17 oct. 2018

Un Numide en Amérique du Nord - 300 -

Une déconfessionnalisation inachevée n’est pas la laïcité 
Les polémiques sur les valeurs Québécoises, l’intégration des immigrants originaires des pays arabo-musulmans … leurs voiles, leurs dénonciations de ce qu’ils qualifient de racisme et la laïcité, sont de retour dans les espaces publics après une élection remportée par la majorité francophone. 
La capacité de résilience des Québécois 
Je me souviens qu’au moment de mon installation les acquis de la révolution tranquille étaient palpables pour un immigrant venant d’Algérie. Une de mes premières impressions n’avait rien à voir avec les avancées politiques et encore moins la déconfessionnalisation que je croyais généralisée aux autres institutions publiques et à l’espace public, même s’il y avait profusion de noms de Saints et de Saintes donnés aux artères des villes et des villages ainsi le nombre des églises. Elle touchait beaucoup plus, dans ma tête de Nord-Africain, les signes du succès social et du progrès industriels atteints par les Québécois. Mon intérêt initial concernait la transformation du tissu économique en de multiples pôles industriels. Avec une carrière faite dans les transports aériens, j’avais hâte de connaitre les sites professionnels de Bombardier, Pratt & Whitney et CAE (chef de file mondial en formation dans les domaines de l’aviation civile), les institutions internationales, (IATA & OACI). 
Il y avait aussi, la culture francophone, les arts et les festivals de Montréal dont la renommée était internationale. Afin regrouper mes connaissances du Québec, j’avais focalisé sur les actualités et notamment celles relatives aux institutions politiques et l’organisation citoyenne. Se faire une petite place au sein des CA d’organismes communautaires n’était pas chose aisée. J’ai dû faire tester ma compréhension de ce que je découvrais de la société Québécoise. J’avais beaucoup entendu parler de la résistance du peuple Québécois francophone noyé dans un océan d’anglophones. J’avais découvert que sa force résidait surtout dans sa résilience et dans sa capacité à la transformer en force de l’innovation et de la créativité. 
Les islamistes étaient déjà au Québec 
Ce que je n’avais pas anticipé c’était l’adage suivant : ‘’ le passé te rattrape au moment où tu t’y attends le moins ‘’. En mars 2002, j’avais commencé à rencontrer des Québécois. Une visite au marché - Jean Talon - s’était imposée. J’allais être marqué de façon magistrale. Un terroriste islamiste, de mon quartier, était apparu dans l’encadrure de la porte d’entrée du marché couvert. Nos regards s’étaient croisés. La main de mon accompagnateur me tira de cette vision presqu’irréelle. L’Hacène, me dit ‘’ tu sais très bien que le Canada, les USA, la Grande Bretagne et la France ont accueilli ‘’nos terroristes’’. Il est là, comme demandeur d’asile politique et peut être comme clandestin’’. Je me suis alor, demandé si sept millions de francophones étaient stoïques ou naïfs face à 1.000 à 1.500 islamistes (C’était déjà une évaluation au vu des 3.500 Algériens qui débarquaient à Montréal depuis 1998) !? 
J’avais pensé aux acquis sociétaux du Québec et je conclus que la sécularisation avait fait de grands pas, mais en matière de laicité beaucoup restait à faire surtout que la déconfessionnalisation de l’école publique n’avait concerné que le Christianisme… Je m’étais aussi demandé, si leur identité, leur culture, leur langue résisteraient à ce fléau multidimensionnel, allié contre nature à une gauche réactionnaire ? J’avais omis, par méconnaissance, le poids du multiculturalisme et ses effets sur la ghettoïsation des communautés ethniques. Le ‘’Québécophobisme’’ incité par des groupes d’individus formatés aux dogmes d’idéologies venues d’ailleurs, aura-t-il un droit de cité ou sera-t-il annihilé ? Une question traversa mon esprit : Peut-on désendoctriner ces personnes ? Une seule réponse confrontait : Il faudra que les Québécois sortent de leur tolérance légendaire pour faire face à l’autovictimisation et au retour sournois des idéologies à caractère religieux. 
