9 juin 2024

Un Numide en Amérique du Nord - 379 -

 L’émotion vient avant la raison

Lorsque les auteurs écrivent ils ont auparavant longuement réfléchi.

Lorsque les auteurs écrivent ils puisent en eux le bon et le mauvais et ils l'expriment par écrit.

Lorsqu’un individu s’exprime tout dépend de sa culture d’origine. S’il vient d’une culture d’oralité souvent l’émotion précède ce qu’il dit et lorsqu’il est issu d’une culture de l’écrit souvent la raison précède l’expression de sa pensée.

Un jour un de mes prof d'arabe au lycée m'avait expliqué qu'entre l'écriture en français et celle en arabe la pensée ne suit pas les mêmes les pistes, les mêmes chemins, les mêmes voies par lesquelles elle éclot ; elle le fait en choisissant deux outils d'expression soit l'écrit soit la parole. Le cheminement le plus incertain c’est lorsque la même personne a une langue maternelle

différente de l’arabe ou le français, dans notre cas c’est Tamazight (Chaoui, Kabyle, Cheliht, Targui, Mzabi…). Ce qui se passe à ce moment précis c’est que la traduction instantanée se fait sans que le locuteur ne le sache. Le résultat c’est que ce qui est dit diffère de ce qui est perçu ou compris.

Alors, essayons de suivre ce qui est insulté et ciblé par des individus dont le niveau de connaissance et de savoir est insignifiant. Ne dit-on pas que celui qui insulte est dans l’émotion et ce n’est que plus tard qu’il l’apprend à ses dépens.

L’auteur stigmatisé par cette chaine de d’incultes qui se sentent de leur côté insulté par ses propos sont piégés dans une manipulation sordide par quelques idiots utiles qui opposent leur Kabylité obtuse à l’Algérianité des autres qu’ils qualifient d’Arabes et d’Islamistes. Or, entre ce qu’écrit cet auteur prolifique et qui a fait le tour du monde et ce qu’il dit dans un contexte déterminé et limité dans l’espace et dans le temps scruté à la loupe et sortant de l’ordinaire.

Ça me rappelle d’éminents auteurs Algériens nommés Mohammed Arkoun, Rachid Boudjedra, Tahar Ouettar que les uns aiment et que d’autres détestent mais qui restent les meilleurs fils de l’Algérie.

Ferid Racim Chikhi

08 juin 2024


4 avr. 2024

Un Numide en Amérique du Nord - 378

 Pour un Québec émancipé et indépendant !

La société des Québécois et les Sociétés d’immigrants !?

Depuis quelques mois, les discussions vont bon train pour un Québec indépendant. Elles sont par moment déconcertantes et parfois surprenantes. Pourtant, selon bien des observateurs, les auteurs de ces échanges, notamment parmi les indépendantistes tenaces et les communautés ethnoculturelles, rares sont ceux qui abordent le type d’institutions du futur Québec ; il n’est jamais question des personnes qui seront concernées par les textes législatifs ; d’aucun ne parle point de la question du syndrome Parizeau . Par ailleurs au sein du Parti Québécois il existe selon les publications accessibles au public deux co-porte-paroles issus de la diversité, alors une question de bon sens se pose : pourquoi deux et pas un ou trois ou encore un par communauté ? Et, pourquoi un porte-parole de la diversité ? Ci-après, une opinion succincte et des questionnements pour un Québec intégrateur et pluriethnique et un projet de société. Quelques pistes de réflexion aideraient à aborder les différentes questions.

Déconcertant et surprenant

Lorsque le 4 septembre 2012, La Première du Québec a été ciblée par un attentat politique terroriste au Métropolis, la tendance était à la banalisation du crime et à la censure de l’information afin que cela ne fasse pas tache d’huile et cela se passait au Canada, plus précisément au Québec. Ce silence imposé pourrait avoir encouragé l’auteur de la menace qui a visée Paul St Pierre Plamondon, élu à l’Assemblée nationale du Québec et chef du parti Québécois. Cependant, signe des temps, plus personne n’en parle!

