26 juin 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 113 -

Nana et Djeddi Menguellet
Aussi loin que je peux faire remonter les souvenirs de ma prime enfance au sujet de Djeddi Menguelet ça s’arrête à ce que, Nana, ma grand-mère paternelle me disait de lui ‘’un homme pieux, respecté de tous, un homme providentiel qui répond à presque tous les souhaits formulés par les pèlerins qui se rendent à son mausolée’’.
Mais de Batna, ma ville natale, située à quelques dizaines de Kilomètres de l’Aurès, à Azrou Kolal, le village familial situé juste sous le Djurdjura il n’y a pas que les kilomètres à parcourir mais aussi un espace social, culturel et surtout familial à traverser. Les Ath Menguellet, que Nana me disait être le regroupement de toutes les familles qui habitent autour de Taourirt Menguellet, est situé, à quelques  kilomètres Aïn El Hammam.
Lorsqu’elle me parlait de Djeddi Menguelet c’était avec une intensité assez particulière surtout quant elle faisait suivre ses commentaires par ‘’tu dois te rappeler de ce que je te dis, toi, le fils d’Arezki. Djeddi Menguellet était un vénérable et saint homme’’.
A l’époque je ne comprenais pas le sens de ces mots, ils n'exprimaient pas grand chose pour moi. Il faut dire que j’avais à peine 10 ans. Ce n’est que bien plus tard que je les ai réellement intégrés et pu donner un contenu et une profondeur à leur signification. C’est lors d’une visite à Ain El Hammam et en me rendant au mausolée du saint homme que cela m’interpela. Modeste d’apparence ce lieu est considéré comme sacré par la population en général mais aussi et surtout par les pèlerins à la recherche d’une bénédiction, d’une guérison, d’un succès, etc.
Légende ou histoire vécu d’un ancêtre. Nul ne le sait. Mais selon ce que j’ai retenu de ce que me racontait Nana, Djeddi Menguelet a bien existé. “Il a été l’ancêtre de tous les Ath Menguelet’.
Le conte, parce que pour moi il s’agissait d’un conte, que Nana me racontait, disait en substance que le père et la mère de Djeddi Menguellet se sont rendus à la Mecque ; ils n’ont pas survécus au voyage, qui à l’époque se faisait à pied et prenait plus de six mois. Les gens partaient en groupe. Les caravanes étaient surtout composées d’hommes mais quelques-uns parmi les plus nantis prenaient leurs femmes. L’une d’entre-elles a donné naissance à un enfant qui malgré la chaleur et le manque d’eau a survécu et mieux encore, depuis sa naissance, même si sa mère est morte, les facilités inattendues sont intervenues pour les personnes de la caravane. Elles ont fini par considérer que c’est sa venue au monde qui les a sauvées.
Une autre facette de la légende nous apprend que le saint homme est arrivé bébé dans la région, ramené par des gens inconnus, depuis La Mecque. Il fut élevé par une famille kabyle de la région jusqu’à l’âge adulte. En homme pieux, Djeddi Menguellet s’est vite forgé un statut d’homme non seulement apprécié et estimé mais aussi vénéré par tous.
Énigme ou mystère, il est clair que des  pans entiers de sa vie ainsi que sa présence en Kabylie restent encore méconnus de la population. Selon la tradition orale et mes souvenirs d’enfance, sa présence est révélée cinq ou six siècles après que l’Islam n’apparaisse en Algérie. De nombreuses histoires racontées de génération en génération souligne sa piété, sa sagesse et sa place parmi les saints de la Kabylie.
Ferid Chikhi

16 juin 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 112 -

Etat d’âme V/o état d’esprit
Après chaque départ il y a une arrivée -3-
Pour en finir avec la démarche précédente à savoir parler du vécu, du ressenti et des perspectives qui en découlent je retiens ce qui suit : quitter un pays, une famille, une mère, un frère, une sœur, une parente ou un parent, un ami, est en soi un acte volontaire. Un choix motivé, du moins en ce qui me concerne, par un nombre qualitatif de considérations. Un simple voyage à sens unique et avec l'espoir d'un retour, d'une retrouvaille, d'une nouvelle rencontre.
Par contre ce qui est le plus irritant et le plus difficile à vivre c’est lorsque le départ est l’œuvre du destin. Personne n’y peut rien. Tout le monde se plie à l’acte et en ce qu’il porte en lui. C’est dire aussi que la venue au monde est une arrivée fortement appréciée dans toutes les cultures. Il s’agit de l’avènement d’une nouvelle vie. Mais lorsque la fin de la vie nous interpelle, elle le fait sans prévenir. Une naissance nous l’attendons neuf mois durant. Une mort ne prévient pas.
Encore une fois, en ce 9 juin 2011, elle s’est empressée d’agir. Après avoir emporté ma jeune sœur Soraya en mai dernier, elle s’en est prise, 35 jours plus tard, à ma jeune cousine Madiha. Encore une fois elle n’a pas avisé de ses passages. Elle s’est servie sans aucune gêne. 
C’est dire combien, par moments et en mémoire, il m’est pénible de vivre successivement les décès de ma mère et de ma sœur suivi de celui de ma cousine, comme l'ont été un demi-siècle plus tôt ceux de mon père, de mon grand père et de ma tante. Ils sont définitivement partis, sans prévenir, sans cet espoir de revoyure mais avec comme seuls souvenirs des images que le temps fige pour moi.
Le vide qui m’entoure est à la fois insondable et indéfinissable. Il m'invite à le traverser, sans me dire par quelle issue je pourrais le faire, sans aucune possibilité de contrôle de mes mouvements physiques ou de ma pensée.
Ce vide m'interpelle et me nargue, me provoque et déclenche en moi une sensation d'inachevée mais avec cette forte et intime conviction que je ne la laisserai pas me ronger, m’user et n’entamera en rien ma foi qu’après chaque départ il y a une arrivée. Celle par exemple de la dernière échéance ; ce grand rassemblement promis par les prophètes de ce bas monde. Lorsque tous nous apparaîtrons devant notre créateur, consolation de tous les temps, de tous les âges et de tous les humains qui tissent des liens depuis le commencement.
Ferid Chikhi

Un Numide en Amérique du Nord - 369 -

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