15 déc. 2020

Un Numide en Amérique du Nord - 342 -

La perte de sens, Karn Arb’atache [1] ou la transition Hégirienne

Partant des nouvelles pratiques étranges et étrangères apparues en Algérie depuis le début des années ‘’80’’ et qui se sont consolidées au fur et à mesure que le temps passait, la problématique de la tradition musulmane des Algériens a complètement été altérée. Elle qui occupait les esprits saints des Algériens depuis des siècles n’a pas résisté à l’infiltration et l’expansionnisme islamiste. Les institutions publiques et privées, les espaces publics, les familles, les lieux du savoir et ceux du culte n’ont pas été épargnés. Un survol succinct de ces changements majeurs en revisitant l’histoire tout en abordant l’actualité me semble approprié en cette période de perte de sens.

Oui, ‘’la perte de sens’’, disaient avec ironie une de mes grandes tantes maternelles et la

Grand-mère de mon épouse, la perte de sen oblige le musulman contemporain à faire du surplace et/ou à se perdre dans un passé qu’il n’a pas connu et qu’il ne connaitra jamais. Pour faire terre à terre, je me souviens des récits que ne manquaient pas de rappeler les plus âgés d’entre-nous au sujet du passage du siècle en cours - correspondant, selon le calendrier Grégorien, à la fin de l’année 2018 - vers le suivant - ou mieux encore la transition vers le 21ième. - Pour les musulmans, selon le calendrier Hégirien, il s’agit du passage du 14ième vers le 15ième siècle.

De nouveaux paradigmes sociétaux

À cette époque (Fin des années ‘’50 ‘’ et début des ‘’60’’) j’étais passionné par cette perte de sens même si je n’en comprenais pas la portée, surtout que pour moi le sens c’était la direction et la direction c’étaient les points cardinaux qui, pour moi, étaient immobiles. Nous cherchions une direction, la boussole faisait le travail en pointant son aiguille vers le ‘’Nord’’. En fait, j’avais du mal à en saisir la signification. Pourtant, aujourd’hui, je peux m’avancer à dire que, parmi tant d’autres, je suis un témoin de cette perte de sens. En raison de nouveaux paradigmes sociétaux et des dérives religieuses diffusées par les pays du Golfe et leur guéguerre entre Sunnites et Chiites ainsi que par leurs alliés intéressés plus par le gain détourné que par le devenir des musulmans. Tous ces antagonistes ont perdu le sens de la mesure. Ils ont aussi perdu le chemin de la ligne médiane. Ils préfèrent s’attacher aux extrémismes ceints par les dogmes imposés par des prédicateurs bornés, chauvins, ethnocentristes, rétrogrades, xénophobes et, le pire de tout, misogynes. Les apprentissages des sciences et du savoir en général ne font pas partie de leurs environnement.

Adolescent, j’ai souvent entendu deux phrases fréquemment répétées pour qualifier un fait social inhabituel. Elles étaient toujours énoncées par des personnes qui ne respectaient pas le cadre de références habituellement mis de l’avant d’une façon consensuelle. J’entendais : ‘’… Fnette Eddania (C’est la fin du monde) … Ah ! Hajuj Oua Majuj (ces pourris de la fin des temps…’’ et ‘’ … Hadha Karn Arba’tache (c’est ça le 14ième siècle) … ‘’.  C’était pour moi un langage ésotérique mais qui a toujours existé et qui faisait partie de la mémoire transmise par l’oralité ambiante. 

De nouvelles pratiques étranges et étrangères 

Pour illustrer ce qui précède, quelques éléments tangibles sont à retenir. A cette époque - il y a de cela plus d’un demi-siècle – et jusqu’à la fin des années ‘’70’’ les pèlerins de retour de la Mecque offraient des petites fioles contenant de l’eau de Zemzem, de l’encens, des chapelets, des tapis de prière ; rares étaient celles et ceux qui offraient le Coran. Bien entendu, cela dépendait des moyens de chacune et de chacun. Mais, souvent pour compenser le manque de ces produits, c’était la Baraka du Hadji et de sa compagne qui était offerte à tous ceux qui les visitaient. Le meilleur consistait en des narrations de ce qu’ils/elles ont vécu durant leur séjour aux lieux saint de l’Islam.

