de la confrérie des Frères musulmans - tous les efforts pour préserver les vies humaines seront vains.
Tant que les relations diplomatiques et de partenariat avec l'Arabie Saoudite et le Qatar ne sont pas révisées, le mal islamiste se répandra de plus en plus et sans possibilité de l'annihiler.  Tant que certains circuits commerciaux sont pollués par des pratiques « islamistes », le financement des activistes se poursuivra.
Par ailleurs, une issue serait intéressante à emprunter dans le très court terme c'est celle de la formalisation du renforcement des libertés fondamentales, celles de la pensée, de l'expression, de l'opinion et de la critique citoyenne qui garantissent la place de toutes et de tous sans discrimination légale, sans stigmatisation et sans singularisation. Cela ne va pas sans le bon sens commun qui se fonde sur un vrai consensus social.
Les récalcitrants, les fanatisés pour ne pas dire les endoctrinés et les radicalisés doivent être débusqués, contraints par la législation en vigueur, et éloignés de la société. Même si je sais que cela ne fonctionnera pas, des actes pédagogiques pourraient être mis en œuvre pour celles et ceux qui voudraient être réadmis au sein de la société. Les autres seront maintenus hors du cadre social généralement accepté par toutes et par tous.
Chez le musulman « le silence » est une compétence à déconstruire
Avant d'arriver au Québec, bien des musulmans ne parlaient pas, ne pouvaient pas agir et encore moins se plaindre, malgré le fait qu'ils font partie de la grande communauté, la Oumma musulmane. Ils étaient en minorité parce qu'ils étaient partisans et favorables à la laïcité. Ils étaient aussi considérés comme athées, mécréants et donc apostats. Ils ont choisi de se taire pour éviter leur stigmatisation, leur marginalisation ou tout simplement leur mort.  
Le silence était une de leurs principales caractéristiques. Arrivés au Canada, au Québec ou partis ailleurs « cette compétence » leur colle à la peau. Ils n'arrivent pas, pour le moment, à s'en défaire. Ils voudraient bien, mais personne, pour l'heure, n'ose la déconstruire.
En Algérie, pour nous alerter et nous réveiller, il a fallu que le regretté Tahar Djaout, dramaturge et écrivain de renom, nous interpelle et nous rappelle à l'ordre avec son fameux « Le silence, c'est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors, dis et meurs ! ».  Beaucoup de libres penseurs, de laïcs, de contradicteurs, d'objecteurs de conscience ont osé le pari. Ils se sont retrouvés face à une barre de fer, un sabre, une chaîne de vélo et même un Kalachnikov. Ils décidèrent de s'exiler. Ils sont partis en France, en Allemagne, en Amérique du Nord et même en Australie... L'âme en peine et sans espoir de retour.
Arrivés dans leur pays d'accueil, ils découvrent à leurs dépens, qu'ici et ailleurs, cela peut être comme chez eux, mais en plus raffiné. Les islamistes, les égorgeurs... les kamikazes, salafistes, wahhabites et autres tekfiristes les avaient devancés.  S'ils parlent, ils sont contrés avec « l'instrumentalisation des concepts ». Des concepts qui intimident ; ils sont stigmatisants : racistes, intolérants, islamophobes, extrémistes, fauteurs de troubles sociaux, empêcheurs de « multiculturaliser », ennemis de la liberté religieuse, irrespectueux des cultures minoritaires et des communautés, y compris celles dont ils sont issus, etc.
Alors, ils se fondent dans la grande foule, deviennent invisibles et restent inaudibles. Ils ont choisi de laisser l'espace, tout l'espace à celles et ceux qui parmi les Canadiens et les Québécois au nom de leur générosité, de leur tolérance, de leur magnanimité leur ont préféré les islamistes. Mais ils savent au plus profond de leur être que leur société d'accueil ne frappe pas celui qui est venu en ami et qui est à terre. Ils savent que le moment voulu les Québécois en particulier sauront à qui accorder leur satisfecit.
Ferid Chikhi


[1] L’éveil, le réveil islamique. Mouvement initié à la fin des années ‘’70’’ en même temps que le Khomeynisme et au début des années ‘’80’’ quand les Saoudiens ont décidé de ne plus avoir d’accointance avec les frères musulmans sans pour autant les renier complètement, se laissant une porte ouverte au cas oû ….
Publié sur le HuffingtonPost Québec
http://quebec.huffingtonpost.ca/ferid-chikhi/terrorisme-pourquoi-les-musulmans-ne-parlent-pas_b_11178132.html