4 mars 2019

Un Numide en Amérique du Nord - 306 -

Immigration et Laicité au Québec.
Au Québec, en cette fin de l’hiver 2019 et bientôt le début du printemps se dessinent en toile de fonds de chauds débats qui accaparent déjà aussi bien les gens des médias que les observateurs et autres analystes de la scène politique et socioculturelle, plusieurs groupes de militants toutes obédiences confondues. Deux thèmes majeurs, parmi tant d’autres, du programme du gouvernement Legault, l’immigration, la laicité et leurs prolongements dans l’école, constituent des tests de passage à réussir afin d’éviter que les émotions prennent le dessus sur la raison.

Un modèle de sélection des immigrants à reformuler
Au Québec, depuis un peu plus d‘une décennie, ont été observés des changements de fonds qui touchent particulièrement les relations entre la société d’accueil et des immigrants musulmans venus des pays arabo-musulmans, de quelques pays européens et particulièrement de France. Parmi ces derniers, beaucoup se réclament d’origine diverses et quelques-uns revendiquent leur appartenance à de nouvelles idéologies (colonialité et décolonialité, ‘’indigénat’’, racialisation, Islamisme, etc.) en questionnement, sans occulter des embrigadés ‘’sélectionnés’’ selon des critères généraux et généreux qui leur permettent d’arriver en sol Québécois, sans craintes d’être repérés. Ils mettent de l’avant leur identité plus idéologique sous couvertreligieux et exigent que des dispositions réglementaires leurs soient accordées pour que leur liberté d’action soit préservée. Au même moment, au Canada, le fédéral est interpelé par les mercenaires de Daech qui
veulent revenir au pays, à présent que leur mission s’est achevée avec fracas contre le mur de la bêtise humaine échafaudé par ceux qui les ont embrigadés. Il n’est pas nécessaire de revenir sur la complexité du dossier de l’immigration sachant que le gouvernement Legault est arrivé avec des promesses électorales avec un seul paramètre, celui de la réduction à 40.000 sélectionnés au lieu de 50.000 et ce malgré l’abondance d’emplois notamment en région. Mais très vite il a provoqué une onde de choc en invitant 18.000 requérants, soit environ 45.000 personnes, à reformuler leurs demandes. Le bon sens nous intime de demander comment une équipe constituée de gestionnaires avertis a pu s’engager dans un chemin aussi périlleux même s’il s’agit de l’héritage ‘’vicié’’ de la gouvernance libérale ? Il y comme un non-sens qui ne s’explique pas, sauf par le fait que la gestion des ressources humaines a été ‘’un détail’’ chez les agents du Ministère. À l’évidence, malgré sa verve, le jeune ministre Simon Jolin-Barrette semble avoir été piégé et devra naviguer à contre-courant pour s’en sortir.
La vraie laicité dans la charte
Le second dossier chaud, celui de la laicité, s’annonce plein de rebondissements au vu des réactions qu’il suscite dans les rangs des groupuscules radicaux de gauche et leurs alliés conservateurs et islamistes ainsi que des multiculturalistes enragés. Le simple fait de parler de ce sujet et voici que des ligues de propagandistes’’ s’insurgent. Quelques-uns de leurs nouveaux prophètes et de leurs courants, prétextant l’offense et la stigmatisation, lancent des attaques perfides associées à la victimisation. Leurs cibles privilégiées sont les nouveaux élu-e-s du gouvernement du Québec ainsi que les partisans de la laïcité. Toutefois, ils n’hésitent pas à accuser les Québécois et leur gouvernement d’être racistes, xénophobes et la cerise sur la tarte, ils les culpabilisent d’être des semeurs de troubles en configurant deux sociétés, celle identitaire et l’autre. Ils n’hésitent pas à rejeter 

