1 juin 2022

Un Numide en Amérique du Nord - 364 -

L’Algérie en ce début de décennie 2020 

 La politique extérieure d’un pays est le reflet de sa politique intérieure

On dit souvent que la politique étrangère d’un pays est le reflet de sa politique intérieure. Toutefois, il semblerait que l’Algérie est en voie de démontrer que ce n’est pas toujours le cas. En effet, autant le corps diplomatique et son chef M. Lamamra, sont parmi les plus performants des diplomates algériens depuis au moins quatre décennies, autant la politique intérieure patine et n’excelle point du tout.

Une politique intérieure essoufflée !?

Méthodiquement et efficacement, la diplomatie Algérienne va de l’avant en remportant succès après succès. La politique intérieure quant à elle, malgré les ouvertures faites par le président Tebboune est encore à la recherche d’un souffle qu’elle n’a jamais eu et par conséquent qu’elle n’a jamais entretenu.

Il est vrai que c’est presqu’unanimement que les Algériens s’accordent pour dire que depuis au moins deux ans la politique étrangère est au top des tops.  Alors se posent des questions élémentaires : Quelle est la motivation ou la cause qui fait que ces succès sont conformes et retentissants ? Est-il question du profil des hommes et des femmes qui la mènent, tant à la centrale qu’au niveau des chancelleries en dépit d’accrocs au niveau opérationnel ou est-ce un programme concocté par quelque bureau d’études stratégiques ou encore est-ce l’héritage retrouvé des diplomates de la révolution qui ont su avec des moyens dérisoires sensibiliser les pays frères et amis d’être des soutiens indéfectibles pour l’indépendance de l’Algérie ?

Deux paramètres retiennent mon attention : le premier est celui de la référence à l’héritage de la révolution de novembre 1954. Il convient de dire que le ressourcement est motivant. Les agents diplomatiques algériens en s’abreuvant au passé récent et à l’histoire des grands moments depuis la conférence de Bandoeng (1955) ont capitalisé une expérience indéniable. Le second paramètre est celui du profil des personnes qui font cette politique diplomatique. Ils sont qualifiés, expérimentés et bien éduqués. Alors, en comparant l’international au national me vient à l’esprit une interrogation basique : Pourquoi, les performances observées au niveau diplomatique ne sont pas une source d'inspiration pour les agents et autres fonctionnaires du service public en Algérie ? Trois types de réponses ont été recensées auprès de quelques personnes avisées. Le contexte ainsi que les profils des principaux concernés ne sont pas les mêmes des deux côtés ; les défis à l’international, eux aussi sont singuliers ; une troisième tranche de personnes a répondu que les interférences exogènes sur le plan diplomatique sont très limitées parce les acteurs impliqués sont directement concernés par la réussite et notamment parce qu’il y va de la stabilité du pouvoir en place.

Des problématiques et des hypothèses de travail

En reprenant dans le détail ces problématiques je me suis souvenu que dans une de mes précédentes analyses (19 janvier 2022 In AP) portant sur la nouvelle amorce pour un développement structuré du programme du gouvernement Tebboune, j’avais notamment mis de l’avant le fait qu’au cours des deux dernières décennies, l’ex-président de la République n’a pas tenu autant de réunions de son Conseil des ministres que l’actuel président depuis son investiture. Mais peut-être est-ce un effet du Hirak ?

Des dossiers sensibles aux affaires courantes, les membres du gouvernement œuvrent et agissent avec une efficacité à peine moyenne. Ils arrivent, à tout le moins, à améliorer un tant soit peu quelques procédures de gouvernance, sans de grands effets sur les individus. En fait, il n’est pas besoin de procéder aux évaluations de leurs actions, puisque des détracteurs - perfides - sont tapis, ici et là, en Europe et ailleurs pour jouer aux guetteurs qui alertent l’opinion publique sur les insuffisances, les manquements et les dérives de ceux qui pensent être encore intouchables.

Plusieurs facteurs aléatoires parmi les plus sensibles ont été recensés et mis en évidence ; ce qui a engendré des hypothèses de travail audacieuses afin d’améliorer le fonctionnement, non seulement des institutions de l’État, mais aussi de toutes les autres organisations du système gouvernemental. Cependant, les opérations en lien avec le public ne suivent pas et les résultats ne sont pas encore probants.

