19 déc. 2023

Un Numide en Amérique du Nord - 374

POUR UNE IMMIGRATION QUALITATIVE

Une immigration qualitative

 

Seuls ceux qui ne s’informent pas ignorent …


Durant les mois
 de septembre et d’octobre 2023, quatre évènements politiques ont attiré l’attention des uns et des autres. D’abord, au Québec, le rideau est tombé sur les travaux de la commission des relations avec les citoyens de l’Assemblée nationale qui menait une consultation, depuis le 12 septembre 2023 au 28 septembre 2023, sur la planification de l’immigration pour la période 2024/2027 et sur la partielle de Jean Talon (Capitale nationale) qui a vécu un vote sanction contre la CAQ au grand bénéfice du parti Québécois. Ensuite, dans le reste du Canada, l’élection à la présidence de la chambre des communes du premier Québécois de couleur et au Manitoba celle d’un premier ministre autochtone constitue deux événements non négligeables pour le pays.


Pour le Québec, l’élection du candidat du PQ est un tour de force qu’il faut applaudir à la fois pour signifier que la CAQ a fait de la politique politicienne et ne peut se jouer de la confiance des citoyens comme elle l’entend alors que le parti souverainiste (je n’aime pas ce concept et je lui préfère indépendantiste) a œuvré savamment pour renaitre de ses cendres à charge pour sa direction et ses membres de considérer tous les citoyens comme partie prenante de ce grand projet qu’est la réalisation d’un pays.   


De la planification : On ne planifie pas le passé mais l’avenir


Ce sujet sur lequel tout le monde et personne n’a de prise tellement il est complexe, la planification de l’immigration reste un sujet sensible tant pour les Québécois que pour les immigrants.  Je laisse la question des seuils d’immigration suggérés par le gouvernement et ses partenaires du marché du travail aux spécialistes et autres experts pour nous informer de leur savoir afrin de résorber la pénurie de main d’œuvre qui sévit dans cette partie de l’Amérique du Nord, sachant la pression sur la vacance des emplois, estimé à environ 200.000.


Cependant, quelques effets et conséquences de ces seuils font que le manque de main d’œuvre expérimentée provoque des mots de tête au sein des organisations qui ont la charge d’accueillir, d’orienter et de soutenir les immigrants quant à leur intégration socioculturelle et ceux qui ont la charge de leur insertion socioprofessionnelle. Aborder la question selon un décryptage sociologique n’intéresse pas beaucoup de monde mais l’immigration a des effets non seulement sur la société d’accueil mais aussi sur les communautés ethnoculturelles.

 

Donc, parler du nombre seulement en termes d’emplois à combler tout en mettant de côté les profils et les qualités des immigrants c’est occulter bien des paramètres dont les effets sur la société d’accueil sont tangibles. Mieux encore parmi les conséquences multiples que j’anticipe la plus pénible est celle de voir, se reproduire, encore et encore, une société québécoise à plusieurs strates sociales séparées. Une société en silos. Comme dans les quartiers multiethniques de l’agglomération de Montréal. Alors, se pose une question cruciale : comment réussir l’inclusion, si chère à beaucoup, si à la base, les communautés en provenance de bien des régions du monde sont séparées par des barrières avérées, évidentes mais invisibles ?


Sur le plan professionnel, le monde du travail est en perpétuelles transformations. Des changements de fond notamment avec l’introduction de la numérisation, la robotisation et l’utilisation des ordinateurs ont bien entendu des effets multiples sur les individus que ce soit en rapport avec l’organisation professionnelle ou la société dans son ensemble.  Les habitudes de travail changent et le facteur humain doit être observé autrement que par le passé. L’apport de l’immigration est certes essentiel dans un Québec qui a un besoin nécessaire et vital de se refaire et de se régénérer. Mais peut-il le faire sans tenir compte des éléments les plus sensibles liés à son histoire, à son identité, à la formation d’une société nouvelle ?


L’immigration et le Québécois Nouveau

 

L’avenir du Québec n’est-il pas dans le changement du profil citoyen ? Pour ce Québécois Nouveau qui se dessine à l’horizon, l’apport de l’immigration est certes essentiel dans un Québec qui a un besoin nécessaire et vital de se refaire et de se régénérer. Mais peut-il le faire sans tenir compte des éléments les plus sensibles liés à son histoire, à son identité, à la formation d’une société nouvelle ? Oui ! Le Québec peut se refaire en changeant les attributs du citoyen actuel en ceux du Québécois Nouveau. En revanche, l’apport de l’immigrant doit tenir compte des paramètres communs et des paramètres spécifiques pour ne pas générer un Québécois hybride qui fonctionne avec deux entités en lui.


Intégration socioculturelle V/s cloisonnement et enfermement


Nous savons que la société québécoise n’est pas structurée comme les sociétés d’origine (Africaine, Asiatique, Européenne et Moyenne Orientale …) des immigrants que ce soit sur le plan communautaire, culturel, identitaire et social.  La cellule de base, soit la famille, est totalement rénovée en fonction des changements sociétaux qu’a connu le Québec depuis la révolution tranquille ce qui n’est pas le cas des autres cellules de base des immigrants. L’égalité des droits y est consacrée. L’apport des communautés est réduit à une simple présence dans la société sans les effets positifs qui devraient découlés d’une participation citoyenne d’où l’enfermement et le cloisonnement. Même, les jeunes immigrants qu’ils soient arrivés avec leurs parents ou nés ici, finissent, presque tous, par s’enfermer dans leurs communautés et deviennent les témoins d’un rejet qu’ils n’ont jamais voulu et contre lequel ils finissent par s’ériger.


