13 janv. 2010

Un Numide en Amérique du Nord – 33 –

2010, un autre Québec
Des Québécois Anglophones pour la souveraineté… -3-
En complément à ce que tu me disais précédemment peux-tu illustrer ces tendances ? ‘’Excellente question. Vois-tu chaque période a été marquée par des évènements spécifiques tant au plan interne qu’au niveau international. Certains de ces évènements se sont produits simultanément ici au Québec et ailleurs dans le monde. D’autres même s’ils se sont déroulés ailleurs ont eu un impact particulier ici au Québec.
Par exemple durant la décennie ‘’60’’, au Québec, il y a eu un changement fondamental dans le secteur de l’éducation ; en 1967 l’Exposition Universelle a dynamisé tous les secteurs d’activité ; la contraception est devenue accessible à toutes les femmes ce qui a généré la liberté sexuelle. Au plan international, en Asie du Sud Est, par exemple, c’était la guerre du Vietnam qui accaparait l’attention du Monde et qui rassemblait les pacifistes et les anti-guerres tant aux États-Unis qu’ailleurs.
C’était également l’époque de la guerre froide et celle qui mettait aux prises Israël et les pays arabes.  La menace atomique et la conquête de l’espace se faisaient, j’allais dire, concurrence alors qu’en France c’était ‘’mai 1968.’’ 
La décennie suivante, (les ‘’70’’), était marquée, au Québec, par l’accession au pouvoir du Parti Québécois en 1976 ; la seconde phase de la libération sexuelle – celle d’avant le sida – avec l’abaissement de l’âge des premières relations sexuelles et le multi partenariat prenait une grande place dans la société québécoise. Pendant qu’au niveau international le monde était pris par le 1er choc pétrolier de 1973.’’ 
Le Numide j’ai trois questions en rafale, que dis-tu des deux solitudes ? La situation est-elle la même aujourd’hui ? Et selon toi les québécois sont-ils plus proches des États Unis que des français ? ‘’Ouah ! Trois questions en une seule fois. Commençant par la dernière. Je pense qu’avant d’affirmer une chose pareille il faut se demander si cette proximité ne se reflète pas beaucoup plus chez les anglophones du Québec que chez les francophones. Bien qu’un bémol s’impose à ce niveau de la réflexion. J’ai rencontré des Québécois anglophones qui sont pour la souveraineté. Il reste que d’un autre côté des influences sont observées ça et là chez les québécois francophones qui habitent à proximité de la frontière US ou encore en plein cœur de Montréal. Sur un autre registre il me semble que les québécois ont, dans une certaine mesure, emprunté aux 1ers et ce malgré eux, un grand nombre d’habitudes, de comportements et je dirai même de valeurs et de mode de vie. Par exemple l’individualisme est prégnant en Amérique du Nord mais chez les québécois il est compensé par un très fort sens de la solidarité collective. Il est entendu que le fonds est resté globalement et il est, à mon avis, toujours français.
Pour la 1ere partie de ta question, oui ! Il y a deux solitudes. Mais chacune est phagocytée par le nouveau visage de l’immigration qui est très diversifiée, en dépit de l'homogénéité qui semble se dégager de l’anglophone. Émettons l’hypothèse que toute colonisation est la cause de séquelles indélébiles au sein des populations soumises. Que faut-il faire pour les réduire et au mieux les annihiler ? L’histoire nous apprend que même le changement qu’engendrent les révolutions n’efface pas toutes les traces de l’aliénation et du déni identitaire. Ça se vérifie dés lors que le tout est accentué par les nouvelles différences sociales qu’imprègnent les nouveaux acquis de la révolution. Et à titre indicatif les algériens connaissent cette problématique.’’ Là encore le Numide s’arrête et demande un moment de répit. Le temps de mettre les idées en ordre.
Ferid Chikhi

