4 déc. 2018

Un Numide en Amérique du Nord - 232 -

Le propos qui suit n’est pas pour relater l’évolution du féminisme - universel ou occidental - alors que partout dans le monde ‘’la dynamique des actions populaires « #BalanceTonPorc », « #Metoo », « #TimesUp », « #MetooIndia « #NiUnaMenos » et « HollaBack! » bat son plein depuis le 25 novembre 2018 et se poursuivra jusqu’au 10 décembre de la même année. Le slogan principal étant « Tous UNiS pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes » est Orangez le monde : #ÉcoutezMoiAussi.[1]
Le contenu de cette réflexion est un essai de réponse à la question que se posent bien des sociologues, des anthropologues, des politologues et des observateurs des sociétés occidentales sur l’intrusion par effraction de ce qui est qualifié de ‘’féminisme islamiste’’. Ses militantes le justifient comme étant un féminisme distinct.
À l’évidence et sans aller dans le détail cela confesse d’une stupidité à laquelle seuls les islamistes nous ont habitués et qu’ils sont les seuls en mesure de déployer en s’infiltrant insidieusement dans le monde des organisations sociales, les universités et les centres de recherches et, même dans les écoles primaires, avec le soutien silencieux et le laxisme de gouvernants corrompus idéologiquement. Avant de poursuivre, il faut noter qu’en 2018, parler de féminisme n’est plus l’apanage des femmes. Je suis féministe et membre de Pour le droit des Femmes du Québec (PDFQ). Comme tous les autres membres masculins de cette organisation, je n’y ai pas le droit de vote, mais ma voix compte. Mon propos est écouté, pris en considération et avec attention par toutes et tous les autres membres.
Le voile dans la tradition vestimentaire
Le témoignage suivant se veut un prélude au reste de ma réflexion : Au début de l’indépendance de l’Algérie, alors que les premières combattantes revenaient des maquis, je découvris, sans grand étonnement, qu’elles ne portaient pas le voile traditionnel. Ces combattantes étaient habillées à la ‘’ française ‘’ comme l’étaient les jeunes filles qui allaient encore à l’école et celles rarissimes qui travaillaient.
Dans ma petite ville natale de l’Est Algérien, j’ai intégré le fait que le voile qu’il soit blanc - Hayek - ou noir - Mlaya - que portaient les femmes était un élément de préservation de l’intégrité morale des
femmes mais aussi une ligne rouge à ne pas dépasser par les autres, les hommes.  Deux fonctions dont le caractère symbolique n’échappait à personne : la première mettait en évidence l’élégance et ne réduisait en rien la féminité de celles qui le portaient. La seconde était sociale. Cependant, ces deux fonctions constituaient une sorte de frontière à la fois délicate et robuste qui séparait la spécificité de la société Algérienne de souche et la société coloniale. Une forme de société biculturelle. J’ajouterais que les femmes hors des grands centres urbains (campagne et montagne) portaient un foulard, juste pour préserver leurs cheveux de la poussière. 
La mode régressive du hijab
À cette époque, durant les deux premières décennies après l’indépendance, le hijab ne faisait pas partie du paysage vestimentaire Algérien. Le début de son apparition remonte au milieu des années ‘’80’’. Deux questions m’étaient venues à l’esprit : qu’est ce qui a fait que l’Algérienne se soit mise à porter cet accoutrement, et, qu’est ce qui pouvait justifier ce changement qui allait, au fur et à mesure que le temps passait, finir même par scinder la société en deux ?
Un souvenir me vient à l’esprit, ceux qui étaient appelés, les Afghans - mercenaires Algériens qui s’étaient rendus en Afghanistan - dès leur retour au pays, s’étaient attelés à imposer à leurs sœurs, à leurs mères, à leurs épouses, ce bout de tissu. La fanatisation qu’ils ont subi devaient être transmise et imposée aux femmes de leurs familles et de leur proches entourage (cousines, voisines, etc.).
À la même époque, quelques pseudo érudits avaient justifié le port du hijab par son utilité : ‘’…cache-misère pour celles qui n’avaient pas les moyens de s’acheter des vêtements neufs ou encore vêtement confortable puisque les mains étaient libres alors qu’avec le Hayek et la Mleya ce n’était pas le cas...’’ Bien entendu, le commun des intégristes ajoutait qu’il préservait la pudeur de la femme. Pour la contradiction, je n’évoquerai même pas celles qui, ici, au Québec, le portent au demeurant avec un maquillage inapproprié.
La féministe islamiste
