27 janv. 2017

Un Numide en Amérique du Nord - 274 -

Le monde musulman doit tourner la page du mal et ouvrir celle du bien
Les prophètes ont été les premiers indignés et  
Les premiers désobéissants aux ordres établis. 
De quelques causes et de leurs effets.
Comme suite aux précédentes réflexions celle-ci porte sur quelques idées relatives au rapport de l’Orient à l’Occident, deux faces de la même médaille ; au monde musulman et ses références doctrinales et enfin aux musulmans et à leurs élites qui doivent les conduire sur le chemin du registre du bien. Toute une réflexion me diriez-vous mais tenons-nous-en seulement à quelques facettes.
Après l’expansion musulmane, celle des empires colonialistes, qui se voyaient éternels occupants des terres de la Méditerranée aux confins de l’Afrique, est passée aux mains des puissances qui tiennent à la réalisation du Grand Israël, un territoire qui s’étendrait des limites de l’Euphrate à celles du Nil. En quelques décennies des peuples qui pensaient avoir gagnés leur sédentarité se trouvent ballotés au gré des vents sur les routes de l’exode ou à survivre aux flots de la Méditerranée, pour passer des ‘’rives de la souffrance à celle du bonheur’’.
L’Occident et l’Orient les deux faces de la même médaille mais
Tout ce chambardement est scruté par des experts et des analystes des observatoires occidentaux. Les uns parlent du choc des civilisations, les autres de guerres des religions, quelques-uns évoquent l’affrontement de l’Occident et de l’Orient. Mais tous feignent d’ignorer qu’une civilisation succède à l’autre, que les religions monothéistes se succèdent et se complètent alors que l’Occident et l’Orient, sont les deux faces de la même médaille.
Les masses musulmanes du Moyen Orient jurent par Allah qu’elles sont victimes des agressions humiliantes et du mépris que l’Occident leur inflige depuis la fin de l’empire 
Ottoman est elles sont convaincues qu’il veut configurer le Grand Israël tout en profitant des richesses naturelles et patrimoniales recensées dans cette partie du monde. Des œuvres d’art témoins de leurs histoires, de leurs cultures, les sceaux de leurs identités et de leurs civilisations sont volés par les occidentaux qui les considèrent comme faisant partie du patrimoine de l’humanité. Ces mêmes occidentaux parlent d’un ‘’emprunt civilisationnel’’.
Toutes ces œuvres d’art sont les témoins de leurs histoires, de leurs cultures, les repères de leurs identités et de leurs civilisations. Les occidentaux considèrent que ces biens et autres œuvres d’art font partie du patrimoine de l’humanité. C’est un acte civilisationnel que de les ‘’emprunter’’, sans quoi elles seront détruites par leurs mercenaires (comme l’ont été Les Bouddhas, Palmyre, Mossoul, Damas, Alep).
Le Coran, deux grandes œuvres en une seule
Depuis le milieu du millénaire précédent, les musulmans se sont réveillés en situation d’impuissance et d’affaiblissement ‘’imposés’’ par la gouvernance décadente des Ottomans. Il aura fallu peu de temps pour que des dictateurs et une opposition factice pervertis par un Islamisme et un Wahhabisme rétrogrades prennent sa place avec le consentement tacite des puissances occidentales, comme l’est Israël, ce petit caillou dans la chaussure.
La référence à l’islamisme, et ses succédanés le Salafisme et le Tekfirisme, remplace la parole sacrée du Coran. Ces deux idéologies meurtrières et élitistes poussent des pans entiers des populations musulmanes à la régression identitaire, cultuelle et culturelle. Leur endoctrinement se construit sur de prétendues attestations jurisprudentielles (Chariaa) ou traditionnelles (Sunna), le tout conforté par des paroles (Hadith) attribuées au Prophète (SAAWS).
Des expressions encadrent le message des prédicateurs du Wahhabosalafisme. Ils énoncent le Haram (l’interdit), le Layadjouze (l’Illicite) et les opposent à ceux qui autorisent : le Yajouze, le Halal, le makboul, le makrouh (le permis, le licite et le toléré). Les croyants sont ainsi placés dans une voie où l’esprit critique est banni. La liberté de penser par soi-même est refoulée et réprimé mais les tenants de ces idéologies décrètent que la Sahwa (le réveil) a été déclenché. Des libres penseurs, s’en offusquent et prennent la peine de questionner et tentent de déconstruire le modèle de ce silence qui limite les énoncés et la compréhension à un vocabulaire réducteur. Mais cela reste insuffisant.