Comme tout le monde, souvent interpelé par les attentats terroristes il m’arrive de réfléchir et d’analyser apostériori ces évènements. Je sais que des attentats arrivent tous les jours aux USA et ailleurs dans des pays ciblés par les manipulateurs de l’ombre, mais jamais en cette terre d’accueil de milliers d’immigrants constitués de résidents permanents, de réfugiés et de demandeurs d’asile ayant fui leurs pays d’origine traversés par des coups d’État, des guerres, les corruptions multiformes, etc... Quand je chemine le long de mes examens de conscience et que j’estime être en désaccord avec une personne donnée c’est dans un cadre de références bien structurées que nous mettons à plat nos divergences avec un objectif, celui de trouver des axes de convergences.

Durant mes réflexions j’imagine que la menace pour dissuader une personne de ne plus s’exprimer n’existe pas au Québec, un pays démocratique avec un État de droit et les libertés consacrées, malgré quelques insuffisances, par la charte des droits et des libertés... Il est vrai que parmi nous il en existe qui savent qu’une charte des droits et des libertés avec une constitution qui n’a pas été signée par les élus du peuple Québécois n’est pas en adéquation avec les aspirations du peuple, même si elle reste la loi. 

Parfois, je me demande ce que vaudraient cette charte et les autres textes de lois que le Fédéral peut remettre en question par ses juges et des textes d’applications qui changent au gré du temps et des gouvernements successifs depuis les années ‘’80’’, si cela se passait dans notre pays devenu indépendant ?

Quelles institutions voudrions-nous avoir ?

Et si, le citoyen Québécois, convient de son avenir en optant pour un Québec indépendant ? Le droit lui appartiendrait aussi d’opter pour une fédération comme les autres pays d’Amérique du Nord ou pour une République pour se différencier des deux autres voisins continentaux. 

Dans sa plateforme de projet national le Parti Québécois évoque une seule fois l’option républicaine. Il n’est nulle part question du projet de société qui la sous-tend. Il n’y a aucune mention du découpage territorial et de l’organisation institutionnelle d’un Québec indépendant. À mon avis ce projet ne saurait être le point d’initiation d’un projet de société qui convient aux ambitions des Québécois et à celles de ses communautés aussi diversifiées qu’elles le sont en ce moment. Il y a certes les grandes lignes de ce qui sera fait en matière de langue, d’éducation, d’écologie, etc. … mais les grands axes d’un vrai projet de société sont absents comme le sont les textes fondateurs du Québec indépendant. Je tiens à souligner que les autres organisations qui se qualifient d’indépendantistes ne font pas mieux.

Qui sont concernés par ces textes

En ce qui concerne la future citoyenneté, dont personne ne parle, malgré une entité en charge au Parti Québécois, tous les textes conçus et publiés n’évoquent que très peu les immigrants. Parfois, il est question de ceux qui sont au Québec depuis plusieurs décennies mais ce sont surtout ceux venus d’Europe dont il est question. Presque jamais ceux qui viennent d’Afrique, d‘Asie, des Caraïbes, du Moyen Orient ou d’Afrique du Nord. Les textes et la documentation politiques s’adressent tous aux Québécois de souche…

Le Syndrome Parizeau 

De ma culture d’origine, j’ai appris à ne jamais évoquer ceux qui sont partis. Mais leurs idées, bonnes ou mauvaises, leurs pensées, leur appartenance et leur posture politique peuvent faire l’objet d’avis, de commentaires, de discussions et des éclaircissements afin d’éviter les interprétations souvent tendancieuses. 

À titre indicatif, j’ai vu, par exemple, le Bloc Québécois (je sais ce n’est pas le PQ) réunir des nouveaux arrivants de quelques communautés ethniques, j’ai applaudi. Toutefois, parmi ces personnes présentes quelques-unes m’ont dit, explicitement : c’est toujours la même chose, ils réunissent quelques personnes. Ça dure quelques minutes et ils en font une tartine… ce sont des images qui frappent mais elles sont vites oubliées. 