Au début de la décennie suivante, ce que nous commencions à observer, c’étaient essentiellement quelques vêtements saoudiens portés par les hadjis ou encore par des jeunes devenus mercenaires après avoir rejoint l’Afghanistan et revenus de Djeddah. L’observance des accoutrements des premiers était, jusqu’à une certaine limite convenable, puisque très tôt l’habit traditionnel reprenait le dessus. En revanche, pour les seconds, venus tout droit de Peshawar - (situé à la frontière du Pakistan et de l’Afghanistan) - leur accoutrement était devenu leur costume représentatif d’un lieu étranger à l’Algérie et qui étaient dans plusieurs mosquées. En fait, ils étaient en mission de la Daawa. Ce costume leur octroyait un certain statut qui ne plaisait pas à tout le monde et tous pensaient que c’était une mode qui disparaitrait rapidement. En fait, le pire, non pas seulement dans l’habillement qui sortait de l’ordinaire mais aussi dans la pratique, c’étaient les nouvelles habitudes de vie que ces ‘’mercenaires et leurs femmes’’, imposent à tous et surtout à toutes les femmes par des prêches salafistes. Cela se passait, particulièrement lors des cérémonies et autres rituels traditionnels : prières, funérailles, circoncisions et autres mariages. La femme devenait invisible dans le groupe ‘’guidé’’ par l’homme.  

Pour expliquer une de ces pratiques, je me souviens de l’anecdote suivante : Une dame âgée, les 80 ans passés, se dirigeait vers la salle de bain pour faire ses ablutions. Une jeune femme, la trentaine bien assumée et fraîchement revenue de son petit pèlerinage de la Mecque (Omra[2]), bien entendu portant hijab, la suit, et au moment où la dame âgée allait placer son pied droit dans une cuvette pour faire ses ablutions, la jeune femme joignant le ‘’cri’’ à la parole, lui indique qu’elle doit d’abord commencer par laver son pied gauche pour chasser le diable, (Ah ! Ce diable qui depuis toujours peuplait les échanges entre les individus en apparaissant sans crier gare et presque tout le temps du côté gauche de la personne). La vieille dame, connue comme une pince-sans-rire, lui répondit du tac-au-tac : ‘’Ah ! tu m’as fait peur, j’ai cru que c’était toi le diable’’. La jeune fille a tenté de s'excuser de l’avoir ‘’troublée’’ mais l'octogénaire, lui ordonna sèchement de la laisser tranquille. Quelques personnes qui avaient accouru pour connaitre les raison du ‘’cri’’, s’en prirent à la jeune femme et l’invitèrent à stopper ses conseils.

La vieille dame, retourna à sa chambre, fit sa prière et revint au salon, où toutes les invitées étaient à l’écoute attentives du prêche déclamé par la jeune femme. La Grand-mère s'adressa à l’auditoire quasi silencieux et lui dit avec une espièglerie à peine voilée : ‘’Quoi, vous ne voulez plus écouter mes hikayates (contes) et vous pensez apprendre d’elle des khorayfetes (fables). C’est ce qu’on appelle Karn Arb’atache (le 14ième siècle) ! Akhir Eddounia (la fin du monde) ! La jeune hijabisée, visiblement très fâchée, se leva et quitta la maison. 

Ya'juj et Ma'jûj[3] et Dhû L Qarnayn[4]

Des événements semblables étaient devenus monnaie courante. Ils marquaient l’apparition de pratiques étranges et étrangères à l’Islam d’Algérie, aux traditions, aux Us & Coutumes du pays. Ce qui était aussi valable pour presque tous les pays arabo-musulmans. Le Wahhabosalafisme infiltrait les sociétés et les vidait de leurs traditions, de leurs cultures, de leurs pratiques cultuelles. C’est là que la ‘’fin de tous les temps’’ prend du sens. Selon quelques-uns de mes aînés, Karn Arb’atache marque non seulement la fin d’un siècle mais il configure l’avènement d’un autre. Le mieux dans cette situation est que cette transition façonne aussi des changements majeurs structurants non seulement dans les pays arabo-musulmans mais aussi dans le reste du monde, là où les musulmans forment une minorité victimisante.

