Littérature algérienne



A la femme
In ‘’Hymne à l'Amour, Hymne à la paix’’
Malika Guerfi
Femme, combien d'hommes t'ont
décrite,
Tantôt bénie, tantôt maudite !
Que de peintres, que de poètes ont rendu
Hommage à ton corps et à ton âme ingénue
Dans des livres ou des tableaux hors prix,
Ornant leurs murs de souvenirs exquis.

Que d'artistes, de leurs doigts agiles,
Ont sculpté ton corps dans le bronze, ou dans l'argile,
Et prétentieux, t’exposent dans des musées,
Faisant admirer leur génie démesuré.

Les plus machistes t'enferment dans leurs palais,
Comme esclave ou courtisane, profitant de tes attraits.
Muse de l'homme ou objet de son désir,
Tu flattes son ego, son véritable plaisir,
Devant ta beauté nonchalante, il s'incline,
Pensant déjà à tes caresses câlines.




Son âme d'enfant reste en adoration
Devant ta créature mi ange, mi démon,
Dont le corps indolent et le regard sensuel
Inspirent un amour charnel.
Sensible et empressé, il joue l'ange gardien,
Et te vêt de soie et de joyaux anciens.
Il fait de toi la reine de ses pensées,
T'obligeant à céder à ses caprices insensés

Mais quand cet objet se métamorphose en être
Qui revendique ses droits et son bien-être,
La brute se réveille, et redresse sa moustache,
Se croyant le Maître Absolu, il se détache
De celle qu'il vient d'aimer et de chérir,
Coléreux et autoritaire, il essaie de réagir
Lui citant et imposant des lois séculaires,
Incompatibles avec notre temps et notre ère.

Qu'importe ô femme !  Ta beauté, ou ton intelligence,
Ce qu'il adore, c'est ta soumission et ton silence.
Il te veut créature de rêve et de luxure,
Où femme-mère de sa progéniture.
Blessé dans son amour propre, il te répudie,
Convaincu que la loi est avec lui.
Qu'importe ta mélancolie ou ton désespoir,
C'est la loi du plus fort qui règne sans espoir.
Mars 2017

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Le châle de Zeineb,
De Leïla Hamoutene,
Elle est animatrice d’ateliers d’écriture pour les jeunes et, en 1992, elle fait publier par  l’ENAG, son premier ouvrage ‘’
Abîme’’, un recueil de nouvelles. En 2001, elle revient avec ‘’Sang et Jasmin’’ et en 2002 c’est un recueil de poèmes qu’elle nous livre : ‘’Enfantant algérien’’. En 2012 elle récidive avec un livre pour les jeunes sous le titre  ‘’Sami et la planète bleue’’, publié chez les éditions Lazhari Labter. Elle, c’est Leila Hamoutène née Benlabed, récipiendaire du prix l’Escale littéraire depuis le 01 octobre 2015, avec sa dernière œuvre le Châle de Zeineb (Paru en 2014 aux éditions Casbah).
Une "saga" qui se déroule entre 1840 et 2012 en interpénétrant les portraits de plusieurs femmes algérienne. C’est à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance, qu’elle nous fait revisiter le temps et qu’elle évoque l’histoire de l’Algérie. Des femmes algériennes ont vécu les moments dramatiques et les affres de l’occupation coloniale ainsi que ses conséquences sur la société et les familles. Elles ont par la suite subi les dysfonctionnements d’une période postindépendance fortement agitée par des anachronismes politiques et idéologiques qui auraient pu être évités. Fiction et réalité s’entrechoquent.
1840, une décennie après le début de l’occupation coloniale française. Une scène, le village de Ben Salem incendié. C’est là que commence le cauchemar de bien des Algériens dont les Ben Salem. Zeineb, fille de cette tribu, à peine âgée de sept ans, témoigne. Son père est parti se battre pour freiner les troupes françaises avant leur arrivée au village et donner le temps nécessaire aux villageois pour se réfugier dans les montagnes avoisinantes.
Leila Hamoutène nous conte : « Le village est un immense brasier, le bois des habitations crépite, parfois des flammèches s’élèvent en même temps que le cri des animaux pris au piège. Nous avons pourtant libéré ces derniers avant que les soldats français n’atteignent la lisière du bois qui borde le hameau. (…) D’ailleurs, il fallait monter plus haut, toujours plus haut, le souffle me manquait et la sangle de la besace que je portais me sciait l’épaule ».
Le «châle» l’instrument d’une symbolique héritée de mère en fille, féminité et présence pour décrire l’Histoire et la Mère Patrie. Une page d’histoire romancée, un pan entier décrivant ce qu’est la lutte des femmes à l’image de Warda, Hafsa et Sara. Des faits réels tirés de livres d’histoire.
Leila Hamoutène souligne qu’«Elles vivent toutes une page de notre histoire», «des voix s’élèvent, qui racontent l’histoire de l’Algérie. Des femmes se rejoignent dans leur évocation du passé, elles sont liées par le sort d’une enfant de sept ans livrée à la violence de l’occupation française : Zeineb, leur aïeule».
«Parfois, certaines circonstances nous rendaient nos aïeules encore plus présentes, les mêlant étroitement à notre vie le temps d’une évocation, d’un événement».
1840, Les soldats français arrivent au niveau de la grotte et commencent à tirer sur les survivants. Un vrai massacre, les gens s’écrouent sous les balles, et pourtant quatre survivent miraculeusement : Zeineb, Meriem, son amie, Mahiedine, un des cousins de Zeineb et Yamna sa tante paternelle. Avant de partir loin de la grotte dans laquelle gisaient les corps de leurs familles et de certains villageois, les quatre personnes se mettent à récupérer le peu de souvenir qui peuvent être gardés de leur famille. Zeineb récupère un collier et un châle que sa mère gardait précieusement. « (…) Je suis orpheline. Je suis orpheline de mes parents, de ma tribu, de ma vie ».
Un débat littéraire, à la bibliothèque principale de lecture publique de Tipasa a permis à l’auteur de parler d’un enchaînement de pages de l’histoire de l’Algérie sous l’œil sagace des femmes depuis 1840.
Ferid Chikhi

Le châle de Zeineb,
De Leïla Hamoutene,
Édité par les Éditions Casbah, Alger,
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En ce 11 décembre 2014, de retour d'un agréable moment passé dans les monts d'Orford en Estrie cette belle région du Québec, j'ai rencontré Jacques Derrida sous la plume d'Amin Zaoui. L'espace de quelques minutes je me suis retrouvé à Alger, à Oran, et dans bien d'autres villes de ce pays que j'ai quitté voici plus de 15 ans et que j'ai revu en une brève visite entre le 14 et le 27 novembre dernier. Alors...


Oui l’Algérie a changé. Et je suis optimiste.
(...) L’Algérie a changé. La peur a reculé. Un pas géant vers le rêve a été réalisé. Mais le chemin à parcourir est encore long, très long et très ardu ! Parler de Jacques Derrida, dans son pays natal, n’est plus un tabou. N’est plus une accusation. (...). D’autres tabous sont encore levés. Il est de notre devoir de les faire briser. Oui l’Algérie a changé. Et je suis optimiste.