C’est là, que le fameux énoncé de Parizeau intervient. Il a dit vrai en ciblant ‘’… des communautés …’’. Or, les communautés en 1995 ne sont pas celles de 2020 ; à cette époque, elles étaient presque toutes d’origine européenne et venaient parfois des États-Unis, exception faite des boat people Vietnamiens ou ceux venus du Chili. mais dans l'esprit de tous ce sont toutes les communautés d’immigrants y compris celles arrivées depuis les années ‘’00’’ qui étaient concernées et les adversaires jouent sur la nuance.  C'est pour cela que je parle du Syndrome Parizeau. Aujourd'hui presque tous les immigrants pensent que le PQ ne veut pas d’eux, entre autres à cause de cette tirade et la manière dont elle avait été traitée  par les adversaires et certains influenceurs, y compris au sein du PQ. À cela vient s’ajouter la période des accommodements raisonnables qui a mis de l’avant les partisans et a cacher les pourfendeurs de l’ombre. Alors, je me suis demandé, depuis sa désignation à la chefferie du Parti Québécois, Paul Saint Pierre Plamondon, a-t-il une seule fois accueilli des nouveaux arrivants ? A-t-il une seule fois réuni des immigrants, même choisis pour échanger avec eux ?

Dans les faits, si hier le Parti Québécois s’est concerté avec quelques communautés, l’a-t-il fait depuis la dernière décennie ? De nos jours il y a quelques groupes avec lesquels des membres s’affichent mais ce n'est pas généralisé et mis à part quelques personnes qui apparaissent plus comme des ''alibis'', elles sont ainsi perçues de l'extérieur de l’organisation alors que la diversité est représentée par deux Co-porte-paroles très loin des autres.

Et pourquoi deux porte-paroles issus de la diversité au PQ ?

Comme au Parti Québécois (il existe les Québécois et les autres, les immigrants), il existe aussi pour la diversité deux Co-porte-paroles. A Montréal, je croise tous les jours le chemin de deux sociétés éloignées l’une de l’autre : La société Québécoise et la Société des immigrants. En raison du multiculturalisme qui non seulement ostracise ces derniers mais les éloigne de la société d’accueil et sépare les communautés les unes des autres. Le pire c’est lorsque des bien-pensants, individus et partisans, évoquent l’inclusion, ignorant que l’étymologie du concept est latine - inclusio (enfermement) - s’agissant de compromission, d’emprisonnement, de réclusion … et le pire, c’est que tous ceux qui s’occupent de la diversité sont des immigrants, à qui aucune chance n’est donnée pour s’impliquer autrement.

Pour un Québec intégrateur et pluriethnique :

Pour ma part, c’est dans la perspective d’une intégration intensive que :

J’applaudirais si une Déclaration ayant pour Objectifs l’Indépendance du Québec et pour disposition la concrétisation d’une République Sociale-Démocrate venait à être conçue et vulgarisée;

 J’applaudirais le jour où je verrai un Projet de Société regroupant tous les grands agrégats d’un rassemblement des Québécois de quelques origines que ce soit;

J’applaudirais le jour où je verrai une véritable définition de ce que sera le citoyen Québécois dans une république Québécoise.

J’applaudirais le jour où je verrai la mise en œuvre d’un Plan de Communication s’adressant à toute la population (comprenant celle qui est d’une autre obédience politique, etc…).

Projet de société du Québec 

En fait la question à laquelle nous revenons systématiquement est la suivante : Veut-on faire du Québec une fédération ou veut-on en faire une république ? Une république de citoyens qui parle plus aux immigrants ou une fédération de sujets qui les laissera de pierre. Pourquoi une république et pas une fédération ? Parce que pour motiver, sensibiliser et mobiliser les immigrants à faire partie du projet de société à venir, les concepts politiques doivent leur parler. Les mots ont leur importance disent les anthropologues, les linguistes, les sociologues, etc… Alors, tant que le parti Québécois, tant que ses membres, tant que les indépendantistes n’ajustent pas leur langage pour parler aux immigrants … j’imagine l’éloignement de ces derniers du projet indépendantiste.

