25 mai 2020

Un Numide en Amérique du Nord - 331 -


Le Québec : De quelques enseignements et effets du Covid19
 Ton instituteur t’apprend à nourrir ton esprit,
Ton médecin soigne ton corps

Des constats et autres observations

démantèlement du Bloc de l’Est suivi du réagencement des Balkans avec l’émergence de nouvelles puissances régionales à caractères économiques et politiques ou encore le raffermissement de l’UE avec l’accueil de quelques pays de l’Est. Ailleurs dans le monde, le focus a été mis sur les guerres déclenchées par les puissances alliées pour déstocker leurs armements obsolètes et les remplacer par de nouvelles plus sophistiquées. C’est ainsi que les paradigmes qui encadraient les relations internationales ont été remplacés par de plus récents sans que personne ne puisse anticiper leurs répercussions. 
C’est Confucius qui disait, ‘’rien n’est éternel si ce n’est le changement’’. Nous y voici, les grandes mutations, les vraies ont débuté non pas en 2000 mais deux décennies plus tard. Quelles sont-elles ? Personne ne niera que la plus inattendue est la pandémie du Covid19. Ses effets sont dévastateurs, non seulement pour les institutions gouvernementales mises au pied du mur ; pour la société avec les consignes contre la contamination et l’introduction de la distanciation civique et enfin sur le plan international une autre définition de la cartographie du monde, sans occulter les dysfonctionnements observés dans la gouvernance fédérale versus la provinciale. Bien entendu il y a ceux qui crient au complot d’une société occulte qui impose ses lois à toute l’humanité. Bon, mais là n’est pas mon propos.
Plus près de nous, souvenons-nous que le Canada a objecté et continuera à le faire contre l’espérance d’indépendance du Québec. Venant de loin, j’ai essayé de comprendre et de mieux connaitre les raisons de cette objection et selon ma lecture de divers paramètres notamment institutionnels et politiques, il me paraît clair que l’une de ces principales raisons n’est pas seulement l’héritage et la préservation de la domination Britannique ou encore l’allégeance à la couronne mais ce sont aussi les immensités aquatiques et le potentiel hydraulique, ainsi que la capacité créative et innovante du Québec. Le Canada ne saurait s’en passer. On pourrait, bien entendu, ajouter la position géostratégique de la Belle Province avec le Nord et l’Atlantique, sinon, le seul Pacifique ne lui suffirait pas.

Les causes et les effets pour les prochaines décennies

Du point de vue des institutions fédérales et provinciales, même sans planification et sans gestion du risque, trois objectifs ont toujours été présents dans l’esprit des gouvernants et des nantis qui les accompagnent : l’économie et son déficit ‘’0’’ même si la banque du Canada imprime sans retenu le billet vert sans considération des effets de l’inflation ; l’identité et la culture malgré des budgets rachitiques notamment pour le Québec ; la portée internationale que le fédéral et le provincial se disputent - insidieusement - depuis au moins 40 ans. La liste pourrait être allongée, cependant ces trois problématiques accaparent la réflexion des gouvernants. Toutefois, depuis quelques semaines ces préoccupation sont rangées pour laisser la place à la santé et la prise en charge des aînés qui sont malgré tout la mémoire du pays ; l’éducation et la formation des jeunes qui constituent la force de travail de l’avenir et, encore l’immigration pour éviter les déficits humains, sociaux et culturels en ce début de millénaire. À titre de repère, en relisant l’histoire en Europe, l’on remarquera que la santé publique dans bien des cas la santé de la population, a été inscrite et renouvelée après chaque apparition d’un mal dévastateur (Choléra, Typhus, Peste, etc.).

