24 août 2020

Un Numide en Amérique du Nord - 336 -

 Des causes et des effets de La course à la chefferie du Parti Québécois.

Par anticipation, quelles leçons peut-on tirer de l'actuelle course à l'élection du futur chef du parti

Québécois ? De manière synthétique, depuis le début de la révolution tranquille, des succès ont été suivis d’échecs, des gains sociétaux ont été observés, ici et là, et même pris comme exemple et références par bien des provinces de l’Ouest Canadien et parfois imités ailleurs dans le monde. Pourtant, le Québec est toujours sous domination d’un Canada anglais de plus en plus hégémonique n’hésitant pas à poursuivre sa mission de sape de la culture et de la langue françaises qui constituent, qu’on le veuille ou non, le socle de la diversité authentique de cette partie du continent nord-américain en ce qu’est son histoire depuis le milieu du 15ième siècle.

Comme partout dans le reste du monde, malgré, le cheminement suivi par les souverainistes du Québec, la révolution tranquille semble être arrivée à un terme qui n’avait pas été anticipé par ses fondateurs. Des hommes et des femmes politiques, des militants ont quitté le navire souverainiste pour fonder de nouveaux partis qui se disent plus attachés à l’indépendance que les partis fondateurs, depuis le RIN, etc. jusqu’au Parti Québécois.

Dans le paysage politique actuel, ‘’un nationalisme’’ avec une définition spécifique que lui donnent quelques farouches défenseurs d’un Québec identitaire est porté par des personnalités ‘’insaisissables’’ pour ne pas dire ‘’versatiles’’ sur le plan idéologique.  Ce nationalisme apparait plus comme une voie de sortie de la souveraineté et de l’indépendance ; il réunit aussi bien quelques progressistes en mal de reconnaissance et des néolibéraux qui n’ont rien à envier à ceux du parti libéral. Ces politiques ne cachent pas qu’ils veulent se tailler quelques parts de ce gâteau qui se laisserait déguster même s’ils n’ont aucune capacité d’apprécier le contenu. Pourtant, il profiterait plus à tous les Québécois qu’à une infime partie d’entre-eux. Ce nationalisme porte atteinte non pas aux seules culture et langue française en Amérique du Nord mais il porte aussi atteinte à la personnalité en construction du Québécois de demain. Et, c’est là que le bât blesse.

C’est là aussi que la course à la chefferie du Parti Québécois, avec cet allié inattendu qu’est la pandémie du Covid19, laisse apparaitre des altérations non seulement dans la gouvernance de la province mais aussi dans les organisations qu’elles soient économiques, sociales, culturelles mais aussi environnementales. L’avantage de la transformation qui se déroule sous nos yeux au parti Québécois c’est qu’elle est et sera l’œuvre de la génération des ‘’X’’. Elle se fera avec eux et avec les Baby-boomers, artisans de la révolution tranquille mais aussi avec les plus jeunes qui rejoignent le parti par grandes vagues grâce, notamment à l’appel lancé par Paul St Pierre Plamondon.

J’admets qu’au début de la compétition je n’étais pas favorable à sa candidature. Mais en lisant son programme, en l’écoutant parler, en prenant connaissance de quelques paramètres de son ouvrage témoignage sur son parcours, j’ai compris que c’est le seul candidat qui connait le Parti Québécois, qui connait le Québec pour l’avoir parcouru de long en large, qui a ressuscité de quelques revers et qui montre de la détermination à faire l’indépendance tout en suivant les idées retenues par le Congrès de Trois Rivières, celui de la refondation.

La question qui reste posée est de savoir si les anciens sauront voir en lui un des héritiers capables de procéder au changement tant attendu ou si encore une fois ils refuseront de léguer le patrimoine historique de la quête d’indépendance à un jeune lucide, déterminé, perspicace qui a certes encore beaucoup à apprendre mais qui apprend vite ?

Le premier débat qui aura lieu cette semaine sera déterminant pour le Québec, son indépendance et l’investissement réalisé dans cet idéal depuis les début des années ‘’60’’. Une rupture est nécessaire pour passer de la révolution tranquille à une révolution active.

