18 déc. 2019

Un Numide en Amérique du Nord - 322 -

Élection présidentielle Algérienne : Le rideau est tombé - II- !
Les partis traditionnels désavoués 
Que nous révèle l’élection du 12 décembre 2019 ? D’abord, quels sont les effets du Hirak sur la vie politique, sociale et économique de l’Algérie, sans ignorer les conséquences sur le plan identitaire, l’unité nationale malgré les maintes tentatives de division et de stigmatisation de la Kabylie ? Ensuite est-ce la fin des associations politiques traditionnelles et les dégâts observés, ici et là, dans leurs liens avec la population ? Oui ! La réponse est positive à tous ces questionnements. Un autre fait indéniable est celui qui a fait que les salafistes ont répondu à l’appel qui leur est parvenu pour voter en faveur du candidats de sud-ouest. Les partis FLN, FFS – Hamas, ayant des obédiences conservatrices et islamistes ainsi que ceux qui se réclament des pseudo gauches ou de la socialdémocratie ont été laminés alors qu’il en est de même des petites organisations résiduelles d’avant 1990 et les nouvelles sans emprise sociale, culturelle ou identitaire. Toutes étaient financées directement ou indirectement par les gouvernements successifs. L’échiquier politique de l’Algérie a fondamentalement changé et ce changement majeur se poursuivra tant que les revendications de base de la grande majorité de la population ne sont pas entendues. Si la constitution est ouverte la réflexion devra porter notamment sur la mise au placard de tous ces partis, organisations et groupuscules longtemps maintenus à flots grâce aux subsides avantageux qu’ils recevaient pour parasiter l’ambiance politique. Aujourd'hui, il est temps que les visages politiques d'avant le 22 février 2019 soient tous placés au musée de l'Histoire et que de nouvelles têtes émergent.
L’investiture du nouveau président ! 
L’article 89 de la constitution sera mis en application ce jeudi 19 décembre 2019. Le Président de la République, prêtera serment devant le peuple et en présence de toutes les hautes instances de la Nation. Dans la semaine qui suit son élection il entre en fonction aussitôt après sa prestation de serment. En remportant la course à la présidentielle avec des proportions ‘’officielles’’ loin de la réalité soit 58,15% des suffrages exprimés, montre à l’évidence que les chiffres ne veulent rien dire. Pour les autres candidats, le scénario de 1995 a été maintenu comme pour calmer le jeu des islamistes affiliés à leur fraternité. Pour l’heure, il ne sert à rien d’évoquer les recours des candidats battus par le système. Ils ne peuvent que s’en vouloir d’avoir joué aux trouble-faites. Le Conseil constitutionnel n’a pas attendu trop longtemps pour proclamer les résultats définitifs du scrutins. 
Perspectives et devenir du Hirak et des nouvelles institutions. 
L’une des premières décisions du nouveau président devrait être celle d’accepter la démission du gouvernement et dans la suite du processus nommer un premier ministre qui lui proposera des candidats qui formeront le gouvernement. Selon, bien des observateurs ayant accès aux relais du pouvoir il doit initier un dialogue national avec des membres choisis parmi des personnalités en vue !! Cela ressemble à une feuille de route préétablie avec laquelle il aura à composer même si le Hirak reste sur ses positions. À l’évidence, les revendications du mouvement sont de plus en plus difficiles à modifier. L’une des principales étant la libération des détenus d’opinion. C’est là que le bâts blesse. Le pouvoir semble perpétuer ses pratiques et des deux côtés la défiance est totale. Les hommes du système ne cèdent pas un iota de leur pouvoir et continuent de gouverner comme par le passé en appliquant des méthodes de résolution de problèmes militaires à un contexte civil et politique. Alors, jusqu’où, l’armée détentrice du pouvoir réel acceptera-t-elle de lâcher du lest et répondre aux revendications de la population ? 
Une convention nationale !? 
Si cela n’a pas été réfléchie avant le 12/12/2019, il est temps d’apprécier la situation différemment de celle d'il y a quelques semaines. Le Hirak comme tout mouvement citoyen doit aborder le nouveau contexte avec de la fermeté mais aussi de la flexibilité. Cela semble un paradoxe. Ça l’est, mais il y a toujours un moment où la militance doit faire place à la politique, à la diplomatie, au doigté, à la négociation. Le pire serait de laisser la place des discussions aux ‘’vautours’’ qui se sont fait voir durant les diverses manifestations populaires et qui dans les faits sont eux-aussi des relais du régime en place ou s'y accroche alors qu'il n'en veut pas. Il faut cependant, considérer, avec une attention particulière, le fait que l’échange, la concertation, la discussion pour des arrangements, des accords et des engagements citoyens ne sont pas l’apanage de tout le monde mais restent ceux de quelques ‘’ esprits libres engagés et dûment mandatés’’. L’essentiel étant de procéder à une véritable rupture avec les pratiques anciennes et à jamais révolues. Pour ce faire, c’est le temps pour les Hirakistes d’organiser, pourquoi pas une convention nationale partant de rencontres locales et régionales, y compris parmi l’émigration. La conférence avec les représentants du pouvoir peut attendre le printemps pendant que les mardis et vendredis prendront plus d’ampleur tout au long du processus d’organisation.
Ferid Chikhi