19 mai 2021

Un Numide en Amérique du Nord - 350 -

 Algérie : Le Hirak n’est pas la désobéissance civile

L’écrit qui suit est une synthèse d’un essai sur l’évolution du champ politique algérien et des carences, des déficits et autres insuffisances institutionnelles, organisationnelles et fonctionnelles legs de la pensée unique de l’Algérie de 1962 à nos jours. Bien entendu des parties positives existent. Elles font l’objet d’une autre réflexion. Il est donc question successivement d’une partie de la pensée politique que personne ne met de l’avant, du système de gouvernance jamais diagnostiqué, de la place des élites et de leurs éventuelles influences sur les défis de l’Algérie après le 12 juin.

Des legs de la pensée unique … et des errements des dirigeants

L’Algérie est à quelques semaines du renouvellement des assemblées populaires tant nationales que locales forcées par le Hirak. Retenons que les chefs de file ont toujours été des représentants des partis politiques alors que bien des segments du système sont grippés et que ses limites et son obsolescence sont, elles aussi, consacrées.

Les nouveaux candidats, nous dit-on au nombre de 14.000 se veulent en majorité indépendants, mais le sont-ils vraiment ?

Jeunes et surfant sur les réseaux sociaux mais sans en connaitre les effets alors que des faiseurs d’opinion affiliés mettent de l’avant leur soi-disant maitrise des technologies nouvelles. Mais est-ce vraiment le cas ? Il est dit qu’ils iraient vite en besogne alors que leur expérience du monde politique leur échappe totalement. Toujours en matière d’institutions élues, il est vrai qu’un nouveau découpage administratif a été ordonné pour la création de nouvelles wilayas, ce qui veut dire nouvelles municipalités.  Subséquemment, une première question vient à l’esprit de ceux qui veulent avancer est celle de savoir ce qu’il en est du bilan de ces assemblées élues ? Ben entendu, personne n’en parle. Peut être que le Président aura l’idée de le faire faire après le scrutin ? Cependant, suffit-il de libérer les précédents élus sans leur demander des comptes ? C’est là une autre question qui ne peut être éludée ou balayée du revers de la main malgré l’existence d’une cour des comptes !!

Rappelons-nous qu’avec l’apparition du Hirak face à un système, totalement accaparé et détourné, devenu dans l‘esprit de certains ‘’immuable’’, l’Algérie en ce début du 21ième siècle, tente de stabiliser son mode de gouvernance malgré les difficultés de gérer des dossiers majeurs en raison de l’inexistence de compétences et en dépit du fait que l’exécutif tentent de leur impulser une dynamique nouvelle. Pour accélérer les processus, il est fait recours durant cette transition à la tradition des ordonnances pour décider de l’avenir de quelques domaines d’activités. Mais encore une fois rien ne se dit et ne se fait au sujet d’un éventuel diagnostic ou bilan des affaires de l’État et de ses institutions mettant de l’avant les grandes segments des déficits, le tout complété par un plan de développement et de rattrapage ou une série de perspectives. Les paradigmes restent les mêmes et on veut avancer !? N’allons pas plus loin et laissons les problématiques multiformes se formaliser. Il en sera question ultérieurement.

En parallèle de ce qui est souligné ci-haut, un autre aspect à observer est celui des figures distinguées du champ politique. Le changement est loin d’être radical et des zones grises persistent. Celles qui ont tenté de se recycler durant le Hirak ont été rejetées. Elles se sont autoproclamés comme animatrices et chefs de files sans se mettre au gout du jour. Elles font face à un vrai mur d’opposition constitué d’une population âgée de moins de 30 ans et des acteurs officiels qui les qualifient de manipulés par des officines étrangères. Quant à la société civile, elle vit des restes de ses tentatives d’organisation sans tenir compte du patrimoine sociétal du pays. Alors d’ores et déjà se pose une autre question : quels défis essentiels attendent l’Algérie après le 12 juin avec des élus inexpérimentés ?