En Europe et même ici au Canada et au Québec, une autre problématique est apparue depuis une dizaine d’années. Il s’agit du changement de la sémantique : le concept de la fanatisation a été
remplacée par un concept plus généraliste et soft, celui de la radicalisation, d’autres concept sont tout simplement évacués parce que trop révélateur de l’intolérance des islamistes à l’égard des Québécois (Islamophobie[2]). Mais, personne n’ignore que le voilement des femmes est le premier acte de leur soumission mais aussi de la régression de pans entiers de la société. Nous savions que les effets et les dommages collatéraux de la confrontation entre le Wahhabosalafisme, le Khomeynisme et la fraternité islamiste, bien entretenue par les Étatsuniens et leurs alliés, seraient dégradants pour les femmes dont le statut a toujours été précaire dans les sociétés arabo-musulmanes. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, il n’y a pas eu à ce moment-là, de féminisme islamiste pour améliorer le statut des musulmanes et s’opposer aux dérives imposées par leurs hommes au nom de l’idéologie qu’ils véhiculent.
Un grand nombre de celles qui ont absorbé le ‘’venin’’ de l’une des trois idéologies islamistes, n’ayant pu s’ériger contre les dictateurs de leurs pays d’origine, ont suivi leurs hommes en Occident.  Déjà fanatisées, et refusant de s’intégrer à leurs sociétés d’accueil, elles se sont organisées pour se présenter comme victimes d’un système social qu’elles accusent de ‘’chosifier’’ la femme. Elles exigent aussi des droits et des valeurs, encore une fois islamistes, en faisant valoir l’idée que le féminisme n’est pas seulement occidental, il est aussi islamiste. Seulement, une lecture active de ce féminisme dévoile qu’il est un cheval de Troie véhiculant l’islamisme victimaire.
Rappelons-nous de cette étude réalisée, en 2015, par le ministère algérien de la santé en collaboration avec l’UNICEF[3] ; elle mentionnait que 59 % des femmes algériennes estiment qu’un mari a « le droit de frapper ou de battre » son épouse. Ahurissant n’est-ce pas !? Faut-il penser que cette proportion existe ou est la même dans la communauté féminine d’origine Algérienne vivant au Québec ? Où se trouve le centre de prévention de la radicalisation ?
La citoyenneté avant tout !
En tout état de cause, et l’histoire nous l’apprend, seules les féministes œuvrant pour le respect des valeurs d’égalité, de partage et de progrès, mobilisent et sensibilisent les populations, y compris celles des pays musulmans, afin que la citoyenneté soit la seule et vraie institution égalitaire de toute société laïque. Je me souviens d’un cours de philo sur le doute, qui s’était conclu par ce qui suit : Se
questionner c’est douter, douter c’est chercher si une autre explication existe. Pour revenir à mon propos initial, je me suis demandé comment une Nord-américaine, une Canadienne ou une Québécoise, une Européenne, une Française, une Allemande ou une Espagnole … ferait la différence entre une musulmane et une féministe islamiste, considérant que chacune se réclame de son islamité ? Bien entendu, pour moi, la réponse était simple : l’une porte le hijab, elle est islamiste et ensuite citoyenne, c’est une militante convaincue de l’Islam politique ou ignorante de cette qualité mais la porte sur sa tête ; l’autre est d’abord citoyenne et ensuite musulmane. Or, rien ne les distingue si ce n’est le voile de la première.
Cette divergence m’amène à dire que je suis convaincu que dans une société de tolérance et de progrès telle que celle du Québec, seule l’institutionnalisation de la laïcité constitue le fluide de nature à préserver sa cohésion et son harmonie tout en consolidant le bien vivre ensemble. Cela signifie que tant que les gouvernants n'auront pas légiféré pour implanter et enraciner la laïcité, le Québec restera dans l’impasse, et les clivages qui divisent la société en plusieurs silos hermétiques, se multiplieront.
À l’instar des islamistes qui les mettent en avant leurs féministes usent de la stratégie de l’infiltration et du noyautage pour adopter des thématiques médiatisées par les féministes progressistes laïques, elles faussent ainsi les effets des indépendances acquises à force de sacrifier les acquis universels pour lesquels bien des Québécoises et des immigrantes se sont battues depuis des décennies. Pour les islamistes, femmes et hommes, il n’y a pas de laïcité, de liberté et d’égalité s’ils n’ont pas les devant de la scène pour imposer leurs vues et leur fanatisme.
Ferid Chikhi