La bureaucratie et la justice

À chaque période exigeant des ajustement les gestionnaires sont confrontés à quatre handicaps significatifs : Le premier est celui de leurs compétences loin d’être en adéquation avec les exigences des postes qu’ils occupent. Cela bloque la machine administrative au point de générer le second handicap c’est-à-dire une bureaucratie prégnante ; le troisième réside dans la justice et l’équité sociale et le quatrième est celui de la communication institutionnelle.

Il est admis et, personne ne saurait le nier que des problèmes, apparemment insolubles, auxquels est confronté l’Algérien dans sa vie de tous les jours montrent l’influence abusive d’une bureaucratie elle-même devenue anachronique, sans une éthique et une déontologie appropriées. Le tout relève de l’impunité dont jouissent les agents des services publics. Les fléaux générés par cette bureaucratie tentaculaire, non seulement, provoquent des blocages institutionnels inqualifiables mais aussi une défiance de l’Algérien à l’endroit de ses dirigeants. La cause principale se situe à non point douter dans l’incompétence et dans le manque d’évaluation des performances des agents en charge de répondre aux demandes des usagers du service public. De l’autre côté, les dérives de la justice et les fractures qu’elle crée au sein de la population ne sont pas toujours expliquées par le pouvoir en place. Il faut admettre que lesdites décisions de justice qui sont prises, par exemple, pour ‘‘atteinte à l'intégrité du territoire nationalatteinte à l’unité nationale ou encore réouverture du dossier de la tragédie nationale, etc.’’, sont qualifiées de déraisonnables par le commun des mortels et le pire est que le pouvoir en place ne daigne même pas informer. C’est du mépris (hogra) dit l’Algérien. Quelques-uns soutiennent qu’il existe un groupe d’agents de justice qui œuvrent ouvertement pour procéder à des détentions abusives même si les protections constitutionnelles sont évoquées par les défenseurs.

 

Ce qui ne suit pas dans le lien avec l’Algérien c’est que les carences en matière de communication gouvernementale sont aggravantes.  Les médias lourds ont montré leur obsolescence ce qui exige une attention particulière pour les sortir de leur désuétude au moment où les technologies de l’information sont à portée de main. Malgré mon scepticisme quant à une unité d’action, une sensibilisation et un rassemblement des médias autour des projets gouvernementaux j’ai envie de laisser au coureur la chance de le démontrer.

Malgré cela, la réalité veut que tous ces problèmes ne se résolvent pas sans un grand coup de pied dans la fourmilière. L’Algérie fait face à des défis gigantesques dans bien des domaines d’activités, y compris ces attaques venant de l’extérieur qui confirment la fameuse « main de l’étranger ». L’un de ces défis majeurs reste celui de l’individu dans toutes ses dimensions et dans tout ce qu’il entreprend et, surtout, dans sa vision de l’avenir.

Les dirigeants et les postes institutionnels qu’ils occupent

Personne n’ignore que l’avenir de l’Algérien est coincé entre plusieurs projets de société : Le projet conservateur et intégriste, le projet moderne et progressiste, etc. Mais le plus important reste celui que conduit le président. (Quelles en sont les grandes lignes ? Quelles sont les voies et moyens d’atteindre les objectifs qui rassembleraient tous les Algériens … ? Personne ne sait. Sur le plan domestique et international, le président Tebboune a hérité d’une situation parmi les plus désastreuses qu’a connue l’Algérie depuis l’indépendance, néanmoins dans son plan de redressement, il n’a pas fait le bilan ou l’évaluation de ce qu’il a trouvé dans tous les domaines d’activités, celui des ressources humaines restant le plus potentiellement complexe.  