Les mentalités sont formatées pour durer

Un autre facteur, et pas des moindres, est à considérer avec attention c’est celui de la défiance des citoyens à l’endroit des dirigeants issus du sérail. Il s’agit d’un mal qui n’a pas encore trouvé le remède miracle et les autorités ne trouvent pas mieux que de réprimer les manifestants du vendredi en les bousculant et en les arrêtant sans ménagement. Alors, que les arrestations, les détentions, les jugements expéditifs peuvent se faire dans la transparence. Le Hirak est subitement qualifié de ‘’désobéissance civile’’ et il faut l’arrêter avant le 12 juin.

C’est là que l’on observe que les séquelles des régimes précédents sont encore vivaces au sein de bien des rouages de l’État et leurs origines ne sont pas à chercher seulement dans la corruption mais bien dans la lutte des clans qui met de l’avant le manque de discernement menant à l’injustice avec en prime l’impunité des auteurs.

Au lendemain d’octobre 1988, l’Algérie semblait être sortie définitivement du parti unique et de la pensée unique. Cependant, il est difficile de changer des mentalités de personnes qui se sont incrustés dans l’État depuis pendant plus de deux décennies. Celui-ci est exigeant et peut prendre deux à trois générations. L’évolution de l’Algérie a été opérée dans un modèle de pensée uniforme qui ne laisse aucune place à l’innovation et à la créativité. Et pour cause, cela passe par trois créneaux : le système éducatif, le système judiciaire et celui de communication institutionnelle.

Le premier s’est vu imposer, par des ‘’têtes pensantes’’ de la pensée unique, un cursus éducatif porté aussi bien par une généralisation anarchique de l’utilisation de la langue arabe comme véhicule d’apprentissage alors que les gouvernants ne la maîtrisaient pas - rappelons-nous les difficultés qu’avaient des présidents, des ministres, des directeurs généraux à lire leurs discours en langue ‘’nationale’’ - le tout accompagné de la wahhabosalafisation rampante des lieux du culte. En conséquence de quoi l’école et la mosquée instrumentalisées il ne restait plus que les médium lourds qui manient la langue de bois avec un savoir-faire persistant et significatif. Pendant ce temps, les nouveaux ont emprunté au modèle en question plus pour dénigrer que pour critiquer.  De nos jours, tout est fait pour que le changement, qui est pourtant inéluctable, n’intervienne ni aujourd’hui ni demain.

La pensée politique, s’il en existe une, s’est redéployée et se décline globalement autour d’un axe principal qui met de l’avant d’un côté des dirigeants mégalomanes et leurs thuriféraires, égocentriques, arrogants et de l’autre côté leurs adversaires avec un fil à la patte et qui se disent hors système qui font dans la surenchère ; les deux ne se soucient point du devenir des citoyens. Pourtant des patriotes se démènent depuis des décennies pour une Algérie démocratique mais leurs actions, leurs discours ne portent pas.

Un système de gouvernance jamais diagnostiqué

Il y a eu par le passé des assises des assemblées élues, des commis de l’État (réunion des walis … etc.) et des domaines d’activités avec la gestion socialiste des entreprise … Même le fameux CNES … qui donnait un semblant de bilan et de perspectives … Tout cela a disparu sans mot dire.

Revenons au système. Selon presque toutes les définitions académiques un système est un ensemble d’éléments interreliés ou un ensemble de procédés, de pratiques organisées, destinés à assurer une fonction définie ou encore une tendance à penser et à agir selon un assortiment de valeurs rigides et dogmatiques. Qu’a donc de particulier et de spécial celui de l’Algérie ? Des hypothèses montrent qu’il défie le temps. Il est indéchiffrable pour les profanes. Il est hégémonique et immuable depuis l’indépendance de l’Algérie il est qualifié de constante ... Si nécessaire des parties de ses rouages sont recyclables et réutilisables  

Dans bien des pays un système de gouvernance qui voit quelques-uns de ses sous-ensembles freinés, immobiles ou

rouillés, donc ne répondant plus aux attentes des citoyens leur remplacement est automatique, ils ‘’dégagent’’ comme le demande le sens commun.  Mais pour cela il aurait fallu que l’alternance fasse partie de accords constitutionnels, des procédures de l’organisation et du fonctionnement institutionnels. Ce qui n’est pas du tout le cas. Alors, les hommes du système, de crainte d’être éjectés reproduisant les mêmes gestes et vont à l’encontre des aspirations du citoyen. Aujourd’hui, la situation est devenue tellement hermétique que les marges de manœuvre ne sont plus les mêmes. La preuve en est que face aux exigences du Hirak presque tous les objectifs ont été atteints depuis la déchéance de l’ancien président aux arrestations de bien des corrupteurs et des corrompus.