L’immigrant qui arrive dans la province vit plusieurs chocs, largement documentés par des recherches souvent ponctuelles et dont les recommandations lorsqu’elles existent sont sans effets concrets sur les groupes sociaux. Les plus connus de ces chocs est celui de la culture divisée en choc du départ et choc de l’arrivée. Mais aucune recherche, du moins à ma connaissance, ne parle du choc industriel, du choc thermique, du choc technologique, du choc de la non-reconnaissance des acquis hors du Québec et du grand choc sociétal. En effet, l’immigrant observe et constate, par exemple, que le fonctionnement des familles au Québec n’a rien à voir avec celui qui est le sien et pour cause, d’où qu’il vienne le nouvel arrivant ne connait que l’organisation patriarcale à qui il appartient. Il s’agit d’un premier choc identitaire qu’il le confronte dans son nouveau pays.  Il s’y adapte en s’enfermant dans sa communauté. Enfermement préconisé par le multiculturalisme du Canada. C’est le lieu de génération de la colère, de l’angoisse, du stress, etc. qui deviennent la source de mille et un trouble. L’une des premières conséquences de cet état de fait est un enfermement sur soi qui ne dit pas son nom. Rien n’est fait pour expliquer au nouvel arrivant l’évolution le développement, les progrès – académiques, culturels, identitaires, industriels, commerciaux, sociétaux - qu’a réalisé la société Québécoise en un peu d’un demi-siècle.

 

Insertion socioprofessionnelle

 

L’industrie, le commerce et tous les secteurs d’activités ainsi que l’éducation et la santé au Québec ont des organisations qui ont été pensées et mises en œuvre par des québécois pour des québécois.  Ils se sont développés depuis des décennies pour devenir à la fois performantes et efficaces mais en ce siècle de changements majeurs des espaces, de l’environnement, des normes du travail, de l’apport important des immigrants avec des statuts multiples, ils ont atteint leur niveau d’obsolescence le plus critique. La nomenclature et les organigrammes des emplois se modifient au fil des avancées professionnelles qu’elles soient organisationnelles, fonctionnelles, technologiques et logistiques en milieux industriel, commercial, dans les centres d’études et de recherche, sans occulter le droit du travail, mais la mise à niveau des définitions des tâches des emplois et des organigrammes ne semble pas être à l’ordre du jour.  Que ce soit en provenance d’Europe, d’Afrique, d’Asie ou d’Océanie les nouveaux arrivants ne font pas toujours le lien entre l’évolution de la société d’accueil et celle du monde de l’industrie, du commerce, de l’éducation (tous paliers confondus), de la santé ... etc.

 

Qu’en est-il des jeunes ?

 

Le nouvel arrivant adulte, qui arrive en famille avec un, deux, trois et parfois quatre enfants, vit une autre problématique que celle vécue par un célibataire venu étudier au Québec. Elle se décline par l’appréhension du futur pour les enfants. L’immigrant a quitté son pays pour mille et une raisons et, notamment celle d’offrir un avenir meilleur pour ses enfants. Cette situation prend une autre dimension pour le célibataire qui vient étudier avant de s’installer au Québec mais une fois marié (conjointe venant de son propre pays ou née elle-même ici au Québec) lui apparait le spectre de la culture, du culte, de l’identité et de la langue maternelle qu’il voudrait offrir à ses enfants ... Mais … il se heurte à bien des tabous, des clichés, des préjugés, etc.

 

Ce que j’observe tous les jours, malgré ‘’l’éducation nationale’’ souvent inadaptée aux attentes des familles, c’est l’incertitude, l’inquiétude, la frustration innommables qui génèrent des attitudes, des comportements, pas ou mal documentés, pour y faire face. Ces nouveaux arrivants et leurs enfants se réfugient dans leur ‘’bulle’ et ne participent pas aux développements et au progrès de la société Québécoise, si ce n’est que pour résoudre des problèmes communautaires, éducatifs et par extension sociaux sans risque de bénéficier des bienfaits du système qui ne profitent qu’à ceux qui en ont appris les rouages et les failles.   

Les familles issues de l’immigration veulent être considérées dans leur entièreté citoyenne. Des programmes sociaux devraient être pensés et mis en œuvre rapidement pour une meilleure intégration socioculturelle des nouveaux arrivants et de tous les autres immigrants. La connaissance de la société d’accueil et le rapprochement avec cette société devraient être privilégiés, non pas seulement, comme une inclusion à sens unique mais une intégration multiforme en développant des programmes d’ouverture à la société d’accueil, pour les familles et leurs jeunes, issus de l’immigrations (éducatifs, culturels, industriels, etc…).

 

Par ailleurs, la métropole Montréalaise, ne doit pas être vue comme une ‘’ile fermée’’ sur elle-même mais s’ouvrir aux régions d’abord limitrophes et ensuite à toutes celles du Québec, la réciproque étant valable. Cela pourrait se faire par le développement de programmes d’exploration du Québec profond pour amener les jeunes à s’intéresser aux régions, à leurs cultures, à leurs fonctionnements institutionnels et même administratifs et voir la compatibilité avec leur apport à tout le Québec.

 

Apprentissage du français pour les allophones et pour les monolingues :

 

Une fois au Québec, apprendre le français dispensé comme durant les années ‘’60 et 70’’ est une d’une impertinence innommable alors que les immigrants viennent d’Asie, d’Afrique, du Moyen Orient et d’ailleurs. Cela n’aide en rien à sa maîtrise. Il est plus facile et plus simple de dispenser des cours de français pour un immigrant en provenance d’un pays ayant subi la colonisation française que pour un autre en provenance d’une ancienne colonie britannique, d’un pays méditerranéen que d’un pays du pacifique.

 

La santé psychique des NA

 

À la fin de la pandémie, j’ai constaté trois paramètres troublants chez les nouveaux arrivants résident au Québec depuis un peu moins de trois ans. Leur vulnérabilité après avoir été confiné alors qu’ils n’avaient pas les moyens de subsistance minimale. (Aller chercher de la nourriture à la banque alimentaire ne faisait pas partie de leurs habitudes de vie - dignité oblige). La perception qu’ils avaient du regard de membres de leur communauté était dégradante. Le fait de ne pas avoir trouvé un emploi selon leurs attentes était considéré et reste considéré comme une atteinte à leur intégrité professionnelle. Leur état de santé psychique s’évaluait au niveau de la colère, de l’angoisse, de l’anxiété du stress qu’ils vivent … et les inviter à visiter le CIUSS pour rencontrer un travailleur social était un cheminement ne faisant pas partie de leur pratique sanitaire.