Parmi tant d’autres indicateurs, et comme souligné plus haut, ceux des personnels élus (quelques élus au passé sombre) et institutionnels, attirent l’attention. Mais, je me demande si un jour une véritable reddition des comptes sera instituée partout dans les rouages de l’État ? Je ne connais pas un seul dirigeant algérien qui depuis l’indépendance du pays a été évalué sur les résultats qu’il a obtenus en adéquation avec le plan de charge qui lui a été confié. Le seul paramètre retenu est celui de son obédience à un groupe d’hommes qui lui a fait occuper le poste ciblé. Il suffit que ce groupe soit dégommé pour que lui aussi en subisse les conséquences mais souvent sans tambour ni trompette. Durant la décennie 85/95, Il s’en est fallu de peu pour que des plans de travail imposés aux dirigeants des fameux Holding deviennent la clé du succès mais très vite le copinage, le népotisme, le régionalisme … etc. ont remis tout en question. C’est dire que tant qu’une véritable politique nationale de gestion des ressources humains n’est pas rationnellement conçue et mise en place, les performances des dirigeants ne seront jamais évaluées et les postes institutionnels seront à la merci de quelques ‘’décideurs’’ qui identifieront qui les occupera.

Récemment encore nous l’avons vu pour ce qui concerne le PDG d’Air Algérie et le Gouverneur de la Banque Centrale. Ils ont été quasiment chassés de leurs fauteuils, comme des vanupieds. ‘’Règlement de compte’’ disent certains, alors qu’ils venaient d’être nommés un peu moins d’un trimestre pour le PDG de la Cie nationale et à peine deux ans pour l’ex-gouverneur de la BA. Pourtant, ces institutions, comme d’autres, sont connues pour relever du management du Président. Si elles avaient été occupées par des personnes compétentes, cela aurait été grâce à ceux qui les ont mis sur la liste des candidats potentiels, si en revanche il s’est avéré qu’après quelques mois ils ne répondent pas aux exigences et autres critères de sélection pour une saine administration, n’était-ce pas aux maîtres recruteurs d’êtres blâmés ?

Avant de conclure cette réflexion, je me demande si la main tendue du Président vers les organisations politiques donnera des résultats ? Certainement ! Mais, seront-ils à la hauteur des attentes des Algériens ? J’en doute, parce qu’on ne peut gouverner avec une politique tournée vers le futur en faisant appel à des personnes qui font partie du passé même si elles sont jeunes. L’idée de puiser dans le passé révolutionnaire est une bonne chose, mais retenons que l’ère de l’ante-révolution de novembre est unique. Cette période exceptionnelle qui, rappelons-le a exigé l’unification des rangs des militants, de tous les militants du mouvement national et non pas des organisations politiques. Voilà pourquoi je ne crois pas que les partis politiques qui ont répondu à l’appel du Président soient en mesure de participer sereinement à la réalisation de son programme.

Pour terminer, les objectifs économiques doivent inciter les autorités algériennes à gérer de façon intelligente et prospective l'embellie financière générée par la hausse des prix pétroliers et gaziers, et en faire le vrai levier du redressement économique du pays. L’état doit à tout prix éviter de céder à la tentation du traitement social de l’économie comme ce fut le cas durant les deux décennies précédentes avec toutes les dérives et tous les effets pervers que l’on a connus.

Ferid Racim Chikhi

Analyste senior chez German

28 avr. 2022

Un Numide en Amérique du Nord - 363 -

SOCIÉTÉ

Le contre-courant de l’islamisme, c’est de militer en faveur de la laïcité

 Mahfoudh Messaoudène *

Publié le 19 avril 2022 Par ADN MED

Dans un essai intitulé : Fenêtre sur l’islam, Ses musulmans,

Ses islamistes, Ferid Racim Chikhi*, nous livre un travail de recherche et de réflexion large et audacieux. Des explications et des points de vue en réponse à des questionnements complexes concernant la religion musulmane. De l’Orient vers l’Occident en passant par l’Afrique du Nord, l’idéologie islamiste se propage, au fil des quarante dernières années, d’une façon aussi inquiétante que déroutante.

Laïcité et Citoyenneté

Afin de mieux éclairer un phénomène déstabilisant, souvent ambigu et mal compris, l’auteur a mis la focale sur les sources et les symptômes du problème. Il a exposé des faits historiques et des éléments analytiques pour orienter le lecteur sur une problématique qui suscite inquiétudes et perturbations dans les vies individuelles et collectives. La laïcité et la citoyenneté sont parmi les sujets essentiels qu’il s’est engagé à défendre dans sa société d’accueil le Québec après s’y être impliqué en Algérie pour éclairer un débat qui peine à s’installer dans la lucidité et la liberté.