Faut-il penser qu’une deuxième partie va se jouer pour influer sur les changements institutionnels ? La course contre la montre est bien lancée et les gouvernants ont pris de l’avance sur les manifestants. Toutefois, ce mouvement pacifique populaire est miné de l’intérieur par des activistes de groupes organisés qui tentent de s’en accaparer et de l’extérieur le pouvoir en place qui les déloge sans ménagement. Pourtant, la stratégie électorale a un effet stabilisateur sur l’ensemble. Tout porte à croire que si ce forcing est approprié d’autres perspectives montrent qu’il ne mènera ni à un renouveau salutaire et encore moins au progrès.

Par ailleurs, les enjeux ne sont pas seulement domestiques. Leur dimension régionale est à prendre en compte. Certes il y a du travail qui est fait par la diplomatie Algérienne et les services complémentaire mais le miroir que reflète la politique intérieure est loin d’aider à plus de cohérence entre les deux côtés de l’image.

Où sont les élites !?

Il est souvent question d’intellectuels et d’élites mais ‘’qui sont-ils ? Qui en fait partie ? Qui s’y retrouve ? Peuvent-ils se regrouper et dans quel but ?’’ Des questions, qui en Algérie ne peuvent avoir de réponse en un claquement des doigts. Gestionnaires, chercheurs, philosophes politologues, professeurs d’universités, sociologues, etc.… ne font pas entendre leurs paroles. Leurs idées et leurs pensées sont éculées et sans effets parce qu’ils sont loin du citoyen.

Le citoyen moyen exige des gouvernants de faire place nette au profit de jeunes formés aux méthodes modernes de gestion, engagés et déterminés à faire de l'Algérie un pays de libertés ce qui permettrait aux élites non compromises et non corrompues de revenir pour aider, assister et conseiller les nouvelles promotions dans leurs réalisations pour un nouvel ordre Algérien. L’écho semble avoir porté ses fruits puisque le chef du gouvernement a ordonné l’ouverture de la fonction publique aux cadres des entreprises pour renforcer l’administration. Cet appel pose un problème de fonds en lien avec les centres de formation administrative et avec l’école nationale d’administration. Par ailleurs, en temps normal, ce sont les cadres de la fonction publique qui la quitte pour aider les entreprises, mais passons et donnons une bonne note à cette initiative, espérons que les bonnes sélections émergeront ...

Mis à part cette idée, comment mobiliser les élites de l’Algérie nouvelle ? Il est évident que ce ne sont pas les quelques webinaires organisés par des sommités algériennes à partir de l’international et en coopération avec des enseignants de quelques universités que la mobilisation se fera. Certes il s’agit d’un premier pas dans la bonne direction mais cela reste insuffisant.

Quelques-unes de ces rencontres sont bien menées mais dans la majorité des cas les égos, oui les égos, font perdre de temps et de vue les objectifs assignés, les processus suggérés et les synergies entre ceux qui sont encore en Algérie et ceux qui ont pris les chemins de l’exil. La distance entre le passé professionnel sans évaluation du capital expérience des uns et des autres pose problèmes. Les affiliés à quelques universités en Europe et ailleurs s’affichent comme des références incontournables mais leurs savoirs semblent être loin de la réalité managériale de l’Algérie. De leur côté les élites locales ne sont pas faciles à faire émerger. Alors pour le moment, ce type d’échanges ne sert que quelques-uns.