Pour conforter ou au contraire déconstruire cette idée, une analogie serait, me semble-t-il appropriée ; en effet, selon le Coran, Dhou El Qarnayn, qui aurait été Alexandre le Grand aurait vécu durant la seconde partie de son siècle et le suivant d’où la référence aux deux siècles (Karnayne) correspondant à 326 av/JC - ce qui semble improbable vu l’âge de son décès à 36 ans. La période en question, selon le calendrier Hégirien, chevauchait deux siècles. Le problème c’est qu’à son époque l’Islam n’existait pas. En revanche, je préfère ce que m’ont légué mes aînés qui considéraient que Dhou El Qarnayne était bien Alexandre le Grand, l’empereur qui partit de l’Occident pour conquérir l’Orient, a su régner sur les deux

bouts du monde. Une de ses œuvres de conquérant et autocrate aurait été le mur qu’il a érigé pour stopper les Ya'juj et Ma'juj (Gog et Magog) Un peuple de corrompus et de violents. Signe annonciateur de la proximité de la fin des temps, ils se heurtèrent au génie de Dhou El Qarnayn. Durant cette période, la nôtre, c’est-à-dire Karn Arb’atache, on verra le ‘’Massih ad Dajjal [5]’’. Il correspondrait, par exemple, à un certain Trump qui aurait voulu bâtir son mur comme Dhûl Qarnayn. Les Ya'juj et Ma'juj seraient les migrants sud-américains ou, peut-être, les chinois qui immigrent partout dans le monde. (Non ! Là, je fais dans la dérision). 

De la tradition musulmane à la pratique islamiste

Finalement, on peut s’écrier : Ah ! Les Arabo-Musulmans, mais bien entendu pas tous les musulmans, sont encore et toujours en ‘’UNE’’ de l’actualité en ce début de 21ième siècle. Ils prennent de la place dans les unes des quotidiens, les écrans télés, les radios … et bien entendu les réseaux sociaux. L’Islam, ses musulmans et surtout ses islamistes prennent une place dominante dans l’information, l’analyse, les commentaires et les débats des médiums. Heureusement et en dépit de diverses tentatives d’homogénéisation, y compris par la coopération - œuvre des États islamiques (OCI) selon la charte de l’Isesco (Doha) - les Arabo-musulmans forment toujours des communautés diversifiées, hétérogènes et plurielles. Chacune d’elle se présente avec de multiples facettes identitaires, culturelles, sociales et économiques. Des blocs segmentés, constitués en silos, placés les uns à côté des autres, indépendants mais bien reliés par les cinq piliers de l’Islam. Ils donnent l’impression d’être consensuels avec l’imposition de l’Arabe comme langue commune et l’Islam Sunnite comme la religion de tous, pourtant, les divergences sont avérées, incontestables et elles se justifient, ne serait-ce que par l’Histoire des peuples. Leur Histoire avant l’avènement de l’Islam. Le mieux est que les traditions musulmanes par leur intelligence, leur tolérance et leur indépendance offrent à leurs citoyens la capacité et la possibilité de ne pas pratiquer mais seulement d’en faire partie.

Bien des paramètres (les piliers et les préceptes de base de l’Islam) rattachent les musulmans les uns aux autres mais bien d’autres (les cultures, les langues premières, les Us & Traditions locales) les distinguent aussi, les uns des autres et lorsque les islamistes façonnés dans les laboratoires occidentaux dans le but de barrer la route au communisme, ils ont été renvoyés dans leurs pays d’origine pour participer dans le jeu de la mondialisation à leur affaiblissement en menant une guerre absurde et mortifère contre leurs civils. Dès lors, la perte de sens s’est généralisée. Aujourd’hui, une normalisation de relations entre les pseudo-puissances des pétrodollars et ce qui était encore hier et en surface leur ennemi juré, Israël, son concepteur le Sionisme avec la bénédiction du Royaume Uni, la majorité des pays arabes se gargarise de la nouvelle géopolitique qui favorise une nouvelle configuration du MENA, remplaçant les accords Sykes-Picot de 1916, signés entre, encore une fois le Royaume-Uni et la France et qui avait été un prélude au dépeçage de l'Empire ottoman. Cet accord étant arrivé à son échéance, ce sont les USA qui en sont les maîtres d'œuvre. Il faut reconnaître que le président sortant a réussi son deal en ciblant les intérêts des uns et des autres.