Jacques Derrida aux yeux des Algériens

Je suis optimiste. Et j’ai mes raisons de l’être. En 1994, alors directeur du palais des arts et de la culture d’Oran, j’ai décidé de rendre hommage à Jacques Derrida. C’était les années où l’Algérie habitait le feu. La saison de la haine. Le temps de la sédition et du sang. El fitna ! La géhenne terrestre ! Les islamistes menaçaient toute petite lumière culturelle qui tentait de repousser l’obscurité et l’intolérance. Le défi était au rendez-vous. Le colloque autour de Jacques Derrida est organisé. Des journaux arabophones se sont acharnés contre cette initiative, la qualifiant d’appel au retour des juifs et des pieds-noirs dans notre pays indépendant. Nous avions résisté, certes nous avions payé et cher cette position, notre conviction. Quelques mois plus tard, mon collaborateur le jeune écrivain universitaire Bekhti Benaouda est assassiné. Moi, miraculeusement j’ai échappé à un attentat à la voiture piégée. En 1998, en marge d’une conférence organisée au centre Pompidou à Paris, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, à laquelle j’ai pris part, pour la première fois je rencontre Jacques Derrida. Il participait à cette rencontre. Je l’ai trouvé modeste, humaniste et passionné de son pays l’Algérie. La Nostalgérie ! Avec admiration, il parlait de la résistance des intellectuels algériens face au mal historique. Le mal de la colonisation et le mal de l’islamisme. En 2006, douze ans se sont écoulées depuis la tenue du Colloque d’Oran, alors directeur général de la Bibliothèque nationale d’Algérie, avec l’appui d’un nombre d’intellectuels et universitaires, j’ai décidé d’organiser un colloque universel en hommage à Jacques Derrida. A l’occasion du deuxième anniversaire de sa mort. Un ensemble de philosophes européens, arabes et maghrébins ont répondu favorablement à notre appel. Madame Derrida n’a pas raté ce rendez-vous dans le pays cher à son mari. Cette fois-ci, le colloque a été hautement accueilli par la presse algérienne, indépendante et étatique. Le colloque a été inauguré par le chef du gouvernement ! Pendant trois jours, un débat libre a régné sur les travaux du colloque. L’Algérie rentre dans une autre ère. Les voix haineuses se sont tues. Je suis optimiste. L’Algérie a changé. La peur a reculé. Un pas géant vers le rêve a été réalisé. Mais le chemin à parcourir est encore long, très long et très ardu ! Parler de Jacques Derrida, dans son pays natal, n’est plus un tabou. N’est plus une accusation. Cette année, 2014, huit ans après le Colloque de la Bibliothèque nationale, plus de vingt ans depuis la tenue du Colloque d’Oran, les universités algériennes ont bougé. Les jeunes universitaires prennent la relève. En novembre dernier, deux universités ont organisé, en deux dates rapprochées, deux colloques successifs autour de la philosophie de Jacques Derrida. Le premier a été organisé par l’université de Mostaganem et le deuxième par le laboratoire de la phénoménologie et ses applications dirigé par le professeur Abdelkader Boudouma de l’université de Tlemcen. Le tabou appelé Jacques Derrida est tombé. D’autres tabous sont encore levés. Il est de notre devoir de les faire briser. Oui l’Algérie a changé. Et je suis optimiste. Si en 1994 l’organisation d’un colloque sur les travaux philosophiques de Jacques Derrida était un risque, une menace, une accusation et un tabou, aujourd’hui ce genre de manifestation culturelle est devenu une activité qui brille uniquement par sa qualité scientifique. L’idéologie a reculé, le débat culturel a avancé d’un pas. La paix aussi. Et je suis optimiste.A. Z.Je suis optimiste. Et j’ai mes raisons de l’être. En 1994, alors directeur du palais des arts et de la culture d’Oran, j’ai décidé de rendre hommage à Jacques Derrida. C’était les années où l’Algérie habitait le feu. La saison de la haine. Le temps de la sédition et du sang. El fitna ! La géhenne terrestre !

Les islamistes menaçaient toute petite lumière culturelle qui tentait de repousser l’obscurité et l’intolérance. Le défi était au rendez-vous.

Le colloque autour de Jacques Derrida est organisé. Des journaux arabophones se sont acharnés contre cette initiative, la qualifiant d’appel au retour des juifs et des pieds-noirs dans notre pays indépendant.

Nous avions résisté, certes nous avions payé et cher cette position, notre conviction. Quelques mois plus tard, mon collaborateur le jeune écrivain universitaire Bekhti Benaouda est assassiné. Moi, miraculeusement j’ai échappé à un attentat à la voiture piégée. En 1998, en marge d’une conférence organisée au centre Pompidou à Paris, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, à laquelle j’ai pris part, pour la première fois je rencontre Jacques Derrida. Il participait à cette rencontre. Je l’ai trouvé modeste, humaniste et passionné de son pays l’Algérie. La Nostalgérie ! Avec admiration, il parlait de la résistance des intellectuels algériens face au mal historique. Le mal de la colonisation et le mal de l’islamisme.
En 2006, douze ans se sont écoulées depuis la tenue du Colloque d’Oran, alors directeur général de la Bibliothèque nationale d’Algérie, avec l’appui d’un nombre d’intellectuels et universitaires, j’ai décidé d’organiser un colloque universel en hommage à Jacques Derrida.
A l’occasion du deuxième anniversaire de sa mort. Un ensemble de philosophes européens, arabes et maghrébins ont répondu favorablement à notre appel. Madame Derrida n’a pas raté ce rendez-vous dans le pays cher à son mari. Cette fois-ci, le colloque a été hautement accueilli par la presse algérienne, indépendante et étatique.
Le colloque a été inauguré par le chef du gouvernement ! Pendant trois jours, un débat libre a régné sur les travaux du colloque. L’Algérie rentre dans une autre ère. Les voix haineuses se sont tues. Je suis optimiste. L’Algérie a changé. La peur a reculé.
Un pas géant vers le rêve a été réalisé. Mais le chemin à parcourir est encore long, très long et très ardu ! Parler de Jacques Derrida, dans son pays natal, n’est plus un tabou. N’est plus une accusation.
Cette année, 2014, huit ans après le Colloque de la Bibliothèque nationale, plus de vingt ans depuis la tenue du Colloque d’Oran, les universités algériennes ont bougé. Les jeunes universitaires prennent la relève. En novembre dernier, deux universités ont organisé, en deux dates rapprochées, deux colloques successifs autour de la philosophie de Jacques Derrida.
Le premier a été organisé par l’université de Mostaganem et le deuxième par le laboratoire de la phénoménologie et ses applications dirigé par le professeur Abdelkader Boudouma de l’université de Tlemcen. Le tabou appelé Jacques Derrida est tombé.
D’autres tabous sont encore levés. Il est de notre devoir de les faire briser. Oui l’Algérie a changé. Et je suis optimiste.
Si en 1994 l’organisation d’un colloque sur les travaux philosophiques de Jacques Derrida était un risque, une menace, une accusation et un tabou, aujourd’hui ce genre de manifestation culturelle est devenu une activité qui brille uniquement par sa qualité scientifique.  L’idéologie a reculé, le débat culturel a avancé d’un pas. La paix aussi. Et je suis optimiste.
Amin Zaoui
11-12-2014
In LIberté
http://www.liberte-algerie.com/chronique/jacques-derrida-aux-yeux-des-algériens

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Amin Zaoui, nous revient cette semaine avec une réflexion sur ceux qui utilisent à tord et à travers le mot ALLAH.