‘’Un nécessaire changement de culture institutionnelle’’
J’ai dû relire quelques pans de l’Histoire du Québec pour mieux comprendre les différentes tendances. Je découvris qu’en 1997 un amendement à la Constitution avait supprimé les privilèges confessionnels détenus par les catholiques et les protestants[1]. Le Québec s’était engagé dès mars 1999 à considérer avec attention le rapport élaboré sous la présidence de Jean-Pierre Proulx et portait sur la place de la religion dans le système éducatif. À la suite de cela, la Loi 118, adoptée le 14 juin 2000, était critiquée par les tenants de l'école confessionnelle et par ceux de l'école laïque. Le rapport Proulx aurait été plus adapté à la société moderne que le compromis choisi par le ministre de l'Éducation. En octobre 2006, un avis du ministère[2] de l’éducation relatif à la déconfessionnalisation scolaire au Québec mentionnait ’ un nécessaire changement de culture institutionnelle ’’. Pour moi, j’avais cru comprendre que la Révolution Tranquille avait été le creuset de la construction d'une nouvelle identité nationale québécoise et une rupture décisive entre l'Église et l'État. L’école déconfessionnalisée, a certes façonné les futurs citoyens en leur inculquant des valeurs, des principes, des repères sociétaux, et bien entendu tracé les contours d’une société moderne où l’égalité les droits, les libertés fondamentales étaient puissantes, mais d’où l’Histoire et la Culture spécifiques aux Québécois avaient été évacuées. Pour moi, le processus était inachevé. 
La laïcité, seule, ne saurait et ne pourrait jouer ce rôle 
De nos jours, des conférenciers, à partir de leurs tours d’Ivoire, servent, sans scrupules des concepts redéfinis selon des approches accommodante d’identités nouvelles. Or celles-ci investissent et perturbent tous les espaces publics et privés. Quelques-unes sont mortifères et anthropophages pour
les autres. À ce stade de la réflexion, bien des citoyens originaires d’Afrique du Nord se demandent si ce Québec, qui les a accueillis, n’est pas poussé sur un chemin dangereux pour le bien vivre ensemble. Ils pensaient avoir laissé derrière eux, leurs islamistes et les atteintes à leur intégrité pour les retrouver en pleine expansion en terre Québécoise. Or, c’est avec un enthousiasme assumé qu’ils sont venus vivre et partager une vie sans considération de leur appartenance religieuse. Un grand nombre parmi eux, applaudissent, l’avènement du gouvernement Caquiste qu’ils estiment en mesure de proposer des réponses conformes aux divergences affichées de quelques islamistes qui se réclament d’idéologies incompatibles avec les valeurs de partage de la société d’accueil. Ils ont aussi confiance dans sa volonté de profiter des enseignements tirés des échecs de son prédécesseur pour consolider sérieusement les acquis laïques du Québec. Le Québec est à la croisée des chemins, son nouveau Premier Ministre, sait que pour s’en sortir, achever la déconfessionnalisation est un dessein sensible. Il doit maintenir son option en vue d’une laïcité tant réclamée par la majorité des citoyens et ainsi être au diapason des défis relevés par les pionniers du Québec.
Ferid Chikhi