Quels défis attendent l’Algérie après le 12 juin

Donc, les facteurs et les leviers mis de l’avant sont quelques-uns sur lesquels les dirigeants devraient agir pour faire que les plaques tectoniques qui jusqu’alors étaient quelque peu équilibrées reprennent leur place et éviter que ce mouvement majeur se poursuive avec d’autres options. Les revendications de la majorité des citoyens sont légitimes et elles subsisteront tant qu’elles n’ont pas été contentées. De nouvelles têtes doivent prendre en main les rênes du pays et l’un des critères essentiels est qu’elles n’aient rien eu à faire avec les proches du régime précèdent.

Pour conclure, ce que vit l’Algérie est une autre opportunité qui fait la démonstration que le citoyen même s’il n’est pas organisé dans les associations civiles et/ou les organisations politiques est capable de se mettre debout pour faire face au risque multiforme et aux incertitudes qu’il apprécie comme étant les plus dévastateurs pour la cohésion et l’unité nationales. Le Hirak a sans conteste des effets positifs sur les différentes franges de la population en revanche ce ne sont pas les appels à l’ingérence étrangère qui offriront les solutions idoines aux problématiques qu’ils soulèvent, enfin de compte ne dit-on pas que le linge sale se lave en famille !?

Ferid Racim Chikhi

Analyste senior - German

 

26 avr. 2021

Un Numide en Amérique du Nord - 349 -

Québec : le Français, l’Immigration et l’indépendance

Le temps des vraies ruptures !?

Ce ne sont pas les recommandations institutionnelles qui créent la langue,

Mais l’usage qu’en font les locuteurs.

Depuis la fin du millénaire dernier des visionnaires disaient que le monde allait changer. C’est ce qui s’est réellement passé avec les prémices idéologiques conséquences de la chute du mur de Berlin, les changements géostratégiques de l’Europe de l’Est, la guerre des Balkans et le retour aux frontières initiales, l’émergence spectaculaire de la Chine, etc… Il y a aussi les attentes après investissements dans l’Intelligence artificielle et les nouvelles frontières spatiales. Toutes ces transformations ont ouvert la porte à la mobilité de potentiels humains du sud vers le nord en raison notamment des guerres engendrées les empires pour le contrôle des richesses diverses et multiples que recèlent des territoires entiers entre l’Asie et l’Afrique et dans l’attende des nouveaux affrontements qui se dessinent à l’horizon pour le contrôle de l’eau de l’Arctique. Le Canada est concerné mais aussi le Québec aujourd’hui comme province et demain comme État indépendant.  

Une révolution bien tranquille

En arrivant au Québec j’ai cherché le texte fondateur de la Révolution Tranquille, je n’en ai pas trouvé. Le seul qui m’est tombé entre les mains était ‘’le Rapport Parent’’ qui amorçait la déconfessionnalisation et les changements en profondeur de l’Education nationale du Québec. Bien entendu, il y a eu plusieurs réformes presque toutes sous les gouvernements suivants. Depuis, les années ‘’60’’, cette Quiet Revolution’’ = Révolution Tranquille a bien mis en évidence un projet de société Québécoise distincte avec comme axes porteurs l’économie, et bien entendu la déconfessionnalisation qui n’est pas forcément la laicité, la libération des femmes, l’égalité entre les hommes et les femmes, etc. Depuis le début du millénaire et au-delà de l’économie la société est confrontée à de nouvelles donnes Il s’agit notamment des seuils d’immigration et la capacité d’absorption des nouveaux arrivants sans occulter leur mise au travail qui malgré des acquis hors du Québec, semble ne pas répondre aux exigences des employeurs et aux attentes des principaux concernés.

Au fil du temps et jusqu’à nos jours, dans l’espace citoyen et politique, est apparu un triptyque qui concentre l’attention de tous sur ses principaux vecteurs. Le premier tourne autour des pivots capitaux et imbriqués que ce sont l’employabilité et la démographie ; le vivre ensemble et les quartiers ethnoculturelles. Le second est l’indépendance du Québec que certains prétendants et leurs organisations politiques n’abordent en période électorale que pour réduire l’influence du Parti Québécois. Enfin, le plus fragile mais néanmoins déterminant est la langue française comme socle de l’identité et de la culture de la société distincte.