Il dénonce, il ridiculise, il indexe l'usage erroné et mal à propos d'ALLAH....
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…SOUFFLES…
’Allah Akbar’’
Par : Amine ZAOUI
Le monde est devenu fou ! Au nom d’Allah, Allah islamique, tout ce qui nous entoure est devenu hystérique ! Enfants, les grands nous ont enseigné que Dieu habite le ciel. Je fixe ce ciel au-dessus de ma tête et je ne trouve rien. Rien ! vide. Néant. Nous sommes nus. 
À découvert. C’est pénible de se sentir dans la solitude muette, sans compagnon. Ni divin. Ni humain. Sans tendresse. Le monde est cruel ! De Baghdad, passant par Damas, Khartoum, Paris des djihadistes, Londres des harangueurs fanatiques, Nigeria des Boko Harem,  Washington des vendeurs d’armes… la folie hystérique ou l’hystérie folle n’a qu’un seul mot d’ordre : ‘’Allah Akbar’’
''Allah Akbar’’ par excellence, est l’expression symbole de l’islam et des musulmans !  Tous genres de musulmans, les sunnites, les chiites, les opportunistes, les malikites, le hanafites, ceux de Daech (l'État islamique en Irak et au Levant), ceux d’Al Qaïda s’endorment et se
réveillent, se marient et se divorcent, tuent et se tuent, égorgent et dansent, voyagent et retournent… avec un seul mot d’ordre : ‘’Allah Akbar’’.  Même Saddam Hussein n’a pas oublié d’écrire son ‘’Allah Akbar’’ sur le drapeau national !  
Le monde est absurde ! 
Jadis ‘’Allah Akbar’’ se disait pour exprimer l’admiration pour une jolie  femme. Aujourd’hui, ’Allah Akbar’’  se dit pour lapider une jeune amante ou aimante.
Dans un monde d’obsédés : amour est synonyme de fornication ! Jadis les amoureux apaisent leur souffrance dans ‘’Allah Akbar’’ aujourd’hui, les amoureux sont exécutés, pendus sous les ‘’Allah Akbar’’.
Jadis ‘’Allah Akbar’’ se disait en écoutant un beau poème d’un Bechar Ibn Burd, d’Abou Nouas, d’El Maâri ou d’El Hallaj… aujourd’hui, elle est hurlée pour violer une fille, une écolière. Jadis, ‘’Allah Akbar’’ se disait pour exprimer sa fascination devant le sourire d’un bébé, aujourd’hui elle est dite en enlevant une dizaine de fillettes afin de les vendre dans un marché de bétail. 
Le monde est hystérique, jadis ’Allah Akbar’’ se prononçait pour révéler le sentiment d’attrait vis-à-vis d’une rose, installée sur sa branche d’un rosier, paisiblement adossé au mur de clôture, aujourd’hui, ’Allah Akbar’’ est dite en émettant une fatwa interdisant d’offrir une rose à un malade. La yadjouz !
Le monde est fou !
Jadis ’Allah Akbar’’ se disait en regardant un bel édifice, un monument qui témoigne le courage et l’humanisme de l’homme, aujourd’hui sous les appels d’'Allah Akbar’’ on massacre  le patrimoine universel à Tombouctou, en Afghanistan, en Syrie, en Irak…
Jadis Allah Akbar’’habite les belles chansons  d’Oum Kalthoum, de Mohamed Abdelwahab, de Cheikh El Hasnaoui, de Rénette l’Oranaise, de Fayrouz, de Nazem Al Ghazali… aujourd’hui sous les cris d’Allah Akbar’’”, les fanatiques sur la place publique, en spectacle filmé et diffusé sur les réseaux sociaux, cassent les luths et les tambours.
La yadjouz !   Jadis, l’appel à la prière se faisait dans ’Allah Akbar’’ de spiritualité, de méditation et de miel, aujourd’hui, cette même expression Allah Akbar’’, dans les bouches des nouveaux muezzins, arrive à nos oreilles et à nos cœurs, violente et agressive.  Dans un monde où la raison est bannie la spiritualité est violée.  
Et je lis Kafka, Haruki Murakami, Paul Auster, Mahmoud Darwich, Gabo… et je dis : Allah Akbar’’!
Amin  Zaoui
Courtoisie de l’auteur.
Jeudi, 12 Juin 2014
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Message aux misogynes de ce monde …
Amin Zaoui ! Une belle leçon de respect pour la femme ... la mère, la sœur, la fille ... puissent les forces du bien accompagner ton message et faire que ce respect envers nos mères, nos sœurs, nos filles soient entendu par tous les misogynes de ce monde.
Ferid Chikhi
05-10-2013

Je suis le frère de sept sœurs !
Par : Amin ZAOUI
5 octobre 2013,
Je suis le frère de sept sœurs. Ceci n’est pas un conte, ni le chapitre d’un roman rose. C’est la vérité véridique, auto-biographiquement vérifiée. Je suis le frère de sept sœurs. Allah ybarek,
cinq dans l’œil du Satan (khamsa fi aïn iblis) ! Elles sont belles et intelligentes mes sept sœurs. Chanceux est celui qui traverse son enfance et son adolescence entouré de sept perles. Elles s’appellent : Rabia, Fatima, Kheira, Aïcha, Hafida, Hanifa et Yakout ! Par respect, je les nomme par ordre d’âge.  Elles sont toutes du même ventre. Fruit de la matrice bénie d’une extraordinaire mère : El-Hadja Rabha, qui a donné aussi la vie à sept garçons ! Grandir dans une maison grande par ses sept filles, c’est vivre la fête en enchaînement. Elles étaient belles avec leurs longues chevelures.

Mon père, Hadj Si Benabdallah, avait le grand respect pour ses sept filles. Elles étaient les prunelles de ses yeux ! Rabia, l’aînée, était à mes yeux ma deuxième maman. Le jour où la nouvelle de sa mort m’était parvenue, je vivais dans un internat du collège, j’ai pleuré comme je n’ai jamais pleuré un cher. En aucun cas je n’imaginais qu’une de mes sept sœurs soit emportée par la mort ! J’ai toujours pensé que mes sœurs sont là pour l’éternité du bonheur.
Fatima a vécu une histoire dramatique. Mariée avec un mineur, ils vivaient une belle histoire d’amour. Elle lui a donné deux enfants. Par un jour, ma mère a été appelée, en urgence, chez Fatima. Elle l’a trouvée allongée sur son lit, avec une paralysie généralisée. Elle l’a ramenée chez nous, dans la grande maison. Quatre ans d’inertie, sans espoir aucun. Par une sieste d’un jour estival torride, Fatima s’est levée. Folle de joie, comme un bébé, elle a fait ses premiers pas ! Et peu à peu, elle a recouvré les mouvements de ses membres. Et elle a repris son amour, sa maison et ses enfants. 
La première fois où je suis monté dans un camion, c’était avec le mari de Kheira. Il s’appelle Mustapha le camionneur. Ce dernier a été assassiné par l’un des membres de sa famille à cause d’un litige autour d’un héritage terrien. Kheira, depuis ce meurtre, sombre dans la tristesse. Hafida, j’adore ce prénom, était fiancée à un cousin. Un désaccord déclenché entre les deux familles, ma sœur n’a pas tardé à faire sortir tout ce que la famille du fiancé lui a offert en les jetant devant la porte de la maison.
Elle était audacieuse avec une langue piquante, faite pour les querelles ! En garçon manqué, hormis les fêtes, elle ne portait que les pantalons. Aïcha la plus naïve, dans sa vie conjugale, elle n’a eu que des filles. Un seul garçon. Un grand cœur ! Par peur pour ses filles, elle était obligée de quitter sa maison et ses biens pendant les années du terrorisme. 
Hanifa, franche, elle ressemble beaucoup à ma mère. Même mariée, elle est restée collée à ma mère. Je ne voyais ma Hanifa qu’enceinte, toujours le ventre plein ! Elle aime avoir beaucoup d’enfants. 
Yakout, le dernier ventre d’El-Hadja Rabha. Elle aimait les films égyptiens, les feuilletons brésiliens et mexicains… Elle faisait attention à sa ligne, cette hantise lui a causé un gros problème de santé.
Je distinguais mes sept sœurs par leurs parfums. Chacune avait sa manière de tresser ses nattes, attacher les bouts par un tissu afin qu’elles ne se débouclent pas.
Dans des fêtes de mariage, elles se mettaient côte à côte, pour chanter ou pour danser. Elles étaient les meilleures, les plus belles de toutes...
A. Z.
Publié dans le quotidien LIBERTÉ
Ma chronique hebdomadaire SOUFFLES
aminzaoui@yahoo.fr