[1] http://www.unwomen.org/fr/what-we-do/ending-violence-against-women/take-action/16-days-of-activism
[2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1139029/journee-contre-haine-intolerance-reclamee-29-janvier-tuerie-mosquee-quebec
[3] https://www.huffpostmaghreb.com/2015/06/10/violence-conjugale-algeri_n_7552472.html

29 nov. 2018

Un Numide en Amérique du Nord - 231 -

Elle est maintenue en prison pour une gorgée d'eau !
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Un appui de taille pour Aasiya Bibi Noreen
''À son Assemblée générale du 17 novembre 2018, les membres de PDF Québec ont adopté à l'unanimité la résolution suivante : "Il est résolu que les membres présentes à l’AGA de PDF Québec, tenue à Montréal le 17 novembre 2018, offrent leur soutien à Asia Bibi dont la vie est mise en danger et appuient également la démarche du gouvernement canadien visant à l’accueillir comme réfugiée au Canada. ".
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Au Pakistan, Asia a été emprisonnée pendant des années pour avoir bu une gorgée d'eau d'un puits qui ''appartient à des musulmans''.
Les faits : Deux femmes demandent à Asia de l'eau à boire. Elle va chercher de l'eau à un puits à proximité du champ, prend un gobelet avec lequel elle boit une gorgée d’eau, puis ramène un récipient d’eau auprès des femmes.
Une des femmes refuse de boire l’eau, prétextant que cette eau est souillée parce qu’Asia est chrétienne et donc elle est impure (haram).
Asia Bibi se défend en disant qu’elle ne croit pas que le prophète Mahomet soit d’accord avec cette interprétation. Elles ses disputent.
Les femmes islamistes s'indignent face à une telle attitude : « Comment oses-tu parler comme cela du prophète, tu viens de commettre un blasphème ».
Les femmes se plaignent au mollah Qari Sallam. Qui s'en va signaler le blasphème au commissariat de police de Nankana Sahib.
Asia et sa famille sont victimes de menaces de mort. La police intervient et pour la protéger elle est placée en détention et sa famille entre en clandestinité.
Le tribunal de Lahore confirme la condamnation à mort en 2014. Le 31 octobre 2018 la Cour Suprême la relaxe.
Des pressions - manifestations des islamistes radicaux sont organisées partout au Pakistan - sur la justice Pakistanaise. Asia est maintenue en prison pour une éventuelle révision du jugement la relaxant.
À noter qu'à son époque, Muhammad Zia-ul-Haq a mis en place une politique d'islamisation forcée. Il introduit notamment des décisions de justice pour sanctionner les mauvaises mœurs et le blasphème qui prévoit la peine de mort pour toutes personnes qui dénigrent le prophète Mohamed. Asia a été condamnée d'abord en application de cette loi et acquittée sur la base de la loi de protection des femmes (2006) qui revient sur certaines des dispositions de la première loi.
Récemment, la Grande Bretagne a refusé de l'accueillir parce que les Pakistanais sont nombreux à y vivre.
Le Canada étant en contact avec le Pakistan pour trouver une solution à la problématique d'Asia, PDF Québec appui le gouvernement Canadien pour une décision d'accueil d'Asia en lui offrant les conditions nécessaires et suffisantes pour qu'elle vive ses libertés, y compris celle de se désaltérer avec toute l'eau du pays.
Ferid Chikhi
18-11-2018