L’immigration

Avec chaque nouveau gouvernement des influenceurs décortiquent la politique mise en œuvre par les précédentes législatures et des slogans fusent de partout pour l’exalter ou pour la décrier.  D’ajustements en modifications, ce sont les seuils et les proportions à ajouter ou à réduire le nombre de nouveaux arrivants, les critères de sélection en lien avec des valeurs partagées et la nouvelle mode qu’est la régionalisation pour désengorger Montréal. Une régionalisation qui, soit dit en passant, ne semble pas avoir conçue selon les attentes des uns et des autres. En fait, l’architecture de celle-ci est toujours bâtie sur les réponses à un paradoxe redondant : d’un côté la question qui est posée se résume à comment combler les déficits démographiques des régions ? De l’autre côté, comment satisfaire le patronat qui considère que plus le bassin de chercheurs d’emplois (chômeurs) est important moindre sont les salaires qu’ils payent ? La troisième problématique, celle des aspirations des immigrants, n’est pas prise en compte.

S’occuper des anciens avant les nouveaux

C’est là que l’on place un bémol. Considérant que plus d’immigrants sont reçus plus le déficit démographique est résorbé même si la stratégie globale ne fait pas dans le discernement des besoins et de leurs réponses est suicidaire puisque l’employabilité des immigrants échappe aux plans du gouvernement et encore plus à ceux du patronat en matière d’insertion socioprofessionnelle et de leur intégration socioculturelle.

À ce qui précède vient s’ajouter que l’employabilité des allophones est combinée avec leur francisation. Selon toute vraisemblance elle doit être bâtie non pas seulement sur les expériences passées mais repensée de fond en comble afin d’éviter l’ostracisation et la ghettoïsation de ces communautés. Dans la foulée de la réflexion sur l’immigration, ne faut-il pas considérer que les bassin de recrutement à l’international devraient bénéficier d’une attention plus soutenue afin qu’avec le temps leur potentiel qualifications / expérience ne se perde ? Pour les nouveaux arrivants la reconnaissance des acquis hors du Québec doit être réfléchie autrement et avec des offres de service locales.

L’intégration à la société d’accueil

Selon les observations faites ces dernières années, le nœud Gordien réside dans les valeurs importées avec eux par les immigrants. Elles sont de tous ordres : éducatifs, religieux, sociétaux, traditionnels, philosophiques, etc. Ces valeurs qui

se déclinent en référence à la communauté d’origine face aux autres communautés. Elles confrontent depuis fort longtemps celles de la société d’accueil. Dans la quasi-totalité des situations, les familles, femmes, hommes et enfants sont requis sans ménagement à en faire le deuil et à s’approprier celles de leur nouvelle société. Malheureusement, si quelques-uns s’adaptent d’autres, ont les leurs bien incrustées dans l’esprit ; ils deviennent ‘’dysfonctionnels’’. Avec le multiculturalisme ambiant imposé au Québec par le Fédéral et ses tentacules, il est évident que cela n’aide pas à ‘’l’effacement’’ recommandé mais bien au contraire le soutient et tend à ostraciser ces communautés. En fait c’est à se demande si le Québécois est suffisamment outillé pour y changer quoi que ce soit ?

Le français langue de l’identité et de la culture  

Postulons que c’est en faisant du français la langue d’un projet de société avec toutes ses institutions et arrimé à la pensée des précurseurs de la révolution tranquille, à la mémoire collective que le vivre ensemble s’améliorera. Des conversations sont organisées, des répliques sont émises, mais elles restent lettres mortes. Les partis politiques du fédéral et leurs prolongements provinciaux rejettent tout ce qui peut venir de l’opposition Québécoise historique. Pourtant, au-delà des slogans énoncés par quelques figures fortement médiatisées, ne faut-il pas considérer l’option que le Français au Québec puisse subsister au meilleur de son apogée ? Ne faut-il pas éviter de l’acculer à devenir