10 janv. 2010

Un Numide en Amérique du Nord – 32 –

2010, un autre Québec

Le mode de pensée n’est plus le même … -2-
Le Numide, au-delà de la chronologie des évènements et des faits dont tu fais état qu’est ce qu’un immigrant peut retenir d’essentiel de la révolution tranquille et de la conception de la politique québécoise en Amérique du Nord ? ‘’Pour ma part, il y a trop de choses à considérer parce qu’il n’y pas que cette page de son histoire qui a marqué la société Québécoise. Il y a bien d’autres faits et évènements que je qualifie de majeurs; ils sont aussi importants les uns que les autres. Nous pourrions y revenir un peu plus tard. Mais puisque tu cites la révolution tranquille et de façon générale la politique québécoise dans ce grand continent parlons-en. 
En ce qui me concerne, même si j’ai appris beaucoup de ces étapes qui font la nation québécoise je croyais, avant mon immigration, connaître un minimum sur l’histoire de ce pays. Ce minimum je le comprenais à travers l’Histoire de France et du Royaume Uni. En arrivant au Québec j’ai compris qu’il y avait autre chose de différent à distinguer, à assimiler, à intégrer et à vivre. La société québécoise doit être vu de l’intérieur avec d’autres critères ou au mieux une critériologie aménagée et basée sur le fait Nord Américain et non pas et seulement de notre statut d’immigrant.’’
Le Numide, peux-tu m’en dire une peu plus sur cette différence ? ‘’J’étais jeune lorsque j’ai vécu le début de la révolution algérienne et que j’ai entendu parler de la guerre d’Indochine devenue la révolution vietnamienne. Les révolutions que, tout jeune, j’ai vécues ou dont j’ai entendu parler ont été violentes. Réfères-toi à la citation de Mark Twain.

La décolonisation de l’Afrique, qui célèbre son cinquantenaire en ce 2010,  a été arrachée par des révoltes et des insurrections des peuples colonisés contre les puissances coloniales française, britannique et portugaise, et surtout il ne faut jamais oublier qu’elle a été amorcée par la révolution algérienne. La révolution vietnamienne, de son côté, a donnée une première leçon de résistance d’un peuple d’abord et encore contre le colonialisme français et ensuite contre l’impérialisme américain. Je ne parle même pas de ce qui s’est passé sur le continent Latino-Américain.

Pour ce qui la concerne, la révolution algérienne a été celle d’un autre peuple de résistants refusant l’oppression, l’aliénation culturelle et le déni identitaire. C’était une lutte contre le colonialisme français, allié à des puissances européennes et nord américaine qui dix ans auparavant avaient combattu le nazisme et le fascisme, pour les libertés fondamentales et la fin de l’oppression d’un peuple par un autre.

Dans son registre particulier, la Révolution tranquille a aussi été celle d’un peuple qui a subi l’oppression, la dénégation de son identité et de sa culture par une puissance qui a transposé ses ressentiments contre la France sur un continent qui a été ouvert par des immigrants qui ont fui la persécution ou qui étaient à la recherche d’un mieux être. Elle a été non violente comme le suggérait Mahatma Gandhi. Elle se poursuit encore de nos jours mais, j’en suis convaincu, elle a besoin de se ressourcer. Beaucoup de choses ont changé depuis les années ‘’60’’. Les paradigmes qui ont été son terreau devraient être revus et ajustés.
Peux-tu là aussi être un peu plus précis ? Beaucoup de ses paramètres et orientations sont à mon sens devenus caducs. La population même si elle reste majoritairement francophone ou d’origine française s’est enrichie de l’apport d’autres immigrants d’origines diverses. Le mode de pensée n’est plus le même; non seulement lui aussi s’est enrichi de l’apport des autres nord américains mais aussi des asiatiques, des africains et des latino-américains, etc. Là aussi il ne faut pas oublier les autochtones et les premières nations.
Une chose est certaine, elle a bénéficié à ses artisans qui se comptent parmi la génération de ceux qui sont nés durant la décennie ‘’40’’ et le milieu des ‘’50’’ et à leur postérité. Elle a changé les comportements, elle a consolidé les valeurs d’un peuple qui ne se voyait pas dans celles de l’anglais, elle a aussi et surtout façonné les tendances lourdes de ce qu’est le Québec d’aujourd’hui.’’
Le Numide s’arrête quelques secondes, pensif et méditatif. Il propose de poursuivre à un autre moment.
Ferid Chikhi