17 oct. 2018

Un Numide en Amérique du Nord - 230 -

Une déconfessionnalisation inachevée n’est pas la laïcité 
Les polémiques sur les valeurs Québécoises, l’intégration des immigrants originaires des pays arabo-musulmans … leurs voiles, leurs dénonciations de ce qu’ils qualifient de racisme et la laïcité, sont de retour dans les espaces publics après une élection remportée par la majorité francophone. 
La capacité de résilience des Québécois 
Je me souviens qu’au moment de mon installation les acquis de la révolution tranquille étaient palpables pour un immigrant venant d’Algérie. Une de mes premières impressions n’avait rien à voir avec les avancées politiques et encore moins la déconfessionnalisation que je croyais généralisée aux autres institutions publiques et à l’espace public, même s’il y avait profusion de noms de Saints et de Saintes donnés aux artères des villes et des villages ainsi le nombre des églises. Elle touchait beaucoup plus, dans ma tête de Nord-Africain, les signes du succès social et du progrès industriels atteints par les Québécois. Mon intérêt initial concernait la transformation du tissu économique en de multiples pôles industriels. Avec une carrière faite dans les transports aériens, j’avais hâte de connaitre les sites professionnels de Bombardier, Pratt & Whitney et CAE (chef de file mondial en formation dans les domaines de l’aviation civile), les institutions internationales, (IATA & OACI). 
Il y avait aussi, la culture francophone, les arts et les festivals de Montréal dont la renommée était internationale. Afin regrouper mes connaissances du Québec, j’avais focalisé sur les actualités et notamment celles relatives aux institutions politiques et l’organisation citoyenne. Se faire une petite place au sein des CA d’organismes communautaires n’était pas chose aisée. J’ai dû faire tester ma compréhension de ce que je découvrais de la société Québécoise. J’avais beaucoup entendu parler de la résistance du peuple Québécois francophone noyé dans un océan d’anglophones. J’avais découvert que sa force résidait surtout dans sa résilience et dans sa capacité à la transformer en force de l’innovation et de la créativité. 
Les islamistes étaient déjà au Québec 
Ce que je n’avais pas anticipé c’était l’adage suivant : ‘’ le passé te rattrape au moment où tu t’y attends le moins ‘’. En mars 2002, j’avais commencé à rencontrer des Québécois. Une visite au marché - Jean Talon - s’était imposée. J’allais être marqué de façon magistrale. Un terroriste islamiste, de mon quartier, était apparu dans l’encadrure de la porte d’entrée du marché couvert. Nos regards s’étaient croisés. La main de mon accompagnateur me tira de cette vision presqu’irréelle. L’Hacène, me dit ‘’ tu sais très bien que le Canada, les USA, la Grande Bretagne et la France ont accueilli ‘’nos terroristes’’. Il est là, comme demandeur d’asile politique et peut être comme clandestin’’. Je me suis alor, demandé si sept millions de francophones étaient stoïques ou naïfs face à 1.000 à 1.500 islamistes (C’était déjà une évaluation au vu des 3.500 Algériens qui débarquaient à Montréal depuis 1998) !? 
J’avais pensé aux acquis sociétaux du Québec et je conclus que la sécularisation avait fait de grands pas, mais en matière de laicité beaucoup restait à faire surtout que la déconfessionnalisation de l’école publique n’avait concerné que le Christianisme… Je m’étais aussi demandé, si leur identité, leur culture, leur langue résisteraient à ce fléau multidimensionnel, allié contre nature à une gauche réactionnaire ? J’avais omis, par méconnaissance, le poids du multiculturalisme et ses effets sur la ghettoïsation des communautés ethniques. Le ‘’Québécophobisme’’ incité par des groupes d’individus formatés aux dogmes d’idéologies venues d’ailleurs, aura-t-il un droit de cité ou sera-t-il annihilé ? Une question traversa mon esprit : Peut-on désendoctriner ces personnes ? Une seule réponse confrontait : Il faudra que les Québécois sortent de leur tolérance légendaire pour faire face à l’autovictimisation et au retour sournois des idéologies à caractère religieux. 
‘’Un nécessaire changement de culture institutionnelle’’
J’ai dû relire quelques pans de l’Histoire du Québec pour mieux comprendre les différentes tendances. Je découvris qu’en 1997 un amendement à la Constitution avait supprimé les privilèges confessionnels détenus par les catholiques et les protestants[1]. Le Québec s’était engagé dès mars 1999 à considérer avec attention le rapport élaboré sous la présidence de Jean-Pierre Proulx et portait sur la place de la religion dans le système éducatif. À la suite de cela, la Loi 118, adoptée le 14 juin 2000, était critiquée par les tenants de l'école confessionnelle et par ceux de l'école laïque. Le rapport Proulx aurait été plus adapté à la société moderne que le compromis choisi par le ministre de l'Éducation. En octobre 2006, un avis du ministère[2] de l’éducation relatif à la déconfessionnalisation scolaire au Québec mentionnait ’ un nécessaire changement de culture institutionnelle ’’. Pour moi, j’avais cru comprendre que la Révolution Tranquille avait été le creuset de la construction d'une nouvelle identité nationale québécoise et une rupture décisive entre l'Église et l'État. L’école déconfessionnalisée, a certes façonné les futurs citoyens en leur inculquant des valeurs, des principes, des repères sociétaux, et bien entendu tracé les contours d’une société moderne où l’égalité les droits, les libertés fondamentales étaient puissantes, mais d’où l’Histoire et la Culture spécifiques aux Québécois avaient été évacuées. Pour moi, le processus était inachevé. 
La laïcité, seule, ne saurait et ne pourrait jouer ce rôle 
De nos jours, des conférenciers, à partir de leurs tours d’Ivoire, servent, sans scrupules des concepts redéfinis selon des approches accommodante d’identités nouvelles. Or celles-ci investissent et perturbent tous les espaces publics et privés. Quelques-unes sont mortifères et anthropophages pour
les autres. À ce stade de la réflexion, bien des citoyens originaires d’Afrique du Nord se demandent si ce Québec, qui les a accueillis, n’est pas poussé sur un chemin dangereux pour le bien vivre ensemble. Ils pensaient avoir laissé derrière eux, leurs islamistes et les atteintes à leur intégrité pour les retrouver en pleine expansion en terre Québécoise. Or, c’est avec un enthousiasme assumé qu’ils sont venus vivre et partager une vie sans considération de leur appartenance religieuse. Un grand nombre parmi eux, applaudissent, l’avènement du gouvernement Caquiste qu’ils estiment en mesure de proposer des réponses conformes aux divergences affichées de quelques islamistes qui se réclament d’idéologies incompatibles avec les valeurs de partage de la société d’accueil. Ils ont aussi confiance dans sa volonté de profiter des enseignements tirés des échecs de son prédécesseur pour consolider sérieusement les acquis laïques du Québec. Le Québec est à la croisée des chemins, son nouveau Premier Ministre, sait que pour s’en sortir, achever la déconfessionnalisation est un dessein sensible. Il doit maintenir son option en vue d’une laïcité tant réclamée par la majorité des citoyens et ainsi être au diapason des défis relevés par les pionniers du Québec.
Ferid Chikhi