Depuis ma prime jeunesse, mes lectures et mes expériences de compréhension du Coran ont été des outils d’informations qui me permettaient de mieux apprécier la place des religions, les relations ainsi que les postures de leurs croyants, les uns vis-à-vis des autres. Les enseignements sont surtout ceux de la mise en valeur du ‘’chemin vertueux et de la médiane’’ ainsi que les logiques de la répartition du Coran en deux registres dédallées - celui du bien et celui du mal – fixée par la chronologie adoptée. L’idéal étant bien entendu de trouver la ligne droite et de ne jamais aller au-delà de la médiane. En les respectant, pratiquant ou non, je savais que je serai toujours du bon côté, quelques fussent les perceptions des autres.
Les musulmans et leur rupture avec le registre du mal
Comme bien des humains, les musulmans sont convaincus qu’étant de passage sur terre, tout ce qui leur arrive, tout ce qu’ils font est écrit dans le ciel, consigné dans le registre où Allah trace le chemin de vie de chacun. S’ils y dérogent - Adam et Eve - c’est que Satan les a influencés et, par conséquent, ils s’exposent au châtiment divin. Même s’ils sont libres de faire le bon ou le mauvais choix, ils devraient pencher pour le bon, puisqu’Allah les a avertis. C’est là que commence ‘’l’Ijtihad’’.
Donc, tout ce qu’ils vivent se justifie par ce qui est qualifié de Mektoub (L’écrit). Le
‘’Destin’’, la ‘’fatalité’’, c’est ce qui est consigné dans ‘’le livre qui se trouve à la droite d’Allah’’. C’est mis de l’avant, occultant consciemment ou non le commandement qui ordonne : ‘’Ô les croyants ! Vous êtes responsables de vous-mêmes ! Celui qui s’égare ne vous nuira point si vous avez pris la bonne voie.’’105. 5. Al Maidah. Post-hég. Ils commettent ainsi l’erreur du discernement. Mais à contrario, cette erreur du discernement n’exclut pas le repentir, même lorsqu’il s’agit d’Allah, de la révélation, de la croyance au destin ou en un sort intrinsèque à chacun. ‘’El Islam’’ (la soumission) n’est pas la servitude à la puissance divine c’est la capacité de se remettre en question, c’est une raisonnement spirituel permanent pour mener une vie loin des turpitudes et des dérives inconvenantes.
La bonne action avec la bonne mesure et la réalisation du bien sont recommandées parce que la transformation débute par celle du comportement, de l’attitude, de la parole porteuse d’amour et de contentement et c’est ce qui est prescrit par le verset 11 de la sourate 13 : ‘’… En vérité, Allah ne change pas l'état d'un peuple tant que celui-ci ne change pas ce qui est en lui-même.’’
Pour les sociétés musulmanes, il n’y a que le changement intégral qui améliorera leurs statuts les faisant passer d’arriérées à celles du bien-être et de l’équilibre individuel et collectif. Elles doivent se remémorer que les prophètes ont été les premiers indignés et les premiers désobéissants aux ordres établis de tous les temps. Elles doivent fermer le registre du mal, de la perversion et s’éloigner de ses pages. Elles doivent ouvrir celles du raisonnable et du respect de la vie. Elles doivent arrêter les dissimulations, les impostures et les bigoteries. Elles doivent se placer du bon côté de la barrière.
Les premiers à s’engager sur ce chemin doivent être les élites (instruits, savants, érudits, libres penseurs et intellectuels). Ce sont eux qui doivent initier le changement et inciter les autres musulmans à ne plus écouter et suivre les pseudo imam et autres exégètes qui se cachent dans la noirceur des medersas et des mosquées pour diviser et égarer les musulmans. Ils doivent se commettre au grand jour pour libérer l’Islam de son registre mortifère et le replacer dans la lumière.
Sans quoi, si c’est au nom de Dieu et du Prophète (SAAWS) que sont mises en œuvre des règles empêchant toute forme de critique ou de remise en question de tout ordre humain imposé, c’est par conséquent aller à contre sens de la révélation qui établit que ‘’les hommes doivent changer ce qui est en eux…’’ et se développer au rythme de l’évolution générale de l’humanité.
Ferid Chikhi
http://quebec.huffingtonpost.ca/ferid-chikhi/monde-musulman-reforme-islam_b_14344000.html