Les faux frères et les amis silencieux

Dans les pays arabes, les régimes en place alliés au mouvement islamiste sont les instruments de la déliquescence des gouvernants en place et ils sont à l’origine de cette perte de sens généralisée et jamais égalée.  Nous sommes déjà, au début de la cinquième décennie du siècle hégirien (1441) et à la fin de la seconde du nouveau millénaire Grégorien (2020) pourtant aucune des deux hypothèses ne s’est confirmée. Cependant, bien des choses ont changé, un pan entier du MENA vit les effets d’une guerre généralisée et peine à se redresser ; des pays musulmans du golfe arabe, à quelques exceptions près, serrent la main de l’État d’Israel et trahissent l’idéal, si idéal il y avait, d’une unicité fictive ; le Maroc reçoit le soutien des pétromonarchies arabes mais pas celui des pays musulmans de l’Asie orientale et obtient en contrepartie la mise en œuvre du fait accompli pour poursuivre la colonisation du Sahara Occidental ; le Sahel brûle à petit feu sous la supervision de la France et de ses alliés alors que selon l’éditorial d’El Djeich (08/12/20) les militaires Algériens appellent le peuple à la vigilance et aux risques extérieurs auxquels, de toutes façons, beaucoup parmi eux ont peut-être contribué en étant convaincu qu’ils sont intouchables ; le Hirak a été stoppé net par le Covid19 mais ses effets sont à examiner et à méditer dans le court terme tout en ayant à l’esprit une anticipation  sur le statut tant territorial que citoyen du pays. Où qu’il soit l’Algérien doit se saisir des synergies que le Hirak a généré afin que la démocratie et la gouvernance du pays soit citoyenne et notamment citoyenne. Le temps, les stratégies, les politiques de bien des pays semblent avoir attribué des faveurs à ceux qui ont fait appel à leurs intelligentsias et poussé dans le coin de l’échiquier mondial ceux qui ont ignoré les leurs. Le monde change et même si aux frontières les incertitudes son bien présentes elles sont aussi mères de toutes les tempérances.

Ferid Racim Chikhi


[1] Le 14ième siècle Hégirien correspondant au 21ième siècle Grégorien

[2] La Omra est un petit pèlerinage à la Mecque qui se faire tous les mois de l'année. Il est néanmoins recommandé de le faire pendant le mois de ramadan.

[3]   Gog et Magog (Ya'juj et Ma'juj) : Cités deux fois dans le Coran à propos du récit de Dhu-l-Qarnayn (S18 V94) et étant un signe annonciateur de la proximité de la Fin des temps (S21 V96) et Sourate 21 Al-Anabiya (Les Prophètes).

[4] Dhou El Qarnayn = celui qui a vécu durant les deux siècles (la fin du précédent et le début du nouveau). Beaucoup le considèrent comme étant Alexandre le Grand. "Celui des deux cornes". Dans le Coran, la Sourate Al-Kahf, les Ayahs 83-101 le cite comme étant celui qui voyage vers l'est et l'ouest.  El Qarn = le siècle.

[5] Le faux messie, menteur, le trompeur serait une figure maléfique de l’eschatologie islamique. Il est dit qu’il apparaîtrait de l’Est … Orient. Il est comparable à la compréhension chrétienne de l’apparition de l’Antéchrist dans l’eschatologie chrétienne.


16 nov. 2020

Un Numide en Amérique du Nord - 341 -

Le Coran est leur constitution & la Charia leur charte !

Depuis le début de l’année 2020, le monde fait face à deux évènements majeurs porteurs d’incertitudes les unes plus à risque que les autres : le plus répandu, le Covid19 et l’attente du vaccin pour le réduire ; le second reste malheureusement l’islamisme et son djihadisme multiforme poursuivant leur expansion par la violence et l’intimidation contre tous ceux qui s’opposent à eux par la pensée, les idées progressistes et la plume. 

2020, la décennie des incertitudes et de la censure

Des contingences, il en existe un grand nombre mais un des défis majeurs auxquels est confronté le monde beaucoup plus que les pays arabo-musulmans est celui de l’incrustation du fléau islamiste et la revendication d’une hégémonie qu’il ne peut imprimer qu’avec l’intimidation et la terreur. Face à ce fléau il n’y a que des libres penseurs, des laïcs, des intellectuels, des femmes progressistes luttent depuis quatre décennies en alertant, en écrivant, en parlant et en dénonçant ses actions suicidaires, victimaires et culpabilisantes. Ils le font pour la consolidation des libertés d’expression, de la laicité et du vivre ensemble en bonne intelligence. Alors, une question persiste et elle se résume comme suit : Comment lutter contre un ennemi de la citoyenneté ?

