28 juin 2021

Un Numide en Amérique du Nord - 352 -

Québec : Les immigrants et leur employabilité !

La parenthèse du Covid19 n’est pas encore fermée que trois sujets se révèlent redondants tant leurs liens sont enchevêtrés et pérennes. Il s’agit des seuils d’immigrations, de l’employabilité des immigrants et des déficits en main d’œuvre notamment en régions.

Selon la lecture de quelques études accessibles au commun des mortels les trois thèmes ne vont pas dans la même direction. Il apparait clairement qu’ils ont la 
même caractéristique, celle d’être élaborés en silos c’est-à-dire indépendamment les unes des autres, même s’ils sont cités dans les bibliographies. Par exemple, les études sur la démographie ignorent celles de l’économie et il en est de même de toutes les autres. Donc, les recommandations et autres observations ne portent pas vers le même horizon surtout lorsqu’il s’agit du facteur humain. Celui-ci, suggère que les approches gagneraient à être interreliées.

Un fil d’Arianne pour sortir du labyrinthe !

Or, toutes les parties concernées par l’immigration iraient de l’avant si elles considéraient avec intérêt le fait que la sortie du labyrinthe où elles sont confinées requiert des politiques en adéquation avec les attentes des uns et des autres. Le gouvernement de la CAQ tente de le faire, mais ses objectifs ne seront atteints que si les solutions créent des synergies partagées par tous afin que le fil d’Arianne mène à l’issue espérée.

L’enthousiasme avant l’arrivée et les premiers mois après l’arrivée.

L’immigration, qu’elle soit volontaire ou non, est un projet qui se vit au jour le jour et en parallèle de la vie régulière que chaque candidat au changement assume avec les angoisses, les appréhensions, les frustrations et les peurs probables et improbables au fur et à mesure que le projet progresse. Que ce soit dans l’anonymat ou au vu et au su de tous ce projet se vit selon le cadre de références imposé par le pays d’accueil. Une fois rendu à destination, le nouvel arrivant poursuit la quête de son bien être en mesurant les multiples embûches qui parsèment son chemin et l’une des premières est l’emploi.  

Vous n’avez pas d’expérience du Québec !

À titre indicatif, demandons-nous, quel est l’immigrant en provenance d’Afrique du Nord, d’Amérique du Sud, d’Asie ou du Moyen Orient à qui il n’a pas été dit : ‘’vous avez les qualifications et les compétences requises mais vous n’avez pas d’expérience québécoise’’ ou encore ‘’vous êtes surqualifié, le poste ne demande pas autant de compétences. Si un poste qui répond à votre profil se crée nous vous contacterons’’. Le comble est sans doute l’exigence de connaitre l’anglais ou l’espagnol pour des emplois d’usine en région, mais aucun employeur ne voit que bien des immigrants parlent au moins deux langues.  C’est dire comment se sentir assis sur une scie de bûcheron.

Requalification et reconstruction

Avec le temps, nous observons que les valeurs professionnelles auxquelles émarge l’immigrant équivalent en partie celles de l’employé québécois qui est dans son milieu naturel. Une mise en adéquation pourrait limiter les conséquences en matière d’attitudes et de comportements. Par ailleurs, parmi les règles imposées celles des ordres professionnels pourraient être ajustées sachant que le non-emploi de l’immigrant est une porte ouverte à des effets négatifs dont les plus significatifs sont l’érosion de son potentiel de travail, la difficulté de maintenir son niveau de productivité et le pire de tous, les effets sur sa santé mentale.  

La formation comme tremplin !

D’autres solutions sont préconisées. Il est souvent question de la formation - en plus et hors les nouveaux programmes du MIFI[1] et du ministère de l’Emploi parmi lesquels le PMAT[2] - mais elle concerne surtout la francisation. C’est à ce niveau qu’une autre option opérationnelle pourrait être envisagée et ferait que l’entreprise adapte et transforme la période de probation en un cycle court d’apprentissages de connaissances pratiques sur le plan professionnel. Une formation doit être envisagée, l’histoire industrielle de la région et celle de l’entreprise dans le réseau des PME, sa place sur le plan sociétal, dans le tissu industriel et socioéconomique, son apport à l’environnement, ses perspectives de développement, en tenant compte de ses réseaux de concurrents et de fournisseurs. Cela augmenterait pour chaque nouvel arrivant son sentiment d’appartenance à la culture industrielle du Québec. À cela viendraient s’ajouter des programmes conjoints entre le ministère de l’emploi, les associations des gens d’affaires et les chambres de commerce qui sous-traiteraient ces ateliers de connaissances pour les entreprises de moins de 25 employés.

