5 oct. 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 168 -

La souveraineté du Québec Utopie ou instrumentalisation intellectuelle ? -2-
Alors que beaucoup de souverainistes ont la conviction que l’identité et la culture Québécoises sont deux cuirasses protectrices de leur mémoire collective, les fédéralistes conviennent qu’il s’agit là d’une définition élaborée par les élites intellectuelles et qu’elle n’est pas appropriée pour le Canada. Cependant ces mêmes élites sont convaincues que ces cuirasses résisteront aux coups de boutoirs, à l’évidence redondants, donnés par les fédéralistes, dans un contexte où la langue française autant que la culture qu’elle véhicule sont comme deux béquilles sans lesquelles le Canada n’existerait plus.
Mélanie, poursuit son énoncé en mettant de l’avant les ‘’… avantages à préserver les atouts culturels de la minorité francophone descendante de celle qui à été à l’origine de la découverte et du défrichage de ce territoire immense et qui résistent aux forces assimilationnistes en plus de l’agressivité d’un environnement humain anglophone’’. Gilles avance les ‘’… raisons et les conséquences suicidaires de cette séparation et notamment le fait qu’hors du Canada le Québec disparaitrait et que les individus vivraient au crochet du reste de l’Amérique du Nord, comme les autochtones’’.
Thé vert à la menthe poivrée …
La première souscrit à l’idée que ‘’sans la souveraineté de leur pays les Québécois seront aliénés intellectuellement et culturellement. Leur espace culturel s’amenuisant ils n’auraient plus la référence à leur identité originelle’’. Rêve ou utopie ? ‘’L’objectif ultime est ineffaçable, inaltérable, constant, perpétuel’’. Les qualificatifs qu’alignent Mélanie, résonnent et j’observe Gilles frémissant l’espace d’une gorgée de thé qu’il boit avec délice comme pour se rassurer à la saveur de la menthe poivrée qui l’épice. Il rétorque que ‘’l’idée même de la souveraineté est - comme l’a fait Mélanie il énonce des qualificatifs en rafale - une utopie, une chimère, un rêve irréalisable qu’utilisent ceux qui vivent à ses dépens,’’. Il rajoute l’argument massue ‘’Ce sont les Québécois, eux-mêmes qui refusent de se séparer du reste du Canada. Ils l’ont fait à plusieurs reprises dont deux à 15 ans d’intervalles. Il s’agit ni plus ni moins que d’une duperie politique d’intellectuels qui ont trouvé en ce moyen une façon pour en tirer profit’’. Mélanie rétorque du tac au tac, ‘’ce sont les fédéralistes qui vivent aux dépends non seulement des autres québécois mais aussi aux crochets d’Ottawa’’.
Avant même que chacun de mes deux protagonistes ne reprennent la parole, je me suis demandé, en mon for intérieur, ‘‘Et moi, dans tout ça, où me situe-je ?’’ Je coupe la parole à Gilles et j’exprime ma réprobation soulignant que c’est un coup bas inacceptable et déraisonnable qu’il vient d’asséner parce qu’il porte un jugement de valeur et mieux encore il remet en question la probité et l’éthique des intellectuels québécois. Ce que je ne veux en aucune manière cautionner. Je le pousse dans ses derniers retranchement en lui demandant que si je l’ai bien compris il soutien que c’est une instrumentalisation de la cause souverainiste par des élites ?!
Il feint d’ignorer mon interro-exclamation et en guise de réponse qui survient au moment où l’on s’y attend le moins, lI reprend son argumentaire par une tirade imprévue, comme pour me mettre de son côté. Il énonce une vérité que peu de souverainistes - par rectitude politique - mettent de l’avant ‘’Il n’y a pas que les québécois qui ne veulent pas de cette souveraineté il y a aussi les immigrants anciens et nouveaux depuis les années ‘’80’’. Ces nouveaux citoyens canadiens qui ont choisi le Canada et non pas le Québec comme terre d’accueil. Ils sont nombreux à vouloir y rester, ce sont des français qui s’en foutent de la souveraineté, des irlandais, des grecs, des italiens, des portugais, des libanais, des asiatiques et des arabes, des Africains, des gens des pays de l’Est de l’Europe - Roumains, Bosniaques, Albanais, etc. - qui ont fait de l’anglais, première langue du Canada leur deuxième langue de communication.‘’