Dans les pays arabo-musulmans, avec le silence complice de leurs États totalitaires, l’islamisme ne tue pas autant que par le passé récent, il intimide et il a appris à le faire en assignant en justice (Djihad Juridique) tous ceux qui sont contre lui. Il défend ses ‘’valeurs’’ régressives en s’assurant du soutien d’associations aveuglées par la haine de l’autre et dont les membres sont à la recherche d’un sentiment d’appartenance perdu à jamais. Pourtant, il est clair qu’une seule stratégie pourrait être porteuse de tranquillité. Il s’agit de la cautérisation des racines du mal par une unité d’action contre les États et les bailleurs de fonds qui financent directement ou indirectement les groupes ou les individus Kamikazes. 

Gouvernance et État de droit

Nous savons qu’un État de droit, n’est pas seulement une administration de lois, c’est une gouvernance fondée sur une législation qui préserve les libertés citoyennes et invite chacun à vivre librement tout en respectant ses concitoyens. C’est ce qu’a fait le gouvernement du Québec en adoptant la loi 21 relative à la laïcité de l’état. 

Ce qui veut dire que l’État est tenu de veiller à la pérennité des lois qu’il adopte au nom des citoyens, même si ces lois sont rejetées par ces minorités qui n’en veulent pas semble-t-il parce que les leurs sont meilleures. Malheureusement, ces attaques contre la législation du pays d’accueil émanent toujours de personnes qui déclarent sans hésitation que le Coran est leur charte et que la Charia est leur constitution, et mieux encore, ils ne sont pas tenus de les respecter.

Les menaces répétées contre les sociétés démocratiques

Au Québec, la grande majorité des citoyens est exaspérée par ces attaques indélicates et toujours haineuses mettant de l’avant l’offensive redondante de ces personnes poussées à hurler leur victimisation et à culpabiliser toute la société d’accueil.  Pourtant, leurs prestations médiatisées montrent l’indigence de leurs propos et la faiblesse de leurs arguments. Tout ceci pour dire que ce sont des évènements sans fondements qu’ils mettent de l’avant. 

En France, la décapitation d’un enseignant à proximité de son école, cœur du savoir et des sciences de la république, interpelle tous les laïcs et montre que le pays des Lumières est tétanisé par sa proximité avec les monarchies du Golfe.  L’assassinat de Samuel Paty qui expliquait à ses élèves l’ouverture d’esprit que chacun doit avoir ; qui les aidait à développer à l’endroit de tous ce qu’est l’esprit critique ; qui leur parlait des apprentissages multiples du génie humain et surtout leur montrait comment cheminer sur la voie de l’Ijtihad -  l’effort personnel de voir les choses de la vie autrement - sa décapitation n’était pas seulement un acte terroriste c’est aussi la livraison d’un message à la République Française et à ses alliés qu’en dehors des principes, des règles et des ‘’valeurs’’ enseignés dans le cadre nébuleux de l’Islamisme il n’y a point d’enseignement ni de recherche du savoir. Faut-il en arriver à subir de tels actes au Québec pour se réveiller ?

Il faut convenir que c’est la perversion de l’Islam par le Wahhabosalafisme, le Khomeynisme et la fraternité islamiste qui ont fait ressurgir des préceptes d'un autre âge, sans quoi, il ne reste qu'à nier la mémoire des aïeux qui ont été pour la grande majorité de pieux musulmans, pacifiques et sereins. Ils n’avaient en tête que les cinq piliers (la foi en dieu, la prière, le jeun, l’aumône et le pèlerinage pour qui le peut), les belles célébrations ou commémorations ou encore les pratiques rituelles qui font la tradition musulmane partout dans le monde. 

Réfractaires aux lois des pays d’accueil ...