 

Conclusion

 

L’immigration ne doit pas être seulement une réponse aux besoins quantitatifs dans le monde du travail. Elle doit aller de pair avec la qualité des profils multiples de ces personnes qui sont appelés en renfort pour stabiliser une démographie du Québec en chute libre et des besoins tant industriels et commerciaux, culturels, sanitaires qu’éducatifs. Retenons que pour arriver au Québec, les immigrants suivent des étapes qui ont montré leur résolution à quitter leurs pays d’origine. Ils ont aussi fait preuve d’entreprenariat et de respect des lois du pays d’accueil. Ils ont répondu à divers critères qui ont permis leur sélection … cependant et au comble de leur insatisfaction, ils constatent, une fois au Québec, qu’ils doivent débuter, sans une certitude avérée un autre cheminement que personne n’a anticipé. La première désillusion les confronte durant le premier mois de leur installation avec pour conséquence le rejet de la société d’accueil en raison de tous les nouveaux écueils qu’ils rencontrent sur leur cheminement pendant au moins une décennie.

 

L’immigration doit être qualitative avec une anticipation, une prévision, une programmation tenant compte des besoins et des attentes de toute la société. En cette ère de grandes incertitudes mondiales, elle doit viser à ne pas altérer en profondeur les fondements de la société d’accueil et ne pas corrompre les attributs des groupes ethniques en pensant que leurs progénitures de deuxième et troisième génération s’intégreront totalement. Elle doit être pensée pour rassurer les communautés ethniques que les valeurs auxquelles elles sont attachées pourraient être un plus pour la société d’accueil et la réciproque étant vraie. L’immigration doit être repensée pour faire partie d’un projet de société plus large et plus globale. Celui d’un pays qui veut se renouveler et rester parmi les plus progressistes et les plus accueillant au monde mais aussi selon les exigences de la durabilité pour le Québec

 

Ferid Racim Chikhi

30 août 2023

Un Numide en Amérique du Nord - 373 -

 L’Algérie et l’Algérien, les BRICS et le reste du monde :

quelques nuances en bref

BRICS ajournement

Dans le propos qui suit je mets en avant, successivement, les analyses et les réflexions sous le coup de l’émotion que les uns et les autres expriment en toute liberté mais qui sont souvent dénuées de fondement, le travail de l’équipe d’experts internationaux qui ont accompagné le cheminement de l’Algérie vers l’ajournement de son adhésion aux BRICS et les critères de leur sélection, ainsi que la problématique de la communication gouvernementale.

L’expression des états d’âme est un handicap

Déception, regrets, amertume, désappointement et bien d’autres qualificatifs ont accueilli le rejet, l’échec, le renvoi et bien d’autres qualificatifs utilisés par les partisans d’une intégration aux BRICS, les pseudo-opposants, les adversaires de la gouvernance actuelle de l’Algérie sans omettre les ennemis… de l’adhésion à cette nouvelle organisation, née en 2011. Les cinq pays que sont la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et la Russie étaient au début des années 2000 considérés comme ayant une forte croissance en matière d’investissements directs à l’étranger, d’éducation et de création d’entreprises.

Des analyses et des réflexions sous le coup de l’émotion

L’ajournement dont vient faire l’objet l’Algérie devrait être considéré, non pas comme un frein, mais comme un point de relance et inciter à revoir les paramètres présentés pour, qu’à l’avenir, quel que soit le résultat, cela ne suscite plus autant d’incompréhension et de colère.

Les multiples analyses et autres réflexions énoncées à froid, ici et là, sont soit le fruit de l’émotion due à une remise en question de la certitude que le pays en est un de majestueux, d’imposant ou encore de superbe, alors qu’il est loin de ces qualificatifs, soit le résultat d’un raisonnement sans fondement, faisant appel à des considérations superficielles éloignées de la réalité des indicateurs objectifs qui structurent les niveaux de croissance, comprenant par-là d’amélioration du niveau de vie de l’Algérien.

Sentencieuses sont ces déclarations intempestives énoncées par madame et monsieur Tout-le-monde, sans aucun égard au pays ; cela se fait comme si chacun était présent aux préparatifs tout au long du processus d’adhésion et au sommet lui-même, comme si ce chacun avait participé à l’énoncé des résultats. C’est malheureux mais c’est ce qu’est l’Algérien depuis plus de quatre décennies.

Il est évident que malgré leur incompétence, leur incapacité, leur inaptitude et la bêtise ambiante, quelques-uns se laissent aller à des appréciations négatives, en mélangeant aussi bien les gouvernants que les institutions, sans omettre les procédures mises en œuvre dans de telles opérations d’intégration à des institutions et autres organisations internationales, qu’elles soient sociales, économiques ou politiques. Pourtant, l’Algérie a bien intégré des organisations mondiales qui sont aussi si ce n’est plus exigeantes sur le plan du respect des critères que ceux des BRICS.

L’équipe d’experts : désavouer, le mode de sélection

Revenons à la politique mise en œuvre par l’Algérie pour rejoindre les BRICS. Les premières observations qui me viennent à l’esprit résident dans le profil des membres de l’équipe qui a eu en charge ce dossier ; le manque de transparence de la part des gouvernants qui n’aident pas à apprécier les compétences des membres de cette équipe en matière d’incorporation à une organisation de pays parmi les plus en vue de la planète : qu’est-ce qui pourrait expliquer objectivement que l’on ait ainsi raté la cible ?

Une autre question se pose et à laquelle devront répondre les gouvernants : sur quelle base ont-ils choisi ces experts et/ou consultants internationaux ? Si le népotisme, la cooptation et les autres modes de sélection usuels des gouvernants d’avant le Hirak ont été déployés, il est normal que l’ouverture de la porte des BRICS se soit subitement restreinte. Bien des analystes, qu’ils soient économistes, journalistes, militants, politologues, etc. développent des explications parfois intéressantes par leur contenu, même s’ils sont en décalage avec la réalité objective. Quelquefois, elles sont fort censées mais sans dérouler une problématique pertinente qui aiderait à redresser la barre.

Quelques-uns affichent leur opposition au gouvernement, d’autres leur malveillance pour ne pas dire leur aversion de l’Algérie. Retenons que c’est bien d’énumérer les quelques forces des pays qui ont été admis aux BRICS mais quelles sont les atouts et les forces de l’Algérie pour renforcer sa candidature et selon quels critères cela s’est fait ? Malheureusement, seules les insuffisances sont mises de l’avant par nos pseudo-experts. Il faut croire que la conclusion est intéressante parce qu’elle est choquante et violente.