10 janv. 2017

Un Numide en Amérique du Nord - 273 -

Yennayer 2967, nouvel an Amazigh.
Yennayer marque le Jour de l’An du calendrier agraire, utilisé depuis l'antiquité par les Imazighene. Il correspond au 1er jour de janvier du calendrier julien, aujourd'hui en décalage de 13 jours par rapport au calendrier grégorien.
Yennayer est généralement célébré le 13 ou le 14 janvier mais un consensus a été adopté pour que cette célébration se tienne le 12 janvier de chaque année.

Les familles partagent traditionnellement un repas à base de couscous volaille ; celui-ci doit être copieux pour symboliser l’abondance de la nouvelle année.
Pour plus de précision se reporter à mon article du 12 janvier 2014 et mis à jour
12 janvier 2017 / Yennayer 2967
Assegas Ameggaz
Le 12 janvier 2017 correspond au nouvel an 2967 du calendrier amazigh. C’est le calendrier agraire utilisé depuis l'Antiquité par les Berbères. Même s’il est décalé de 13 jours par rapport au calendrier grégorien, un consensus est retenu pour le fêter le 12 janvier du calendrier Julien.
Fête culturelle, c’est aussi l’une des premières manifestations communautaires connues de la civilisation berbère.
En guise de rappel il faut savoir que ce jour commémore l'accession, en l'an 950 av. J-C, d'un pharaon berbère, SheShonq 1er, prince de la tribu berbère des Mechaouch, qui conquit le pays des Pharaons et y régna de 945 à  924 avant J.C. Il fut le fondateur de la 22e dynastie égyptienne. Son action principale a été de réunifier l’Égypte en l’an 950 avant J.C. Il occupa la Palestine et Jérusalem et s’empara des trésors du temple de Salomon.
L’une de ses caractéristiques les plus remarquables est d’être fêtée par toutes les populations de l’Afrique du nord.  Durant cette journée un repas copieux Imensi n Yennayer  est servi et des festivités sont organisées avec pour symboliques la consécration du changement, l’annonce de perspectives d’avenir plus fastes et l’éloignement du spectre de la famine.
C’est aussi l’occasion d’accueillir chaleureusement les forces du bien et du renouveau auxquelles croit le berbère. Ce repas est fait de couscous avec de la viande de veau sacrifié (Asfel) ou de viande séchée (Acedluh) et de volaille (un coq pour l’homme et une poule pour la femme).
Le dessert est fait de beignets lesfenj  et de crêpes tiγrifin, de figues sèches, d’amandes, de noisettes, de dattes.
Imensi n Yennayer    marque la fin des labours. C’est un repas familial et communautaire.
Il invite à la communion avec les forces du bien, les génies, gardiens, de la maison à qui sont offertes des petites quantités d’aliments judicieusement déposées près du seuil de la porte, dans les coins près de la cheminée, au pied de l’olivier, à la place du métier à tisser azzetta.
Celui-ci doit être impérativement fermé et remisé dés la veille, sans quoi les forces du bien s’emmêleraient dans les fils et se  vexeraient. Ce qui n’est pas de bon augure. Axxam, la maison est nettoyée et embaumée à l’aide de branche de pin et durant les trois jours qui suivent le balai fait de bruyère est caché.
Yennayer marque le retour sur terre des morts porteurs des énergies de la fécondité. C’est pourquoi il est recommandé aux femmes de ne pas porter de ceinture, symbole de fécondité. Celles qui enfreignent cette règle deviendraient stériles.
La gestuelle est ordonnée de sorte qu’elle symbolise la générosité et l’abondance. Les berbères participants à la célébration, considèrent que par leurs actions, la protection des forces du bien est acquise pour leur communauté et son environnement.
Yennayer comme le disent les anciens ce n’est pas seulement un moment de l’année célébré à la fois avec faste mais aussi, même si cela parait paradoxal, avec cette sobriété reconnue comme une valeur par les populations confrontées à un climat versatile, à une terre exigeant des efforts colossaux avant qu’elle ne produise ce qu'elles attendent d’elle.
Yennayer c’est surtout une organisation sociale qui fait le lien entre des croyances païennes et des pratiques en constante évolution. Des coutumes et des rites anciens perdurent et confirment sa place dans les traditions berbères.
Alors, Assegas Ameggaz
Ferid Chikhi