Ces idéologies islamistes (l’Ayatollahisme et le Wahhabisme, ainsi que leur succédané, la Fraternité islamiste) veulent imposer leurs lois et leurs valeurs islamistes sans partage. Deux visions, deux conceptions se font face : celle du contre et celle du pour. Du côté des contres, les concepts qui reviennent le plus souvent sont : racisme, xénophobie, exclusion, islamophobie, stigmatisation, congédiement, chômage, départ, précarité, et … LIBERTE, etc.  Du côté des pour : il est question d’adaptation, d’intégration, de tolérance, de vivre ensemble, de respect mutuel, de solidarité, de partage, etc. des valeurs que tous les peuples de progrès partagent en bonne intelligence. Partout où l’islamisme sévit les intérêts des uns et des autres configurent la confrontation entre la régression et le progrès.  Les uns s’indignent que les sociétés d’accueil leur imposent leur mode de vie. Ils le refusent, ‘’s’ostracisent’’ et rentrent dans une bulle qu’ils fortifient en se référant à des principes soi-disant religieux alors qu’ils sont plus idéologiques. Apparaissent alors les contours de la suprématie idéologique qui se fonde sur la religion à des fins politiques. L’exemple est remarquable lorsque les plaintes de certains sont entendues au cours des auditions devant la Cour supérieure du Québec, contre la loi 21 portant laïcité de l’État Québécois. 

C’est réellement la déclinaison d’un projet de société qui prêche la confusion théologique contre la cohésion sociale. Cela reflète des enjeux qui prônent l’implantation d’une législation d’exceptions celle d’un statut personnel incompatible avec le préexistant et par conséquent menaçant l’édifice législatif par l’enchâssement de fondements légaux arbitraires ayant une portée régressive et obscurantiste.

Ferid R. Chikhi

26 oct. 2020

Un Numide en Amérique du Nord - 340 -

Algérie : Le Hirak et ses effets secondaires : Quelle perspectives … ?

Dans l’opinion qui suit, il est question des effets inhérents au Hirak en dehors des premiers qui ont empêché le 5e mandat présidentiel et qui ont chassé quelques corrompus et corrupteurs mais qui ont ouvert grâce au Coivd-19 la prochaine approbation par référendum d’une nouvelle Constitution. Il est question aussi de la démocratie tant espérée mais qui se trouve opposée par le danger islamiste contre le projet de société qui appelle à la refondation de la République Algérienne.

L’amendement de la Constitution

Le Hirak, comme Révolution pacifique du sourire, n’est plus à la croisée des chemins parce qu’il a atteint ses objectifs initiaux. Il a ébranlé et chassé du pouvoir un président qui a échoué dans sa gouvernance et créé les conditions d’un marasme multiforme. Cependant il a ouvert la porte à un pouvoir à l’évidence sans expérience de la chose politique parce qu’il n’a pas su, à ce jour, décrypter le sens commun de ce mouvement. Le Hirak a gagné ses lettres de noblesse dès le moment où il est imité et cité en exemple partout dans bien des parties du monde et ses causes comme ses effets immédiats (en attendant de voir les autres) sont enseignés dans des départements de sciences politiques, de sociologie et d’histoire d’universités prestigieuses.

Il reste que la mise de l’avant du projet d’amendement de la Constitution porte en lui des concepts qui augurent d’incertitudes difficilement appréciables à l’heure actuelle. Ceci pour dire que tant que le citoyen est interpellé par deux paramètres. Le premier étant celui du choix de la date du jour anniversaire du déclenchement de la Révolution de Novembre 1954. Le second concerne le qualificatif qui est accolé au sigle du FLN. Ces deux amendements sont porteurs de contingences et d’une configuration qu’il faut redouter.

Le premier est pernicieux, usurpateur pour ne pas dire contrefacteur. C’est à se demander si on se prépare encore à un autre effacement d’un pan de la mémoire révolutionnaire. Le 22 février 2019 a été récupéré par le pouvoir en place pour lancer sa nouvelle République Algérienne ; encore un concept frauduleux et sans l’assentiment des citoyens. Si l’objectif est de placer le FLN au musée du patriotisme national ? Et là, personne n’est contre. Cependant, pourquoi ne pas le faire avec les honneurs dus aux martyrs et au combat libérateur des Algériens ? Le 1er Novembre 1954 doit être protégé afin d’éviter tout effacement de la mémoire anticoloniale, celle de la lutte pour la récupération de la souveraineté nationale. Les promoteurs de cette idée ne mesurent pas les effets sur l’histoire nationale mais aussi sur celle de bien des pays qui ont acquis leur indépendance à la suite de luttes mémorables et en se référant à celle des Algériens.

