22 déc. 2020

Un Numide en Amérique du Nord - 343 -

 Contestation de la loi 21 :  Des bâtisseurs aux destructeurs …

Peut-on tolérer l'intolérable ? C'est là une question, qui au Québec, n’a pas de réponse spontanée. Pourtant, elle devrait être simple et sans équivoque parce que personne ne doit se laisser dire et imposer n'importe quoi par n'importe qui, sachant que seule la voix de la majorité s'impose. Mais, soyons réaliste et disons que c’est l’impression qui se dégage depuis que les audiences sur la loi 21 portant laicité de l’État Québécois sont terminées et qu’elles ont été révélatrices de dysfonctionnements divers et fondamentaux en ce qui a trait à la justice en particulier et à des médias du Québec.

Pour les médias, qui disent avoir le devoir d’informer, il s’avère que si les anglophones prennent position pour le multiculturalisme et les soi-disant minorités victimes des lois du Québec, les francophones, à quelques exceptions près, en font de même en évitant d’informer sur les positions des parties qui soutiennent la loi 21.

Ce qui a été observé, c’est le manque visible d’impartialité dont devrait faire preuve le magistrat en charge de ce dossier. Il montre un parti pris visible en faveur de plaignants connus pour leur activisme contre tout ce qui est la législation du Québec. Il en fait de même en faveur des avocats dont l’un a été ignominieux. Le magistrat en question n’a émis ni réserve, ni rappelé à l’ordre de ce ‘’professionnel’’ de la défense des causes outrancières.

Le 18 décembre 2018, j’ai commis une réflexion publiée par le Huffington post Québec, sous l’intitulé ‘’Le Québec entre le sécularisme et la laïcité [1]’’, j’y mentionnais entre autres que ‘’Même si le multiculturalisme est fortement remis en question en Europe, celui du Canada n’est pas conciliable avec la laïcité, alors qu’il l’est avec le sécularisme’’.

Une identité et des valeurs stables

Je soutiens que dès le début de mes pérégrinations au Québec, j'ai été impressionné par les noms des saints donnés aux rues ainsi que par le nombre d'églises éparpillées, ici et là, comme le sont les milliers de mosquées en Algérie ou ailleurs dans le monde arabo-musulmans. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces églises sont vides. J'ai cherché à comprendre et la réponse a été globalement la suivante : depuis la Révolution tranquille, la religion a été « tassée », pour reprendre une expression bien québécoise qui veut dire poussée dans ses derniers retranchement. Le taux de pratique est presque nul.

Je poursuivais qu’une déconfessionnalisation inachevée n'est pas la laïcité, j'ai évoqué brièvement des aspects de l'histoire du Québec en rapport avec l'Église. J'ai appuyé le fait que, selon ma perception, la Révolution Tranquille avait été le creuset de la construction d'une nouvelle identité nationale québécoise et une rupture décisive entre l'Église et l'État. Mais, si l'identité et les valeurs sont, à quelques exceptions près, assez stables, il n'en demeure pas moins que des remises en question récurrentes se font entendre. Elles fissurent l'édifice fragile de la laïcité naissante et une idéologie mortifère en pleine expansion tente de la requalifier.

Je me suis souvenu de mon cours de sociologie et cet énoncé avec lequel j’ai conclu un de mes exposés en cours : l'étude d'une société n'est pas seulement une problématique avec des hypothèses, mais un champ d'observations avec des évolutions et des stagnations sociales et aussi des ancrages à des dogmes qui souvent sont des freins à sa progression. Il y a aussi et surtout des acteurs politiques, culturels et sociaux, et plus ils sont libres dans l'expression de leurs pensées et de leurs actes, plus cette société est harmonieuse, mais lorsque les acteurs cultuels sortent de leurs champs d'intervention ... apparaissent des contingences qui en perturbent et amoindrissent la modernisation.

Leur but est d’ébranler la cohésion sociétale

Selon mon constat, au Québec, si le Christianisme a été réduit, trois valeurs sociales forment un héritage bien ancré dans la population : la solidarité, la générosité et le partage, y compris celui du territoire. Venant d'ailleurs, j'ai compris qu'ils répondent à d'autres schémas de lecture que les miens. Il est aussi avéré qu’en raison d'un multiculturalisme imposé, la place des autres religions et à leurs pratiquants venus d'Amérique Latine, d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient sont fortement encouragés par le Canada. Malheureusement, il y a aussi une brèche par laquelle s'invitent subrepticement des activistes fanatisés, qui pour se rendre visibles, n'hésitent pas à judiciariser leurs relations avec la société d'accueil, arguant des libertés individuelles au point d'ébranler la cohésion sociétale.

J'ai pris le résolution de revisiter les thèmes en lien avec la religion, avec la laïcité et d'échanger avec mes amis Québécois et j'en ai conclu que si le sécularisme et la laïcité sont presque antagoniques, l'interculturalisme Québécois est compatible avec la laïcité, ce qui n’est pas le cas pour le sécularisme. Dans le même processus de réflexion, une question m'est venue à l'esprit : Est-ce que les Québécois font la distinction entre le sécularisme et la laïcité ou au contraire, sont-ils dans la confusion ? Il me semble que jusqu'à nos jours, la réponse est teintée d'un amalgame généré par la rectitude politique, c'est-à-dire éviter toute formulation pouvant heurter certains groupes communautaires. Cependant, trois paramètres viennent remettre en question ce consensus : les risques de la désagrégation de l’identité collective, celle de la langue française ou encore celle de l’unité francophone partagée.

À vrai dire, hormis quelques intellectuels, les membres et les sympathisants du Mouvement Laïque Québécois (MLQ), de l'Association des Humanistes du Québec et des Libres Penseurs et Athées …, qui distinguent la nuance entre les différents concepts, les autres ne semblent pas en avoir pris conscience.

Le sécularisme (anglicisme) est un synonyme d'athéisme

Bien entendu, la laïcité est une forme de sécularité. Elle prétend réguler au nom de l'universalisme. Mais, nous disent des philosophes, il ne faut pas la confondre avec le sécularisme (anglicisme) qui est un synonyme d'athéisme.

Dans leurs démarches multiformes, des illusionnés religieux, profitant de l'entrisme et de l'activisme des islamistes, s'érigent à réduire l'égalité des droits entre les hommes et les femmes, à revisiter la mixité, à refonder les programmes scolaires ... à adapter le système de sélection des candidats par les institutions et les entreprises, et finalement à assortir à leur seule conception les relations sociales et bien d'autres aspects du vivre ensemble. En fait, ils ciblent tout ce qui fait la singularité de la société québécoise, c'est-à-dire la nation, la citoyenneté, le développement social harmonieux initié depuis début de la Révolution tranquille.

Au Québec, en particulier là où le rôle de l'Église a été « éloignée » pour des raisons historiques telle que l'immixtion généralisée dans la vie privée des citoyens, la déconfessionnalisation a fait son cheminement, mais n'a pas atteint tous les objectifs assignés par la Révolution tranquille, notamment la formalisation de la laicité, cette laicité que les nouveaux prédicateurs agressent sans ménagement. Le juge Blanchard leur donnera t’il raison ? La réponse en février 2021.

Ferid Racim Chikhi