La régionalisation : Pourquoi pas une voie express ?

La régionalisation est à la mode. La délocalisation des nouveaux arrivants qui débarquent à Montréal qui considèrent que leur objectif est atteint, même si elle se

veut une réponse au déficit en main d’œuvre hors de la métropole doit être revue et corrigée pour tenir compte de la place de cet immigrant. Tous les secteurs d’activités sont concernés. Les employeurs multiplient les appels pour réduire le déficit en MO, mais les résultats sont nuls. Les incitatifs en matière d’attraction sont mal présentés et ne rejoignent pas les candidats potentiels. Ils sont réticents et la réponse au questionnement suivant n’a pas encore trouvée : Pourquoi veulent-ils nous envoyer en région alors que leurs jeunes ne veulent plus y rester ? Le manque d’informations persuasives est omis dans l’argumentaire des partenaires d’affaires.

Alors, pourquoi, les réflexions concernant l’insertion socioprofessionnelles et l’intégration socioculturelle se font-elles encore en vase clos ? Le MIFI et le Ministère du Travail, ont-ils pensé à la mise en oeuvre (en amont et en aval du processus de sélection) ‘’d’une voie express avec un guichet d’accueil’’ de l’aéroport vers les employeurs en régions comme cela existe déjà pour l’agriculture ? Le tout sans porter atteinte à la liberté de mouvement de l’immigrant. Ce dernier apprécierait une présence plus dynamique et avisée du MIFI avant et à son arrivée au Québec. C’est ainsi que se bâti le sentiment d’appartenance.

Ferid R. Chikhi


[1] Ministère de l’immigration, de la francisation et de l’inclusion

[2] Programme d’apprentissage en milieu de travail 

14 juin 2021

Un Numide en Amérique du Nord - 351 -

       Attentat de London (Ontario) : Et si les pendules étaient remises à l'heure  !?

Malgré un multiculturalisme traditionnellement bien implanté dans l’Ouest Canadien, il est évident que le crime de London (On) qui a été commis par Nathaniel Veltman non pas contre les musulmans mais contre l’étranger qui ose porter ses vêtements traditionnels au Canada, ne peut s’expliquer après coup par de simples considérations de santé mentale. L’acte en lui-même a été prémédité ce qui veut dire qu’il a été réfléchi et émettons l’hypothèse qu’il a été peut-être partagé. L’enquête si enquête sérieuse est entreprise déterminera les vrais tenants et aboutissants de cette tragédie.

C’est de la haine pas de l’islamophobie

La famille de Salman Afzaal. Le père, la sœur âgée de 15 ans, et la grand-mère, est originaire du Pakistan comme elle aurait pu être d’Indonésie ou de Malaysie ou d’Inde. Les vêtements de ces pays se ressemblent à quelques éléments près. Mieux,

ils auraient pu être hindouiste, chrétiens ou jaïniste. Malheureusement, les médias ont bondi à des conclusions orientées en signifiant qu’il s’agissait d’une famille musulmane, certes cela s’est avéré juste mais pourquoi n‘avoir pas dit ‘’ Canadienne’’ sans autre qualificatif ? Est-ce le multiculturalisme qui signifie qu’avant d’être canadien – même d’adoption - l’immigrant est qualifié d’abord par sa religion lorsqu’il s’agit notamment des musulmans ? L’usage des mots a son importance dans l’expression de la pensée. Les journalistes, les analystes, les politiques etc. le savent très bien.  