Ce qui est déplorable, c’est qu’au lendemain de son investiture le Président avait une opportunité unique de dissoudre les assemblées élues de l’ère Bouteflika et d’offrir une nouvelle démarche institutionnelle. À ce moment précis, il aurait pu parler au nom du Hirak. Malheureusement, il a failli et maintenu les politiques et les procédures du siècle dernier. Procédures que le Hirak a justement dénoncées. S’il avait déclaré l’amnistie et la suspension des détentions des militants, des animateurs et des activistes du Hirak, qui ne l’aurait pas cru et suivi même si sa légitimité est contestée ?

Il reste que si la Constitution a une importance primordiale dans le devenir du pays, ce qui compte ce n’est pas la Constitution en tant que telle mais son application sur le terrain.

La démocratie ?

Ce que vit l’Algérie est encore une occasion qui sera imputée aux errements renouvelés d’un pouvoir incapable de décrypter l’expression du sens commun. La démocratie du Hirak, par exemple, et ses effets sur la population ainsi que la vie politique de l’Algérie avaient pris une place prépondérante dans les différents rassemblements. C’était la relation entre les citoyens et les animateurs du mouvement. Semblable à celle d’un pays où le peuple communie avec ses élus, ses gouvernants, etc.

Le maintien des institutions élues montre on ne peut mieux que le message populaire n’est pas compris par les gouvernants qui affichent un mépris évident à l’endroit du peuple. Or, qui ne sait pas que les députés reçoivent un mandat du peuple, mais font-ils leur travail ? On peut en douter ne serait-ce qu’en constatant leur absentéisme chronique, leur ignorance, leurs agissements, leur éloignement de ceux et celles qui les ont «élus». Ils prennent rarement l’initiative de projets de lois alors que la Constitution leur en donne le droit. Sur le plan local, la plupart des élus locaux passent leur temps à revendiquer des aides de l’Etat et sont incapables d’anticiper les problèmes. En tout état de cause, peut-être dans une ou deux générations si l’éducation nationale est refondée, transformée, restructurée. Si le statut personnel de la femme change pour lui offrir la place entière qu’elle mérite et si la religion est cernée dans les espaces qui lui conviennent loin de la gouvernance, peut-être que la démocratie poindra à l’horizon.

Mieux encore, si le citoyen est mis au centre des préoccupations des élus et des gouvernants et si le militaire prend sa place d’abord comme citoyen et qu’il se mette réellement au servir non seulement du pays mais aussi de la citoyenneté, peut-être que cela sera possible ?

Les islamistes et leurs accointances gouvernementales

Actuellement, à la veille de ce 1er novembre 2020, le pouvoir est à la manœuvre avec les islamistes, en mettant en œuvre deux programmes, celui du renforcement de l’arabisation et celui de l’islamisation de l’école. Les deux problématiques n’échappent à personne et il faut ajouter un troisième : le recul des programmes économiques gouvernementaux. Malheureusement, la mentalité et l’état d’esprit ont été tellement corrompus que leurs tenants trouvent facilement des relais pour les aider à se renforcer.

Après le référendum sur la Constitution, il y aura les législatives. Comme la nature a horreur du vide, si les partis peu représentatifs boycottent le scrutin, ils n’auront aucune tribune pour exister politiquement. S’ils participent, s’ils s’impliquent, ils pourront espérer impacter la vie politique, à condition qu’ils revoient complètement leur logiciel. Le Hirak comme mouvement sans organisation ni verticale ni horizontale n’a pas eu pour objectif sa structuration en prévision des batailles politiques électorales. Peut-être que les initiateurs n’ont pas eu le temps de le faire puisque presque tous ont été mis en détention ou invités à rejoindre leurs quartiers. Cela s’est fait dans le silence total.

Cependant, si le pouvoir veut œuvrer pour le bien du citoyen, il a l’option de mettre de l’avant des solutions à titre transitoire, en changeant en souplesse des paradigmes organisationnels et fonctionnels de la gouvernance. Il pourrait en accord avec la société civile, les organisations citoyennes et des personnalités locales sérieuses ouvrir des canaux de communication et mettre en place des passerelles pour un dialogue serein et sincère. Lancer un dialogue décliné sur le court, le moyen et le long terme axé sur l’économie, l’agriculture, l’urbanisation, l’éducation et la culture, la diaspora et d’où émergeront de nouveaux profils représentatifs des citoyens.