Le Québec que j'ai en tête

En fait, un Québec moderne devrait être édifier autour de quelques paramètres qui ne sauraient occulter les suivants : ainsi le Québec que j’ai en tête

1. C’est celui des héritiers des révolutionnaires tranquilles qui ont tracé le chemin vers l’indépendance, malgré une adversité significative et persistante depuis plus d’un demi-siècle;

2. C’est celui des agriculteurs qui produisent de quoi alimenter non seulement les Québécois mais aussi une partie de l'Amérique du Nord;

3.C’est celui des bâtisseurs qui ont édifié l’industrie et le commerce du Québec moderne;

4. C’est celui des chercheurs des universités et des intellectuels qui accompagnent le citoyen dans sa quête d’un bien être toujours renouvelé; 

5. C’est celui des femmes qui ont rejoint le monde du travail et qui ont transformé une société religieuse en une autre moderne, de développement et de progrès...!

6.C’est celui de ces enfants de deuxième, troisième, quatrième générations et leurs héritiers intégrés à une société ouverte pour faire une place à tous.

Le Parti Québécois doit sortir de sa bulle

Mon questionnement vient de ce que j'entends et vois sur le terrain avec les communautés ethniques et je n'en reviens pas de l'éloignement du Parti Québécois de ces ‘’sociétés immigrantes’’. Je dis bien sociétés immigrantes parce qu’elles sont coupées de la société d'accueil. À mon avis le Parti Québécois pourrait créer l'évènement à condition qu'il se départisse du syndrome de Jacques Parizeau, qu’il sorte de sa bulle et qu'il initie une véritable politique d'intégration des immigrants. Il doit changer la donne pour que les immigrants se rapprochent de lui et éviter que même s'ils sont indépendantistes dans l'âme beaucoup d’entre eux se soient éloignés de lui.

Ferid Racim Chikhi


9 mars 2024

Un Numide en Amérique du Nord - 377

Le Revenant : la société kabyle du temps des Ottomans et des Espagnols

village Kabylie
Un village de Kabylie. D. R.

Par Ferid Racim Chikhi – Le 27 janvier dernier, Mahfoudh Messaoudene a présenté son ouvrage Le Revenant, un roman qui, dès les premières pages, vous tient en haleine. La quarantaine de personnes présentes ont bien communié avec l’auteur mais il faut reconnaître que la salle était trop exiguë pour une telle présentation. L’animation de la rencontre s’est déroulée sous la direction du philosophe Ali Kaidi.

Yidhir, à la quête de son héritage et de son foyer…

Le Revenant, c’est l’histoire d’Yidhir, un homme ayant vécu en Kabylie au XVIe siècle et qui s’en est allé faire la guerre pour le compte des Ottomans contre les Espagnols afin de libérer Bougie. Il vient de Tighilt, un village de montagne comme on en trouve en Kabylie.

C’est une histoire imaginée se déroulant à une époque bien réelle avec des périodes se situant au milieu du XVIe siècle et mettant aux prises les Turcs, les Espagnols et les Algériens (Kabyles, Algérois, etc.).

C’est une introspection d’une partie de la société kabyle, encadrée par des coutumes, des références aux anciens, des traditions et, par conséquent, souvent ancestrales mais fortement imprégnées de nouveautés religieuses (des dogmes, des règles associés aux usages et aux rituels …) vite dépassées parce que des situations nouvelles surviennent avec le temps et les changements que connaît le monde et que la Kabylie ne peut éviter.

Ce qui est prenant dans ce roman, ce sont les dépassements des uns et des autres, soit en raison de traditions codifiant la vie de tous les jours, soit parce que le patriarcat est prégnant. Le cas de l’héritage qui a été résolu dans bien des situations par l’indivision pour ne pas déshériter la femme fait que dans d’autres conjonctures et d’autres lieux, une coutume qui s’impose au détriment du bien-être et sans tenir compte de l’apport de l’homme et de la femme à un moment ou à un autre de leur vie a des répercussions qui vont au-delà des sentiments. En tout état de cause, l’avis de la femme, sa place dans la société kabyle sont souvent ignorés parce que les habitudes et les pratiques coutumières, celles de la famille ou celles du village sont plus fortes, ce qui donne encore plus de poids au respect de la cohésion sociétale. Mais la femme kabyle reste un pilier de la société dans son ensemble et le fondement gardien des valeurs pour les générations futures.

