29 juil. 2018

Un Numide en Amérique du Nord - 298 -

Pourquoi l’état islamique n’est pas viable !?

Récemment, un ami Québécois de souche, intéressé par le dialogue interreligieux, m’a invité à m’exprimer sur plusieurs textes parmi lesquels celui du sermon prononcé, le 16 Jan 2016, à la mosquée Al-Aqsa, par le cheikh Palestinien Abu Taqi Al-Din Al-Dari. Ùce dernier y arguait que : Le futur État islamique doit conquérir Rome, Washington et Paris par le djihad … Il y avait aussi, la pétition de Juillet 2018, signée par une centaine d’intellectuels qui « réclament une justice équitable » pour Tariq Ramadan, incarcéré en France dans une affaire de viols. Ensuite, une conversation avec Hamid Dabashi, diplômé de l’Institut de Genève qui souligne que ‘’Le désir révolutionnaire se lit comme le dépassement de l’opposition « The West and the rest ». Et pour clore cette liste, les concepts de la colonialité et de la décolonialité commentés par Asma Lamrabet, sociologue et féministe islamiste. 
J’ai accepté de le faire en partant des enseignements dispensés par mes aînés. Mon propos porte aussi bien sur des pistes de réflexions et le lecteur averti grâce à son sens du discernement n’empruntera pas le chemin des impasses. Je passerai en revu d’une manière succincte ‘’les pouvoirs occidentaux et leurs rapports aux musulmans … Le Djihad, Dar El Islam (le monde de la paix) et Dar El Harb (le monde de la guerre) … L’État Islamique…Le Wahhabisme et le Khomeynisme … et je terminerai par ce slogan qui dit que ‘’Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits".
Mes références : Les sages de ma famille.
Mon avis pourrait par moment être maladroit. Mais une de mes principales sources d’information et d’acquis restera à jamais celle des sages de ma famille : Père et Mère, Grands-parents, Oncles et
Tantes ainsi que tous ces patriarches et toutes ces matriarches qui ne portent pas forcément une barbe blanche ou un voile sur la tête mais détiennent une parcelle du savoir acquis auprès d’autres sages de la tribu. 
À titre indicatif et à ce stade de mon propos, je ne suis pas convaincu par l’idée, comme le voient certains, que l’islam serait le « décolonisateur » du monde. Mon argument est que dans le monde d’aujourd’hui c’est l’Islamisme qui de nos jours sévit. Une idéologie qui, comme bien d’autres, disparaitra comme elle est apparue.
Les pouvoirs occidentaux ‘’confinent ’’ les musulmans … 
Cependant, j’ai la conviction que le nœud Gordien des problématiques du ‘’bien vivre ensemble’’ réside dans les aptitudes des politiciens, des intellectuels et des médias à bien gérer les pouvoirs qu’ils détiennent. Le paradoxe, parce qu’il y a un paradoxe, est ce délit qu’ils commettent en devenant tellement paresseux et négligents que leur pensée et leurs actions non seulement se figent mais elles sont souvent indigentes et stéréotypées. Le cas des musulmans est éloquent. 
Les gouvernants, tout puissants qu’ils sont, les ‘’confinent’’ à un seul groupe ‘’identifiable par le voile de ses femmes et contrôlable par ses imams ainsi que des représentants autoproclamés et corvéables à merci.’’ 
Le Djihad, Dar El Islam (le monde de la paix) et Dar El Harb (le monde de la guerre)
Selon ma compréhension, celle d’un ‘’entendant’’, c’est à dire quelqu’un qui écoute ce que professent les sages de la famille, parmi lesquels des intellectuels, des érudits, des magistrats (Cadis qui jouaient le rôle des Juges et des Avocats) - appliquant la Charria dans sa philosophie, notamment sociale ; des sages tels que mon oncle maternel (enseignant d’histoire et de littérature arabe), encore vivant, et bientôt centenaires (99 ans ; mon Grand-père maternel (Cadi), et mon Grand-oncle maternel (Muphti), tous deux décédés il y a quelques décennies et travaillant de concert sur bien des problématiques sociales à caractère religieux ‘’… Le Djihad est une introspection … qui a pour but de purifier le cœur ... C’est le combat le plus complexe … ‘’
Depuis fort longtemps, j’ai appris, grâce au savoir de ces personnes, que le Djihad n’est pas - comme beaucoup le soutiennent et le pensent - la guerre pour soumettre les autres - les infidèles et les mécréants, etc… - mais bien l’introspection, (L’Ijtihad, diront certains), la connaissance de soi par rapport à une problématique momentanée, non pas comme un instant de sa propre vie, mais comme une continuité permanente pour faire face à toute éventuelle incompréhension de l’autre, celui qui pourrait être un ami mais qui est perçu comme un ennemi. 