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Non !  Amin il ne faut pas être triste.
Ils appartiennent à toutes les terres …
Non ! Mon ami, il ne faut pas être triste pour ceux que tu as cité et les autres et qu'on ne nomme pas. 
Oui ! Mon ami, les écrivains enterrés dans d’autres terres que celle d’Algérie font toujours rêver celles et ceux qui les ont enterré tout proche d'eux ... 
Oui ! Mon ami, les Karadouis & Cie n'ont aucune idée novatrice et universelle pour perpétuer leurs pensées par contre feus Arkoun, Bencheikh, Rabah Belamri, Mohammed Dib, cheikh El-Hasnaoui, Noureddine Aba, Saint Augustin et toute celles et tous ceux qui ne sont pas nommés appartiennent à la pensée universelle ... ils appartiennent à toutes les terres et à la terre entière. Ils sont inscrits à jamais dans les anthologies des littératures du monde et ils sont traduits dans les langues de celles et ceux qui les ont accueillis lorsque l'exil les a interpellés. 
Ferid Chikhi 
12-09-2013
 L’exil tombal d’écrivains algériens !
Il est des tombes de soldats inconnus ! Sur ces tombes on met des gerbes de fleurs et on joue de la musique universelle. Et il est des tombes d’écrivains connus ! Ces soldats sont dans leurs tombes négligés. Les dérangeurs !
La terre est un mythe. Dormir dans la terre qu’on aime est une sensation extrême. Ils sont sombres ces écrivains enterrés loin de leur terre natale : l’Algérie. Se trouver condamné à être enterré dans le froid du silence, loin du parfum de la terre natale, cela n’est que l’exil continu. Éternel exil !
Dès que je pense à nos écrivains enterrés dans des pays étrangers, je mesure leur colère silencieuse. Toutes les tombes étrangères sont glacées. Il était une fois un écrivain appartenant à la race d’anges.
Il s’appelle Mohammed Dib (1920-2003). Fils du métier à tisser et des ruelles chuchoteuses de Tlemcen. Lalla Setti, La Aïni et tous les habitants de Dar Sbitar l’attendaient pour dormir dans cette terre de Sidi Boumediene. Mais le mort n’est pas revenu. Il a donné son corps à la terre étrangère ! Plaie ! Depuis, Tlemcen est en deuil.
Par un jour algérois, cheikh El-Karadaoui a chassé le penseur rationaliste Mohamed Arkoun (1928-2010) de l’hôtel El Aurassi ! Dans une langue grossière, El-Karadaoui surnommait Mohamed Arkoun : Mohamed Cartone (carton) !
Dans tous les débats, le professeur Arkoun était  brillant, ce qui embarrassait la bande d’El-Karadoui.
À l’accoutumée, les enfants de Taourirt Mimoun, village qui a enfanté Mouloud Mammeri, sont enterrés dans la terre noble des pères libres, sous des oliviers, à l’ombre d’un figuier ou bercés par une chanson de cheikh El-Hasnaoui (1910-2002) (enterré, lui aussi à Saint-Pierre de la Réunion) !
Mohamed Arkoun, lui, a choisi de se reposer dans le silence froid d’une autre terre, loin des «Karadaouis». Plaie !
Rabah Belamri (1946-1995). L’infatigable. Visionnaire. Maître des conteurs, académicien, poète visionnaire et romancier, lui aussi continue son exil tombal ! Silence ! Celui qui marchait derrière son cœur et aimait follement l’Algérie a préféré continuer le rêve de son sommeil éternel dans la terre des autres. Blessure du soleil !
Et il y a Djamel-Eddine Bencheikh (1930-2005), grand intellectuel, traducteur des Mille et Une
Une Nuits. Une autre blessure ! Héritier du verbe d’Abû Nuwâs et du rationalisme d’Ibn Khaldoun. Doux, élégant et profond, ainsi Djamel Bencheikh a traversé sa vie. Lui aussi dort dans la terre froide prolongeant son exil pour l’éternité ! 
Comme un oiseau traqué, Noureddine Aba (1921-1996) a choisi pour lit éternel la terre étrangère, incapable de poursuivre le rêve.
 Je ne sais pas pourquoi, dès que je pense à ces écrivains dans leur exil tombal, je pense au périple de la dépouille de saint Augustin, au cubitus de son bras droit rapatrié d’Italie, pour dormir dans la Basilique de Annaba.
Les écrivains enterrés dans d’autres terres que celle d’Algérie arrivent-ils à continuer de rêver ?   Je suis triste mes ami(e)s !
Amin Zaoui
In. Liberté
Jeudi, 12 Septembre 2013

