28 déc. 2019

Un Numide en Amérique du Nord - 323 -

Le Hirak et le système Algérien
Depuis le 22 février 2019, l’Algérie vit au rythme des marches pacifiques du Hirak. Mouvement citoyen qui s’est érigé contre la candidature à un 5ième mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika.
Un système ne disparait pas mais se transforme.
Puis voici que le système s’organise et mobilise ses commis pour organiser des élections présidentielles. Il les qualifie de libres et convie le peuple et les candidats potentiels à en faire une réussite pour une Algérie nouvelle. Mais, les Hirakistes les ont rejetées montrant leur défiance à l’endroit de ceux qui gouvernent le pays, disons-le sans détours, avec beaucoup de maladresses mais avec une dose ‘’inappropriée’’ d’intelligence et une subtilité bien assise. Le pouvoir connait très bien la physionomie sociologique de l’Algérie. Il sait qu’une grand partie du peuple n’est pas acquise au Hirak et selon ses estimations les élections qu’il organise sont porteuses d’un renouveau en dépit de la récusation des Hirakistes.
Avant d’aller plus loin, un bilan sommaire de l’apport et des effets du Hirak sur la gouvernance de l’Algérie montrent que des objectifs ont été atteints en dix mois de marches et de manifestations tranquilles, sans heurts mais avec une détermination militante sans accrocs. Du président malade en passant par les premiers ministres tous acquis au régime en place mais ayant en majorité bafoué les règles élémentaires de l’intégrité, de l’honnêteté et de l’engagement envers la nation, sans omettre les ministres véreux et les électrons voyous, les corrupteurs indéboulonnables, les affairistes corrompus et les commis de l’État ayant franchi sans gêne la ligne rouge que leur imposaient leurs fonctions … Bien du monde est tombé, y compris parmi la hiérarchie militaire, le tout à la demande du Hirak. Il ne faut pas aussi ignorer les initiateurs du Hirak. Seuls quelques hommes et femmes innocents ont fait les frais de leur enthousiasme à soutenir le Hirak, pensant peut- être, bénéficier de la protection de leur intégrité et de leur engagement révolutionnaire. C’est ainsi qu’un Bouregaa ou un Benhadid constituent des repères non négligeables dans les erreurs que commet ou peut commettre le pouvoir en place.
Il reste qu’une des demandes capitales des Hirakistes, celle de voir le système remplacer dans son ensemble n’a pas été acquise et encore moins accordée, et je doute que l’objectif soit atteint, du moins pour le moment.
Perspective de changement : les prochaines élections 
Avec la nomination d’Abdelaziz Djerrad, une autre voie s’ouvre pour sortir de l’impasse et le Hirak, devra en tenir compte. Il pourrait réfléchir à sa participation dans la préparation des prochaines élections législatives. Dans un précédent blogue, j’avais écrit que le Hirak comme tout mouvement citoyen doit aborder le nouveau contexte avec de la fermeté mais aussi de la flexibilité. Cela semble un paradoxe. Ça l’est, mais il y a toujours un moment où la militance doit faire place à la politique, à la diplomatie, au doigté, à la négociation. Le pire serait de laisser la place des discussions aux ‘’vautours’’ qui se sont fait voir durant les diverses manifestations populaires et qui dans les faits sont eux-aussi des relais du régime en place ou des électrons manipulés. L’échange pour des arrangements, des accords et des engagements citoyens n’est pas l’apanage de tout le monde mais reste celui de quelques ‘’ esprits libres ’’. L’essentiel étant de procéder à une véritable rupture et pour ce faire, le temps est venu pour les Hirakistes d’organiser, pourquoi pas une convention nationale partant de rencontres locales et régionales, y compris parmi l’émigration. La conférence avec les représentants du pouvoir peut attendre le printemps et les mardis et vendredis prendront plus d’ampleur tout au long du processus d’organisation. Les prochaines législatives seront le point de non-retour : Ou le Hirak persiste à aller de l’avant sans perspective ou alors il tire son épingle du jeu en se préparant pour participer en force aux légilsatives et une nouvelle Algérie apparaitra dans le paysage national et international, même si des recyclages seront nécessaires.  
Ferid Chikhi