Ferid Racim Chikhi a quitté l’Algérie depuis une vingtaine d’années pour s’installer au Québec avec sa famille. Il s’est mobilisé dans l’Association Québécoise des Nord-Africains pour la Laïcité (AQNAL) avec d’autres militants pour prévenir les Québécois sur le danger de l’islamisme, parcours qui a conduit à l’écriture de cet essai.

Dans le préambule, l’auteur précise que son livre est destiné particulièrement aux Québécois qu’il veut aider à faire une distinction entre les nombreuses confusions, informations erronées et autres fausses explications venant soit des médias occidentaux culpabilisés par la séquence coloniale soit des organisations internationales infiltrées par le lobbysme islamiste.

Son passage à l’Assemblée nationale du Québec d’abord à titre individuel ensuite comme représentant du Rassemblement pour la Laïcité et enfin en tant que membre d’AQNAL, où ses études sur la question des accommodements religieux ont été assumé comme un engagement citoyen. Se battre contre l’islamisme et soulever en même temps la problématique de l’appréhension de la religion musulmane dans la société est, en effet, un grand défi sociétal à la base de la construction d’une collectivité qui doit respecter, intégrer et se protéger. Par ses interventions lucides et sans complaisance, l’auteur a interpellé les élus sur les risques d’un amalgame qui a toujours joué en faveur d’activistes qui instrumentalisent les accommodements raisonnables à savoir les islamistes et les candidats au parlement qui se cherchent des votes d’obédience communautaire. Position délicate car il faut faire avancer le débat en dénonçant les intentions de ceux qui cultivent les conduites victimaires, en cassant les tabous négateurs d’échanges adultes et loyaux et, dans le même élan, en luttant contre la stigmatisation et en faisant la distinction entre l’islam et l’islamisme.

Cet ouvrage est un pare feu

Cet essai est sans doute un cas d’école nécessitant une attention particulière. C’est un dictionnaire de bonne vulgarisation qui donne des définitions et explications de concepts galvaudés par les polémiques à travers une approche sociologique, philosophique, historique mais aussi religieuse pour chacune des thématiques et des points nodaux qui structurent et irriguent l’islam politique. En fait, cet ouvrage est un pare feu qui aide à soumettre au champ des débats libres les insinuations et autres pollutions par lesquels les courants religieux imposent des opinions en dehors de la bataille des idées sans laquelle aucun libre arbitre ne peut être construit en connaissance de cause.

La narration restitue quelques repères essentiels à la saine compréhension des processus constitutifs des diverses tendances qui s’emploient à répandre leur doxa dans le monde. Le wahhabisme, le salafisme et le khomeynisme sont trois doctrines apparues au milieu du XXième siècle et qui se disputent aujourd’hui les sociétés transformées en champ de bataille.

L’auteur relate comment, avec les années, ces trois courants extrémistes ont radicalement bouleversé les sociétés dans les États du sud avant d’atteindre des pans entiers des pays du nord pour des considérations, à la fois, politiques, économiques et géostratégiques mais dont, au fond, la finalité est de prendre revanche sur une histoire du monde à laquelle le radicalisme islamiste estime devoir infliger sa suprématie.

Ferid Racim Chikhi qui analyse les dégâts provoqués par l’islamisme dans les pays d’origine explique qu’en empêchant les sociétés de progresser vers la voie démocratique, on creuse des écarts entre les communautés migrantes et la société d’accueil comme on peut le voir au Québec.

On comprend alors qu’en étouffant la démocratie dans les terres d’islam, le fondamentalisme investit objectivement dans une stratégie qui aliène les sujets chez eux et les conditionnent à porter le fer contre le monde des Infidèles le jour où les circonstances les y conduiront. 

« Les prophètes ont été les premiers à s’indigner et les premiers à désobéir aux ordres établis ».