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Réminiscences … entre Youm el Ilm et le Printemps berbère
Ibn Badis et Jules Ferry 
Choc de deux écoles, ou bilinguisme porteur ?
Publié le 10-03-1995. In Le Matin.
Révision et mise à jour avril 2013.
Le débat sur la généralisation de la langue arabe est encore une fois sous les feux de la rampe.
Lorsque le quotidien Le matin a publié le reportage sur la prochaine mise en œuvre de la loi y afférant, il était clair qu’outre les positions des uns et des autres, qu’elles fussent à caractère politique, identitaire ou culturel, les réponses aux questions posées au célébrissime auteur d’Ezilzel allaient relancer la polémique eu égard à leur contenu et ce qu’elles veulent véhiculer d’injurieux. 
À ce stade du débat, n’est ce pas lui faire trop d’honneur – ainsi qu’à un grand nombre d’auteurs arabisants de facture médiocre – que de leur consacrer quelques mots dans la presse francophone algérienne ? N’est-il pas temps de faire l’économie de l’ingratitude qu’affichent au grand jour et de la rancœur - durable - que montrent grâce à la démocratie - ces personnages à l’égard des bilingues et des polyglottes algériens ?
Personne n’ignore que c’est grâce à la langue de Molière et de Descartes, de Flaubert et de Montaigne, de Balzac et de Jules ferry que leurs écrits ont dépassé les frontières du territoire national ? Sans la traduction de leur œuvre, en français faite par l’Institut des langues vivantes étrangères de l’université d’Alger, auraient-ils pu se faire connaître dans les pays arabes ? 
En ce moment précis, leurs écrits en arabe ne sont même pas lu dans les pays frères des Proche et Moyen Orient.
Que dire de la généralisation de la langue arabe ? Je crois que pour inscrire le débat dans la durée et notamment dans les perspectives de l’an 2000, il serait intéressant de l’aborder par l’enseignement et globalement par l’éducation scolaire. Un grand nombre de mes camarades de l’époque et moi-même - dés le milieu de années ‘’50’’ et au début des années ‘’60’’ - avons eu l’avantage de fréquenter à Batna deux types d’écoles. 
D’abord celle de Jules Ferry avec des enseignants comme Mrs. Arouas, Kharoubi, Karsenty (et ainsi que leurs noms l‘indiquent, c’étaient des juifs de Batna) ou encore Mrs. Deleuze, Charpentier, etc. qui étaient chrétiens, c’est ensuite celle d’Ibn Badis ou si vous préférez la Medersa, dont les enseignants parmi lesquels Cheikh Bendiab, Cheikh Tiar , Cheikh Hamami, Cheikh Benhassine, Cheikh Foudala, etc. nous ont à jamais fait découvrir notre algérianité, sans nier notre berbérité et notre islamité. Il faudra un jour leur rendre l’hommage qu’ils méritent.
Il existait bien sur d’autres enseignants aussi professionnels dans les autres établissements scolaires de la ville de Batna, l’école du camp, celle du stand, le Cours d’Enseignement Général (CEG) de la route de Biskra, le Collège de Batna et n’en déplaise aux partisans de la généralisation de la seule langue arabe, l’enseignement bilingue existait déjà et était à l’avantage de toutes les composantes - femmes et hommes - de la société Batnéenne. C’était un outil, un véhicule de valeurs, un repère d’évaluation des potentiels des jeunes de l’époque et de principes partagé par tous ceux qui voulaient s’instruire.
L’enseignement de Jules Ferry nous a permis - entre-autres et au-delà de la fameuse citation ‘’Nos ancêtres les Gaulois’’ - d’apprendre dans les livres de l’Histoire de France mais pour l’Algérie, que celle-ci avait été occupée par les Romains, les Vandales, les Wisigoths, les Phéniciens, les Arabes, les Turcs et bien sur les Français. Ils ont conquis, asservis ou encore soumis le Peuple Berbère dont les Aguelliden - les Rois - se nommaient Masinissa, Hasdrubal, Adherbal, Hiempsal, Hiarbas, Manastabal, Gulussa, Jugurtha, Juba 1er et 2nd.
Dans ces livres et grâce aux leçons de nos enseignants nous avons appris où se situe la forteresse à l’Est de l’Aurès dénommée Djaffaa et qui étaient ses chefs Jadbas et Dihya - La Kahina - alors qu’à l’Ouest était la tribu à laquelle appartenait Koceïla et Ortheïas.  
Nous avons aussi appris que les Juifs se sont installés dans notre pays, essentiellement à l’Est de l’Algérie, après la destruction du 2nd temple de Salomon, aux environs de l’an 52 avant JC. Que bien plus tard Tarik Ibn Ziad à la tête de douze mille guerriers amazighs a passé le détroit de Gibraltar pour arriver en Espagne, etc.
Pourquoi les musulmans ont-pris du retard et pourquoi les autres les ont devancés ?
L’enseignement d’Ibn Badis nous a familiarisé avec les déclinaisons de la grammaire et de la conjugaison en langue arabe, confirmé que l’Islam est par excellence la religion de la tolérance, de la paix, de la recherche de l’universalité, de la fraternité, et surtout qu’en plus de l’environnement colonial, il existait un autre monde plus complexe et non pas compliqué, plus structuré au double plan sociologique et culturel, fondé sur nos traditions et nos coutumes, avec nos fêtes religieuses - l’Aïd Es Seghir et l’Aïd El Kébir, El Mawlid Ennabaoui, Achoura, etc.
À chacun de ces événements nos professeurs nous rappelaient les circonstances qui ont présidé à leur avènement et à leur célébration par la communauté musulmane à travers le monde. Ils le faisaient avec passion et amour, avec un sentiment d’une nécessaire communication d’un fait d’histoire et d’un fait religieux, non pas pour nous faire détester l’Autre - même si c’était la guerre - mais bien au contraire pour renforcer notre conviction que par le savoir nous étions, si ce n’est plus forts, au moins égal à lui.
L’école fondamentale algérienne apprend elle tout cela à nos enfants ? L’enfant des Aurès, du Djurdjura, de l’Ouarsenis, etc. connait-il l’histoire de ses ancêtres, enseignée par cette école ?
Ce que nous avons appris à la Médersa d’Ibn Badis et à l’école de Jules Ferry constitue les graines de notre savoir à la fin de ce millénaire et nous sommes certains de ne point être diminué comparés aux autres occidentaux d’Europe. Parce que nous savons qui nous sommes et fiers de l’être.
En tout état de cause, il faut remercier les Moyens Orientaux, ceux qui sont les peuples du Machrek de nous appeler Maghrébins (qu’on ne se détrompe pas ce ne sont pas les européens qui les premiers l’ont fait. Pour ceux-là nous sommes des Nord Africains) ce qui donne traduit en français des Occidentaux, comme le sont les Turcs de l’autre côté de la Méditerranée. Avec la différence, que nous sommes musulmans, sachant que la majorité des peuples d’Occident sont chrétiens.
Alors que nous étions encore élèves nous avions emmagasiné énormément de connaissances. La Nation musulmane ? Oui, grâce à leur enseignement, nous savions déjà ce que c’était (elle se situe dans le Sud et va de l’Atlantique à l’Oural). Nous savions qu’il existe des peuples qui sont musulmans et ne parlent pas l’arabe (les Turcs, les Hindous, les Kirghiz, les Afghans, les Nigérians, les Iraniens, les Somaliens, et les 60.000.000 de Chinois, etc.).
La Nation Arabe ? Nous avons appris à la connaître comme on apprend à connaître toutes les autres nations. Ils nous ont appris qu’il existe des arabes Chrétiens et d’autres de confession israélite et par conséquent ils ne sont pas musulmans. Les premiers ont foi dans le Christianisme et Jésus Christ, les seconds dans le Judaïsme et en Moïse et les troisièmes ont foi en l’Islam et en Mohamed.
Ces enseignants, aujourd’hui, pour la plupart disparus, nous ont surtout appris à mieux nous connaître entre nous et à apprécier ce que sont les autres. Jamais, au grand jamais, aucun d’entre-eux ne nous a incité à abandonner l’enseignement de l’école coloniale. Malgré ce qu’il véhiculait comme rejet de nos racines. Je me rappelle de Cheikh Tiar et de Cheikh Bendiab qui s’inquiétaient de savoir si nous avions appris et notamment compris nos leçons de français. Mieux ils nous facilitaient la tâche pour remettre au lendemain l’apprentissage de leurs leçons afin de nous acquitter de celles du maître de français.
Ce qui était paradoxale c’est que l’école Jules Ferry, où j’ai étudié durant tout le primaire, à la fin des années cinquante, était réservée aux seuls garçons, alors qu’un mur la séparait de l’école Gambetta, réservée aux seules filles. Mais aussi bien à l’école coranique ou l’on était assis tailleur à même le sol sur des nattes de halfa qu’à la Médersa, où les tables étaient les mêmes que celles de l’école coloniale, la mixité était de rigueur et plus que tolérée. En salle ou dans la cour, nous étions comme dirait l’autre, mélangés. Faut-il croire qu’il y a cinquante ans, la société était plus avancée qu’aujourd’hui ?
En fait, ce qui était extraordinaire c’est surtout l’enseignement des valeurs, des principe et des règles de bonne conduite qui nous étaient dispensés par des hommes intègres, simples, modestes et pas du tout imbus de leurs personnes. Ceci nous a marqué à jamais.
Pour conclure rappelons-nous que le Président Boudiaf, allait terminer son discours du 29 juin 1992, par la fameuse question-titre (du livre écrit en 1939 part Chakib Arslane). Question qui restera sans réponse qui restera sans réponse, mais pour l’histoire méditons la, car elle sera toujours d’actualité en ce qu’elle est la seule piste authentique pour le véritable Ijtihad : Pourquoi les musulmans ont-pris du retard et pourquoi les autres les ont devancés ?
Ferid Chikhi
18-04-2013

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La raison fait peur aux ennemis de la lumière