31 déc. 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 272 -

Pour 2017, l’année à venir et qui débute cette nuit à 00 : 00.

Je me promettais d’écrire ma liste de résolutions avant le dé but de la soirée.
Ce matin en mettant de l’ordre dans mes livres de référence j’ai feuilleté l’un d’entre eux :  sur l’apport de la civilisation américaine. Mon regard s’arrête sur une phrase, une citation de William Jennings Bryan, démocrate pacifiste et anti-impérialiste, ancien secrétaire d’État, un des plus grands opposants de la théorie de l'évolution et à l'impérialisme américain. Cette phrase est : ‘’Le destin n’est pas une question de chance mais une question de choix. Ce n’est pas une chose qui doit être attendue mais une chose qui doit être accomplie.’’.
Alors, je me suis demandé comment et non pas pourquoi
faire une liste de ce que devraient être mes objectifs principaux alors que d’habitude je laisse faire le destin ?
Des décennies d’ambiance et de culture pour ne pas dire seulement de pratique musulmane ça imprègne et ça laisse des traces indélébiles dans l’esprit ; d’autant plus que chaque année, le rituel des fêtes religieuses revient et nous rappelle l’enfance, l’adolescence et même la jeunesse. Heureusement que seuls les moments les meilleurs surgissent et resurgissent par moments.
Pour 2017, je ne fais pas de liste, pas de résolution et pas de de chemins particuliers à suivre. Seuls les moins et les plus vont compter.
Ferid Chikhi