22 août 2018

Un Numide en Amérique du Nord - 299 -


Laicité : Recourir à la clause dérogatoire …au Canada.

Au cours de l’une de ses premières apparitions comme leader de la Coalition Avenir Québec (CAQ), M. Legault, a promis qu'en cas de son élection comme Premier Ministre du Québec, il userait de la clause dérogatoire pour imposer la laicité. Je veux bien y croire, cependant, je trouve bizarre que tout le monde ne regarde qu'une facette de la façon de la faire, cette laicité, alors que la problématique est à mon avis plus complexe… notamment au Canada et son statut de pays multiculturel.
Au-delà des états d'âme des chefs des partis Québécois :
Pena Ruiz a expliqué son triptyque en définissant les conditions qui doivent être réunies pour la réalisation de la laicité. Mais il part du principe que l'État est déjà Républicain, or le fédéralisme Canadien est incompatible avec la laicité qui est et restera une valeur RÉPUBLICAINE. 
Dans ‘’Histoire de la laïcité : Genèse d'un idéal, (Gallimard, 2005)’’ ce Maître de conférences, philosophe et écrivain nous rappelle que (…) Laïque, l'Etat républicain se fait accueillant à tous, sans discrimination. Pour cela, il se refuse à tout privilège public des particularismes : ni religion reconnue, ni athéisme consacré. (…). Or dans un contexte provincialiste comme celui du Québec, seul un parti qui oeuvre pour l'indépendance est en mesure de réaliser la Laicité. Pourquoi ? C'est tout simplement parce que seul un parti indépendantiste, porteur du minimum garanti c'est à dire deux projets : celui d'un pays indépendant républicain et souverain et celui d'une société diversifiée et pluraliste… est en mesure d’atteindre les objectifs du vivre ensemble, dans un espace de partage, de solidarité et de complémentarité et surtout balisé par des valeurs d’égalité. Cependant, il lui faudra au préalable les concevoir clairement et précisément. Ce qui ne semble pas pour demain la veille.
Un autre enjeu est à considérer avec attention en sortant du cadre de références habituelles. C’est celui qui fait du Canada une confédération à caractère multiculturel. Ce qui peut faire qu’aucune de ses provinces ne sera libre d'opter pour la laicité parce que la loi constitutionnelle de 1982, dans sa partie – I – celle qui consacre la charte canadienne des droits et liberté il est clairement écrit qu’‘’Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu… ‘’. Par conséquent, tout approche républicaine est stipendiée. Le statut de l’individu, est encadré par des principes et non pas des valeurs ; il l’est comme sujet de la Reine, du Royaume Uni. Cette qualité prime sur tout le reste des valeurs collectives et communes ; des valeurs universelles, combien même le Canada, se voudrait séculier, la laicité n'y a pas de place.
La clause dérogatoire est quinquennale…
Au Québec, prétendre pouvoir procéder avec la clause dérogatoire est une simple vue de l'esprit. Sachant, comme le souligne si bien Henri Brun (professeur émérite à la faculté de droit de l'Université Laval), que ‘’Ça pourrait permettre de mettre fin au débat pour un certain temps », dit-il, rappelant que la clause dérogatoire doit être renouvelée par le Parlement qui l'applique tous les cinq ans…’’ et en tout état de cause le débat reprendra de plus bel à la fin de la cinquième année.
Quant au reste du Canada, aucune des provinces, même celles qui se considèrent comme les plus progressistes, ne pourraient en faire autant, enfermées qu'elles sont dans le carcan imposé par la sujétion à la Reine. Si la clause dérogatoire fonctionne en la matière pour le Québec elle pourrait devenir contagieuse pour les autres provinces sachant que les vagues migratoires en provenance d’autres religions que la Judéo-chrétienne, s’imposent dans le paysage social ... et ça, presque tous les Canadiens du RoC ne l'accepteraient.  Sur ce point précisément, plusieurs observateurs émettent des hypothèses fort intéressantes mais celles-ci ne se valident pas dans un contexte multiculturel fortement axé contre le séparatisme ... et le communautarisme. Toutefois, pour la république rien n'empêcherait pas de regarder de l'autre côté de la médaille... C'est pour cela que la difficulté de mettre en oeuvre la laicité dans un contexte multiculturel… est utopique. Cependant, pour le Québec, l'indépendance est la seule issue … Pour l’heure, les Québécois doivent assumer que la déconfessionnalisation opérée depuis le début des années ‘’60’’, n'est pas La laïcité. 
Parce que comme le souligne l’historien et auteur Olivier Loubes dans ‘’La laïcité, cadre et profondeur de champ de la République’’ : (…) Il y a donc au cœur de la définition de la République une laïcité institutionnelle, constituée et constituante. Pour autant, on le voit bien ces dernières années, cette référence laïque peut être instrumentalisée par des adversaires de l’idéal républicain de laïcité, des valeurs laïques, qui s’en servent soit pour s’exclure de ce cadre démocratique, soit pour exclure des groupes du viv.re ensemble national. (...) 
Si c’est bien compris par toutes et tous, le reste sera facile à réaliser. En conclusion, l'idée de recourir à la clause dérogatoire n'est que chimère électoraliste…
Ferid Chikhi.