Le profil comportemental du Kabyle et consensus sociétal

Dans ce roman, Mahfoudh Messaoudene fait le portrait du Kabyle, en surlignant ses défauts et ses qualités, ses caractéristiques et ses valeurs dessinées par la communauté et le patriarcat. Dans cette grande communauté comme bien d’autres ailleurs en Algérie, la majorité n’est pas la référence. Ce qui est la référence, c’est le consensus. Il en est de même pour les valeurs, le respect, notamment, des conventions prime, qu’elles soient traditionnelles ou coutumières ; c’est aussi, comme ailleurs en Algérie, le respect de l’aîné et des autres patriarches au sein de la famille, envers les aînés et, bien entendu, celui qui est dû à la femme mais dans un cadre de références bien ficelé. Deux autres valeurs encadrent les faits du jour, celle du partage et de la solidarité au sein de la famille de la communauté du village et de l’environnement en général, toujours sous le leadership des patriarches

Chacun fait preuve d’engagement envers les siens, les proches, le voisinage… même lorsque la personne ne va pas dans le sens des conventions. Son avis est respecté, on ne dit pas de mal de lui et on le laisse faire mais, de l’autre côté, la recherche du consensus est essentielle pour le laisser ou, au contraire, le rejeter.

Parmi les qualités citées par l’auteur, on rencontre le courage, la détermination, l’engagement, la fierté, la passion, la résistance et, surtout, la solidarité. En communauté, nous dit Mahfoudh, le Kabyle est égocentrique, tout est en lui.

Le sens de l’observation chez le Kabyle

Il en fait de même avec ce monde qui entoure les protagonistes du «revenant». Avec pertinence et sans détours, il nous brosse les péripéties de Yidhir et, avec un sens de l’observation vitale, il attire notre attention sur une Espagne où la religion catholique vit ses moments de grande inquisition, faisant du XVIe siècle une époque où la bestialité religieuse chrétienne est innommable, où l’individu, s’il ne se plie pas aux nouvelles mœurs, est méprisé et mis à mort. C’est aussi une époque où revient la foi en s’imprégnant d’amour et de compassion (voir la partie portant sur l’échange des prisonniers).

Ainsi, la grande communauté kabyle est un ensemble de regroupement de personnes unies par les liens du sang et l’environnement où elle s’installe ; elle est décrite avec des mots simples que le commun des mortels peut comprendre mais qui attachera encore plus le lecteur de ce roman pour le terminer d’une traite.

L’apparition de l’islam en Kabylie

Malgré une recherche documentaire très serrée, Mahfoudh Messaoudene, peut-être sans le vouloir, puise dans l’oralité traditionnelle et c’est – ce n’est qu’une hypothèse – pour cela que son roman laisse parfois des zones d’ombre sur des faits d’histoire, des épisodes descriptifs fort intéressants à plusieurs endroits. Par exemple, selon des érudits des Chorafa et des marabouts, l’islam avait, malgré une forte résistance des Kabyles des plaines, pénétré la haute Kabylie par les dou’âa des marabouts et des Soufis de la confrérie Errahamania et ceux venus du Rio de Oro, cela a fortement influencé l’islamisation de la région sans effusion de sang et en octroyant le maintien de ce que la Kahina avait demandé à ses enfants avant sa mise à mort : «Préserver l’identité et la culture de la nation», tout un programme idéologique.