18 déc. 2019

Un Numide en Amérique du Nord - 322 -

Élection présidentielle Algérienne : Le rideau est tombé - II- !
Les partis traditionnels désavoués 
Que nous révèle l’élection du 12 décembre 2019 ? D’abord, quels sont les effets du Hirak sur la vie politique, sociale et économique de l’Algérie, sans ignorer les conséquences sur le plan identitaire, l’unité nationale malgré les maintes tentatives de division et de stigmatisation de la Kabylie ? Ensuite est-ce la fin des associations politiques traditionnelles et les dégâts observés, ici et là, dans leurs liens avec la population ? Oui ! La réponse est positive à tous ces questionnements. Un autre fait indéniable est celui qui a fait que les salafistes ont répondu à l’appel qui leur est parvenu pour voter en faveur du candidats de sud-ouest. Les partis FLN, FFS – Hamas, ayant des obédiences conservatrices et islamistes ainsi que ceux qui se réclament des pseudo gauches ou de la socialdémocratie ont été laminés alors qu’il en est de même des petites organisations résiduelles d’avant 1990 et les nouvelles sans emprise sociale, culturelle ou identitaire. Toutes étaient financées directement ou indirectement par les gouvernements successifs. L’échiquier politique de l’Algérie a fondamentalement changé et ce changement majeur se poursuivra tant que les revendications de base de la grande majorité de la population ne sont pas entendues. Si la constitution est ouverte la réflexion devra porter notamment sur la mise au placard de tous ces partis, organisations et groupuscules longtemps maintenus à flots grâce aux subsides avantageux qu’ils recevaient pour parasiter l’ambiance politique. Aujourd'hui, il est temps que les visages politiques d'avant le 22 février 2019 soient tous placés au musée de l'Histoire et que de nouvelles têtes émergent.
L’investiture du nouveau président ! 
L’article 89 de la constitution sera mis en application ce jeudi 19 décembre 2019. Le Président de la République, prêtera serment devant le peuple et en présence de toutes les hautes instances de la Nation. Dans la semaine qui suit son élection il entre en fonction aussitôt après sa prestation de serment. En remportant la course à la présidentielle avec des proportions ‘’officielles’’ loin de la réalité soit 58,15% des suffrages exprimés, montre à l’évidence que les chiffres ne veulent rien dire. Pour les autres candidats, le scénario de 1995 a été maintenu comme pour calmer le jeu des islamistes affiliés à leur fraternité. Pour l’heure, il ne sert à rien d’évoquer les recours des candidats battus par le système. Ils ne peuvent que s’en vouloir d’avoir joué aux trouble-faites. Le Conseil constitutionnel n’a pas attendu trop longtemps pour proclamer les résultats définitifs du scrutins. 
Perspectives et devenir du Hirak et des nouvelles institutions. 
L’une des premières décisions du nouveau président devrait être celle d’accepter la démission du gouvernement et dans la suite du processus nommer un premier ministre qui lui proposera des candidats qui formeront le gouvernement. Selon, bien des observateurs ayant accès aux relais du pouvoir il doit initier un dialogue national avec des membres choisis parmi des personnalités en vue !! Cela ressemble à une feuille de route préétablie avec laquelle il aura à composer même si le Hirak reste sur ses positions. À l’évidence, les revendications du mouvement sont de plus en plus difficiles à modifier. L’une des principales étant la libération des détenus d’opinion. C’est là que le bâts blesse. Le pouvoir semble perpétuer ses pratiques et des deux côtés la défiance est totale. Les hommes du système ne cèdent pas un iota de leur pouvoir et continuent de gouverner comme par le passé en appliquant des méthodes de résolution de problèmes militaires à un contexte civil et politique. Alors, jusqu’où, l’armée détentrice du pouvoir réel acceptera-t-elle de lâcher du lest et répondre aux revendications de la population ? 
Une convention nationale !? 
Si cela n’a pas été réfléchie avant le 12/12/2019, il est temps d’apprécier la situation différemment de celle d'il y a quelques semaines. Le Hirak comme tout mouvement citoyen doit aborder le nouveau contexte avec de la fermeté mais aussi de la flexibilité. Cela semble un paradoxe. Ça l’est, mais il y a toujours un moment où la militance doit faire place à la politique, à la diplomatie, au doigté, à la négociation. Le pire serait de laisser la place des discussions aux ‘’vautours’’ qui se sont fait voir durant les diverses manifestations populaires et qui dans les faits sont eux-aussi des relais du régime en place ou s'y accroche alors qu'il n'en veut pas. Il faut cependant, considérer, avec une attention particulière, le fait que l’échange, la concertation, la discussion pour des arrangements, des accords et des engagements citoyens ne sont pas l’apanage de tout le monde mais restent ceux de quelques ‘’ esprits libres engagés et dûment mandatés’’. L’essentiel étant de procéder à une véritable rupture avec les pratiques anciennes et à jamais révolues. Pour ce faire, c’est le temps pour les Hirakistes d’organiser, pourquoi pas une convention nationale partant de rencontres locales et régionales, y compris parmi l’émigration. La conférence avec les représentants du pouvoir peut attendre le printemps pendant que les mardis et vendredis prendront plus d’ampleur tout au long du processus d’organisation.
Ferid Chikhi