29 juil. 2018

Un Numide en Amérique du Nord - 298 -

Pourquoi l’état islamique n’est pas viable !?

Récemment, un ami Québécois de souche, intéressé par le dialogue interreligieux, m’a invité à m’exprimer sur plusieurs textes parmi lesquels celui du sermon prononcé, le 16 Jan 2016, à la mosquée Al-Aqsa, par le cheikh Palestinien Abu Taqi Al-Din Al-Dari. Ùce dernier y arguait que : Le futur État islamique doit conquérir Rome, Washington et Paris par le djihad … Il y avait aussi, la pétition de Juillet 2018, signée par une centaine d’intellectuels qui « réclament une justice équitable » pour Tariq Ramadan, incarcéré en France dans une affaire de viols. Ensuite, une conversation avec Hamid Dabashi, diplômé de l’Institut de Genève qui souligne que ‘’Le désir révolutionnaire se lit comme le dépassement de l’opposition « The West and the rest ». Et pour clore cette liste, les concepts de la colonialité et de la décolonialité commentés par Asma Lamrabet, sociologue et féministe islamiste. 
J’ai accepté de le faire en partant des enseignements dispensés par mes aînés. Mon propos porte aussi bien sur des pistes de réflexions et le lecteur averti grâce à son sens du discernement n’empruntera pas le chemin des impasses. Je passerai en revu d’une manière succincte ‘’les pouvoirs occidentaux et leurs rapports aux musulmans … Le Djihad, Dar El Islam (le monde de la paix) et Dar El Harb (le monde de la guerre) … L’État Islamique…Le Wahhabisme et le Khomeynisme … et je terminerai par ce slogan qui dit que ‘’Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits".
Mes références : Les sages de ma famille.
Mon avis pourrait par moment être maladroit. Mais une de mes principales sources d’information et d’acquis restera à jamais celle des sages de ma famille : Père et Mère, Grands-parents, Oncles et
Tantes ainsi que tous ces patriarches et toutes ces matriarches qui ne portent pas forcément une barbe blanche ou un voile sur la tête mais détiennent une parcelle du savoir acquis auprès d’autres sages de la tribu. 
À titre indicatif et à ce stade de mon propos, je ne suis pas convaincu par l’idée, comme le voient certains, que l’islam serait le « décolonisateur » du monde. Mon argument est que dans le monde d’aujourd’hui c’est l’Islamisme qui de nos jours sévit. Une idéologie qui, comme bien d’autres, disparaitra comme elle est apparue.
Les pouvoirs occidentaux ‘’confinent ’’ les musulmans … 
Cependant, j’ai la conviction que le nœud Gordien des problématiques du ‘’bien vivre ensemble’’ réside dans les aptitudes des politiciens, des intellectuels et des médias à bien gérer les pouvoirs qu’ils détiennent. Le paradoxe, parce qu’il y a un paradoxe, est ce délit qu’ils commettent en devenant tellement paresseux et négligents que leur pensée et leurs actions non seulement se figent mais elles sont souvent indigentes et stéréotypées. Le cas des musulmans est éloquent. 
Les gouvernants, tout puissants qu’ils sont, les ‘’confinent’’ à un seul groupe ‘’identifiable par le voile de ses femmes et contrôlable par ses imams ainsi que des représentants autoproclamés et corvéables à merci.’’ 
Le Djihad, Dar El Islam (le monde de la paix) et Dar El Harb (le monde de la guerre)
Selon ma compréhension, celle d’un ‘’entendant’’, c’est à dire quelqu’un qui écoute ce que professent les sages de la famille, parmi lesquels des intellectuels, des érudits, des magistrats (Cadis qui jouaient le rôle des Juges et des Avocats) - appliquant la Charria dans sa philosophie, notamment sociale ; des sages tels que mon oncle maternel (enseignant d’histoire et de littérature arabe), encore vivant, et bientôt centenaires (99 ans ; mon Grand-père maternel (Cadi), et mon Grand-oncle maternel (Muphti), tous deux décédés il y a quelques décennies et travaillant de concert sur bien des problématiques sociales à caractère religieux ‘’… Le Djihad est une introspection … qui a pour but de purifier le cœur ... C’est le combat le plus complexe … ‘’
Depuis fort longtemps, j’ai appris, grâce au savoir de ces personnes, que le Djihad n’est pas - comme beaucoup le soutiennent et le pensent - la guerre pour soumettre les autres - les infidèles et les mécréants, etc… - mais bien l’introspection, (L’Ijtihad, diront certains), la connaissance de soi par rapport à une problématique momentanée, non pas comme un instant de sa propre vie, mais comme une continuité permanente pour faire face à toute éventuelle incompréhension de l’autre, celui qui pourrait être un ami mais qui est perçu comme un ennemi. 
Le Djihad, comme instrument de guerre n’apparait qu’en fin de processus, c’est à dire lorsque le cœur et l’esprit ne sont pas en paix face aux mécréants, qui ne sont pas les gens du livre ni même les athées qui ne croient en aucun dieu mais qui sont en paix avec eux-mêmes, mais bien les polythéistes qui résistent à la foi en un seul dieu. Ils doivent être convaincus par l’argument, et avant tout, il faut leur faire la démonstration qu’ils sont sur la mauvaise voie. Par la suite, leur montrer que le chemin approprié est leur conversion à l’Islam - la paix avec eux-mêmes - et surtout pas à l’Islamisme.
Dar El Islam et Dar El Harb
Mon Grand-oncle maternel m’avait expliqué que Dar, c’est la maison ou l’on vit … et la maison où l’on vit c’est avant tout le cœur il me fit réciter Sourate Es Sharh Pré-hég. Nº 12 : … Lorsque deux anges sont venus visiter Mohamed QSSSL, ils ont ouvert son cœur et l’ont nettoyé …
Mon Grand-oncle m’a questionné : Où se trouve ta maison ? 
J’ai répondu, ma maison c’est celle de ou je vis avec mon père, ma mère, mes frères et sœurs. Elle se trouve à quelques rues d’ici.
Il prit sa tige de roseau et me donne un petit coup sur l’épaule tout en me disant ‘’c’est faux, ta maison principale c’est ton cœur. C’est lui Dar Es Silm. C’est ça ta maison de paix. Si tu la pacifies tu seras en protection totale et si tu laisses la colère, le mal, le vice la pénétrer, tu seras toujours en guerre contre toi-même et pour t‘en sortir tu lâcheras ta colère sur les autres et tu leur feras la guerre alors qu’ils ne t’ont pas fait de mal ni provoqué’’. 