Ne voulant pas s’extérioriser du champ d’études, Ferid Chikhi qui s’immerge dans l’humus théologique, rappelle : « Les prophètes ont été les premiers à s’indigner et les premiers à désobéir aux ordres établis ». Cette citation a une vocation évidente : désarmer les propagandes islamistes qui accusent d’’islamophobie tous ceux qui critiquent la religion. Au Québec, plus qu’ailleurs, cette ruse qui relève d’une forme de terrorisme intellectuel a mis les politiciens et une partie non négligeable de l’opinion dans une position de prudence, ce qui amène à éviter toute critique de l’islam et sa pratique alors que les autres cultes sont soumis au tamis de la raison. Cet interdit créé un climat dont l’impact est immédiat : l’islamisation, qui ne peut faire l’objet d’aucune remarque, est un sujet tabou, ce qui mécaniquement en facilite la propagation.

L’islamisme n’est pas une tumeur bénigne

L’ouvrage remonte la stratégie islamiste en en situant les origines de façon pragmatique. Le rappel de la citation de Youssef El-Qardaoui, le prédicateur égyptien installé au Qatar, pose les enjeux : « Avec vos lois démocratiques (civiles), nous vous coloniserons. Avec nos lois islamiques (coraniques), nous vous dominerons ». L’islamisme n’est pas une tumeur bénigne alerte l’auteur. En se positionnant comme connaisseur de l’islam et victime de l’islamisme, il met en évidence une singularité tirée d’un vécu qui a laissé des stigmates toujours visibles sur la société algérienne dont il est originaire.

Les méthodes utilisées par les islamistes en occident sont identifiées en tant que déclinaisons de préceptes édictés par les tuteurs comme Al Qrardaoui. : « Cependant, la stratégie des islamistes, l’instrumentalisation de leurs femmes y compris, sait utiliser les insuffisances des législations et les lacunes des institutions ainsi qu’une certaine naïveté des agents de l’État et des employés du secteur parapublic », écrit Chikhi.

La femme voilée est devenue un objet de lutte, de polémique et de convoitise. Un atout majeur qu’on exhibe afin de mettre sur la défensive la société occidentale et ses dirigeants, tactique qui ouvre la voie à d’autres exigences communautaires.

Autre fait relevé dans l’essai et qui est en train de faire son apparition également au Québec : la relation contre nature des islamistes avec la gauche qui en devient un précieux relais politique et médiatique. En perte de vitesse dans un monde dont elle n’a pas anticipé les évolutions, la gauche québécoise tente de reconstituer une base sociale et électorale autour du fondamentalisme.

L’auteur qui a longtemps suivi les méandres institutionnels de son pays d’accueil dévoile une inclination autrement plus inquiétante puisque la dérive ne concerne plus un courant politique mais des institutions. Ferid Racim Chikhi signale une tentation qui gagne de plus en plus de terrain : des communautés étrangères auxquelles est proposée une intégration fondée sur la religion plutôt que la citoyenneté.

Des références à ne pas négliger

L’avertissement à un Québec dont la tolérance vire quelques fois au laxisme est clair : l’islam politique aura de beaux jours devant lui si on continue à le nier en tant que menace majeure pour l’ordre démocratique ou si l’on perpétue le déni en réduisant les dérives de ses promoteurs à des incartades folkloriques.

Ferid Chikhi parle au migrant comme au Québécois. Il rappelle les leçons d’autres acteurs tout en les liant pour leur donner le continuum nécessaire à la perception d’un péril qui se répand dans le temps et l’espace avec méthode et minutie.

En citant deux érudits de réputation mondiale Soheib Bencheikh qui été la cible des islamistes et Mohamed Arkoun, l’Algérien qui a été chassé par l’Égyptien El-Kardaoui d’une conférence sur l’islam organisée à Alger en 1980, il en appelle à la mémoire pour nourrir l’espoir. Et d’autres esprits comme Ghaleb Bencheikh, Malek Chebel et Naïma Dib qui ont porté la parole de vérité sont également invoqués pour que leurs pensées soient additionnées comme des pierres qui construisent la maison de la raison. Un travail long qu’il faut entreprendre avec solidarité et patience car il s’agit de faire naitre la citoyenneté dans un espace musulman livré à la rancœur, au populisme et à la démagogie.