Aujourd’hui, la chronique du Dr Amin Zaoui nous fait voyager de l’Algérie vers les confins des pays du golfe. Ce voyage nous conte le lien ombilical entre les intellectuels victimes de l’intégrisme et ceux qui ont fait l’évènement par leurs écrits des siècles durant. Ceux qui parmi les écrivains, les philosophes, les romanciers, les penseurs et autres poètes ont occupé nos esprits par la lecture de leurs œuvres. Il nous fait toucher du doigt la perte, malheureusement  irréversible de l’anticipation, de la progression et du développement de la pensée, des idées et de l’esprit qui conçoit, crée et innove pour qu’une société vive en harmonie dans une authenticité réelle et non pas factice.  Il nous parle de ceux qui par leurs agissements, leurs actes mortifères et macabres, par leur inculture et leur ignorance assassinent l’intelligence et sa matrice mémorielle …  
Ferid Chikhi
Le 04-03-2013
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SOUFFLES ...
Ils ont décapité el Maari et Taha Hussein !
Ceux qui, hier dans les rues d’Alger, du Caire et de Beyrouth, le cœur rempli de haine et de noirceur, ont tiré sur l’art, la beauté, la lumière  et  la raison, continuent à semer la terreur aux quatre coins du monde.
Ceux qui hier ont assassiné Alloula, Djaout, Medjoubi, Mekbel, Bousebci, Elyabes, Belkhenchir, Youcef Sebti, Bekhti Benaouda …, aujourd’hui, dans la ville syrienne de Maârat al Nouamane, dans le nord-ouest de la Syrie, ont tranché la tête d’Abou el Alaa El Maâri.
Ceux qui hier, le cœur chargé d’animosité, ont tué le sage Houcine M’roua, cheikh Sobhi Saleh, le philosophe Faradj Fouda, le poète et politologue Mehdi Amel… ceux qui ont tiré sur le prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz, aujourd’hui, ce sont les mêmes démons qui ont tranché la tête de Taha Hussein.
La raison fait peur aux ennemis de la lumière. Les créatures des ténèbres. Si la nature a privé ces deux rationalistes arabes, el Maâri et Taha Houssein, de la vue, ils ont traversé la vie en aveugle, elle leur a, en contrepartie, offert la force de la raison afin de voir plus loin, plus profond.
Les visionnaires à travers toute l’Histoire arabo-musulmane étaient  marginalisés, voire menacés et condamnés par les forces des ténèbres !
Clin d’œil à El Halladj! Abou el Alaa el Maârri est mort en 1057, depuis sa tombe dans sa petite ville Maârat al Noumane, à une distance vertigineuse de 10 siècles, avec ses idées d’illumination, l’auteur de “Risalat al Ghofrane” ou “l'Epître du Pardon” continue à faire peur aux fanatiques et aux salafistes wahhabites en cette ère du Discovry.
Acharnés contre sa pensée libre, les fanatiques ont décidé de couper la tête de la statue de El Maâri. Tentant de le perturber dans sa quiétude tombale, dans l’au-delà! Un geste barbare qui n’est que le signe de la malédiction historique qui frappe, de plus en plus, le monde arabo-musulman.
Si en Syrie, le sort du maître de la pensée libre El Maâri est dramatique, celui de Taha Hussein, en Egypte, n’est pas non plus meilleur. Les sangsues religieuses, et en signe de la sauvagerie et de la terreur, ont coupé la tête de la statue de l’auteur de deux  livres, les plus polémiques dans l’histoire de la pensée littéraire arabe moderne du XXe siècle: “Fi Echchiir el Jahili” (à propos de la poésie antéislamique) et “Moustakbal attakafa fi Misr” (l’avenir de la culture en Egypte).
Les fanatiques mènent une guerre aveugle et sanguinaire contre  toute lumière dégagée par les acteurs vivants de l’art et de la littérature. Contre les lumières qui nous parviennent du fond des temps  projetées par les faiseurs d’Histoire.
Même les morts, les vrais morts, dérangent la barbarie. En jeune écrivain, Taha Hussein (né en 1889), depuis ses premiers écrits qui remontent au début du XXe siècle, a tissé une relation intellectuelle et psychologique exceptionnelle avec son maître El Maâri.
Ainsi il lui consacra trois livres. Cette fusion cérébrale  entre les deux écrivains n’est que la célébration de la raison et la défense de la liberté de la pensée humaine. Fasciné par les idées éprouvées et par l’audace intellectuelle de El Maâri, Taha Hussein se voulait une sorte de continuité dans cette logique rebelle et casseuse de tabous religieux et politiques et dont les pères fondateurs furent  el Mu’tazila.


La guerre est, de plus en plus, accrue contre la pensée libre. Atroce contre le peu qui reste de la raison dans ce monde arabo-musulman. El Maâri est décédé en 1057 et Taha Hussein en 1974, même si dix siècles  séparent les deux lumières, aujourd’hui, ils se trouvent face à un destin tragique et identique, subissant les mêmes  agressions. Leurs têtes valent dix siècles de lumière perdue.
Amin Zaoui
In Liberté
http://www.liberte-algerie.com/culture/ils-ont-decapite-el-maari-et-taha-hussein-souffles-195272
Jeudi, 28 Février 2013
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Un éveilleur des consciences
Hier, il y avait Mohammed Dib et Kateb Yacine, Mouloud Feraoun et Jean El Mouhoub Amrouche, Malek Hadad et Bachir Hadj Ali, aujourd’hui il y a Assia Djebar et Leila Sebbar, et … bien d’autres écrivains Algériens d’expression française, et la liste ne serait pas complète si l’on n’ajoutait pas Anouar Benmalek  ...  son œuvre, comme celles de ses aînés, inspirent à plus d’identité et à plus de culture.  Le texte qui suit est de sa signature. Il nous parle de démocratie, du statut des femmes, de la création des biens industriels et culturels, des dictatures, de la corruption, des opinions publiques et du fait religieux.
Grâce à son talent d’écrivain, intelligent et brillant, il nous dit entre autres ‘’Le combat le plus acharné, que d’aucuns dans ce monde musulman ont courageusement commencé, sera celui de l’assignation de la croyance religieuse (des croyances religieuses) à la sphère privée. Ce combat est celui de la laïcité. On peut avoir peur de ce mot, on peut vouloir l’édulcorer, reste que la participation des sociétés musulmanes au concert des nations ne se réalisera qu’en se pliant pleinement à cette obligation de progrès dans l’humanisation de notre espèce, la si mal nommée Homo Sapiens.’’
 Par ses écrits, Anouar Benmalek participe à l’éveil des sociétés musulmanes.
Ferid Chikhi
Le 23-02-2013
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Anouar Benmalek : La démocratie à la sauce musulmane n’est pas la démocratie.
Les freins à l’expression libre, «démocratique», des citoyens des sociétés du monde dit musulman sont, de manière évidente, douloureusement multiples.
Par-delà les caractéristiques propres dues aux contingences historiques et géostratégiques locales, ces freins vont, dans un désespérant inventaire à la Prévert, du sous développement dans les formes d’organisation sociale, cristallisées en particulier dans le statut inique réservé aux femmes, du retard dans la création des biens industriels et culturels, de la prépondérance des régimes dictatoriaux ou semi-dictatoriaux, de leur corruption et de leur gestion militaro-policière des opinions publiques, au poids formidable du fait religieux dans ces sociétés et des tentatives plus ou moins réussies de prise de pouvoir par les représentants politiques des clergés locaux après le déclenchement de ce qu’il est convenu d’appeler un peu trop rapidement «les printemps arabes».
Je voudrais aborder, lapidairement, ce dernier aspect, à mon sens, essentiel, du piège historique qui risque de continuer à enfermer pour longtemps ces sociétés si majoritairement assoiffées comme partout ailleurs, de liberté d’expression, de liberté d’association, de liberté de choix politique - mais pas, et c’est là le paradoxe, de liberté de croyance religieuse ou spirituelle !
Manipulée par une conception ossifiée et moyenâgeuse de la religion comme conception indépassable des fins premières et dernières de l’existence individuelle et sociale, une majorité des membres de ces sociétés ne conçoivent l’écart individuel à la croyance majoritaire que comme une forme de profonde trahison des valeurs les plus fondamentales de cette société.
Cet écart est vécu comme une véritable offense, une insupportable «hérésie» tant religieuse que politique, la seconde qualification rejoignant la première puisqu’en Islam, presque par définition, la religion est l’âme et l’armature obligées de la politique. Cette conception est évidemment profondément en contradiction avec la volonté de participer aux affaires du monde comme un acteur à part entière, respecté et respectable : on ne peut refuser aux autres ce qu’on clame pour soi, en l’occurrence le droit (légitime en soi) de partout pratiquer sa foi et le refuser (ou à l’accorder par petits bouts mesquins, jamais totalement assurés, jamais totalement légitimes) aux autres chez soi, ce qui est quasiment une constante dans tous les pays musulmans