22 août 2018

Un Numide en Amérique du Nord - 299 -


Laicité : Recourir à la clause dérogatoire …au Canada.

Au cours de l’une de ses premières apparitions comme leader de la Coalition Avenir Québec (CAQ), M. Legault, a promis qu'en cas de son élection comme Premier Ministre du Québec, il userait de la clause dérogatoire pour imposer la laicité. Je veux bien y croire, cependant, je trouve bizarre que tout le monde ne regarde qu'une facette de la façon de la faire, cette laicité, alors que la problématique est à mon avis plus complexe… notamment au Canada et son statut de pays multiculturel.
Au-delà des états d'âme des chefs des partis Québécois :
Pena Ruiz a expliqué son triptyque en définissant les conditions qui doivent être réunies pour la réalisation de la laicité. Mais il part du principe que l'État est déjà Républicain, or le fédéralisme Canadien est incompatible avec la laicité qui est et restera une valeur RÉPUBLICAINE. 
Dans ‘’Histoire de la laïcité : Genèse d'un idéal, (Gallimard, 2005)’’ ce Maître de conférences, philosophe et écrivain nous rappelle que (…) Laïque, l'Etat républicain se fait accueillant à tous, sans discrimination. Pour cela, il se refuse à tout privilège public des particularismes : ni religion reconnue, ni athéisme consacré. (…). Or dans un contexte provincialiste comme celui du Québec, seul un parti qui oeuvre pour l'indépendance est en mesure de réaliser la Laicité. Pourquoi ? C'est tout simplement parce que seul un parti indépendantiste, porteur du minimum garanti c'est à dire deux projets : celui d'un pays indépendant républicain et souverain et celui d'une société diversifiée et pluraliste… est en mesure d’atteindre les objectifs du vivre ensemble, dans un espace de partage, de solidarité et de complémentarité et surtout balisé par des valeurs d’égalité. Cependant, il lui faudra au préalable les concevoir clairement et précisément. Ce qui ne semble pas pour demain la veille.
Un autre enjeu est à considérer avec attention en sortant du cadre de références habituelles. C’est celui qui fait du Canada une confédération à caractère multiculturel. Ce qui peut faire qu’aucune de ses provinces ne sera libre d'opter pour la laicité parce que la loi constitutionnelle de 1982, dans sa partie – I – celle qui consacre la charte canadienne des droits et liberté il est clairement écrit qu’‘’Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu… ‘’. Par conséquent, tout approche républicaine est stipendiée. Le statut de l’individu, est encadré par des principes et non pas des valeurs ; il l’est comme sujet de la Reine, du Royaume Uni. Cette qualité prime sur tout le reste des valeurs collectives et communes ; des valeurs universelles, combien même le Canada, se voudrait séculier, la laicité n'y a pas de place.
La clause dérogatoire est quinquennale…
Au Québec, prétendre pouvoir procéder avec la clause dérogatoire est une simple vue de l'esprit. Sachant, comme le souligne si bien Henri Brun (professeur émérite à la faculté de droit de l'Université Laval), que ‘’Ça pourrait permettre de mettre fin au débat pour un certain temps », dit-il, rappelant que la clause dérogatoire doit être renouvelée par le Parlement qui l'applique tous les cinq ans…’’ et en tout état de cause le débat reprendra de plus bel à la fin de la cinquième année.
Quant au reste du Canada, aucune des provinces, même celles qui se considèrent comme les plus progressistes, ne pourraient en faire autant, enfermées qu'elles sont dans le carcan imposé par la sujétion à la Reine. Si la clause dérogatoire fonctionne en la matière pour le Québec elle pourrait devenir contagieuse pour les autres provinces sachant que les vagues migratoires en provenance d’autres religions que la Judéo-chrétienne, s’imposent dans le paysage social ... et ça, presque tous les Canadiens du RoC ne l'accepteraient.  Sur ce point précisément, plusieurs observateurs émettent des hypothèses fort intéressantes mais celles-ci ne se valident pas dans un contexte multiculturel fortement axé contre le séparatisme ... et le communautarisme. Toutefois, pour la république rien n'empêcherait pas de regarder de l'autre côté de la médaille... C'est pour cela que la difficulté de mettre en oeuvre la laicité dans un contexte multiculturel… est utopique. Cependant, pour le Québec, l'indépendance est la seule issue … Pour l’heure, les Québécois doivent assumer que la déconfessionnalisation opérée depuis le début des années ‘’60’’, n'est pas La laïcité. 
Parce que comme le souligne l’historien et auteur Olivier Loubes dans ‘’La laïcité, cadre et profondeur de champ de la République’’ : (…) Il y a donc au cœur de la définition de la République une laïcité institutionnelle, constituée et constituante. Pour autant, on le voit bien ces dernières années, cette référence laïque peut être instrumentalisée par des adversaires de l’idéal républicain de laïcité, des valeurs laïques, qui s’en servent soit pour s’exclure de ce cadre démocratique, soit pour exclure des groupes du viv.re ensemble national. (...) 
Si c’est bien compris par toutes et tous, le reste sera facile à réaliser. En conclusion, l'idée de recourir à la clause dérogatoire n'est que chimère électoraliste…
Ferid Chikhi.

Un Numide en Amérique du Nord - 369 -

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