Le danger islamiste

Cette démarche est un des instruments utiles pour éviter l’intrusion perfide des islamistes. La question est considérée avec attention, notamment avec les falsifications éhontées de l’histoire de la Révolution et l’hégémonisme islamiste transnational.

N’oublions pas que l’islamisme est l’épine au pied sur laquelle ont marché les dirigeants des années «1980». Les islamistes ne cessent de s’infiltrer et d’enfler avec l’appui accordé par l’ancien Président. Les liens des islamistes algériens avec ceux des autres pays, que ce soit au Moyen-Orient, en Asie ou en Europe. Le soutien intéressé des puissances occidentales en rajoute et cela est encore plus visible de nos jours. Le pire, c’est qu’en Algérie les islamistes sont au pouvoir au sein de l’éducation nationale, la justice, les affaires religieuses, les télécommunications, les institutions électives locales, etc. et adulés par les militaires. C’est dire que le Hirak a juste balayé le problème sous le tapis.

Deux projets de société inconciliables

Aujourd’hui, ses représentants basés à l’étranger lancent des actions liberticides et intimidante contre un observateur qui a quitté la scène politique depuis fort longtemps. Ce spectateur critique de la scène politique, en l’occurrence Saïd Sadi, fait l’objet d’un affichage mortifère par l’organisation islamiste Rachad. Il ne s’agit pas d’une simple confrontation entre deux hommes politiques. L’un est porteur d’un projet totalitaire et orienté vers le passé et la régression sociétale, l’autre décline celui d’une société démocratique, tournée vers le progrès et le développement du citoyen et de toute la société. L’un est obscurité et obscurantisme, l’autre est avenir et futur et tourné vers le savoir et la connaissance.

Par conséquent, ils se réfutent dans la forme et dans le fond, ce qui fait qu’ils sont antinomiques. Le projet que portent les islamistes, toutes tendances confondues, est celui de l’endoctrinement, de l’embrigadement et si cela ne fonctionne pas il préconise l’intimidation jusqu’à la violence physique, en décimant les intelligences qui fragilisent leur programme de prise de pouvoir. Ce projet porte en lui les germes de l’adversité contre tout ce qui ne rejoint pas ses idées, ses dogmes d’un autre âge ; ses attaches à des préceptes dignes de la Jahilya (période ante islamique, ndlr). Il ne laisse aucune place à l’esprit critique.

Le projet que défend Saïd Sadi est celui d’un humaniste. Celui d’un esprit éclairé. Celui d’un libre penseur et rhétoricien rigoureux auquel s’ajoute le patriotisme. Pour clore ce chapitre, il faut savoir que l’islamiste en chef de Rachad bénéficie du soutien financier de divers bailleurs de fonds et de plusieurs organisations islamistes transnationales. Il n’a pas l’Algérie au cœur. Le Dr Saïd Sadi a le support de la vérité, celle que porte en eux des compatriotes exilés durant la décennie noire et en Algérie des démocrates qui militent encore, avec abnégation et détermination.

En conclusion

Au-delà des aspects politiques que personne ne peut minimiser et notamment la pléthore de pseudo-partis multifonctions, ce sont, de nos jours, les urgences économiques qui interpellent et qui font que la situation globale incertaine pour les citoyens et la faiblesse des marges de manœuvre gouvernementales. Formuler quelques-unes sous forme de questions pourrait ouvrir la porte à des projets de développement qui mettraient bien du monde au travail : comment sortir du Covid-19 ? Comment remettre les gens au travail ? Comment résorber le chômage de masse (5 millions de chômeurs) ? Comment gérer le pays avec moins de 50 milliards de dollars de réserves de change ? Comment se libérer de la dépendance aux hydrocarbures ? Comment éviter de recourir au FMI ? etc. Ces urgences imposent une vraie refondation des approches politiques de l’économie, à la fois de la part du pouvoir et des partis d’opposition. C’est à l’aune de ce changement de paradigmes que les citoyens algériens sépareront le bon grain de l’ivraie.

Ferid Chikhi