Ferid Racim Chikhi qui assume son engagement nous délivre un message : évitons d’être naïfs ou polémistes ; soyons clairs car on n’a pas trouvé mieux que la laïcité pour protéger l’homme des dégâts de la confiscation du culte.

*Mahfoudh Messaoudene, journaliste.

https://www.adn-med.com/2022/04/19/le-contre-courant-de-lislamisme-cest-de-militer-en-faveur-de-la-laicite/

 

*Ferid Racim Chikhi est analyste senior, Groupe d’études et de réflexions Méditerranée Amérique du Nord (GERMAN).

Fenêtres Sur l’islam Ses musulmans Ses Islamistes

Édité à compte d’auteur chez Bouquinbec

https://boutique.bouquinbec.ca/fenetres-sur-l-islam-ses-musulmans-ses-islamistes.html

269 pages = 29$Can

 

 

Entrevue avec l’auteur.

1.      Cela fait vingt ans que vous êtes installé au Québec avec votre famille. Qu’est-ce qui vous amené à rejoindre AQNAL ?

Depuis que j’ai quitté l’Algérie, via l’Allemagne, j’avais pris la résolution de me tenir éloigné de la militance et du monde politique. Mais, comme on dit : Tu chasses le naturel il revient au Galop. En fait, l’association québécoise des Nord-africains pour la laïcité a été créée spontanément en 2012, en raison du vide face aux islamistes qui, dès 2008, se sont manifestés pour parler au nom de tous les musulmans du Québec. Ça m’a irrité au point que je suis revenu sur le terrain de la militance pour œuvrer en faveur de la laïcité.

 

En 2011, je suis intervenu, comme simple citoyen, à la commission des institutions de l’Assemblée nationale pour attirer l’attention des élus sur le phénomène islamiste qui germait dans la province et notamment à Montréal. Mais mis à part quelques-uns, les autres se sont montrés intéressés mais restés inactifs. En 2012, le gouvernement de Mme Marois a tenté de baliser les ‘’accommodements raisonnables’’ qui allaient vite devenir ‘’déraisonnables’’ le halal, le yajouz, le haram sont devenus des concepts utilisés ici et là, notamment dans les quartiers à forte concentration de musulmans.

Des débats, des conférences, des manifestations ont été organisés et c’était avec satisfaction que j’ai constaté que ce n’étaient pas tous les Québécois qui étaient favorables aux quelques islamistes qui, aidés de certains médias, faisaient dans la provocation. Les Québécois, savent que lorsque la religion prend trop de place des pans entiers de la population y perdent leur raison. Pendant plus d’un demi-siècle ils ont déconfessionnalisé l’éducation nationale et la politique sans que la tradition judéo-chrétienne ne perde ses repères mais voici que les islamistes font parler d’eux à grands coups de publicité victimaire culpabilisant au passage les Québécois et toute la société d’accueil.

En 2012, lors d’une conférence sur la laïcité, nous étions nombreux venus d’Algérie, du Maroc, d’Égypte, de Tunisie et de France (Franco-Algériens, Franco-Marocains, Franco-Tunisiens, etc…) à avoir exprimé nos inquiétudes contre les agissements des groupes islamistes. C’est là que l’idée d’une association regroupant au départ une centaine de personnes est mise en place et avec un petit groupe nous avons évoqué l’appellation de Nord-Africains pour nous démarquer de Maghrébins avec la connotation que nous lui connaissons. Très vite nous conquîmes des espaces d’échanges pour nous exprimer et faire part de nos expériences passées à lutter contre l’intégrisme. Nous sommes vite devenus, je dirais incontournables pour tout ce qui concerne la laïcité.

2.      Avez-vous constaté des différences dans la façon d’intégration selon l’origine des citoyens issus des 3 pays d’Afrique du Nord.