16 déc. 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 271 -

Pour un retour sur des visions et des vécus
Tout ce que nous possédons aujourd’hui, nous le perdons un jour
Y a-t-il de l’espoir dans notre monde en bouleversement ? Répondre à cette question aussi abruptement qu’un éclair dans le ciel n’aide pas à la sérénité. Faut-il parler de faits singuliers que les médias mettent en évidence à un moment ou à un autre de la vie, au quotidien, ou d’évènements marquants qui ont un effet direct sur chacun d’entre nous ou mieux encore de faits qui sont portés à la connaissance de Madame et Monsieur Tout Le Monde mais selon des angles de vision différents ?
‘’Pense aux saisons - m’avait dit mon grand-oncle Smaîn - à l’euphorie du moment et au début de chacune d’entre-elles et ce qu’elles charrient de bon et de mauvais succède l’incertitude et la frustration. Tout ce que nous possédons, aujourd’hui, nous le perdons, un jour, surtout lorsqu’on sait que rien ne perdure et que toute chose porte en son sein ses propres limites temporelles.’’
Identité et Personnalité
Ceux qui cherchent à apprendre et à savoir tout au long de leur existence sont différents
par leur particularité de partisans du moindre effort, de moutons. Il est une évidence que les impatients n’apprennent pas et se placent sur les bancs des médiocres et des cancres. Il faut savoir être tenace car la précipitation mène à des actions intempestives avec des résultats négatifs. Pour se faire comprendre par autrui il importe de choisir des mots appropriés, compréhensibles et porteurs du contenu que l’on souhaite transmettre.
Il est évident que tout réside dans le contenu du message et la manière dont il est véhiculé. Ce sont parfois des paraboles, des allusions, des métaphores qu’il faut savoir décrypter. La symbolique étant très forte c’est avec le temps que l’on apprend le sens des mots et de leur portée et que l’on finit par se forger une identité et une personnalité.
Je fais le rêve…
Dire que les rêves des plus démunis sont faciles à combler est certes vrai, surtout que le premier d’entre eux est celui de la dignité, suivi par celui de la justice ensuite vient celui du bien-être et enfin la liste se termine par celui de la paix, mais bien d’autres soulignent, à juste titre, que c’est la liberté qui prime sur tout mais les puissants de ce monde trouvent que c’est utopique et pour leurs servants cela est inutile.
Un jour Jacques Grand’ Maison a dit :
Je fais le rêve que partout sur la terre des enfants,
Se lèvent, se dressent et crient résolument,
Arrêtez vos guerres, vous les grands et les puissants,
Arrachez la haine et la revanche de vos cœurs,
Vous tous terroristes et militaires de l’horreur
Qui humiliez, massacrez, tuez tant d'innocents. …
L’individu est par essence toujours en mouvement.
La récapitulation des périodes qu’une personne franchit de la naissance à la date du changement ou encore l’élaboration du tableau bord de son expérience de vie, de son existence est, à mon sens, un moyen ou mieux encore un procédé privilégié de revoir et d’imaginer, à la fois des séquences de son passé et d’envisager quelques-unes à venir ; c’est à la fois et d’un côté, troublant et émouvant et de l’autre côté, impressionnant et singulier pour ne pas dire prodigieux.
Dans les faits, à la fin des années ‘’90’’, j’avais fait un bilan exhaustif des 50 dernières années que j’avais vécues. J’ai évalué, par anticipation, la dizaine, un peu plus ou un peu moins, qui me restait à vivre. Bien entendu, je n’ai parcouru que les grandes étapes ou encore les évènements privilégiés et les moments qui m’ont d’une façon ou d’une autre marqué. Toutefois, revoir le passé et envisager l’avenir constituent deux démarches différentes qui ont, par endroit, des similitudes. Elles se complètent mais avec un point d’arrêt ou ce qui peut être considéré comme un espace qui les sépare et qui les relie. Comme si c’étaient les outils d’un relais … un espace et un instrument de transition.
Une pensée troublante
Je me rappelle par exemple que le cimetière, comme peut être tous les cimetières, n’est pas seulement fait pour accompagner à leur dernière demeure les défunts parents ou proches connaissances, il est également fait pour aller se recueillir sur leurs tombes, les jours de fêtes, se les rappeler à notre souvenir, revisiter une histoire de vie partagée. Une tradition qui persiste seulement pour les plus récents.
Pourquoi le cimetière est-il remonté à la surface ? Je ne l’ai jamais compris mais c’était