Là, je prends sur moi d’interrompre la discussion la qualifiant d’un ‘’plus byzantine que cette conversation, tu meurs’’ et j’invite les deux amis à me révéler comment ils apprécient le thé vert à la menthe poivrée. Ils se taisent, en prennent une gorgée et simultanément conviennent qu’ils n’ont jamais gouté une telle boisson. Pour changer de sujet et calmer les esprits, je me mets à leur expliquer en quoi consiste la cérémonie du thé chez les Touaregs.
Et moi dans tout ça ?!
Au final, j’ai au moins saisis qu’il y a forcément deux groupes, eux-mêmes segmentés en plusieurs sous groupes parmi lesquels je soupçonne : ceux qui sont pour et qui peuvent expliquer pourquoi et comment ils veulent la faire. Il y a ceux qui sont pour et qui ne peuvent ou ne savent développer aucun argument plausible. Il y a ceux qui sont pour, qui en parlent mais qui ne convainquent personne pour les suivre. Il y a ceux qui ne sont pas contre et qui ne disent rien, ne font rien, bougent très peu et attendent, attendent, attendent. Il y a ceux qui sont contre et qui agissent, activent, participent, etc. Il y a ceux qui sont contre, sans savoir pourquoi ils le sont, et ils ne se posent aucune question sur leur opposition.
Il y a ceux qui sont contre parce qu'ils savent pourquoi, ils le disent, ils le montrent, ils militent pour que le Québec ne soit jamais souverain hors du Canada parce qu’ils pensent ni plus ni moins à leurs intérêts économiques personnels (rentes, pensions retraites, voyages au sud, etc.). Pourtant, ils sont d’origine française, Québécois de souche. Ils ont des noms et des prénoms qui sonnent français. Leur langue de communication est le français. Ils ne parlent pas l’anglais parce qu’ils l’abhorrent, travaillent en français dans des entreprises, des organismes et des institutions où la seule langue de travail tolérée est le français. Ils ne sont jamais sortis de leur ville ou village et parfois même pas de leur quartier qui a toujours été habité par des francophones. Ils insistent pour exprimer leur fédéralisme et se décrivent comme des canadiens français. En fait pour certains d’entre-eux ce sont les pires adversaires de la souveraineté. Pour une seconde fois je me demande : Et moi dans tout ça ?!
Je cherche encore et je me dis, si des Québécois ne veulent pas de la souveraineté, si d’autres pensent que c’est une utopie et que des élites l’ont instrumentalisée, pourquoi devrais-je m’inquiéter outre mesure du devenir du Québec ? À ce stade de la réflexion, la révolution algérienne remonte à la surface. Je repense à mes aînés qui il y a cinquante ans – à un mois près - ont arraché de haute lutte l’indépendance de l’Algérie ; lutte que des personnes comme Pierre Bourgaud et Pierre Fallardeau ont souvent cité comme références ; je repense à l’avilissement et à la dévalorisation que tous les colonialismes imposent à ceux qu’ils soumettent ; je repense à l’aliénation culturelle et aux séquelles profondément ancrées dans des esprits qui ne peuvent plus scruter le devenir d’un citoyen libre dans un pays indépendant. Je repense au défunt Président Boudiaf (1) qui en 1954, à la veille du déclenchement de la révolution algérienne avait lancé à ses pairs ‘’Même si c’est avec les singes de la Chiffa nous la ferons notre révolution’’. Certes à d’autres temps d’autres mœurs et à d’autres pays d’autres façons de faire mais les objectifs sont les mêmes dés lors que les plus éclairés, d’un peuple, l’orientent et choisissent la bonne option.
Alors, pour le moment et parlant de thé, je paraphraserai un de mes anciens confrères de la presse écrite algérienne (2) qui termine sa chronique quotidienne ‘’Pousse avec eux’’ par une citation devenue célébrissime : ‘’Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue’’, - en disant je fume du thé et je rêve éveillé pour qu’un jour je vive la souveraineté du Québec et encore plus de libertés et tant pis pour ceux qui ne l’aiment pas. Là, j’opte pour que ce soit l'indépendance de ma seconde patrie.
Ferid Chikhi