Il faut juste préciser qu’au Québec, nous comptons quatre pays de l’Afrique du Nord : L’Algérie, l’Égypte, et le Maroc et la Tunisie. Les différences dans la façon de s’intégrer dépendent des individus et de leurs approches de la société d’accueil. Cela dépend aussi de leur propre communauté. Qu’ils soient Algériens, Marocains, Égyptiens ou Tunisiens ; il y a ceux qui se démarquent par leur éducation, leur instruction, leur sociabilité. Il est vrai que presque tous les Nord-Africains arrivés au Québec sont très instruits, ils ont une bonne culture, je dirais, ‘’internationale’’, d’autres diront, universelle. Ils ont étudié en français et maitrisent parfaitement l’arabe et un grand nombre maitrise aussi l’anglais. Il y a ceux qui sont venus au Canada et s’intègrent comme Canadiens ; il y a ceux qui sont venus au Québec, tout en étant citoyens Canadiens et préfèrent vivre en français. Cependant, ceux qui se sont regroupés dans ce qui est qualifié de Petit Maghreb, il est évident que le poids de leurs pays d’origine est prégnant. Ils vivent ‘’l’incertitude dans la certitude communautariste’’. Il faut juste savoir que presque tous les Nord-Africains ont l’esprit entrepreneurial ; s’ils ne sont pas employés dans les entreprises québécoises et canadiennes, s’ils ne sont pas dans l’enseignement ou la santé, ils ont créé leurs commerces et leurs entreprises et ils en vivent bien. Toutefois, ils ne partagent pas toutes les valeurs québécoises. À mon humble avis cela relève de la crainte de perdre les leurs. 

3.      Depuis quand avez-vous pensé ce livre ?

Au départ, vers la fin des années 2000, je ne pensais qu’à rédiger quelques articles que je publiais, ici et là, sur des journaux électroniques comme le Huffington post Québec. Par la suite en 2016, quelques-unes de mes réflexions ont été reproduites partiellement par, à titre indicatif, ‘’Le Courrier International‘’, notamment celui intitulé : Pourquoi les musulmans ne parlent pas ?

https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-canada-les-musulmans-sont-emmures-dans-le-silence

Cet article a par la suite, été repris intégralement dans un livre collectif

https://boutique.courrierinternational.com/la-boutique/livre-l-islam-en-debat.html

C’est en 2017, que l’idée de me lancer dans l’écriture de cet essai a émergé et s’est très vite concrétisée.

4.      En avez-vous des échos si oui quels en est la nature.

Absolument, au Québec, plusieurs de ceux qui l’ont lu m’ont fait part, par écrit, de leur satisfaction et presque tous m’ont dit ce qu’ils avaient appris comme différence entre Islam et Islamisme ou sur les pratiques des différents rites qui font la diversité au sein de l’Islam, les pratiques sociales de l’Islam de l’Asie et celui de l’Afrique du Nord.

5.      Avez-vous noté une volonté de transmettre une mémoire des pays d’origine des parents vers les enfants ? Y a-t-il d’autres référents que le religieux dans cette mémoire ?

Lorsqu’il s’agit d’un écrit qui devient public, il y a forcément une histoire, une mémoire, un pan du patrimoine qui sont transférés à ceux qui lisent. Mais, il faut reconnaitre que contrairement aux Québécois, aux Canadiens, aux Nord-Américains et même aux Européens pour qui le livre fait partie des instruments de transfert du savoir et de la connaissance, les lecteurs Nord-Africains restent dans l’oralité. Quelques lecteurs algériens qui l’ont lu m’ont fait part de leurs impressions très positives mêmes s’ils en connaissent des pans entiers. Ils ont eu plaisir à lire quelques-unes de mes réflexions, surtout le chapitre sur Karn Arba’tache.

Et pour la seconde partie de votre question, il y a bien entendu d’autres référents que le religieux dans cette mémoire. Prenez note que pour la transmission de l’histoire et du patrimoine algérien, des parents vers les enfants, nous avons avec un groupe de compatriotes qui créé un Écomusée de l’Algérie. Il prend petit à petit forme. Nous le destinons d’abord à la communauté algérienne du Québec et bien entendu aux Québécois. Mais, il n’est pas exclu qu’une extension soit envisagée avec nos frères Tunisiens et Marocains, notamment en raison du partage civilisationnel de Tamazgha.

Merci pour cet échange.

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