L’État Islamique
Personne ne peut construire un état en ôtant la vie à des innocents. L’état islamique, on ne le répétera pas assez, n’est qu’une vue de l’esprit, qui se fonde sur une politique (certains diront une idéologie) qui s’inspire de versets coraniques mortifères pour injecter la peur chez les citoyens des pays qui ne répondent pas aux injonctions de quelques guerriers occidentaux et leurs valets qui veulent tout régir selon leurs intérêts et leur cupidité. 
Alors, pour ce qui me concerne, et pour suivre les enseignements des sages que j’ai rencontrés dans une autre vie, le cheikh d’El Aqsa et ses semblables qui appellent à la guerre, le sieur Ramadan et ceux qui le parrainent d’une façon ou d’une autre, la voie, la seule voie, celle du juste milieu ne mène pas à la guerre mais à la paix. 
Le Wahhabisme et le Khomeynisme 
La guerre que se mènent les deux puissances virtuelles du Golfe (Arabe ou Persique, c’est selon…) est un mécanisme qui doit être mis hors d’usage. Les deux modèles de gouvernance le Wahhabisme de l’Arabie saoudite et le Khomeynisme de l’Iran, sont deux faux frères qui plus est sont funestes. Ils n’ont rien à voir avec l’Islam sunnite et l’Islam chiite. Il s’agit de deux idéologies qui se combattent pour leurs propres hégémonies. L’avantage d’user de la mobilisation des musulmans est qu’ils sont partout, sur tous les continents. Il ne s’agit plus d’expansion et de conquête mais d’endoctrinement et d’embrigadement, y compris de non-musulmans à des fins de prise de pouvoir partout où ils se trouvent. 
Pourtant, un minimum de modération et d’apaisement conduirait à une piste de rationalité et de raisonnement, d’abord, par les musulmans qui initieraient une autre façon de montrer la non-viabilité de l’État Islamique dans un monde moderne et progressiste et ensuite ils œuvreraient à une vraie promotion de la paix. 
La contrainte, vient malheureusement, des gouvernants qui ont choisi de faire affaire avec les esprits obtus et régressifs des islamistes. Les gouvernants et leurs soutiens occidentaux se fourvoient en déroulant le tapis rouge à un état islamique qui les mène droit dans une impasse…
La décolonialité V/s la‘’Post Indépendance’’ 
La colonialité la décolonialité (tout dépendant du côté de la frontière où se trouvent les interlocuteurs), termes remis au goût du jour par quelques ‘’chercheurs’’ convaincus que leur trouvaille explique les oppositions entre différents groupes de nantis et de dépossédés, restent des néologismes des années ‘’50’’ qui conviennent à quelques bienpensants à la recherche d’une brillance qui les mettrait sous les feux de la rampe pour quelques gains financiers et par la même d’autres espaces de pouvoir pour leurs mécènes. Cependant, ils oublient que ces concepts ont connu leur ère de discussion, lorsqu’il était question de la décolonisation des pays d’Afrique et d’Asie du Sud Est. Ils ont été très vite balayés par celui plus réaliste de l’indépendance. Les pays ayant conquis, acquis ou obtenu leur libération, se sont appropriés celui de la ‘’Post Indépendance’’. Bien entendu, cela n’a jamais plu aux colonialistes impénitents.
‘’Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits"
Dans son ouvrage Vocation de l'Islam, le penseur Algérien, Malek Bennabi, avec lequel, sur bien des points je diverge, rejoint l’avis de ceux qui considèrent qu’une régression est palpable dans le monde musulman : ‘’La plus grave parmi les paralysies, celle qui détermine dans une certaine mesure les deux autres (sociale et intellectuelle), c'est la paralysie morale. Son origine est connue : "L'islam est une religion parfaite. Voilà une vérité dont personne ne discute. Malheureusement il en découle dans la conscience post-Almohadienne, une autre proposition : "Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits". Syllogisme funeste qui sape toute perfectibilité dans l'individu, en neutralisant en lui tout souci de perfectionnement’’.
Malek Benabi, suggérait aux algériens de désapprendre la colonisation et d’apprendre l’indépendance pleine et totale. Mais à la même époque, en Algérie et dans le monde arabe, des idéologies du même siècle, avaient envahi le champ politique au point où se croisaient, le Marxisme Léninisme, le Trotskysme, le Panarabisme, le Baâthisme et l’apparition des germes du fléau de la fraternité musulmane que Nasser (Égypte) avait ‘’subrepticement exilée’’ en Algérie avec l’assentiment des autorités Algériennes. 
Malheureusement pour Malek Benabi, depuis le milieu des années ‘90’’ presque tous ses disciples ont opté pour l’islamisme. Imaginer l’indépendance en dehors de la Oumma (la nation musulmane) était une hérésie alors qu’au même moment les indépendantistes Algériens introduisaient le concept ''Les séquelles de la colonisation V/s Les acquis de la révolution’’
Ce qui est totalement absurde en ces temps modernes, c’est que l’Oumma nie le citoyen… ainsi que les libertés individuelles. Que chacun vérifie, s’il en a le temps et la patience, dans toutes les constitutions des pays ou l’islam est érigé en religion de l’État le concept du citoyen n’existe pas.
Une porte de sortie s’offre aux gouvernements occidentaux et à ceux des pays ‘’arabo-musulmans’’ c’est celle consistant, au départ, à écouter les citoyens de confession et/ou de culture musulmane qui sont censurés, bâillonnés et interdits de parole. Cela sera le prélude à des pas de géants dans un rapprochement humain des différentes communautés toutes religions et toutes obédiences confondues. Si les hommes et les femmes politiques, traitent les musulmans comme tous les autres citoyens, ils désarmeront l’hydre qui menace l’harmonie et la cohésion humaines dans tout le monde.
Ferid Chikhi