Ferid Chikhi

10 août 2020

Un Numide en Amérique du Nord - 335 -

 Quels symboles pour l’indépendance du Québec ?

‘’Du poil se sa barbe encense-le et il te restera fidèle’’

Adage Algérien

Le propos qui suit est un questionnement sur les symboles de la lutte pour l’indépendance d’un pays. Nous savons, chacun selon son niveau d’information, que Le Covid19 a des effets toxiques sur les domaines d’activités (institutionnelles, culturelles, économiques, politiques, sociales, etc.) montrant la précarité non seulement de la pensée sociétale mais aussi de la gouvernance.  

Dans bien des pays et des villes, le déconfinement s’est affirmé dans une totale incertitude et l’instinct naturel de réappropriation de la proximité s’est manifesté sans retenu. Je réitère que ce qui suit porte sur les symboles de la lutte pour l’indépendance. Ceux qu’une société privilégie pour se rassembler et avancer.

Je me souviens qu’au lendemain de la libération de l’Europe, une ère de décolonisation avait débuté déroulant le tapis rouge pour celle des indépendances. C’était le prélude aux reconstructions des pays qui avaient été soumis à une destruction massive de leurs identités, de leurs cultures, et le pire, de leurs assises sociétales dans le seul but, disait-on de les civiliser. Pourtant, malgré cette nouvelle ère, les puissances coloniales ont continué d’œuvrer pour resserrer leurs griffes sur les richesses énergétiques des pays soumis à l’une des pires abjections de l’histoire du monde, l’asservissement des peuples. Le néocolonialisme aussi abjecte et l’impérialisme dépècent les pays du Sud de leurs richesses énergétiques.

Pour y faire face un seul instrument politique, le patriotisme, sentiment partagé d'appartenance à une même PATRIE. C’est une prise de conscience qui renforce l'unité sur la base de valeurs communes. Elle conduit à ressentir de l'amour et de la fierté pour la terre nourricière. Si le nationalisme est impersonnel, le patriotisme est dévouement pour l’indépendance de son pays, pour la liberté de ses citoyens et la défense du bien-être de son peuple.

Le contexte est certes différent mais le Québec n’échappe pas à cette règle, y compris sous le couvert d’une nouvelle forme révolutionnaire qualifiée de ‘’tranquille’’. En revanche, cette révolution tranquille maintient le séquestre de la gouvernance provinciale par le Fédéral et elle génère une aliénation identitaire et culturelle au nom d’une soi-disant souveraineté-association. La dépendance d’Ottawa se confirme sur des pans entiers de la société Québécoise. Dans ma culture première un adage populaire nous interpelle et nous invite a rester en éveil) : ‘du poil de sa barbe encense-le et il te restera fidèle’’ (traduction approximative.

C’est dans mes lectures que j’ai appris que la Révolution Tranquille était une traduction de The Quiet Revolution qui décrivait le Québec dans un texte d'André Langevin pour le magazine Maclean's en février 1963, même si elle est antérieure aux années ‘’60’’. Elle était utilisée par la presse anglophone dans les années ‘’50’’ pour parler des changements politiques dans le monde. A la même période, en Algérie, le colonialisme français déployait, le plan de Constantine et la génération Lacoste était promue et portée pour diriger l’Algérie indépendante mais toujours sous domination coloniale.  À ce stade de la réflexion faire le lien avec ce qui se passait dans le monde impérialiste Britannique et le monde colonial Français ou Hispanique était une référence.

Je me souviens !  Lorsque l’absence d’un drapeau met le feu aux poudres…

Qu’en reste-t-il en 2020 ? J’ai l’envie de convoquer Hubert Aquin dont beaucoup de souverainistes connaissent son essai percutant ‘’La fatigue culturelle au Canada français’’ réponse à ‘’La trahison des clercs’’ d’Eliott Trudeau. Mais demandons-nous, la Révolution Tranquille a-t-elle abouti à quelques situations qui libèrent le Québec et les Québécois ? Est-elle aussi puissante et dense qu’elle l’était durant les quatre décennies après son survenance ? Oui ! si nous apprécions le mouvement souverainiste dans son ensemble, pour certains le résultat est tout à fait positif mais pour d’autres il reste insuffisant et sans résolution pérenne. S’en souvenir une fois l’an, le jour de la fête nationale ou de la Saint Jean Baptiste, n’est-ce pas une forme de reniement ? En fait l’histoire m’a appris qu’un peuple qui veut se libérer du colonialisme, de l’asservissement se tient debout tout le temps, tous les jours et fait de l’idéal d’indépendance sa quête quotidienne.

