9 juin 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 111 -

Etat d’âme V/o état d’esprit
Un aller simple à sens unique et sans retour -2-
Au-delà de la croyance, du moins, je le pensais, la mort et j’en avais la conviction je l’avais intégrée par le raisonnement et le discernement, la maturité et la réflexion. Les années ''90'', la dernière décennie noire du dernier millénaire qu’a connue l’Algérie, je l’ai sentie, la faucheuse était tellement proche, presque familière.
Elle faisait partie de mon environnement ordinaire, de l’atmosphère de tous les jours, par le nombre d'amis qu'elle a emporté avec violence. Mais dans les faits, toute mort n’est-elle pas violente ?
Elle était réelle et capitale, menaçante, présente au quotidien, voisine sournoise et rampante. Je pouvais la rencontrer le matin en sortant de la maison, à midi au moment du dîner, le soir en revenant chez moi ou la nuit lorsqu’un calme feutré mais précaire l'aidait à s'immiscer là où je ne l'attendais point.
Elle était dans mon salon sur l’écran de la télé au moment des nouvelles ; dans le parking proche de mon immeuble, lieu privilégié des assassinats d’un grand nombre d’intellectuels ; dans la rue qui voyait défiler des centaines de voitures parmi lesquelles la meurtrière explosait au moment où personne ne s’y attendait.
Avec ses multiples visages hideux, la mort trompe, au point où lorsqu’elle se présente de nouveau, et de nouveau, encore plus intime, plus présente et plus froide, je l’exècre autant que la traîtrise parce qu’elle est un aller simple à sens unique et sans espoir de retour.
Le printemps qui suivit l’hiver froid, de cette année 2011 et que j’ai vécu en cette terre d’Amérique, emprunta à l’automne une douceur toute relative comme pour me dire que lui aussi, malgré sa fugacité et son instantanéité, il a un côté sombre. Cette double physionomie des saisons qui peuplent la vie de tout un chacun montre combien fragile et précaire est l’être humain.
Ce que j’écris là n’est pas seulement l’expression de quelques frustrations qui ont jalonnées le tracé que j’ai suivi ; d’aucuns, pour me réconforter, diront que c’est ainsi qu’est fait le destin, mais pour moi c’est bien plus, c’est une façon d’exclure, d’expulser des sentiments culpabilisants.
Je voulais terminer sur ce sentiment mais voilà que tout repart comme si de rien n’était. Un autre moment de vive émotion, de peine, de chagrin, je ne sais plus quel est le mot juste qui convient en cette circonstance du décès - certes attendu mais que l’on voulait, dans le temps, le plus éloigné possible - de Madiha une de mes jeunes cousines, encore plus jeune que Soraya. Elle est partie, en ce jeudi 09 juin 2011 à 13 :30. Elle avait choisi d'aller vivre pendant plusieurs années chez nos cousins Touareg.
A suivre
Ferid Chikhi

2 juin 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 110 -

Etat d’âme V/o état d’esprit
L’inachevé … qui ne se consumera jamais -1-
La vie précède la mort. C’est un processus naturel et normal à la limite de l’ordinaire. Cependant, la normalité qui s’installe durant la vie nous fait prendre des habitudes qui se transforment en routines et avec le temps transcendent tout, pour forger des valeurs et des proximités difficiles à réduire lorsque l’échéance ultime nous confronte.
C’est à ce moment précis que l’on se rend compte, lorsqu’on est attaché plus aux valeurs qu’aux routines, que l’état d’esprit partage un espace avec les états d’âme. Ils s’imbriquent et s’agrègent. Heureusement, que le raisonnement nous aide alors à discerner le bien du mal et le positif du négatif, le minuscule et l’infini. Il nous aide aussi à progresser et à nous tenir debout, quelque soit la difficulté, la douleur, l’affliction et la peine. Il arrive parfois, que les choses ne soient pas aussi simples qu’on le croit et c’est ce que j’éprouve par moments depuis quelques mois.
L’automne dernier a été une saison pas comme les autres. La tristesse et la morosité se sont partagées l’espace vitale qui m’entourait à tel point que le chagrin était incommensurable. Je me suis trouvé confronté à la disparition brutale de ma mère. Son départ m’a fait prendre conscience que le néant nous entoure. Je ne m’étais pas préparé, malgré son âge. L’autre espace celui du temps, s’est terminé par une sensation, un sentiment d’inachevé et de frustration. Jamais je n’avais autant ressenti la vulnérabilité de mon être.
La disparition de ma mère, m’a apostrophé. Mais c'est là, un mot sans consistance ; je dirais qu’elle m’a chamboulé ou mieux encore bouleversé à la limite de la perturbation avec une dose de troubles. C’est d’autant plus difficile à absorber quand il s’agit de la mort de cet être cher qui nous a donné la vie.
Pourtant, je croyais savoir, au plus profond de mon âme, et ce depuis ma première rencontre avec elle (la mort), un certain 21 février 1961, ce qu’elle est et de quoi elle était faite. Elle avait happé, sans prévenir, mon père à l’âge de 51 ans et 40 jours plus tard mon grand père. Je n’avais que 12 ans, le début de l’adolescence.
Ces deux échéances, à 50 ans d'intervalles, la mort d'abord de mon père et de mon grand père et ensuite celles de ma mère et de ma jeune sœur m'ont figées dans une stupéfaction indescriptible parce qu’imprévue. C’était un effarement singulier et j’ajouterai paralysant, surtout que l’ancrage physique aux représentations paternelle et maternelle n’existe plus.
Le vide que j’ai ressenti était abyssal. Il faut dire qu'entre les deux j'ai vécu la même émotion, la même meurtrissure lors du décès accidentel de ma tante paternelle. Jeune et d’une beauté hollywoodienne.
À suivre
Ferid Chikhi

Un Numide en Amérique du Nord - 364 -

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