L’islam, à cette période, était fortement influencé par les marabouts ainsi que par les zaouïas. Toutefois, cette influence n’est pas perceptible dans ce roman alors que des tribus entières occupaient l’espace montagneux du Djurdjura. C’est le cas des Aït Betroun, constitués des Aït Yenni, des Aït Ouacif, des Aït Boudrar, des Aït Bou Akkach et des Aït Menguellet, constitués des Aït Menguellet proprement dits, des Akbil, des Aït Attaf, des Aït Bou Youcef, des Aït Messaoud. Ces tribus ont toujours eu une grande influence sur les autres tribus de la région. Il y avait d’autres familles plus puissantes que les At El Kadi mais elles sont à peine effleurées (les Ath Abbes, les Ath Frawcen, les Ath Menguelat…).

Enfin, il faut souligner le fait que, mis à part quelques remarques qui pourraient paraître inappropriées et au-delà de quelques imperfections, c’est un ouvrage à la fois anthropologique, historique, psychologique et sociologique, à lire et à faire lire. 

F. R. C.

Mahfoudh Messaoudene est ingénieur en génie civil, installé au Québec depuis 2003.

Le Revenant, de Mahfoudh Messaoudene, éd. : L’Harmattan 2023 – Lettres Berbères

https://www.algeriepatriotique.com/2024/03/06/le-revenant-la-societe-kabyle-du-temps-des-ottomans-et-des-espagnols/#comments


10 févr. 2024

Un Numide en Amérique du Nord - 376 -

 Histoire et mémoire : sortir de l’émotionnel pour aller vers le raisonnable

L’Algérien est-il condamné à apprendre son histoire seulement au travers de ce qu’écrivent les érudits des pays ennemis d’hier et adversaires d’aujourd’hui, alors que les règles et les normes de l’oralité, qu’il connaît depuis des millénaires, ont complètement été modifiées et réorganisées pour satisfaire les contrefacteurs du moment ? L’écriture de l’histoire est un acte patriotique qui se suffit à lui-même. Malheureusement, beaucoup d’historiens se sont érigés en experts.

Depuis quelques années, l’on assiste, incrédules et embarrassés, à des tentatives d’écriture de l’histoire de l’Algérie sans que l’avis de l’Algérien ne soit entendu et encore moins pris en considération. Même si quelques rencontres ont été organisées pour en parler, des séminaires ont été aménagés par suite de commandes décrétées et ordonnées, le tout s’est soldé par des dommages plus que par des avantages. Ce qui est singulier, c’est que l’écriture de cette histoire ne semble concerner que celle de la Révolution de Novembre 1954, et tout au plus quelques péripéties du Mouvement national, qui vont dans le sens des tendances d’une caste, donc sans aucun lien ni intérêt pour les périodes qui les ont précédées. Alors, demandons-nous, en quoi cela peut être utile ? Est-ce cohérent, pertinent, raisonnable ?

Pourquoi vouloir écrire et enregistrer des événements, des épisodes, des faits d’une période donnée tout en ignorant ceux du passé ? L’acte de résistance de l’Algérien face aux conquérants, aux envahisseurs et autres infiltrés date de la nuit des temps. C’est dire que si l’on sort un tant soit peu de l’émotionnel et que l’on fasse appel à la raison, les données et leur analyse seront certainement plus appréciables.

Sortir de l’émotionnel, c’est enregistrer les témoignages des acteurs ayant vécu de près ou de loin les différents actes, événements et épisodes d’un moment dont plusieurs parleront de leur vivant. C’est noter la mémoire vive pour en faire un libellé utile pour les générations futures. C’est aussi le premier niveau du raisonnement qui aide à séparer le bon grain de l’ivraie. Aux historiens de distinguer entre la mémoire perceptive, l’épisodique, la procédurale et la sémantique. Il reste que le travail de consignation des historiens ne suffit pas. Il faut y ajouter celui des sociologues, des philosophes, etc.

Les idéologies fallacieuses

L’intérêt de cette écriture est bien entendu et avant tout idéologique. Parce que parler et enregistrer les recherches sur tout ou partie de l’histoire millénaire, c’est remettre en question un discours ambiant fort dérangeant pour bien des personnes qui naviguent à vue et qui refusent de lever le couvercle du puits du savoir et de la connaissance. Elles sont convaincues que l’ignorance du peuple addict à la religiosité et au football est un facteur de cohésion. Or, elles ignorent qu’avec ou sans elles, l’histoire s’écrit d’elle-même, comme s’est écrite celles d’Athènes, de Bagdad, de Cordoue, de Damas, de Rome et de bien d’autres lieux prestigieux qui ont marqué les temps et les esprits.