7 janv. 2010

Un Numide en Amérique du Nord – 31 –

2010, un autre Québec

De la Quiet Revolution à une souveraineté ressourcée … -1-

Le Numide, dés ton arrivée au Québec tu t’es intéressé de très près à la souveraineté du Québec. Quel est ton sentiment à l’égard de l’histoire récente du Québec, de ce qui est qualifié de révolution tranquille et de la souveraineté ?‘Oui et c’est très vrai. Je pense que tous les immigrants, qui débarquent à Montréal, soit par ignorance, soit par curiosité, soit par connaissance de l’histoire de ce pays, soit encore parce que tout le monde en parle, s’intéressent à la révolution tranquille et la souveraineté  du Québec. Je pense aussi et selon moi qu’il n’y a pas d’histoire récente ou d’histoire ancienne du Québec; il y a l’Histoire du Québec et elle pourrait se subdiviser en plusieurs époques. Celles-ci débutent avec l’arrivée des premiers immigrants et ont progressé tout au long des quatre derniers siècles jusqu’à nos jours c'est-à-dire la formation de ce qu’est le Québec au sein du Canada. Alors de quelle partie voudrais-tu que nous parlions ?’’  
De celle du Québec et de sa révolution tranquille, de la société distincte de l’Amérique du Nord. ‘’Le peu de choses que je connaisse de cette période a été initialisé à la fin des années ‘’50’’. Le Québec était, vu de chez nous, comme une colonie du royaume Britannique faisant partie du Canada. Nous parlions du Commonwealth. Au début des années ‘’60’’ des hommes et des femmes conscientisés ont décidé de changer ce statut et de se libérer comme le faisaient déjà d’autres à travers la planète. C’était aussi l’époque de la décolonisation.
Parmi ces hommes il y avait René Levesque, Gilles Grégoire, Pierre Bourgault. Ils avaient créé des organisations politiques avec pour objectif principal la séparation du reste du Canada. La rupture pour utiliser un concept que nous avons utilisé chez nous au cours des ‘’90’’. À ce stade de la réflexion je dirais qu’Il existe quelques similitudes entre les causes de la révolution algérienne et celles de la révolution tranquille. Il est bien entendu que la forme et le fonds qui les constituent sont différents. J’aime citer Mark Twain qui, un jour, a dit  Ceux qui sont pour la liberté sans agitation sont des gens qui veulent la pluie sans orage.’’ Ça existe mais la grande différence entre les deux révolutions pourrait se résumer à cette citation.’’
Mais quelles sont selon toi les  causes, les motivations, les raisons pour que cette révolution ait été qualifiée de tranquille ?  ‘’ Il faut d’abord savoir que cette appellation est la traduction de l’expression Quiet Revolution qu’un journaliste anglophone du Globe and Mail a utilisé dans un de ses écrits après une élection au début des années ‘’60’’.
Ce qu’il faut aussi retenir c’est que pour les pères de la révolution tranquille il fallait rompre avec le reste du Canada. Leur plateforme politique annonçait dexu aspects à considérer ceux qui avaient un carcactère exogène et ceux qui avaitent un caractère endogène : la séparation de l’église et de l'État, l’initialisation d’une nouvelle identité québécoise avec comme fondement le fait français. Le tout était porté par les facteurs de réorganisation des institutions de l'état dans les domaines notamment de l’éducation, des services sociaux et de l’économie sans négliger les autres aspects.
Pour rassembler les forces politiques en lice il fallut regrouper les organisations les plus en vue de l’époque. Le Parti québécois (PQ), le Mouvement souveraineté association (MSA) et le ralliement national (RN) de Gilles Grégoire tous indépendantistes fusionnent alors que les possibilités de rapprochement avec le Rassemblement pour l’Indépendance nationale  (RIN) de Pierre Bourgault se heurtent à plusieurs difficultés telles que celles des orientations sociales qu'il proposait et la place français dans un Québec souverain.
Au Parti Québécois, René Levesque accepte cependant que les militants du RIN adhèrent à titre individuel au nouveau parti politique. Ça te rappelle certainement quelque chose de similaire dans la révolution du 1er novembre 1954 !?
Le Numide, à ce point-ci de tes propos et au-delà de l’adhésion au parti Québécois, quels autres liens fais-tu avec la révolution algérienne ?  

‘’En fait parler du Québec sans évoquer l’Algérie c’est passer à côté de quelque chose d’inconvenant tant le lien entre les deux pays est ténu même si de nos jours pas moins de 45.000 algériens sont néo québécois. Les décès, le 25 septembre 2009 du cinéaste et écrivain québécois Pierre Falardeau ou celui il y a quelques années de cela de Pierre Bourgault nous rappellent qu’à un moment de leurs histoires le Québec et l’Algérie ont eu, non pas et seulement un mais, plusieurs points de rencontre.
Sais-tu par exemple que dés le printemps 1967 et encore à la veille de Mai 68, à l’université d’Alger, nous étions étudiants et nous parlions de l’Expo 67 ? L’Algérie n’y avait pas participé mais le discours du général De Gaulle avec son Vive le Québec Libre ressemblait à son Je vous ai compris. Il faut aussi se rappeler qu’à l’époque il n’y avait par Internet et nous avions seulement le transistor, le Monde (diplomatique) et les correspondances épistolaires pour savoir ce qui se passait dans le monde.’’ 
Ferid Chikhi