7 oct. 2009

Un Numide en Amérique du Nord - 11 -

’Il n’y a ni plaques de circulation
Ni policier pour m’empêcher de le faire’’ – 1-

‘’Des proverbes de chez moi’’


Un long moment de réflexion occupe l’espace qui nous accueille. Le Numide sourit et ses yeux brillent ; je savais qu’il ’circulait dans ses pensées’’. Souvent, lorsque ce même silence prenait place et que je lui demandais à quoi il pensait il me répondait ‘’Je circule dans mes pensées et il n’y a ni plaques de circulation ni policier pour m’empêcher de le faire’’. Je n’ose même pas un ‘’pourquoi souris-tu?’’ Qui me brûlait les lèvres.

Pour ne pas perdre le fil de ses pensées je change de registre et lui demande de confirmer s’il partage l’idée selon laquelle les proverbes sont la sagesse des nations et l’expression de leurs caractères et comment cela se conçoit là d’où il vient ? Son sourire s’élargit ses dents se desserrent et il accroche … ‘’Il n’y a pas que les proverbes, il y a aussi les adages et les maximes, les dictons et les aphorismes. Ils ne forment pas seulement la sagesse des nations et l’expression des attributs, ils définissent les contours de leurs mœurs et de leurs coutumes ; quoique parfois leur façon de faire se trouve en contradiction avec leurs maximes et leurs dictons.

Par exemple, La Numidie a enfanté de peuples éduqués et cultivés mais leur instruction a été empêchée d’éclore. Pour contrecarrer ce processus ils n’ont pas trouvé mieux que de mémoriser leur alphabet et d’enfouir au plus profond de leurs âmes ce qui devait être leurs littératures. Ce que je sais c’est que la personnalité de ses peuples se fonde sur un beaucoup d’éducation, un peu de culture et presque pas d’instruction. Le taux d’analphabétisme est là pour nous le rappeler.

Mais, parfois je doute et je me demande si la personnalité d’un peuple se fonde seulement sur le triptyque Éducation, Instruction et Culture et si l’absence de l’un de ces trois piliers ne fragilise pas l’édifice de l’identité et de l’image de ce peuple et de ses individus ?’’(…)


Ferid Chikhi

2 oct. 2009

Un Numide en Amérique du Nord - 10 -

Les chemins qui montent,

Les rues et les côtes des saints - 2 -


Un bâillon sur la langue de la vérité


Mais en ce qui concerne les Numides que reflètent ces chemins qui montent ? ’’Pour les Numides !? Ce sont les pistes qui mènent vers les sommets des collines et des montagnes qui traversent la Numidie. Ce sont par exemple ces itinéraires qui vont vers les hauteurs qui surplombent les plaines verdoyantes de la Mitidja porteuses des perles rouges et des émeraudes vertes qui pendent des vignes. Ce sont ces sentiers qui descendent ruisselants des cimes qui scrutent les hauts plateaux de Sétif et de Tiaret dorés par la couleur des épis de blé.



Les chemins qui montent dans les Aurès


Ce sont ces passages empruntés pour rejoindre les refuges inexpugnables des sommets du Djurdjura, de l’Aurès, de l’Ouarsenis, des monts de Chréa ou plus au Sud du Hoggar et de l’Assekrem à la recherche de leur paix toujours menacée par des envahisseurs, des conquérants et des colonisateurs.


Les chemins qui montent ce sont aussi les convergences d’amours parfois impossibles. Ce sont ces voies qui relient les espaces, les temps et les distances pour s’ajuster aux moments de vérité qui remplissent leur vie. Une vie parfois monotone, quelques fois sereine et souvent tumultueuse pour ne pas dire complexe.’’


Considères-tu qu’il existe des éléments communs aux deux contrées et peuples Numide et Nord Américains ? ‘’Non pas du tout. Il y a beaucoup de spécificités. Les espaces et le climat ne sont pas les même et par conséquent le temps n’est pas le même. Les distances ne sont pas les mêmes.


L’Histoire des deux peuples est différente, notamment parce qu’il y a une silence assourdissant commis par les historiens au sujet de ce que fut vraiment La Numidie. Ils ont parlé de la Grèce et de la Rome antiques. Ils ont parlé de Carthage et de la Phénicie mais ils ont occulté celle des Numides, et pire que cela, ils serrent encore plus le bâillon sur la langue de la vérité’’.


Ferid Chikhi

26 sept. 2009

Un Numide en Amérique du Nord - 9 -

Les chemins qui montent,
Les rues et les côtes des saints - 1 –
L'Assekrem

Le Numide! Souvent, tu me dis que ton pays est le plus beau pays du monde par sa diversité géographique et celle de ses populations. Si je t’invite à m’en parler par analogie au Québec qu’en diras-tu ?

‘’Il est vrai que faire l’analogie avec le Québec et les Québécois en tant que peuple Nord Américain n’est pas chose aisée. Il est pourtant aussi vrai que pour chaque individu le lieu où il est né est le plus beau du monde. La terre qui l’enfante devient sa patrie et il n’y a pas d’aussi grand et d’aussi beau, si ce n’est plus grand et plus beau que l’amour que l’on porte à sa mère et à sa compagne de toujours. À la différence mon pays est fait de chemins qui montent et de gens qui émigrent.

Pour un numide, partir c’est commencer de nouveau un parcours différent des précédents. Non seulement c’est différent par l’orientation mais aussi par le but. Il part pour changer. Il va de l’avant pour apporter et pour offrir. Il va au-devant de son destin en suivant les vallées escarpées de son pays. Il marche sur le plat. Il scrute l’horizon au loin à la recherche d’un éventuel nuage qui l’obligerait à s’arrêter.

Mais sais-tu que par le passé, très souvent, ce n’étaient pas les nuages de pluie qui lui ont fait peur mais ceux de la poussière soulevée par les hordes conquérantes venues du Nord Est, du Sud Est et du Nord qui l’ont contraint à emprunter les chemins qui montent ? ‘’


Veux-tu dire les chemins qui mènent aux montagnes ? ‘’Non ! Il ne s’agit pas seulement de ceux-là. ‘’Les chemins qui montent’’ c’est aussi (voir le roman de Mouloud Feraoun) ce dédale qui va du sentiment que chacun a de la voie qu’il suit pour aller de sa prime jeunesse à la fin de sa vie d’adulte. Et c’est là que se marque la différence avec les autres.





L’Oratoire St Joseph à Montréal

Pour un Québécois, par exemple, ce sont, peut être, toutes ces rues et ces côtes, toutes ces villes et tous ces villages qu’il a édifiés depuis 4 siècles qui font sa fierté et qui le poussent à avancer.


Beaucoup d’entre elles et d’entre eux portent des noms de Saints et de Saintes. St Gérôme, Ste Adèle, Ste Agathe des Monts, Ste Julie, Ste-Aimé-du-Lac-des-Îles ; côte St Luc, côte St Paul, côte St Antoine ; rue Ste Catherine ; rue St Sacrement, rue St Jacques, rue St Denis, rue St Jean ; boulevard Saint Laurent, etc. qui font la différence.


Peut être, est-ce en raison du lien très fort à la religion qu’a eu, par le passé, cette société que les chemins qui mènent à leurs haltes et qu’ils empruntent au quotidien portent les noms de celles et de ceux qu’ils ont respecté(e) et reconnu(e)s comme étant leurs sages ? Peut être est-ce aussi une manière fort judicieuse de maintenir un rapport avec le sacré et l’immanent’’?

Ferid Chikhi