le blâme qu’ils subissent et refusent que les futures lois qui réduiraient leurs libertés idéologico-religieuses soient adoptées. En fait, au Québec, ‘’ces ligues de propagandistes’’ s’insurgent contre la laïcité qui doit être l’énergie du contrat social en déployant l’égalité de tous les citoyens devant la loi, la solidarité entre individus et groupes sociaux sans que la religion ne soit mise de l’avant. Ils sont pour une laicité à sens unique est seulement portée par la neutralité de l’Etat.  Ils ne veulent pas comprendre que vouloir s’approprier la lutte contre les discriminations et le racisme est antinomique avec la laicité, que s‘accaparer de cette lutte en raison de de leur origine, de la couleur de leur peau, de leur orientation sexuelle, de leur religion est en soi une discrimination envers de pans entiers de la société, sachant que cibler toute forme de discrimination à raison de l’identité de la personne est tout sauf inclusif. 
La réforme de l’école
Dans le prolongement des deux dossiers ci-dessus mentionnés, celui de l’école avec le projet de maternelle, la suppression du cours ECR et pourquoi pas une refonte de l’administration pour la mettre au diapason des besoins du Québec, il existe quelques éléments qui pourraient faire réfléchir autrement sur les sujets en 
question. Par exemple, celles et ceux qui considèrent qu’entre les jeunes le bon vivre ensemble est probant, ils oublient que la désignation par la communauté d’origine n’aide pas du tout à l’inclusion dans une nation homogène. Ils refusent d’admettre que les libertés citoyennes ne sont viables que si leurs limites dans une société en mutation depuis fort longtemps ne sont pas assurées par un enseignement approprié. Des gardes fous doivent être mis en place pour juguler les clivages observés au sein des groupes ethniques et entre les communautés de la métropole Montréalaise et celles des régions. Bien des signes de divergences sur les valeurs sociales sont visibles et palpables en raison surtout d’un manque flagrant d’un enseignement de l’histoire du Québec à laquelle tout se rattache. 
Une pédagogie pour une convergence citoyenne
Pour clore cette réflexion, le sens commun au Québec voudrait que le gouvernement de la CAQ maintienne et consolide sa position en faveur de la sauvegarde et de la consolidation de l’identité Québécoise, des valeurs fondamentales du pays (partage, soutien aux plus vulnérables, accueil et ouverture d’esprit … égalité et équité) ainsi que de leur priorisation, de l’intégration des immigrants, etc.  Il sait que seule la vraie laicité inscrite dans la charte des droits et libertés évitera la fragilisation des assises démocratiques de la Province que tant de générations - y compris libérales - ont contribué à bâtir. Pour atteindre cet objectif, le seul moyen est d’assurer une travail pédagogique que les autres formations politiques n’ont pas su initier. Ce travail consiste en la formalisation d’une politique de convergence citoyenne pour un vivre ensemble et en bonne intelligence loin des chapelles religieuses, idéologiques et politiques. Celles et ceux qui défendent les libertés individuelles contre les risques, les incertitudes et les menaces qui pèsent sur elles savent qu’un pays est stable seulement si toutes et tous vont dans la même direction et qu’ils/elles soient mu-e-s par les mêmes sentiments de progrès, de développement individuel et collectif et loin des prédicateurs de mauvais aloi et leurs alliés circonstanciels. 
Ferid Chikhi