Cependant, une analyse en profondeur serait la bienvenue. A titre d’exemple, quel a été le rôle des médias officiels au niveau national ou encore quel a été le rôle des diplomates en poste à l’étranger dans l’accompagnement du processus d’intégration ? Dans une précédente réflexion publiée dans ces mêmes colonnes, j’avais mis de l’avant les dynamiques de la diplomatie algérienne qui tire ses valeurs de l’héritage de la Révolution de novembre 1954 et des formations dispensées par les universités algériennes et en premier lieu l’Ecole nationale d’administration. Dans ce dossier, ces mêmes diplomates ont-ils conçu leur travail selon des critères objectifs et rationnels ? Les commandes de l’équipe en place ont-elles été attribuées aux meilleurs ou l’ont-elles été encore une fois pour répondre à des intérêts sordides ?

Les critères de sélection et la communication institutionnelle

Il est avéré qu’il existe un autre problème gouvernemental, celui de la communication institutionnelle qui reste nulle, et pas seulement pour ce dossier. Et pour cause, même l’apport du président Tebboune qui a tenté une explication après le report de l’adhésion de l’Algérie n’a pas fait mouche ; jusqu’à ce jour, le gouvernement n’a rien dit au sujet du processus, des discussions de Johannesburg et après la décision prise, ce qui est interprété par bien des Algériens comme du mépris.

Avant de clore cette réflexion, retenons que les ténors parmi les économistes et la grande famille des élites et des intellectuels algériens sont silencieux au sujet de ce revers, si revers il y a, alors qu’au même moment les subversifs, les spéculateurs de tous bords s’activent pour dénigrer le cheminement suivi par l’Algérie. Enfin, à ce jour, aucune réflexion qui tienne la route n’a été publiée, alors que des experts de l’économie internationale, de la géostratégie, de la mise en valeur de ce que sont les BRICS élargis s’expriment sur ce que cette organisation peut apporter au monde. Que font-ils et qu’attendent-ils pour éclairer le grand public ?

Il reste un signal à donner avant une analyse en profondeur. L’Algérie doit se recentrer sur au moins deux axes pivots : consolider les liens et les relations avec les pays méditerranéens et les pays du Sahel quitte à se lancer dans la création d’une organisation régionale puissante, ensuite valider qu’une véritable opération de gestion des élites est nécessaire et urgente, tant au plan interne qu’au plan international, et surtout en engageant une sortie probante de la «stupidité» de faire appel aux personnels cooptés.

En conclusion

Alors, arrêtons de croire que nous sommes les meilleurs !

Cette réflexion se termine, entre autres, par ce qui suit : au total, 14 pays ont exprimé leur intérêt pour faire partie des BRICS, parmi lesquels : l’Algérie, Bahreïn,

Bangladesh, Biélorussie, Bolivie, Cuba, Honduras, Kazakhstan, Koweït, Palestine, Sénégal, Thaïlande, Venezuela, Vietnam. Seuls les Algériens sont profondément déçus par l’ajournement de son adhésion à cette organisation, non pas parce qu’elle ne répond pas aux critères et autres exigences imposés par les cinq membres fondateurs, mais parce que, d’une part, elle n’a demandé qu’un statut d’observateur à ce sommet et, d’autre part, l’Algérie parallèlement à cette incorporation s’est lancée dans d’autres chantiers internationaux tels que celui de la paix au Sahel, le développement de relations bilatérales et multilatérales, tant au plan continental qu’au plan international, mais aussi au niveau national pour la résorption des problèmes multiformes que vit le citoyen face à une administration bureaucratique que même la numérisation ne dynamisera pas. Problèmes auxquels vient s’ajouter l’erreur stratégique et idéologique du remplacement du français par l’anglais (comme si les dérives occasionnées par l’expérience la généralisation de la langue arabe ne suffisaient pas, etc.) Nous devons nous remémorer que courir plusieurs lièvres à la fois empêche d’avancer avec sérénité.

Rappelons-nous aussi qu’un des paramètres parmi les plus importants reste le manque d’introspection profonde de l’Algérien pour chercher en lui les causes de son «indignation profonde et permanente» ; toutes les réflexions sont bonnes et parfois pertinentes mais un peu de retenue ferait un grand bien à la majorité de la population.

Si un jour, chacun se mettait à travailler, peut être pourrions-nous réussir là où d’autres ont déjà réussi. Soyons un tant soit peu réalistes et soulignons que tant que l’école n’est pas sérieusement remodelée et que les charlatans qui l’occupent n’en sont pas chassés, tant que la mosquée forme des ignares qui ne lisent même pas le Livre, tant que les chaînes de télévision populistes mettent de l’avant le footballeur qui use de ses pieds pour se faire une renommée ou le pseudo-imam qui ne connaît rien de l’islam mais poursuit son vagabondage sans être rappelé à l’ordre, ses prêches inconvenants, tant que la justice erre en empêchant la liberté d’expression, tant que la jeunesse ne pense qu’à quitter le pays, gageons que rien de beau n’attend l’Algérie. «Le mal est en nous et les autres nous ont dépassé par la science» (dixit Mohamed Boudiaf). C’est pourquoi l’Algérien doit corriger sa désaffection envers son propre pays et se mettre sérieusement au travail.

F.-R. C.

Analyste sénior, Groupe d’études et de réflexions Méditerranée Amérique du Nord

L’Algérie et l’Algérien, les BRICS et le reste du monde : quelques nuances en bref - Algérie Patriotique (algeriepatriotique.com)

Le 30 août 2023

14 avr. 2023

Un Numide en Amérique du Nord - 372 -

Bureaucratie et virage numérique -I-

Dans cette réflexion, en deux parties, j’expose succinctement une problématique de la numérisation (d’autres diraient la digitalisation) comme remède à la bureaucratie telle que décidée par le Président de la République. Je parcoure en quelques notes, ma perception de la définition algérienne de la bureaucratie ; j’aborde la question de la valorisation du capital expérience et je m’interroge si la numérisation est vraiment le remède aux maux observés : la panacée !? Dans la seconde partie, je propose le résumé d’un échange avec des analystes seniors ; je formule la nécessité d’un bon diagnostic et je conclue…

Henri Bergson a dit que ‘’tout problème bien posé est à moitié résolu’’ et, Albert Einstein, comme pour le compléter, souligne qu'un ‘’problème sans solution est un problème mal posé’’. Le premier écueil dont il faut se méfier consiste à poser les problèmes sous la forme d'une alternative indépassable. Mieux encore, notre ami Albert nous explique en quelques mots qu’aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l’a engendré’’.