Le Président Med Boudiaf a été lâchement assassiné le 29 juin 1992.
Du Soir d’Algérie, Hakim Laâlam   http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/10/04/hakim.php
Cet article a été publié sur Vigile.Net le 06-10-2012 : http://www.vigile.net/La-souverainete-du-Quebec-Utopie,51408

1 oct. 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 167 -

La souveraineté du Québec Utopie ou
instrumentalisation intellectuelle ? -1-
Alors que beaucoup de souverainistes ont la conviction que l'identité et la culture  québécoises 
forment la cuirasse (face et dos) protectrice de leur mémoire collective, les fédéralistes conviennent qu’il s’agit là d’une définition élaborée par des élites intellectuelles et qu’elle n’est pas appropriée pour le Canada. Cependant, ces mêmes élites sont convaincues que cette cuirasse résistera aux coups de boutoirs, à l’évidence redondants, des fédéralistes, dans un contexte où la langue française autant que la culture qu’elle véhicule sont comme deux béquilles sans lesquelles le Canada n’existerait plus.

Depuis moins de trois semaines, c’est par intermittence que les annonces chocs font réagir les oppositions néolibérales et leurs groupes économiques affiliés qui ne manquent pas d’exprimer leurs inquiétudes et afficher leur panique suite au coup de barre à gauche impulsé par le gouvernement Marois.
Un grand nombre d’observateurs semble s’accorder pour souligner que même si les unes comme les autres sont indissociables ne serait-ce qu’en raisons des choix stratégiques qu’elles véhiculent, les promesses économiques de ce programme sont mises de l’avant alors que celles en rapport avec la souveraineté sont temporairement mises sous l’éteignoir.
Cela ne m’empêche pas de revenir sur cette idée qui a été centrale au cours de la campagne électorale péquiste et que beaucoup évoquent en fonction d’appréciations parfois singulières.
J’admets avec raison que la vraie problématique de la souveraineté m’échappe en partie même si je m’y intéresse depuis plus de dix ans. Ces dernières semaines, ma curiosité en ce qui concerne la problématique sociale m’a incité à interpeler deux amis ‘’québécois’’ se qualifiants tous deux ‘’de souche’’ et affirmant des visions opposées et antagoniques sur le maintien du Québec au sein du Canada ou sa séparation du ‘’Rest of Canada (RoC)’’.
Mélanie, originaire de l’Estrie, affiche les conditions et les arguments favorables à la souveraineté. Gilles, natif du Sud Ouest de Montréal, dit être favorable au statuquo et par conséquent au maintien de la Province au sein de la Confédération Canadienne. Ce qui suit est la synthèse d’une conversation, que j’ai voulue sereine et tranquille, arrangée afin que chacun à sa manière me fasse part de ses convictions en la matière.
Cela s’est passé, dans un espace ouvert situé sur le Boulevard St Laurent, artère principale, frontière – presque virtuelle – entre l’Ouest et l’Est de Montréal. Terrain neutre, le lieu se trouve physiquement du côté Ouest et appartient à un québécois d‘origine algérienne, marquant avec un sourire narquois sa neutralité dans ce type d’échanges.
Pour témoigner mon intérêt à l’idée de la souveraineté je leur ai proposé de m’en parler autour d’un thé, accompagné de douceur bien de chez-moi. J’ai introduis la discussion en évoquant le fait que cette idée est considérée par beaucoup comme étant dangereuse et agressante, pendant que d’autres la dépeignent comme étant une nécessité absolue et n’hésitent pas à l’afficher et à l’exhiber chaque fois que nécessaire. Elle est latente, parfois commentée comme ésotérique par celles et ceux qui n’y voient pas leur intérêt et de toute évidence soumise à une volonté farouche d’étouffement par les fédéralistes.
Une nation sans pays ça ne compte pas …
J’ai tenté d’expliquer à mes deux interlocuteurs que je souhaitais comprendre et apprendre un peu plus sur ce projet de sortir la Province, où je suis venu m’installer, du reste de la confédération. Quels seraient les gains d’une aussi totale et complète autonomie qui séparerait la population en deux grands groupes opposés, divergents, à la limite antinomiques ?
Chacun y est allé de ses arguments. Historiques (Québec Province du Canada distincte depuis 1867), économiques (Hydroélectricité, énergies renouvelables, aérospatiale, technologies de l’information), politiques (autodétermination, choix du peuple), géographiques (superficie, réserve d’eau, immensité des forêts, exploitation du bois, etc.) et surtout culturels et identitaires (le fait français, etc.). ‘’Les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni’’ a décidé le 27 novembre 2006, la Chambre des communes du Canada. ‘’C’est déjà un premier pas vers l’objectif final’’, soutiendra Mélanie.
Ferid Chikhi