un dialecte ? Dans ce cas extrême il faut s’attendre à ce qu’une partie de l’âme, de l’identité et de l’histoire du Canada qui en souffriraient.   Je me souviens avoir demandé : s’il existe une culture de la langue française au Québec ? Des amis Québécois de souche, m’ont fièrement répondu par l’affirmative ajoutant qu’ils sont francophones mais Nord-Américains. J’ai polémiqué que le Français est presqu’inexistant dans des parties anglophones du Québec. Personne n'en parle alors que le bilinguisme est ''une réalité partagée'' au Canada. J’ai alors compris que la langue a certes ses fonctions propres mais qu’elles ne dépendent pas forcément des revendications identitaires individuelles. La langue ne détermine pas la pensée, sinon tous les francophones auraient les mêmes croyances et les mêmes représentations. J’en ai conclu qu’au Québec, le chemin est encore long avant que le français ne soit la langue de tous (de souches, anglophones et immigrants).

Libérer la langue de la loi 101

Poursuivons avec les bilans de l’application de la loi 101 qui soulignent sa fragilité. La qualité du français est drastiquement rétrogradée dans tous les domaines d’activités du Québec. Peut-être est-il temps de concevoir et d’établir une cartographie de son usage par bassin de population ? Cela montrerait, entre-autres, les poches des langues qui lui ‘’résistent’’ avec les hypothèses suivantes : La loi 101 ne joue plus le rôle qui lui était initialement dévolu et par conséquent son ajustement s’impose. La loi 101 doit être amendée régulièrement (au cinq ans) pour la consolider et répondre aux besoins de son usage dans tous les domaines d’activités.

Pour illustrer partiellement ce qui précède, j’ai appris lors d’une immersion dans une municipalité assez anglophone de l’Île de Montréal que la diversité des langues parlées par les communautés ethnoculturelles est une gêne qui réduit la portée de la loi 101. Les langues des communautés ‘’l’encerclent’’ sachant que ‘’leur meneur’’ est l’anglais majoritaire. Il est vrai que les locuteurs francophones pourraient la hisser au statut de langue majeure et la partager pour un meilleur vivre ensemble. Mais qui pourrait devenir le chef de file de cette option ? Partout dans le monde, le vrai instrument de l’apprentissage de la langue nationale est et restera son enseignement qualitatif.

Concluons que même si la langue française est belle et bien celle de la liberté et des libérations, ne faut-il pas la faire accepter par tous, non pas seulement, par le droit de la pratiquer mais aussi par le devoir et l’obligation de l’utiliser ?  Le français, langue de communication, de travail et de rayonnement de la culture et de l’identité Québécoise doit être le ciment entre tous les Québécois de toutes origines. Cependant et à mon humble avis cela se fera seulement et seulement si le Québec, État, Nation et Peuple deviennent indépendants.

Ferid Racim Chikhi

23 avr. 2021

Un Numide en Amérique du Nord - 348 -

Said Djabelkhir victime d’une exécution judiciaire ... !

En ce 22 avril 2021, alors qu’il y a peine quelques jours les Algériens célébraient les sciences et le savoir dans la lignée du penseur réformiste Ibn Badis, une nouvelle ère sombre pour l'élite Algérienne a été inaugurée par la justice Algérienne avec le silence ‘’complice’’ des gouvernants.

En effet, la décision judiciaire prise par le tribunal de Sidi M'Hamed met en veilleuse les actes abjectes des islamistes commis durant la décennie noire mais ouvre la porte à l'assassinat judiciaire 

Hier les islamistes tuaient par balle, de nos jours ils tuent par la loi, non pas divine mais humaine. Une loi inique qui musèle la pensée critique, la liberté d’expression et la liberté de conscience. Le drame c’est qu’elle empêche l’Ijtihad et l’expression de la rationalité.

En laissant faire et en acceptant, sans la moindre restriction le transfert du débat intellectuel et universitaire des lieux du savoir vers les cours (confusion avec les salles de cours des universités) de justice, les institutions de l’État silencieuses et par conséquent complices vident de leur quintessence les missions qui leurs sont dévolues. Oui ! Said Djabelkhir a été pénalisé et la sentence de 3 ans de prison ferme n'est qu'une blessure, certes grave mais soignable, dont il se relèvera rapidement pour de nouveau nous abreuver de ses travaux de réflexion sur l'intelligence et la raison.

Ferid R Chikhi