Mise en contexte

Au mois de juin dernier, le Président de la République avait déclaré que la lutte contre la bureaucratie ferait l’objet d’une attention particulière. Alors, je me suis questionné, quelle est la définition qu’il donne à ce fléau qui gangrène les institutions algériennes ? J’ai cherché et j’en suis arrivé à la conclusion que ce n’est pas celle de Max Weber et des autres théoriciens des organisations.

Par le biais de la problématique que je propose je formule des hypothèses ainsi qu’un questionnement pour tenter de définir le virage numérique attendu (parce qu’il s’agit bien d’un virage numérique) afin de lutter contre la bureaucratie. Basée sur quelques faits vécus par des personnes qui ont toujours été favorables à l’amélioration des performances non seulement des individus mais aussi des structures, de la gouvernance mais aussi des pratiques héritées d’une histoire managériale qui, à l’évidence, avait bien débuté mais qui a suivi les courants imposés par des interférences détestables avec des résultats catastrophiques.

Je me suis demandé, sachant le potentiel informatique de l’Algérie depuis des décennies (CNI/CERI etc.), si un diagnostic professionnel avait été élaboré par les spécialistes qui sont à l’origine de ce virage numérique. Je n’en ai vu aucun. Pourquoi je pose cette question ? Parce qu’au cours de mes études et de mes expériences professionnelles, quelques-uns de mes ‘’patrons éclairés’’ me demandaient toujours un exposé des motifs ou un état de lieux ou mieux encore un diagnostic. Ils demandaient que soient mis en évidence quatre paramètres : la description résumée de la structure, le profil des employés, les impacts sur les autres structures et la gestion du temps (échéancier). Finalement, il fallait mettre le focus sur la faisabilité du changement que nous voulions opérer. Le Président de la République a certainement eu entre les mains cet exposé des motifs parce j’ai quelques questions auxquelles, peut-être, le temps répondra : Que fait l’État avec la fuite des informaticiens ? Que fera-t-il avec les ordinateurs, dans la quasi-majorité est obsolète ? Seront-ils rénovés (donc, création de nouveaux emplois en informatique) et offerts à quelques pays amis démunis ? Avec quel équipement de remplacement ce virage sera effectué ? Quel sera le fournisseur principal ? Sera-t-il Chinois, Japonais, US, etc. ? Quel système a-t-on retenu, celui de Microsoft, d’Appel ou d’un autre constructeur ? Où trouvera t’on les informaticiens nécessaires et suffisants pour ce changement majeur ? Quel système de sécurité a-t-on prévu pour à la fois les institutions et l’information sans omettre les facteurs humains et organisationnels ? Fera t’on appelle à des partenaires étrangers ou cela se fera-t-il par des compatriotes ? Par ailleurs même si l’on puise dans la caisse des 65 milliards de dollars de réserves de change, quel sera le budget pour cette transformation ? Sans omettre la partie éducation et enseignement ? Il est clair que bien d’autres questions me viennent à l’esprit, mais revenons encore une fois à la problématique.

Définition algérienne de la bureaucratie

Que ce soit Einstein, Bergson et les penseurs du management, je confirme que si je m’en tiens aux apprentissages acquis auprès de quelques-uns parmi eux, la bureaucratie est un modèle qui repose sur une organisation avec un fonctionnement standardisé fondé sur une division du travail. Cette organisation est centrée sur les fonctions et les tâches, leur coordination et leur évaluation pour attester de leur bonne exécution. Elle vise la normalisation, la standardisation et la reproduction de comportements positifs. Ce qui n’est pas du tout le cas, en Algérie, son État et ses institutions. Bien entendu, d'aucuns pourront témoigner qu’au départ c’était ce qui avait été anticipé. Cependant, le temps, les ingérences et autres immixtions inconsidérées, le piston, le clientélisme, le népotisme et tous ces parasites exogènes dénoncés avec force vigueur lors de discussions de la charte nationale (1976) le processus a dérivé au point d’en faire un monstre de blocage et de corruption nommé ‘’péjorativement’’ bureaucratie. Celle-ci entraîne d’abord une perte d'engagement, des manques à gagner financiers dus entre autres à une assiduité fluctuante et à un absentéisme systémique, une productivité nulle et, aux mauvais choix stratégiques comme cela semble être le cas depuis fort longtemps. La précipitation faisant le bonheur de quelques incompétents qui se parent de l’habit des experts.

Mais, peut-on dire que la bureaucratie est du simple fait des agents des institutions et autres administrations et entreprises, notamment publiques ? La réponse est certes ‘’Infirmée’’. Sachant que les deux parties : administration et individu ont, à la fois une part de responsabilité et une part d’innocence couplée à de l’indécision. Néanmoins les deux ont leur part de culpabilité. En fait, la mentalité du beylik, qui préexistait avant la colonisation et qui a perduré durant celle-ci, s’est transformée au point où la corruption, d’abord mentale ensuite systémique ronge tous les rouages et les mécanismes de l’État. Hercule, qui est venu à bout de ses 12 travaux en perdrait son Grec.

Valorisation du capital expérience, mais…

Je me souviens, qu’à la fin des années ‘’60’’, j’ai eu l’opportunité de faire mes premiers pas dans l’administration des impôts, puis dans celle de l’appareil central du parti unique - précisément au sein du Département des Études, avant de me tourner vers les activités économiques, notamment portuaires et sidérurgiques. J’ai fini par atterrir sur le tarmac d’Air Algérie où j’ai découvert l’apport de l’informatique pour les besoins de la réservation et de la paye. Les ordinateurs étaient de fabrication Bull puis remplacé par IBM. De belles expériences, formatrices grâce à des agents économiques parmi lesquels beaucoup étaient autodidactes, sérieux, intègres et cultivant un professionnalisme fort apprécié par les jeunes recrues dont je faisais partie. Cette période qui va de la moitié des ‘’70’’ à la fin des ‘’80’’ a surtout été révélatrice des dérives, des culs-de-sac et des empoignades grotesques par moments des gens des clans ou carrément des clans des pouvoirs. Oui, je dis bien des clans des différents pouvoirs, parce que selon ma vision et ma perception, il y a toujours eu dans la gouvernance de l’Algérie un régime, un système et plusieurs pouvoirs avec plusieurs clans - d’autres diraient des courants - générateurs du contournement des procédures administratives ; sous les vocables : El Maarifa, Taana, Oulid Lbled, Hbibna, El Pisto, etc. Tant de concepts incrustés dans la mentalité du douar (selon la pensée d’Ibn Khaldoun et sans arrière-pensée négative) ; douars, aujourd’hui disparus du territoire national. Le tout est engendrée par une idéologie, non encore étudiée par nos sociologues. Au-dessus de cette idéologie est venue se plaquer une autre plus politique. Voir ci-après.