Alors, comment devient-on nationaliste, patriote, ou tout simplement Québécois en amour avec le Québec, son identité, sa culture, son image ? Comment transmettre ces arguments aux nouveaux arrivants lorsqu’ils entendent qu’il existe des Québécois de souche et les autres ? Comment, après coup, doit-on réagir parce que le Fleurdelysé n'a pas été visible lors de la fête nationale ?

L’indépendance d’un pays, la libération de son peuple, l’autonomie et tous les autres attributs de la lutte pour l’autodétermination, se conçoivent sur une symbolique qui rappelle que les empreintes de la sensibilisation et de la mobilisation existent pour canaliser et rassembler les volontés de celles et ceux qui résistent à l’aliénation tout autant identitaire que culturelle. Pourquoi n’y a-t-il pas d’hymne national du Québec ?

Comme bien des immigrants, j’ai pris sur moi de m’adapter et de prendre fait et acte pour un Québec qui se qualifie de société distincte en Amérique du Nord avec le français comme langue première. Je me rends compte au fil du temps que si l’identité n’est pas définie, la culture est plus Nord-américaine que francophone. Le français classique perd de son poids, de sa densité, de son agencement ; il est remplacé par une langue hybride, un ‘’argot’’ sans construction particulière qui ne consolide pas le lien avec les cultures francophones. ‘’Nous sommes Québécois. Nous ne sommes pas européens et encore moins français parce que nous sommes Nord-Américains’’. M’a-t-on dit. Et, je me suis demandé si le Québec en quête de son indépendance pourquoi n’y a-t-il pas de symboles qui reflètent la lutte menée par les descendants des Canadiens français, des patriotes et de ceux qui ont été intégrés malgré eux au Canada Anglais. La réponse a été mais ce sont le fleurdelisé, la devise « Je me souviens », la langue française. Le Patriote apparait deux fois par an le jour de son anniversaire et le 24 juin couvert de son bonnet et portant son fusil. Des amis, m’ont dit, il y a eu une période où ‘les écrivains, les chanteurs, les artistes de toutes sortes, les compositeurs, etc. se sont mis à exprimer ce désir de liberté.’’ Mais, c’est surtout du business.

Ayant baigné dans la Révolution Algérienne de Novembre 1954 qui a mené à l’indépendance de mon pays d’origine, il m’a paru bizarre qu’au Québec, la sensibilisation et la mobilisation des Québécois se fait l’été lors des festivals durant lesquels quelques chanteurs animent le parterre de présents. Personne parmi mes proches ne connait l’hymne national du Québec. De quels échos il résonne. Sur quel rythme il renforce le fait Québécois ? Tous savent qu’il n’existe pas. Même si quelques-uns m’ont cité Gilles Vigneault et sa chanson qui nous invite à ‘’nous parler d’amour ou mon pays c’est la neige’’.  Les Catalans ; les Kurdes … ont en un.

Les symboles ont pour rôle de rappeler aux Québécois, que ce sont essentiellement les valeurs qui les rassemblent, qui les unissent par la même histoire et les mêmes traditions, le même pays, qui a accueilli leurs ancêtres et qui continue à ouvrir ses bras à bien du monde. C’est le rôle des leaders et des animateurs du mouvement national de dessiner les contours des symboles d’une nation.

Ces symboles singuliers sont des balises placées sur un oriflamme ou un drapeau, dans un hymne, un poème ou un chant patriotique. Ce sont des couleurs, des images de résistants en lutte contre le colonialiste et autres indus occupants. Ils invitent à nous souvenir que des hommes et des femmes ont lutté pour que le Québec soit une société distincte avec ses propres attributs.

Ferid-R. Chikhi