Ce qui est grave, c’est que lorsque des dirigeants algériens se laissent assiéger par les codes, les conventions, les normes, les règles, les théories, et bien des usages des ennemis et autres adversaires qui ne veulent pas que l’histoire de l’Algérie soit écrite par des Algériens, ils convoquent des comités et des commissions pour faire oublier le vrai problème, celui de laisser les experts effectuer leur travail.

La méthodologie de l’ancien occupant ne convient pas

En fait, lorsqu’il est question de l’histoire, l’Occident a formé ses historiens, ses journalistes, ses sociologues, ses anthropologues et l’ensemble de ses érudits à écrire les témoignages de ceux qui ont vécu des événements, à les retranscrire et à en faire des ouvrages ou de nos jours des vidéos qui profitent à ses cultures, ses identités, ses civilisations et surtout à leurs citoyens, pour se souvenir et ne jamais oublier.

Ainsi sont officialisés par écrit des actions, des aventures, de entreprises, des événements, des faits, des incidents, des péripéties qui serviront de références aux analyses et aux commentaires des anthropologues, des historiens, des journalistes, des sociologues, pour d’autres écrits qui font par la suite l’histoire selon leurs auteurs.

Ce sont les Allemands, les Belges, les Britanniques, les Etatsuniens, les Français, les Grecs, les Italiens, les Turcs. Les Russes, etc., qui ont écrit et qui écrivent les histoires de leur pays. Pourquoi faut-il que l’histoire de l’Algérie soit écrite à deux mains : celle de l’ancien colonisateur indu occupant et celle de l’Algérien qui a libéré sa patrie ?

L’histoire et la mémoire de l’Algérie sont la propriété intellectuelle et patrimoniale des seuls Algériens, qu’ils partagent ou non avec ceux qu’ le veulent. Mais les vraies questions qui devraient nous interpeller sont l’authenticité et l’utilisation de l’instrument et le véhicule qui transmettront aux futures générations cette écriture par de vrais patriotes.

Parmi ces questions, demandons-nous :

1) Quelle sera la langue d’usage et de transmission ? Sera-t-elle la langue arabe ou celle d’un autre occupant ? Sera-t-elle cette langue mal enseignée et mal maîtrisée ? Sera-t-elle celle du dernier occupant qui pourtant a perduré un peu plus d’un demi-siècle après l’indépendance mais qui reste pour le moment la langue la plus fonctionnelle ?

2) Pourrait-on se défaire de la religiosité ambiante pour être critique et raisonnable sans que les émotions ne prennent le dessus ?

3) La recherche des informations fera-t-elle l’objet d’une méthodologie et d’une épistémologie spécifique ou sera-t-elle expérimentale ?

4) Ceux qui, dans les centres d’archives et de documentation, ainsi que ceux qui sont dans les universités prennent part à ce travail colossal sont-ils sincères ou se réfèrent-ils aux seuls écrits des indus occupants ou, au contraire, iront-ils chercher l’information sur le terrain ?

5) Quel sera le profil des membres des comités de rédaction et de synthèse ? Ces comités seront-ils indépendants ou «rattachés» à quelque instance ?

Les questions d’authentification exigent que les personnes en charge de cette histoire et de cette mémoire respirent impérativement l’honnêteté, l’intégrité, le patriotisme et soient absolument loin des cercles dominants.Bien entendu, d’autres critères devront être définis pour que cette œuvre soit une véritable révolution pour le pays et qu’à travers sa lecture, la future société algérienne soit édifiée dans la transparence universelle.

Ferid Racim Chikhi

Un Numide en Amérique du Nord - 379 -

  L’émotion vient avant la raison Lorsque les auteurs écrivent ils ont auparavant longuement réfléchi. Lorsque les auteurs écrivent ils ...