Mais surtout, cette conception affaiblit considérablement les «défenses morales» des sociétés de ces régions dans les tragédies qui ont pu les déchirer récemment. Dans les interminables années de sang qui ont ravagé l’Algérie par exemple, la société algérienne n’a jamais pu trouver un argumentaire de poids à opposer aux tenants de la décapitation comme instrument de purification religieuse : les terroristes n’étaient au fond que les exécutants «zélés» de la volonté totalisante du texte sacré. Les valeurs universelles de respect de la vie humaine n’étaient pas de taille face à telle et telle injonctions «transcendantes», absolument explicites, de tuer l’hérétique s’il ne se repent pas.
Le combat pour la laïcité
C’est pour cela que, malgré l’horreur et la folie sanguinaire de certains de leurs actes, les terroristes n’ont pas eu à subir d’opprobre radicale et «définitive» d’une partie non négligeable de la population. Une société «saturée» de religion, ne concevant de réflexion qu’adossée à une justification religieuse s’est résignée (quand elle ne les soutenait pas…) à ne considérer les égorgeurs de femmes et d’enfants, d’intellectuels et de paysans que comme des croyants un peu plus «croyants» que les autres, certes un peu plus «échauffés» que leurs coreligionnaires pacifiques, mais qu’un peu de «compréhension» était susceptible de ramener à la raison -  toujours religieuse en dernière instance, cependant.
Le succès des différentes lois dites de concorde civile en Algérie tient justement à cette spécificité (ce scandale) : ne jamais faire le tri entre les assassins et les victimes. Mieux (ou pire) : les confondre dans une même ignoble fraternité, puisque les uns et les autres, étant musulmans, ne sauraient être réellement ennemis les uns des autres et que toute la sale guerre avec ses cent mille à deux cent mille morts ne se résumait au fond qu’à un grand et désolant «malentendu» fraternel entre «croyants» du même bord.
Cette stupéfaction de la société musulmane devant cette confusion inouïe des valeurs a une implication porteuse de gros dangers pour l’avenir : le crime paie en Algérie, se disent les égorgeurs et les tortionnaires, puisque le criminel est toujours assuré d’une opportune amnistie à un moment ou un autre, que l’on ait commis son forfait à la fin des années quatre-vingts ou durant les années quatre-vingt-dix et deux mille !
Pour le moment, cette complicité objective de la société musulmane avec ses propres tourmenteurs musulmans a encore de beaux et sinistres jours devant elle. Je pense que plusieurs cordes enserrent le cou des sociétés dites islamiques ou à majorité islamique.
Le nœud de la corde militaro-policière est probablement le moins ardu à desserrer, mais, et on le voit dans les soubresauts qui semblent étonner certains observateurs des printemps arabes, le second nœud, celui de l’oppression religieuse, est beaucoup plus ajusté, ayant disposé, sans adversaires notables dans le domaine de la réflexion libertaire, de plusieurs siècles d’endoctrinement des cerveaux et des âmes pour s’introduire dans le moindre interstice social, ne laissant quasiment plus de place à la respiration réellement démocratique.
Le combat le plus acharné, que d’aucuns dans ce monde musulman ont courageusement commencé, sera celui de l’assignation de la croyance religieuse (des croyances religieuses) à la sphère privée. Ce combat est celui de la laïcité. On peut avoir peur de ce mot, on peut vouloir l’édulcorer, reste que la participation des sociétés musulmanes au concert des nations ne se réalisera qu’en se pliant pleinement à cette obligation de progrès dans l’humanisation de notre espèce, la si mal nommée Homo Sapiens.
Ce chemin vers la laïcité (ou tout autre terme équivalent) est encore une chimère à en juger par l’exemple tunisien et égyptien, qui avaient fait naître tant d’espoir et d’enthousiasme par l’exemplarité de la mise à bas de leurs dictateurs respectifs.
Ces sociétés musulmanes peuvent ne pas s’y résoudre, elles peuvent désirer rester dans l’atmosphère rassurante quoique mortifère de la théocratie religieuse, fardée ou non des oripeaux d’une soi-disant démocratie électorale.
Mais alors il ne faudra pas qu’elles s’étonnent hypocritement du désespoir, souvent silencieux, qui mine une bonne partie de leurs populations, de l’humiliation que ces dernières ressentent de ne pouvoir vivre, penser et croire comme elles l’entendent dans leurs propres pays et de l’envie les tenaillant de s’enfuir ailleurs pour simplement exercer les droits les plus fondamentaux que la simple naissance est censée accorder à chacun de nous sur cette planète.

Anouar Benmalek                                                                                 Courtoisie de l’auteur

Écrivain, mathématicien et universitaire,

Il est l’auteur d’une quinzaine de romans,

La plupart édités chez Fayard.

4 février 2013

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Par la culture et la liberté

En lisant l’entrevue d’Amin Zaoui accordée à El Watan, j’ai été interpellé par l’intolérance et la tolérance, le patrimoine qu’il faut interroger pour promouvoir le rapprochement et le respect de l’autre, la liberté et le sens critique qu’il met de l’avant. La rédaction du journal - que je remercie - a accepté que je la reproduise sur ce site et de la partager avec ses lecteurs.  

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Amin Zaoui : Ne pas connaître sa propre culture et renier celle de l’autre est un danger

El Watan du 14-09-2012

Religions, érotisme, amour et littérature se mêlent dans le nouveau roman d’Amin Zaoui Le dernier juif de Tamentit édité chez Barzakh. L’auteur revient, pour El Watan Week-end, sur l’histoire d’un couple fusionnel et libéré, pour qui la tolérance est un savoir-vivre.

Vous citez dès la première page de votre roman une phrase d’Ibn Arabi autour de la tolérance religieuse. Une manière de nous introduire directement dans le vif du sujet ?   

Je pense que notre rôle en tant qu’intellectuel, créateur et universitaire, est d’aller chercher le mal dans ses racines. Nous vivons une époque d’intolérance, et pour interroger cette intolérance, il faut aller plus loin dans l’histoire, le patrimoine, et aussi dans les noms phare de l’histoire, tant des musulmans que des autres, pour essayer d’analyser ce phénomène, à savoir comment nous en sommes arrivés à cette culture de la haine. Je crois que des érudits comme Ibn Arabi, l’Emir Abdelkader, Voltaire, Al Bastami ou Al Hallaj, des personnalités marginalisées par la culture arabo-musulmane de l’époque, avaient envoyé des signaux significatifs, parfois interdits par la culture du pouvoir.