Au sujet des dits concepts. Quitte à me répéter, retenons que nul n’ignore que le régime algérien dans sa quintessence est formaté par un système de gouvernance regroupant plusieurs pouvoirs ; ceux-ci, selon quelques politologues, ont été engendrés par des courants qui infiltraient le Parti Unique. Donc, en plus de la pensée du douar, du clientélisme, du népotisme, du régionalisme tous systémiques … et de la nouvelle bourgeoisie ‘’comprador’’ ‘’intronisée sous le vocable ‘’oligarchie’’, le tout était organisé autour des puissants du moment qui peuvent être des élus désignés, des fonctionnaires ‘’intouchables’’, des militaires sortis des casernes et, de guetteurs, cette masse d’employés, notamment des institutions publiques qui font souvent la pluie et le beau temps, parce que la porte du chef leur est ouverte en tout temps. Le système avec un tel réseau de faiseurs et défaiseurs de ‘’cadres’’ est hiérarchisé et ‘’ces hiérarchies’’ ont comme talon d’Achille, leur malléabilité.

La GPA ou gestion par affolement

Donc, au milieu des années ‘’80’’, j’étais employé par Air Algérie, nous étions en pleine application des fameux SGT et GSE ; un collègue (Mustapha B), matheux de formation, avait énoncé sa propre analyse des procédures nouvelles pilotées par le ministère du travail et qu’il fallait mettre en œuvre. Un jour il nous dit : ‘’Nous sommes entrés dans une nouvelle ère où la GPA (Gestion Par Affolement) va faire sortir de leurs antres tous les incultes qui parasitent l’organisation et l’empêchent d’atteindre les résultats probants attendus d’elle’’.

La GPA faisait son œuvre parce qu’il s’est avéré que les fameux incultes – non pas les bons autodidactes - occupaient des postes de hauts niveaux sans qualifications et avec une expérience médiocre et souvent dépassée par l’apport des jeunes sortis tout frais de l’université. Pour venir à bout du changement organisationnel imposé par l’avènement du SGT et de la GSE, l’outil informatique s’était avéré indispensable et nécessaire. Malgré des avancées gigantesques, Air Algérie était tributaire des gros équipements d’IBM et de quelques microordinateurs que seuls les informaticiens manipulaient avec une certaine efficacité. Nous, les administratifs et autres gestionnaires de bureau, nous en dépendions. Nous commencions à peine nos premiers apprentissages et nous savions que nous ne pouvions avancer sans leur soutien. Pour ce faire il fallait user de tact et de diplomatie. Une équipe multifonctions s’était constituée. Il fallait de longues négociations pour que nos demandes soient comprises par nos amis techniciens. Malgré quelques handicaps et quelques blessures tout baignait dans l’huile. Cependant, si l’informatisation était l’outil par lequel tous les planqués ‘’intouchables’’ allaient être débusqués, ils bénéficiaient du soutien avéré de leurs parrains. La bouffée d’air qu’apportait l’informatique et les quelques micros reçus dans nos bureaux, connectés au centre de calcul situé à Kouba ont mis à nu leurs insuffisances professionnelles et ils ont été poussés, soit à s’y mettre (apprendre les bases de l’informatique de gestion), soit à partir, souvent appelés à d’autres fonctions, avec une promotion ou pour les plus chanceux affectés dans une délégation ou représentation à l’étranger... Il faut souligner que la même problématique était observée dans tout le secteur des transports (SNTF, CNAN, HYPROC, SNTV, SNTR… ENESA, ONM…).

Ferid Racim Chikhi

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Bureaucratie et virage numérique -II-

Dans la précédente partie de cette contribution j’ai passé en revue une définition algérienne de la bureaucratie, la valorisation du capital expérience et j’ai abordé la question de ‘’la panacée : La numérisation ? avec un avertissement!’’. Dans ce qui suit il sera question de ce qu’en pensent quelques analystes exerçant en Amérique du Nord et autour de la Méditerranée ; le nécessaire besoin de la formulation d’un bon diagnostic, ainsi que quelques souvenirs de la première école de management algérienne édifiée par, un vrai visionnaire de l’État, Mohand Arezki Isly.

La panacée : La numérisation ? Avertissement!

La déconstruction de ce mal, qu’est la bureaucratie, qui depuis l’indépendance de l’Algérie ronge les rouages du système de gouvernance du pays est à mon avis un acte vital puisqu’il se veut être un éclairage sans compromission. Par conséquent à partir des intentions fort louables du Président de la République, je passe en revue quelques idées, des pratiques et des suggestions réalisables pour progresser dans la gouvernance et de la gestion générale figées des institutions algériennes et de tout ce qui leur est rattaché.

Un virage numérique qui mène à un management dynamique et adéquat devient une exigence incontournable. En fait, selon ma perception, il devrait être plus question d’opérer des actions d’amélioration des performances que seulement de lutter contre la bureaucratie.

Cela peut se faire sur la base d’une révision des organigrammes des emplois (déjà implémentée avec le SGT), de la mise à niveau des définitions des tâches de ces emplois ; d’une révision du fonctionnement rationnel des structures et de leur évaluation systématique et mieux encore l’introduction d’un code de déontologie et d’un code d’éthique par domaine d’activités et par entreprise ou institution. Je préconise aussi d’exploiter les enseignements tirés des réseaux des télécommunications, des banques, des agences d’Air Algérie, etc.