Les principales problématiques avant le Covid19

Depuis l’avènement du gouvernement de la CAQ, un autre dossier monopolise l’attention des partis politiques. Il s’agit de la sensibilisation de leurs membres et des citoyens à la veille des échéances électorales internes et externes alors que des pans entiers de la population commençaient à rêver à un été de loisirs. Le Covid19 ne faisait partie d’aucune de leur équation. Les premières conséquences apparurent au grand jour, dès le mois de janvier. Le monde est déstabilisé et ni le Canada ni le Québec n’y échappent.
Au cours du dernier trimestre de 2019, deux autres questions occupaient les esprits et peu de personnes anticipaient la pandémie et ses effets sur les citoyens. La première était portée par des actions agressives contre le gouvernement pour faire abroger la loi 21 portant laïcité face à ceux qui ont opté pour sa défense. La seconde était la recherche de solutions à la profusion des emplois et des difficultés rencontrées par les employeurs à trouver la main d’œuvre appropriée. Avec un focus sur la numérisation et l’automatisation, la formation et les modifications organisationnelles ainsi que sur l’inadéquation du profil des immigrants versus les exigences des employeurs. Tant de domaines de réflexion en chantier.

L’immigration et les contre-coups du Covid19

En quelques-mots, la problématique de l’immigration tourne à la farce tant les perceptions et les visions sont divergentes. Pourquoi, parce qu’il me semble que la mobilité des populations, étant l’enjeu central des libertés individuelles, elle est par conséquent un paramètre sensible que ce soit pour la démographie ou le bien être général.
Ce qui m’a interpellé, c’est que la politique de recrutement tournée seulement vers l’international sans considération pour le Reste du Canada, pourtant, l’arrivée et le départ intra Canada est occultée parmi les indicateurs de base même en ce qui concerne les francophones du Canada. Ces personnes ne sont pas considérées comme immigrantes au moment où sur le plan international, la venue d’étudiants, de réfugiés, et autres demandeurs d’asiles (humanitaire, politique, sécuritaire, etc.) est pratiquement exigée par les faiseurs d’opinions.
Il y a de cela quelques années j’avais émis des réserves sur la politique de l’Immigration des libéraux. Au-delà des sempiternelles idées redondantes, ce sont les mêmes dérives depuis plus d’un quart de siècle : nombre d’immigrants, origines (bassins), qualifications et expériences, enfants, etc. Ma réflexion n’était pas axée sur la seule force de travail des personnes sélectionnées pour venir au Québec, mais sur leur apport notamment aux multiples plans culturel, artistique, éducatif, social et, surtout de partage des valeurs fondamentales de la société d’accueil. En fait, je suggérais que les ‘’spécialistes’’ du ministère œuvrent à la modification des paradigmes de sélection et de les concevoir selon la réponse aux deux questions suivantes :
1)    Quels sont les activités humaines dans lesquels ces nouveaux arrivants pourraient être potentiellement productifs et créer des synergies avec la société d’accueil ?
2)    Comment ces nouveaux arrivants pouvaient s’investir et participer à l’amélioration du bien-être sociétal du Québec et notamment au double plan professionnel et culturel dès leur installation concrétisée ?
Dans la même trajectoire que dire de la problématique du déficit en main d’œuvre et son rapport à l’immigration ? Aucun parti indépendantiste, ni les intellectuels qui soutiennent le processus n’ont préconisé l’organisation, par exemple, d’états généraux sur l’immigration à l’horizon 2050. Il est vrai que le dossier a tellement été manipulé par les administrations libérales successives, qu’il serait hasardeux de l’ouvrir seulement à l’interne. Cependant, il reste que des états généraux sur l’immigration permettraient de mieux appréhender l’avenir ?

Ressourcer le processus d’indépendance

Globalement, si le processus qui mène à l’indépendance du Québec appelle à une réflexion pour une nouvelle politique de l’immigration en adéquation avec les besoins sociétaux du Québec, comment ne pas s’y engager pour créer des ancrages avec la future gouvernance et selon les exigences d’un Québec indépendant ? Dans une première phase les prémices pourraient constituer la plateforme de réponses aux difficultés rencontrées, ici et là, que ce soit en régions ou à Montréal. Le Parti Québécois est-il capable d’opérer une telle prise en charge ? Ce dernier, au moment où il ouvre ses portes pour convenir de sa nouvelle stratégie à l’horizon 2025, gagnerait à initier une réflexion aussi large que possible pour dynamiser l’apport de l’immigration au devenir global du pays. Mais pour ce faire, le courage politique pour un ressourcement de l’idéal indépendantiste ne devrait-il pas être une exigence des rendez-vous de la course à la chefferie ?
Ferid Chikhi