Je m’intéresse à ce sujet, pour réveiller les consciences et encourager à aller chercher dans notre patrimoine cette tolérance qui a toujours existé entre les religions juive, chrétienne et musulmane. Quand je lis l’histoire de Tolède, aux XIe et XIIe siècles, je me rends compte à quel point c’était une cité extraordinaire, multi religieuse, qui a abrité toutes les tendances. Quand on écrit un roman, il est important de ne pas aller seulement sur des concepts idéologiques et politiques, mais aller vers le savoir, la science, l’héritage et ses symboles.

Reconnaissez-vous, à travers votre roman, que l’Algérie est multiconfessionnelle ?

Tout à fait. Je le dis et redis à haute voix : l’Algérie est un pays pluriel dans la religion, les langues, et a toujours été ainsi. Sans cette pluralité, sans cette diversité religieuse et linguistique, on ne peut pas avancer dans une Algérie moderne, celle de demain. Mon livre est un message dans ce sens. Le dernier juif de Tamentit est un personnage, qui après avoir constaté qu’il n’y avait plus de juifs dans le village, oscille entre deux religions, c’est-à-dire juive et musulmane. La communication entre les communautés a toujours existé, je le souligne. Pour exemple, la façon dont les gens de Ghardaïa et de la région des M’zab ont accueilli les juifs chassés de Tamentit.

Aujourd’hui, les juifs d’Algérie ne sont pas reconnus par la société…

Malheureusement. Cela est dû à une absence de conscience de l’histoire de l’Algérie. On ne peut pas construire un avenir sans vraiment lire attentivement le passé. On ne peut se permettre de supprimer une partie de ce passé commun. Les juifs d’Algérie sont algériens. La Kahina était juive, c’est un grand symbole de notre histoire. Et au-delà de ses convictions religieuses, elle était algérienne.

Pensez-vous que la société algérienne manque de tolérance ?

Se méfier de l’étranger est une réalité en Algérie, encouragée par le manque de contact, c’est-à-dire la présence physique de l’étranger. Il y a des Algériens qui ignorent qu’être chrétien en Algérie, c’est aussi être algérien. Il faut reconstruire cette génération avec l’idée de pluralité autour d’elle. C’est par la culture et la liberté que nous arriverons à nous parler sincèrement.
Le dernier juif de Tamentit s’articule autour de plusieurs chapitres, donnant la voix à Barkhahoum, puis à Abraham. Le «je» du narrateur s’est multiplié.

En écrivant un roman, on y plonge. On n’est pas tout-à-fait conscient de la structure, tout vient spontanément. Ceci dit, mon roman emprunte au patrimoine la tradition orale, puisqu’il donne la parole à des personnages dont le dialogue se fond dans la trame. C’est ce qu’on appelle une polyphonie, qui vient de la culture de l’oralité. J’avoue qu’en écrivant, la présence de ma mère est omniprésente, c’était une grande conteuse qui m’a sans doute transmis sa force de narration.

Derrière ces questionnements, il y a cette invitation au dialogue… entre les religions ?

Totalement. Le message intellectuel de ce roman est que chaque voix annonce une couleur de religion, une appartenance, une référence d’une culture, d’une histoire, des ancêtres. Mon roman n’est pas une histoire du passé, il trouve son cadre dans les quartiers d’Hydra, où les personnages discutent, s’épanouissent et vivent normalement leur vie sans contraintes. Abraham ne pouvait pas faire l’amour avec autant de plaisir et de délire s’il n’avait pas fait la paix avec le passé. C’est la même chose pour Barkhaoum.

Tout au long du roman, les scènes érotiques cohabitent avec une réalité algérienne. Quel est le message que vous adressez au lecteur algérien ?

Mes romans précédents, tels que Festin de mensonges ou La chambre de la vierge impure ont connu un vif intérêt de la part des lecteurs. J’avoue que j’ai été très surpris de voir cet engouement, même à l’intérieur du pays. J’ai relevé que mon lectorat était jeune composé, notamment, d’étudiants. Les gens qui me lisent connaissent mon style, le lecteur algérien est un lecteur courageux. Quand il a confiance en un écrivain ou un texte, il l’adopte, sans tabous. Le tabou est plus présent dans la tête de l’écrivain, que dans celle d’un lecteur, qui se donne la peine de lire un livre.

Traiter de la sexualité rapproche-t-il de «l’éducation sentimentale» ?

A mon sens, un écrivain n’a pas  uniquement la fonction d’écrire un beau texte, car au-delà de la littérature, il a un rôle sociologique à jouer, notamment dans la construction du lecteur. Du moins le lecteur qui aime critiquer, casser, se regarder dans le mémoire, et qui n’a pas peur de lui-même. C’est une littérature de l’éducation et de la pédagogie enveloppée dans le beau.  

Certains soutiennent que vos romans sont «pornographiques»…

Ceux qui le prétendent n’ont jamais lu Amin Zaoui. Bien sûr, les moralistes et les conservateurs n’aiment pas mes livres. Je n’écris pas pour eux mais pour la modernité et pour un lecteur qui se veut libre. Je crois que la littérature est la sœur jumelle de la liberté. Les auteurs qui ont des commissariats ou des mosquées dans leurs têtes, ne peuvent produire un texte libre où le lecteur se retrouve.

Une liberté qu’on retrouve dans le couple du Dernier juif de Tamentit ?

Le couple Barkahoum et Abraham est libre. C’est le modèle type du couple algérien. Qui ne rêverait pas d’avoir une petite amie comme Barkahoum ? Même chose pour Abraham, c’est une fusion charnelle, sentimentale. Ils parlent de la philosophie, de la mort, d’histoire et de culture, en même temps le corps est là.

Il y a une relation très intrigante dans votre roman, celle de Lala Zhour et de Barkhaoum. Vous démontrez clairement que l’esclavage est une réalité historique.

A travers ce rapport choquant et déchirant entre les deux personnages, j’ai voulu souligner que nous n’en avions pas fini avec ces traditions dans le monde arabo-musulman. Pour exemple, en Mauritanie, au Yémen, ou en Arabie Saoudite, pour ne citer qu’eux, l’esclavagisme est une réalité. Ce qui se passe en Égypte, autour de l’excision est également une forme abjecte de l’esclavage. Le corps est mutilé, donc prisonnier et privé de son humanité. L’histoire de ses deux femmes, est d’alerter le public sur cette plaie que nous traînons depuis des siècles. La liberté de la femme passe avant tout par la liberté de son corps, de son esprit, de ses actions, de son indépendance économique.

Les derniers événements à Benghazi illustrent-ils ce rejet ?

Bien sûr. Si nous avions produit nos propres films sur le Prophète de l’islam, sur la civilisation musulmane, l’autre ne rejetterait pas autant ce que nous sommes. On ne parle jamais de la vie du prophète Mohamed, ni de ses relations avec son entourage, ses voisins, etc. La religion est devenue un tabou, ne pas connaître sa propre culture et renier celle de l’autre, est un danger.

Vous parlez de «guerres cruelles» et des moyens d’y faire face. Est-ce réalisable dans une époque où les conflits interreligieux sont récurrents ?

Les guerres religieuses ont détruit l’humanisme, l’amitié entre les peuples et les cultures. Elles ont freiné l’évolution de l’humanité. Dans Le dernier juif de Tamentit, j’ai essayé de condamner ces guerres, tout en soulignant que seuls peuvent répondre à ces guerres la musique, le savoir et l’amour. Le dialogue se fait en partageant ces principes. Les guerres entre religions encouragent la culture de la haine. Le 11 Septembre symbolise très bien ce phénomène. Les religions n’existent pas pour faire la guerre mais pour transmettre un message d’amour.

Faten Hayed

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