27 mars 2021

Un Numide en Amérique du Nord - 346 -

Le français comme langue de la majorité québécoise est assiégé comme peut l’être une forteresse inexpugnable et heureusement grâce à la résistance de ses locuteurs en Amérique du Nord il n’est pas soluble dans l’anglais, langue dominante de la majorité assiégeante. Existe-t-il une issue pour éviter son déclin, sa dissolution et son effacement ?  Cela ne semble pas avoir été prévu dans le plan de sa durabilité institutionnelle même avec la loi 101 et l’Office de la langue française confinés dans le labyrinthe des pas perdus face à une virulente agressivité des gens d’en face.
De quelques repères historiques
À la fin du 18ième siècle, l’Europe et particulièrement la France ont connu le siècle des lumières. La langue française était l’outil de communication incontournable. Plus près de nous durant les années ‘’50’’, en Afrique et en Asie, le Français a aussi été depuis le 16ième siècle et, aussi paradoxale que cela puisse paraitre, la langue de la libération des peuples soumis. C’est en français que les Haïtiens, les Indochinois, les Cambodgiens, les Vietnamiens … et les Algériens ont initié la libération de leurs peuples.
Les Algériens ont rédigé en français la déclaration du 1er novembre 1954, qui a porté la révolution et déclenché la guerre de libération nationale de ce pays. À ce jour le principal héritier de l’organe d’information de cette révolution est édité en français. C’est aussi l’Algérie qui a porté aux nations unies, dans la langue de Molière, la problématique de l’autodétermination des peuples et notamment celle des pays Africains.
En Amérique du Nord en général et au Québec en particulier
Depuis 1970, le Canada est membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) mais comme chaque année, presqu’à la même période ‘’le cirque’’ de l’anti français s’observe partout dans la province et charrie des messages hostiles au peuple Québécois, Chaque année à la même période une alerte est émise pour avertir du recul de l’utilisation de la langue française qui selon la constitution Canadienne a la même place que l’anglais en tant que langue officielle. La langue anglaise est une séquelle héritage de la monarchie britannique. Et là, on conviendra qu’il existe un vrai problème d’équité puisque selon des indicateurs validés il y aurait 44,5 % des Québécois francophones qui sont en mesure de parler convenablement en anglais. Ce qui n’est pas le cas pour les anglophones de bien des arrondissements de la Métropoles où l’usage de l’anglais domine et ce grâce à la densité d’une population qui se qualifie de minorité et par conséquent bénéficie de toutes les protections institutionnelles.
Des souvenirs d’antan
Durant mon adolescence, j’ai suivi avec un grand intérêt la relation entre ma langue maternelle face à celles de la rue et au français. Un de nos dramaturges, en l’occurrence Kateb Yacine[1] l’a qualifié de tribut de guerre. Le dosage des enseignements entre l’école coloniale et la Medersa (apprentissage de l’Arabe) était bien entendu à l’avantage du français, langue de l’indu-occupant. Cependant, lorsque l’un des deux enseignements prenait trop de place (devoirs à faire à la maison, préparation des examens, etc.) les enseignants d’arabe plus que compréhensifs nous facilitaient la tâche en nous invitant à privilégier nos études en français sans pour autant négliger nos travaux en arabe.
Au Québec, le français est en déclin. On l’observe. On le sent. On l’entend tous les jours, à la télé, à la radio. On le lit sur les pages des journaux écrits, les murs des réseaux sociaux. Lorsque je visite les pages sociales de mes amis d’Algérie, de Belgique, de France, du Mali, du Sénégal, de Tunisie ou du Vietnam et que je passe à celles de quelques-uns de mes amis Québécois je suis agacé par les fautes de conjugaison, d’orthographe et de syntaxe ainsi que par les mauvais usages d’une mauvaise traduction de l’anglais au français. Si celui-ci perd de sa splendeur et de sa valeur, je comprends que sa déperdition est programmée. Cette minimalisation, est, nous dit-on, causée par trois facteurs combinés. Selon bien des analystes ils résident dans la décroissance démographique des Québécois francophones, l’adjonction des langues importées par l’arrivée massive d’immigrants allophones et des facilitées qui leurs sont offertes pour apprendre l’anglais afin de les aider dans leur recrutement par des employeurs qui en usent comme critère de sélection.
Comment consolider la présence du français
Pourtant, au-delà de la démographie ce sont les normes et les standards de l’enseignement et de l’usage qui pêchent par défaut. C’est ainsi que l’on se rend compte que le français n’est pas seulement menacé par une réduction importante de ses locuteurs, de son utilisation de plus en plus réduite dans le monde du travail mais qu’il est bel et bien sur le chemin d’une exclusion certaine ou dans le meilleur des cas une transformation en une langue accessoire. La baisse de la qualité du contenu, de ses expressions aussi bien orales qu’écrites, c’est-à-dire de sa pureté est menacée. Mais bien entendu certains parleront d’émotions et vont jusqu’à annoncer l’accroissement des activités culturelles en français et une meilleure promotion de la culture locale toujours en français auprès des nouveaux arrivants pour le préserver, mais il n’est nulle part question de la même promotion auprès des communautés anglophones. Ce sont leurs espaces au Québec qu’il faut inonder de français. Qui oserait le faire ?
Libérer la langue de la loi 101
Sur le plan institutionnel, plusieurs bilans des effets de la loi 101 ont été répertoriés mais le constat ne peut être que sévère puisque le français est drastiquement rétrogradé dans tous les domaines d’activités du Québec et pour mieux l’apprécier une cartographie de son usage par bassin de population pourrait montrer les poches de ‘’résistance’’ avec comme points rouges : un peu plus Montréal et dans une moindre mesure au niveau des grandes métropoles de Québec, Sherbrooke et Trois Rivières.
Alors, plusieurs questions pourraient être posées : la loi 101 joue-t-elle encore le rôle qui qui lui est dévolue ? Les officiels oseront-ils mettre en oeuvre son contenu en toute objectivité ? La diversité des langues parlées par les communautés ethnoculturelle est-elle un handicap pour la langue française ou peut-elle devenir une force d’impulsion pour la consolider et la hisser au statut de langue commune et de partage pour un meilleur vivre ensemble ? Peut-on imaginer que la langue française comme outil de communication dans les domaines des sciences et des technologies est développée, préservée et renforcée ? Doit-on considérer que les technologies de l’information sont porteuses d’un danger pour l’utilisation du français ?
En fait, sans des règles contraignantes et bien appliquées, l’enseignement qualitatif du français ne saurait s’améliorer pour éviter sa corrosion voire sa disparition. Si la langue française est belle et bien celle de la liberté et des libérations, ne faut-il pas la faire accepter par tous, non pas seulement, par le droit de la pratiquer mais par le devoir et/ou l’obligation de l’utiliser dans tous les domaines d’activités y compris ceux du secteur privé et bien entendu dans les domaines des arts, de la culture, de l’industrie, du commerce, des technologies nouvelles, de l’environnement et de la durabilité de la société Québécoise ? C’est en faisant du français la langue d’un projet de société porteur et lié à la pensée des précurseurs de la révolution tranquille et à la mémoire collective que le vivre ensemble s’améliorera.
Ferid Racim Chikhi

[1] Kateb Yacine auteur de Nedjma ; le Cercle des représailles ; le Cadavre encerclé ; la Poudre d'intelligence ; l es Ancêtres redoublent de férocité…