Le Djihad, comme instrument de guerre n’apparait qu’en fin de processus, c’est à dire lorsque le cœur et l’esprit ne sont pas en paix face aux mécréants, qui ne sont pas les gens du livre ni même les athées qui ne croient en aucun dieu mais qui sont en paix avec eux-mêmes, mais bien les polythéistes qui résistent à la foi en un seul dieu. Ils doivent être convaincus par l’argument, et avant tout, il faut leur faire la démonstration qu’ils sont sur la mauvaise voie. Par la suite, leur montrer que le chemin approprié est leur conversion à l’Islam - la paix avec eux-mêmes - et surtout pas à l’Islamisme.
Dar El Islam et Dar El Harb
Mon Grand-oncle maternel m’avait expliqué que Dar, c’est la maison ou l’on vit … et la maison où l’on vit c’est avant tout le cœur il me fit réciter Sourate Es Sharh Pré-hég. Nº 12 : … Lorsque deux anges sont venus visiter Mohamed QSSSL, ils ont ouvert son cœur et l’ont nettoyé …
Mon Grand-oncle m’a questionné : Où se trouve ta maison ? 
J’ai répondu, ma maison c’est celle de ou je vis avec mon père, ma mère, mes frères et sœurs. Elle se trouve à quelques rues d’ici.
Il prit sa tige de roseau et me donne un petit coup sur l’épaule tout en me disant ‘’c’est faux, ta maison principale c’est ton cœur. C’est lui Dar Es Silm. C’est ça ta maison de paix. Si tu la pacifies tu seras en protection totale et si tu laisses la colère, le mal, le vice la pénétrer, tu seras toujours en guerre contre toi-même et pour t‘en sortir tu lâcheras ta colère sur les autres et tu leur feras la guerre alors qu’ils ne t’ont pas fait de mal ni provoqué’’. 
L’État Islamique
Personne ne peut construire un état en ôtant la vie à des innocents. L’état islamique, on ne le répétera pas assez, n’est qu’une vue de l’esprit, qui se fonde sur une politique (certains diront une idéologie) qui s’inspire de versets coraniques mortifères pour injecter la peur chez les citoyens des pays qui ne répondent pas aux injonctions de quelques guerriers occidentaux et leurs valets qui veulent tout régir selon leurs intérêts et leur cupidité. 
Alors, pour ce qui me concerne, et pour suivre les enseignements des sages que j’ai rencontrés dans une autre vie, le cheikh d’El Aqsa et ses semblables qui appellent à la guerre, le sieur Ramadan et ceux qui le parrainent d’une façon ou d’une autre, la voie, la seule voie, celle du juste milieu ne mène pas à la guerre mais à la paix. 
Le Wahhabisme et le Khomeynisme 
La guerre que se mènent les deux puissances virtuelles du Golfe (Arabe ou Persique, c’est selon…) est un mécanisme qui doit être mis hors d’usage. Les deux modèles de gouvernance le Wahhabisme de l’Arabie saoudite et le Khomeynisme de l’Iran, sont deux faux frères qui plus est sont funestes. Ils n’ont rien à voir avec l’Islam sunnite et l’Islam chiite. Il s’agit de deux idéologies qui se combattent pour leurs propres hégémonies. L’avantage d’user de la mobilisation des musulmans est qu’ils sont partout, sur tous les continents. Il ne s’agit plus d’expansion et de conquête mais d’endoctrinement et d’embrigadement, y compris de non-musulmans à des fins de prise de pouvoir partout où ils se trouvent. 