20 sept. 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 166 -

La démocratie québécoise est elle soluble dans la francophonie ? 

Nous y sommes, le gouvernement du Québec est à présent connu. Un gouvernement avec plus d'hommes que de femmes - 15 pour 8 – et nous pouvons, sans risque de nous tromper, dire qu'il s'agit de femmes et d'hommes qui non seulement ont les compétences nécessaires et suffisantes pour orienter la marche du Québec vers le renouveau mais aussi celles de pouvoir communiquer à la fois avec les citoyens, les autres paliers gouvernementaux et les oppositions multiples qui vont se dresser sur leurs parcours. Il est évident que la réussite de ce gouvernement dépendra du style de gouvernance qu'imprimera la première Québécoise devenue Premier Ministre de la province.
Ce qui est à première vue extraordinaire suite aux dernières législatives -‘’ceteris paribus’’ - ‘’toute chose étant égale par ailleurs’’ - c'est que la démocratie québécoise a livré quelques énoncés de son fonctionnement considérant les parties en lice et les influences aussi bien endogènes qu'exogènes. Elles sont riches en enseignements à même d’être profitables à d’autres nations, d’autres pays et d’autres institutions régionales et internationales.
La manière dont s'est déroulée la campagne électorale d'août/septembre 2012 laisse penser que la démocratie québécoise est soluble dans la francophonie et pourrait servir de modèle pour des pays devenus indépendants mais toujours sceptiques vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale française.
Elle (la démocratie à la québécoise) est à même de constituer un vrai modèle d'apprentissage pour les pays qui usent de la langue française pour communiquer entre eux et avec le reste du monde.
Cependant, il est navrant qu’exception faite de la vie politique Française, très suivie dans les pays de la francophonie, celle du Québec est méconnue. Pourtant, elle gagnerait à être mise de l'avant et pourrait devenir une source d'inspiration pour ces pays à la recherche d'une référence fonctionnelle et progressiste. C’est là un créneau que Mme Marois aura avantage à initier et à développer. Est-ce le rôle et la mission dévolus au tout nouveau ministre des relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur, M. Jean-François Lisée ? Cela est possible et il devra faire la preuve que la propulsion du Québec dans cette voie est un gain incontestable au moment où va se tenir la conférence de la Francophonie au Congo.
L’activité non seulement des échanges entre les hommes et les femmes politiques, le lien avec les citoyens, mais aussi la manière dont ils appréhendent et vivent la définition et la signification du concept de tolérance, celui de l'occupation de l'espace d'expression culturelle et identitaire. Ils sont tout à fait singuliers au Québec et pourraient être adaptés pour les besoins d’autres pays.
Au moment ou les mutations mondiales atteignent leurs plus hauts niveaux de tolérance, les activités d'échange et d'écoute, fortement appréciées pour la compréhension des différentes politiques partisanes couplées à la reconnaissance de l'autre et au respect des résultats des suffrages exprimés ainsi que le choix des élus par les électeurs ... etc. font que la démocratie québécoise - que d’aucuns considèrent comme l'une des plus novatrices et par conséquent des plus avancées du monde occidental - est exportable vers des pays à la recherche d'un équilibre politique et démocratique.
Ferid Chikhi