15 déc. 2019

Un Numide en Amérique du Nord - 321 -

Élection présidentielle Algérienne : Le rideau est tombé !
Une révision constitutionnelle avant les nouvelles législatives ! ?
Dés son élection, avant même son investiture le président désigné a annoncé une révision
constitutionnelle. Excès de précipitation ou décision mal réfléchie ? Qu’est ce qui attend l’Algérie alors que le Hirak rejette les résultats, l’homme et ce qu’il représente. C’est ainsi que depuis 72 heures, l’élection présidentielle comme une patate chaude est passée des mains de l’Armée à celle d’une minorité d’électeurs à peine représentative d’une infime partie de l’Algérie profonde.
Depuis, plus de 35 ans les institutions Algériennes sont passées de la pérennité tant voulue par Boumediene à un effacement durable. Toutes les assemblées élues se sont évaporées comme un feu follet.  Les Municipales et les Wilayales ont été vidées de leur quintessence depuis les élections de 1990. L’assemblée nationale est devenue le refuge des médiocres et de l’inculture politique. Le Sénat s’est transformé en un regroupement de perclus sans conscience politique … et les institutions administratives ont été vidées de leurs compétences et de leurs capacités à offrir aux personnes qui les sollicitent le service qu’ils attendent d’elles.
La corruption mal irréversible ?
Le mal, n’est pas seulement la corruption, déjà dénoncée et ciblée depuis 1992 d’abord par le défunt Président Boudiaf, mais aussi et surtout celui de la perte de confiance de la population en ses leaders,
ses fonctionnaires, ses agents et tous les autres détenteurs du pouvoir délégué par les dirigeants de l’État. Cette élection, du 12 décembre 2019, a aussi été le point de non-retour scellé par l’autorité militaire, malgré le rejet largement exprimé par le Hirak. Les chefs militaires ont fait fi de l’avis populaire pacifique des Algériens et ont poursuivi leur stratégie électoraliste comme s’il s’agissait d’un champ de guerre où le méchant est le peuple, l’ennemi et le bon l’Etat-Major. Pourtant, une légère nuance dans la compréhension des antagonismes aurait aidé à sortir du cercle de feu en clamant que ’’La primauté du politique sur le militaire’’ est acceptée et admise par tous. 
À présent que le Président désigné a choisi de modifier la constitution comme première étape de son programme, avec qui va-t-il s’engager dans ce processus fastidieux alors que les assemblées élues n’ont pas été dissoutes et que les partis traditionnels ont été totalement désavoués, y compris par les électeurs qui ont bravé le Hirak en toute démocratie ? Pourtant, la logique aurait voulu qu’il débute par la dissolution des assemblées non représentatives … En d’autres temps et d’autres lieux on dirait ‘’il a mis la charrue avant les bœufs’’. Tout le monde devine les futurs blocages, n’en déplaise aux pays qui ont marqué leur satisfaction à la suite des résultats des urnes contestés et contestables.
Ferid R Chikhi
À suivre !