Pourtant, un minimum de modération et d’apaisement conduirait à une piste de rationalité et de raisonnement, d’abord, par les musulmans qui initieraient une autre façon de montrer la non-viabilité de l’État Islamique dans un monde moderne et progressiste et ensuite ils œuvreraient à une vraie promotion de la paix. 
La contrainte, vient malheureusement, des gouvernants qui ont choisi de faire affaire avec les esprits obtus et régressifs des islamistes. Les gouvernants et leurs soutiens occidentaux se fourvoient en déroulant le tapis rouge à un état islamique qui les mène droit dans une impasse…
La décolonialité V/s la‘’Post Indépendance’’ 
La colonialité la décolonialité (tout dépendant du côté de la frontière où se trouvent les interlocuteurs), termes remis au goût du jour par quelques ‘’chercheurs’’ convaincus que leur trouvaille explique les oppositions entre différents groupes de nantis et de dépossédés, restent des néologismes des années ‘’50’’ qui conviennent à quelques bienpensants à la recherche d’une brillance qui les mettrait sous les feux de la rampe pour quelques gains financiers et par la même d’autres espaces de pouvoir pour leurs mécènes. Cependant, ils oublient que ces concepts ont connu leur ère de discussion, lorsqu’il était question de la décolonisation des pays d’Afrique et d’Asie du Sud Est. Ils ont été très vite balayés par celui plus réaliste de l’indépendance. Les pays ayant conquis, acquis ou obtenu leur libération, se sont appropriés celui de la ‘’Post Indépendance’’. Bien entendu, cela n’a jamais plu aux colonialistes impénitents.
‘’Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits"
Dans son ouvrage Vocation de l'Islam, le penseur Algérien, Malek Bennabi, avec lequel, sur bien des points je diverge, rejoint l’avis de ceux qui considèrent qu’une régression est palpable dans le monde musulman : ‘’La plus grave parmi les paralysies, celle qui détermine dans une certaine mesure les deux autres (sociale et intellectuelle), c'est la paralysie morale. Son origine est connue : "L'islam est une religion parfaite. Voilà une vérité dont personne ne discute. Malheureusement il en découle dans la conscience post-Almohadienne, une autre proposition : "Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits". Syllogisme funeste qui sape toute perfectibilité dans l'individu, en neutralisant en lui tout souci de perfectionnement’’.
Malek Benabi, suggérait aux algériens de désapprendre la colonisation et d’apprendre l’indépendance pleine et totale. Mais à la même époque, en Algérie et dans le monde arabe, des idéologies du même siècle, avaient envahi le champ politique au point où se croisaient, le Marxisme Léninisme, le Trotskysme, le Panarabisme, le Baâthisme et l’apparition des germes du fléau de la fraternité musulmane que Nasser (Égypte) avait ‘’subrepticement exilée’’ en Algérie avec l’assentiment des autorités Algériennes. 
Malheureusement pour Malek Benabi, depuis le milieu des années ‘90’’ presque tous ses disciples ont opté pour l’islamisme. Imaginer l’indépendance en dehors de la Oumma (la nation musulmane) était une hérésie alors qu’au même moment les indépendantistes Algériens introduisaient le concept ''Les séquelles de la colonisation V/s Les acquis de la révolution’’
Ce qui est totalement absurde en ces temps modernes, c’est que l’Oumma nie le citoyen… ainsi que les libertés individuelles. Que chacun vérifie, s’il en a le temps et la patience, dans toutes les constitutions des pays ou l’islam est érigé en religion de l’État le concept du citoyen n’existe pas.
Une porte de sortie s’offre aux gouvernements occidentaux et à ceux des pays ‘’arabo-musulmans’’ c’est celle consistant, au départ, à écouter les citoyens de confession et/ou de culture musulmane qui sont censurés, bâillonnés et interdits de parole. Cela sera le prélude à des pas de géants dans un rapprochement humain des différentes communautés toutes religions et toutes obédiences confondues. Si les hommes et les femmes politiques, traitent les musulmans comme tous les autres citoyens, ils désarmeront l’hydre qui menace l’harmonie et la cohésion humaines dans tout le monde.
Ferid Chikhi