6 juil. 2018

Un Numide en Amérique du Nord - 297 -

Pour des convergences citoyennes
Le Québec, vient de célébrer deux fêtes, la première, le 24 juin, celle de la 184ième édition, de la St Jean qui coïncide depuis 1977 à la 41ième de la fête Nationale du Québec, et la seconde, le 01er juillet, celle du Canada. C’est le gouvernement de René Levesque qui proclama le
24 juin ‘’jour de Fête nationale pour les Québécois’’, ce qui lui donne le caractère inclusif qu’elle arbore aujourd’hui, soit : La fête de tous les Québécois, quelle que soit leur origine ou leur religion.
Et bien que nous soyons sur la route qui mène aux prochaines élections qui se dérouleront en octobre 2018, il faut rappeler qu’au Québec, depuis, la fin des années ‘’70’’ beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et bien des évidences montrent qu’il recommence à emprunter les chemins qui mènent à son indépendance malgré les vicissitudes et les embûches qu’il y rencontre et aussi en dépit d’un environnement politique pollué par des facteurs aussi bien endogènes qu’exogènes. L’un des principaux paradoxes de ce contexte assez particulier, réside dans le fait que ce sont surtout des appâts corrupteurs auxquels se laissent prendre des Québécoises et des québécois dans un continent où l’individualisme est une force contraire aux plus petits des vœux émis par une société d’entraide et de participation ? 
Alors, comment envisager l’indépendance d’un Peuple, d’une Nation, d’un Pays lorsque des stratagèmes sont pensés et mis en œuvre par les anti-séparatistes qui n’ont de cesse que de voir le Québec, toujours dépendant du fédéral et des néolibéraux de la dernière heure ? 
Des références historiques
L’Histoire a montré que durant les années ‘’50’’, après la seconde guerre mondiale, les anciennes colonies des empires du 17ième et du 18ième siècle ont dû revoir leurs objectifs de libération de leurs jougs en reformulant tous les anciens paradigmes de luttes par des voies et des moyens pacifiques. Ils ont innové, ils ont créé, ils ont inventé … des instruments, des outils, des solutions … parmi
lesquels la lutte armée a été privilégiée sans pour autant négliger la lutte politique. L’exemple le plus probant, le plus authentique et le plus incontestable est celui de l’Algérie. Les résistants Algériens étaient arrivés à leurs limites face à une armée coloniale qui a érigé la torture comme arme de guerre avec le consentement de ses alliés de l’OTAN. Au même moment, sur le plan de la politique internationale, les diplomates du Front de Libération Nationale avaient déroulé avec un brio incontestable un plan de travail qui aboutit aux Nations Unies pour finalement mettre de l’avant les principes d’autodétermination des peuples et à ceux de la décolonisation.  
De nos jours, au Québec, le poids démographique des Québécois se réduit de plus en plus, l’invasion de la langue Anglaise repousse le Français dans les cordes, l’égalité des droits entre les hommes et les femmes est remise en question par l’apparition de pratiques sociales étrangères à la société Québécoise et il faut le dire, le redire et le souligner, de grands pans de la révolution tranquilles s’effritent de plus en plus. Par ailleurs, en dépit des appels, des alertes, des inquiétudes de libres penseurs, de sociologues et de politologues sérieux, qui ne cessent d’attirer l’attention des élu-e-s de tous les niveaux qui conscientisent sur les dangers et les pressions qui fissurent la cohésion sociale, il existe quelques bienpensants aux ordres qui les qualifient d’agitation et d’hystérie inappropriées même si toutes ces turbulences sont qualifiées par le sens commun de danger à haut risque pour le Québec.
Quoi et comment faire pour éclairer les zones d’ombre ? 
Deux grandes parties sont synchroniques et exigent d’être examinées chacune dans sa quintessence. D’une part le Quebec et son indépendance et d’autre part la Société Québécoise et ce qui la régit. Commençons par les règles de la régulation sociétale. Pour les besoins d’une communication destinée au colloque des intellectuels pour la souveraineté du Québec, une
question m’était venue à l’esprit : Comment la laicité aiderait les convergences citoyennes à se réaliser ? Prenons le cas des immigrants, pour bon nombre d’entre eux, trois préoccupations capitales les heurtent à leur arrivée au Québec. Ils pensent les avoir laissées derrière eux dans leurs pays d’origine mais ils sont interpelés par la place du religieux dans une société qui se dit déconfessionnalisée ainsi que ses institutions publiques et mieux encore son espace public.  Ensuite ils trouvent un gouvernement libéral qui entretien une confusion entre religion et idéologie et pour ce qui concerne directement ceux qui viennent d’Afrique du Nord entre Islam et Islamisme, alors même qu’en Arabie Saoudite l’Islamisme est l’objet d’une déconstruction en règle et palpable mais certes pas encore suffisante.  Enfin, ils anticipent les problématiques qui en découlent et qui ont pour nom l’expansion des pratiques idéologiques sous le couvert de la religion et leur corolaire la radicalisation. Ils anticipent d’ores et déjà les séquelles qui secoueront la société.
Ils trouvent absolument nécessaire et pas forcément suffisant de sortir de ces arrangements malsains. La société toute entière doit s’objecter, réfuter, contester, dissoudre ce qui ne s’accommode pas des valeurs du Québec et il faut faire converger les forces indépendantistes vers la même direction. 
À mon avis, ce qu’il faut au départ c’est faire œuvre de pédagogie politique. En temps normal, la conscientisation des citoyennes et des citoyens est du ressort des institutions académiques et parfois des organisations politiques. À ce stade de la réflexion, j’insiste pour dire qu’il y a tout un chantier de pédagogie politique à initier en direction du citoyen et de toute la société civile et il me semble qu’il échoit à tous les intellectuels honnêtes et engagés dans la construction de l’avenir du Québec des prochaines décennies. Ce qu’il faut ce n’est pas la convergence des partis mais celle des citoyens. La convergence citoyenne est la seule issue pour consolider le Québec en tant que Nation, doter cette Nation d’un véritable État souverain et convenir en commun de l’indépendance du pays. 
Il faut expliquer comment le Québec … a évolué… 
Des actions d’affranchissement ou de désaliénation devraient être initiées pour contrer les politiques qui dans leurs pays d’origine ont été et sont encore liberticides, ensuite concevoir pour
eux une définition, une explication et une sensibilisation de ce qu’est le Québec, les sources de la motivation indépendantiste et son apport à la société. Il faut expliquer comment le Québec, sa société, ses citoyens ont évolué, comment ils ont modernisé la province, le pays et comment se fera le nouveau lien avec cette population (eux, les immigrants) qui vient d’ailleurs.  Que ces / ses lois ne peuvent être changées, modifiées ou remplacées par d’autres importées d’ailleurs. Notamment, celles qui sont en totale contradiction avec la liberté des individus, avec le partage équitable et égalitaire, avec l’effort constant et sans discrimination de ses réalisateurs …. Elles le peuvent mais par le consensus et l’urne.
Le second consistera à valoriser leur intégration en évitant le piège du second collège et même du troisième que développe le multiculturalisme et qui privilégie la division de la société en singularisant les communautés qui chacune de son côté se referment sur elle-même. L’autre orientation se subdivise elle aussi en deux lignes convergentes et concerne les Québécois.  Ils ont besoin d’aller de l’avant dans une désaliénation profonde. Les Québécois ont besoin de faire une introspection pour renforcer leur identité - celle-ci ne doit pas se limiter à la seule préservation de la langue française - mais aussi mieux valider les valeurs que reconnaissent les autres et ainsi les mettre en évidence. J’ai vu sur le site des IPSO que cela est pris en considération, mais à mon avis c’est très insuffisant.
Les Québécois doivent s’émanciper et se libérer de leurs chaînes pour aller vers l’autre, l’accepter et le séduire pour en faire un des leurs.

Ferid Chikhi