une pensée troublante qui a traversé mon esprit. Était-ce l’espace où sont réunis tous ces morts et qui par le silence, parfois dérangé par le vent ou une légère brise, impose son propre silence, sa paix, sa sérénité ? Je n’ai jamais réfléchi à la question mais depuis le départ de MA, ce dit silence occupe parfois mon esprit. Pour rester dans cette logique du départ et de l’arrivée, qui ne ferait pas la distinction entre les conditions du départ et celles de l’implantation ?
Cependant, dans ma pensée, l’exil, la mort, le vécu, le renouveau, sont des instants que je ne peux ni prévoir, ni prédire, ni deviner. Je peux seulement y songer. Lorsqu’on meurt, on ne prend rien avec soi. Lorsqu’on part, c’est déjà le début du renouveau. Une nouvelle vie commence à chaque pas que l’on fait vers l’avenir, le futur, l’inconnu. Certitude, évidence ou simple hypothèse !?
L’exil, l’appréciation du vécu… et l’autre qui nous habite.
 Le premier pas se fait dans un univers dont certaines caractéristiques nous apaisent et nous confortent parce qu’elles ont des similitudes avec celles laissées derrière soi. D’autres sont à déchiffrer parce qu’elles sont nouvelles, différentes, distinctes. Cet univers est en premier lieu celui de l’environnement social et culturel. Il change au fur et à mesure que l’on y avance. Il n’est pas le même que celui que l’on a connu.
C’est par lui que débute la rencontre avec l’autre. En fait, l’autre est un binôme. Le premier, est celui qui veut nous connaître et apprendre tout de nous. Celui qui veut comprendre l’univers d’où nous venons et comment nous y avons vécu. De notre côté, nous avons le même besoin, la même soif de savoir, de découvrir qui il est. Mais, la problématique est complexe parce qu’une question nous interpelle, comment connaître l’autre si on n’a aucune idée de sa propre connaissance de soi ? C’est là que débute une autre aventure. Celle de découvrir qu’il existe en nous un autre individu, une autre personnalité que nous n’avons jamais cherchée à prospecter, l’autre qui nous habite.
Lorsque débute ce processus on apprend avec souvent un étonnement non feint et une profonde surprise des aspects de notre identité que nous n’avons jamais imaginé porter en nous.  Cet autre, n’est pas distinct de soi-même avec des qualités, des défauts, des forces, des faiblesses.
À titre de repère et en ce qui me concerne ma venue au Québec, au Canada, en Amérique du Nord c’était, au début, traverser l’océan et, même si ce n’est pas par bateau, ça reste loin. C’est vivre le mythe de la liberté en terre de liberté. C’est valider que c’est possible parce que cela existe. Mais confronté aux gens du pays j’ai dû revoir ma copie et me fixer de nouveaux objectifs parmi lesquels celui de la connaissance de soi a été primordiale.  
C’est aussi faire le deuil d’un passé … l’emprise de l’âge.
Dès l’arrivée, l’enthousiasme a vite pris le dessus et ma motivation me survoltait au point de me faire oublier mon demi-siècle de vie passée ailleurs. Ce n’est que bien plus tard en analysant mon installation que j’avais compris que ma prise de décision était différente de celles des autres nouveaux arrivants, différentes des milliers d’exilés et de ceux qui se sont rendus en Europe ou ailleurs dans le monde.
L’âge, cette emprise qui nous façonne sans que nous ne puissions faire quoique ce soit,
change toute la perception de ce qui m’attendait, de ce que j’appréhendais et de ce que je cherchais. Je n’ai pas mis longtemps pour repérer, distinguer, discerner le cheminement à suivre en vue d’éviter les méandres inconnus que j’empruntais. Parce qu’il s’agissait de le faire et non pas de rester en marge. Il fallait pénétrer un monde nouveau qui malgré des similitudes avec celui de mon passé était différent. Les conditions étaient difficiles.
Pour m’y adapter j’ai décidé de changer mes paradigmes en appliquant trois principes qui caractérisent l’espace social de ce pays d’accueil ; ‘’Faire le deuil d’un passé. Apprendre à mieux me connaître. Me constituer un réseau de contacts’’. Le tout fondé sur un principe propre aux Numides : ‘’Bâtir sur du neuf et Toujours partir de zéro’’. Je l’ai fait et je ne m’en plains pas.
Ferid Chikhi


12 Janvier 2012 mise à jour le 15 décembre 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 379 -

  L’émotion vient avant la raison Lorsque les auteurs écrivent ils ont auparavant longuement réfléchi. Lorsque les auteurs écrivent ils ...