17 janv. 2019

Un Numide en Amérique du Nord - 305 -


Dans le propos qui suit, j’énonce trois éléments qui, selon ma perception, constituent des obstacles sournois à la formalisation de la laïcité. Le premier de ces éléments a trait au serment de citoyenneté Canadienne couplé au second qui concerne la ‘’contrainte’’ de sujétion à la Reine d’Angleterre que prêtent les immigrants, et qui finit par influer inconsciemment sur leur état d’esprit. Ce qui, au Québec, en fait un écueil à leur intégration, entrave leur acceptation de l’identité et de la culture françaises et alimente les défiances envers les valeurs de la société d’accueil. Parallèlement à ce cadre de référence, le troisième élément est l’idéologie islamiste. Elle forme un front anti-laïcité avec les multiculturalistes Canadiens et la nouvelle gauche radicale fortement noyautée par des courants islamistes.  
Sujet ou citoyen ou citoyen et sujet ?
Pour étayer une partie de ce qui précède, j’ai réfléchi aux causes visibles qui nourrissent l’opposition que rencontre la laïcité au Québec. Je me suis rappelé ma prestation de serment pour la citoyenneté Canadienne. À ce moment particulier de mon ‘’appropriation’’ de ma nouvelle citoyenneté, j’ai ressenti une violente agression morale contre les libertés pour lesquelles j’ai opté. Trois questions me sont venues à l’esprit : d’abord en tant que musulman, comment pourrais-je accepter d’être sujet de la Reine d’Angleterre qui est gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre ? Ensuite, quelle posture devrais-je adopter dès le moment où sans en prendre la mesure, j’ai apostasié l'Islam par un serment de sujétion à cette Reine d’Angleterre ? Par extension, je me suis demandé si les autres immigrants de foi chrétienne catholique, hébraïque et autres Bouddhiste, hindouiste ressentent la même violence et si ce n’est pas le cas, pensent-ils que leur parjure va avec leur foi ?
Des amis, arrivés avant moi au Québec, m’ont suggéré de ne pas m’en offusquer et d’oublier ce serment. Je suis resté dans le doute pendant quelques mois avant de me libérer de cette problématique en la reléguant dans une case mémoire même si elle est toujours prégnante. Pour m’autoriser ce ‘’rangement en mémoire’’, j’ai fait un exercice de lecture.  J’ai revisité, entre autres, le passage du Traité de l'Autorité Politique de Spinoza, où il écrit : « Les hommes ne naissent pas citoyens, mais le deviennent ». Je suis donc devenu citoyen d’un pays qui m’a offert de l’être, après cinq ans de pratique, d’adaptation, d’apprentissage. C’est ‘’un privilège (!?)’’, m’a-t-on dit, il faut acquérir. J’ai aussi relu quelques passages du dictionnaire philosophique) d’André Comte-Sponville, qui définit le citoyen comme ‘’ le membre d’une Cité, en tant qu’il participe au pouvoir souverain (autrement il ne serait que sujet) et lui est soumis (sans quoi il serait roi). Il peut exister...’’.  
Enfin, je me suis rappelé Jean Jacques Rousseau qui met en évidence le fait que ‘’ Le citoyen est un être éminemment politique qui exprime non pas son intérêt individuel mais l'intérêt général. Cet intérêt général ne se résume pas à la somme des volontés particulières mais le dépasse’’. L’intérêt général, personne n’en disconviendra, c’est bien dit et cela devrait réveiller quelques bien-pensants qui interviennent régulièrement dans le débat sur les deux thèmes essentiels qui monopolisent l’attention des citoyens. Le premier constitué autour des trois fondements que sont l’identité, la culture et la langue du Québec. Le second concerne l’Islamisation rampante que des activistes islamistes voudraient imposer aux communautés musulmanes et aux nouveaux convertis. 
Cela s’observe spécifiquement au Québec où nous assistons, avec le concours de multiculturalistes Canadiens, à une banalisation et à un dévoiement des fondements qui structurent ces deux thèmes tout en minant les acquis sociétaux de la Révolution Tranquille.  En effet, depuis plus d’une décennie le triptyque identité, culture, langue française subit un recul sans précédent, alors même que, concomitamment, le multiculturalisme et l’islamisme accroissent leur présence au sein de la société Québécoise. Bien entendu, pour compléter le portrait général, il faut considérer avec attention le grenouillage des apprentis sorciers de la gauche radicale en perte de sens.
L'urgence d'un cadre législatif pour la laïcité
Avant de clore ce propos, je reviens à l’idée première à savoir les causes de la stagnation du processus menant à la formalisation de la laïcité. En fait, je me demande si la laicité fait peur aux gouvernants du Québec et du Canada et quelles seraient les causes de cette peur ?
Selon bien des analystes sérieux, le sécularisme offre une place privilégiée aux religions par leur intervention dans la vie des sujets tout en diluant leurs identités multiples sous les signes et symboles religieux et en reléguant au dernier rang leur citoyenneté. Omettant de signifier que les religions ne reconnaissent qu’une seule liberté individuelle, celle de se soumettre au verbe divin ou encore comme le dit Emile Durkheim : “ La religion n'est pas seulement un système d'idées, elle est avant tout un système de forces. ”C'est dire que tout en optant pour la neutralité des institutions et non des employés du service public le sécularisme est favorable à ce que les ''fidèles''  puissent exprimer leurs convictions religieuses et surtout afficher leurs signes et autres symboles religieux.
En revanche, pour d’autres, la laïcité est un produit clé en main, donc achevé et bien ancré dans leur esprit parce qu’il décline l’identité sous toute ses facettes, et notamment celles qui deviennent communes à toutes et à tous. Pour eux, il suffit de légiférer afin que le cadre de références mette sur le même piédestal les religions tout en les excluant de la gouvernance des affaires publiques et des citoyens. Ce qui est vrai dans un État de droit. Néanmoins, une loi, quel que soit son champ d’application, exige souvent une longue préparation, une bonne compréhension et surtout un partage de ses principes. Dans le cas de la mise en œuvre de la laïcité, cela dure depuis une décennie. 
Une grande majorité de Québécois ont décidé de faire confiance au gouvernement de François Legault. Dès lors, le processus législatif doit être accéléré pour mettre les pendules à l’heure, sans quoi, au nom du sacro-saint respect des minorités, le multiculturalisme aidant, les disparités, les spécificités, les singularités importées dans leurs bagages culturels et intellectuels, les agissements sociaux et politiques de bien des immigrants mettront à mal l’espace commun et public.
Ferid Chikhi

Un Numide en Amérique du Nord - 369 -

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