Quand en juin 2021, le Président Tebboune, s’est exclamé : ‘’ La situation n'est pas aussi catastrophique. Il y a des problèmes, des difficultés, peut-être aussi des blocages à cause de la bureaucratie, contre laquelle je lutterai avec toute mon énergie"… comme par magie, quelqu’un derrière lui, certainement un conseiller spécial en administration ou en management, lui aurait soufflé à l’oreille : ‘’Il y a une solution, c’est la numérisation’’. C’est parti pour un round de déclarations de spécialistes, y compris parmi ceux et celles qui ont quitté le pays sans avoir marqué de leurs empreintes les domaines d’activités où ils ont œuvré.

Les vrais praticiens et autres professionnels de la gestion et du management se sont tus, malgré leurs connaissances de la problématique et de la définition de

recommandations avisées. Ils ont commencé à mieux s’informer avant de commenter. Quelques-uns le font, encore de nos jours, en sourdine, mais sans trop se mettre de l’avant. Ils observent, ils questionnent, ils consultent, ils sondent, ici et là. Ils échangent, avant de revenir à un état des lieux qui leur a servi de faire valoir pour quitter le pays et ensuite parce qu’ils avaient compris, que malgré les changements qu’ils avaient préconisés, le mal agissait comme un cancer généralisé. D’autres, parmi les mieux informés, et au fait des nombreuses incertitudes qui détériorent tous les secteurs d’activités, les institutions, les organisations et les relations humaines de l’Algérie, ont établi un diagnostic structuré. Ils y mentionnent entre autres un changement de culture industrielle et des pratiques de gestion des ressources humaines loin de l’interventionnisme systémique ; malheureusement tout leur kit de transformations profondes et majeures a toujours été incompatible avec les habitudes des tenants des arcanes des pouvoirs en place.  Alors, la numérisation est-elle la bonne solution lorsque les mentalités dans bien des institutions et des bureaux de l’industrie et du commerce sont celles du Douar et que l’ordinateur est inexistant dans bien des services locaux sur le territoire national ?

Questions !

Je reprends les questions que je me suis posées et que bien d’autres ont, sans aucun doute, abordées à leurs convenances. J’en ai au moins une quinzaine qui se complètent et sont interdépendantes : Quelles sont les recommandations formulées en conclusion du diagnostic professionnel, s’il y en a un qui a été formulé ? Quels sont les paramètres retenus pour procéder au changement ? A-t-on créé une structure de coordination ? Quel sont les profils des employés qui auront la charge de cette mutation essentielle et nécessaire ?  Quelle est l’évaluation faite par les impacts sur les autres structures ? A-t-on prévu une période de transition et de combien de temps bénéficiera-t-elle ? Que fera l’État du parc des ordinateurs, devenus obsolètes ? Seront-ils rénovés ou iront-ils mis à la casse (a-t-on pensé à la création d’emplois) ? Seront-ils offerts à quelques pays amis démunis ? Avec quel équipement de remplacement ce virage sera effectué ? Quel sera le fournisseur principal ? Sera-t-il Chinois, Japonais, US, etc. ? Sachant que bien des informaticiens sont convoités par des pays Européens et Nord-Américains où trouvera t’on leurs remplaçants pour procéder à ce changement majeur ? A-t-on réfléchi à un plan de formation tous azimuts ? Même si l’on puise dans les 65 milliards de dollars de réserves de change, quel est le budget prévisionnel réfléchi par les promoteurs ? Là aussi des interrogations aussi bien fonctionnelles qu’organisationnelles peuvent émerger ici et là et constituer d’autres aspects de la réflexion.

Un échange avec des analystes seniors

Dans un échange avec des collègues analystes experts de la théorie des organisations, je me suis enquis des solutions qu’ils prôneraient s’ils avaient la charge de résoudre le problème. S’en est suivi, un Brainstorming en quelques séquences comme nous avons l’habitude de le faire, lorsque ce type de questions nous est posé et que cela concerne l’analogie entre les pays du pourtour méditerranéen et ceux de l’Amérique du Nord.

À la fin de la conversation, tous étaient d’accord pour dire que :  ‘’La numérisation pour venir à bout de la bureaucratie sans un changement de la culture industrielle et des mentalités, sans la pénalisation des ingérences et des interférences n’est qu’un transfert dans une boite hermétique d’un problème sous le couvert d’un nouveau concept. Comme on le dit au Canada, c'est balayer la poussière sous le tapis. La bonne solution résiderait dans les pratiques des porteurs d’idées et les expériences des opérationnels. Les premiers proposent des idées aux seconds ; ces derniers sont les vrais innovateurs et créateurs parce qu’ils le mettent en application. Bien entendu les propositions des opérationnels sont, elles aussi, examinées et envisagées par les stratèges.  Cependant, il est entendu que si la numérisation est la panacée ! Cet antidote qui guérirait de tout peut-il être appliqué conséquemment par tous et pour tous?’’

Revenons au Président de la République, il n’avait pas tort de souligner que la lutte contre la bureaucratie mettrait un terme aux tracasseries que rencontre l’Algérien dans son quotidien, le tout créé ‘’fatalement’’ par des employés, qui eux-mêmes ont été formés à la mise en place de ces embûches et par conséquent font perdurer des systèmes nuisibles à l’État, ses institutions, ses organisations et notamment leurs usagers.  

Formulation d’un bon diagnostic

Il est aussi vrai que la bureaucratie doit être prise à bras le corps pour la diminuer et la réduire. La décision du Président de la contre-carrer est la bienvenue. Cependant, plutôt que d’imposer une échéance de six mois, n’aurait-il pas été plus judicieux de procéder par étapes et aborder la question par une politique d’ASP (Amélioration Systématique des Performances) des agents de l’État et des institutions publiques et para publiques, des cadres de tous les secteurs d’activités et même ceux des services municipaux ? N’aurait-il pas été plus adéquat de décrypter le problème, le cerner, établir des solutions gagnantes et en choisir une ou deux pour le résoudre ? N’aurait-il pas été convenable de voir quels sont les ‘’services’’ en mesure de coordonner et superviser toutes les activités de formalisation induites par cette lutte ? N'aurait-il pas été plus pertinent de donner plus de lest aux organes de contrôle et de vérification ? Telle que la cour des compte et l’IGF, etc... N’aurait-il pas été pertinent de prévoir une période de transition limitée dans le temps pour la formation des employés à l’usage de la digitalisation ? N’aurait-il pas été approprié d’évaluer par anticipation les résultats escomptés ? Et, qu’en est-il des employés marginalisés dont les compétences sont avérées mais qui ne font pas partie des ‘’élus’’ ? Ne devraient-ils pas avoir à répondre à un profil type pour œuvrer et montrer leur potentiel personnel ?