C’est ainsi que l’on remarque qu’un nouveau cadre de références est imposé depuis deux décennies dans un pays comme le Canada qui se dit ouvert à toutes et à tous, quelque-soit l’origine, la religion, la race, etc. Par conséquent, dans ce qui nous intéresse aujourd’hui, tous se mettent à dénoncer l’islamophobie cible parait-il de tous les musulmans et qui dans les faits n’en est pas une … Au racisme qui n’en est pas un. À la discrimination et à la stigmatisation qui n’en sont pas. En revanche ce nouveau cadre de références tient compte d’enjeux politiques cachés et qui met de l’avant d’un côté les islamistes et leurs soutiens parmi les fédéralistes et les Anglos et de l’autre les communautés musulmanes dans leur diversité et la société d’accueil. Et pour mieux paraitre les faiseurs d’opinion et leurs élus, etc. préfèrent détourner l’attention sur la loi21 et ses effets dont l’un serait Les actes terroristes de London (On) et de la mosquée de Québec. Mais, il y a bien entendu un mais, tous taisent en toute connaissance de cause, l’attentat de la Rue Yonge (23 avril 2018) en plein cœur de Toronto. Rappelons-nous, Alek Minassian (un Incel) avait foncé sur des passants avec sa camionnette tuant 10 personnes, presque toutes des femmes et blessé pas moins de 16 autres passants. Non ! Il faut surtout éviter de citer cet attentat et faire le lien seulement avec celui de Québec et la loi21.

Les amalgames qui tuent …

Pourtant, si les effets négatifs occasionnés par le terroriste Québécois lors de son attaque de la mosquée de Québec avaient été pris au sérieux par les autorités Canadiennes, London n’aurait pas été témoin de celui provoqué par le terroriste Ontarien.  Mieux encore si le Canada anglais n’avait pas ouvert la porte aux amalgames entre musulmans et islamistes au Québec et empêché que des idéologues kidnappent des morts en agissant de manière discriminatoire pour se mettre de l’avant et surfer sur la victimisation de tous les musulmans et la culpabilisation de tous les Québécois, peut être que la famille de London (On) serait encore parmi nous. 

Si la mort de Canadiens était respectée par des élus du Québec et du Canada, peut être que ni Québec ni London n’auraient été témoins de ces crimes abjectes.  Même au Québec, bien des faiseurs d’opinion, se sont dressés contre le fait que Justin Trudeau fasse le lien entre cet attentat et la loi21, c’était leur devoir, mais ils l’ont fait sans compassion ni empathie pour la famille des victimes et des communautés musulmanes. 

Le crime terroriste commis à London (On) qui a effectivement décimé toute une famille Canadienne, laissant un jeune adolescent orphelin et seul, pour se reconstruire, nous interpelle tous. Dès lors, réagir à chaud n’est pas approprié. Le musulman, pratiquant ou de tradition, pas l’islamiste, préfère s’abstenir de commenter par respect pour les défunts et leur famille tant que les dépouilles ne sont pas mises en terre. Il prend le temps de renouveler ses condoléances et sa sympathie aux proches.

Une stratégie d’intégration à revisiter

Les amalgames et la récupération politiques n’ont pas quitté l’espace public et politique et on observe leur grand retour dans la sphère gouvernementale et médiatique. Une occasion rêvée pour ceux qui s’accrochent à la victimisation et accusent tous les autres de discrimination, de racisme, de xénophobie, etc. Le ministre Benoit Charrette en a fait les frais face à des personnes instrumentalisées pour la circonstance. Qu’en aurait-il été si tous les musulmans de Montréal avaient rejoints cette vigie ? Encore une fois, le multiculturalisme ghettoïse les

communautés au lieu de considérer tout le monde d’abord en tant que citoyen afin de créer des ponts entre tous et en distinguant notamment les milliers de musulmans des quelques centaines d’islamistes … qui s’auto-proclament leurs représentants ! La famille Canadienne de London (On) n’avait rien de fanatique, ni d’extrémiste, ni d’islamiste ! Ses membres portaient leurs tenues traditionnelles qui n’a rien à voir avec ce que portent les femmes et les hommes islamistes ! Mais la haine aveugle même les gouvernants … Ce n’est point de cette façon que les vraies connections s’établiront entre les Canadiens en général, les Québécois en particulier et l’immigration. La stratégie d’intégration doit être revue de fond en comble pour configurer un vrai profil du citoyen Canadien et Québécois ce qui éviterait que d’autres drames ne surviennent et que la porte s’ouvre encore une fois pour que des extrémistes manifestent leur haine envers les personnes et la société d’accueil.

Ferid Racim Chikhi