En conclusion

Je me souviens d’un professeur (Boukhemis) de l’INPED, à l’époque il était un fan du philosophe du management, Zaleznik. Ce dernier en analysant le déclin des entreprises US, demandait souvent à ses étudiants : Quelle est la différence entre les managers et les leaders? Sans attendre leurs réponses il répondait : ‘’Les leaders ont une vision projective et sont moteurs de changement alors que les seconds sont davantage dans l’exécution et la gestion…’’. De son côté même si pour Max Weber : ‘’la bureaucratie est un système d'organisation efficace, caractéristique des sociétés modernes, elle repose sur des règles stables et sur un personnel spécialisé. Mieux encore, il considérait qu’elle est un modèle d’organisation rationnel, qu’elle peut avec le temps paralyser l'organisation à force de règles et de contrôles qui finissent par décourager les initiatives, et à cause d'une rationalité excessive qui amène les groupes à se replier sur les objectifs de leur département, au détriment de ceux de l’organisation’’.  Et, il préconise que pour la vaincre, ‘’ il faut réduire les charges administratives qui grèvent l'économie … c’est le premier pas et le plus important à faire sans omettre qu’une extension de cet objectif aux citoyens est souvent exigée dans la foulée’’.

Mon prof de l’INPED, nous avait soufflé que les causes de la faiblesse de la bureaucratie en Algérie, résidaient dans les instructions données par la hiérarchie. Nous en avions conclu que ces directives étaient souvent mal, voire pas du tout, comprises, en raison du niveau scolaire très bas de ces ‘’chefs’’, leur expérience n’ayant jamais fait l’objet d’une évaluation appropriée et du fait aussi qu’ils occupent ces emplois, non pas compte tenu de leur profil - qualification, expérience, compétences - mais de leur proximité avec un puissant du moment. La sollicitation intellectuelle des employés étant nulle, leur implication dans les tâches effectuées est souvent absente et par conséquent limite du même coup la productivité du travail. Alors, pour lutter contre la bureaucratie en Algérie ne vaut-il pas mieux, pour une période d’une année, un moratoire qui aiderait à tracer les pistes du succès plutôt qu’une redite de toutes les politiques n’ayant jamais abouti depuis 1962 ?

Ferid Racim Chikhi

Analyste Sénior German*

*Groupe d’études et de réflexion Méditerranée-Amérique du Nord


 


19 févr. 2023

Un Numide en Amérique du Nord - 371 -

 Québec : indépendance, souveraineté du Peuple et de l’État

Introduction

Le débat sur l’indépendance du Québec tient la route depuis quelques décennies. Dès mon installation au Québec, j’ai pris sur moi de me joindre aux militants de cette cause. J’y participer en énonçant quelques observations sur le sujet. Ici, je formule des idées sur le contexte historique, le présent et l’avenir, sur les démarches et les combats pacifiques pour l’indépendance qui intéressent tous les Québécois et je conclus par un avis concernant le fait que les actions trop médiatisées ne sont pas, à mon sens, un renoncement et encore moins l’amorce d’un renouveau.

Au début, je me suis demandé comment se définissaient les Québécois « de souche », les Québécois « pure laine », les souverainistes et les indépendantistes. Je me sentais perdu dans un labyrinthe de concepts, de pensées et même d’une philosophie dont les contours m’échappaient. J’ai fini par me dire que je devrais apprendre la langue du Québec pour comprendre de quoi il était question. J’ai mis du temps pour sortir de ce dédale linguistique qui est une des caractéristiques de la société québécoise. 

Un contexte historique

Je n’ai certes pas vécu au Québec dans les années 1960, cependant, comme beaucoup d’Algériens de ma génération, j’avais déjà de la sympathie pour les Québécois alors que quelques-uns des leurs avaient séjourné en Algérie durant la décennie 1970 : des militants du Front de Libération du Québec (FLQ). À cette époque, Alger était la Mecque des révolutionnaires, venus des pays encore sous le joug colonial et en lutte pour les indépendances en Asie et en Afrique. Je les ai croisés, j’ai assisté à des échanges avec des responsables du Parti unique algérien (FLN). Ils étaient les invités du département des mouvements de libération. J’y étais comme permanent au département des études (analyse, études, prospective ...). En Amérique du Nord, cela faisait une dizaine d’années que des indépendantistes du Québec s’étaient réveillés pour se joindre à ces luttes universelles auxquelles prenaient part des colonisés contre les puissances exploiteuses, oppressives, répressives et usurpatrices.

De nos jours, des pays sont encore sous le joug d’un « néo-colonialisme » fait d’une oppression à géométrie variable : la Catalogne, le Kurdistan, le Sahara occidental, l’Écosse, et bien entendu la Palestine. En ce qui concerne le Québec, et, de mon point de vue, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la réalisation de l’indépendance ne se fera pas si les indépendantistes ne sortent pas des modèles intelligemment conçus et mis en place au cours de la Révolution tranquille, il y a de cela 60 ans. Le contexte n’est pas le même et le monde a changé, avec la mise en place de nouveaux mécanismes de gouvernance et surtout de nouveaux facteurs de rapprochement, de division ou de distanciation.

Des indépendantistes ont opté pour l’objectif de la convergence entre les partis et les organisations satellites. D’autres, au contraire se sont distancés, ou ont adopté une posture de divergence. D’autres encore s’échinent à maintenir l’ordre établi alors que leurs idées sont inaccessibles aux citoyens et aux citoyennes. La problématique de cet imbroglio réside dans le fait que les séniors et les intermédiaires sont dans la pensée du siècle dernier et les plus jeunes parlent d’avenir mais leur ancrage est noué au passé.

Prenons un indicateur éclairant, que je qualifie de sensible parce qu’il fait la différence de nos jours comparativement au passé. Il y a 60 ans, au Québec, les médias étaient surtout écrits et la télévision commençait à peine à meubler les maisons des populations. Il n’existait qu’une seule chaine de TV francophone. En revanche, de nos jours, il en existe au minimum une dizaine par pays, y compris au Québec, avec des antennes (succursales) en région. Les chaînes anglophones qui existaient par le passé se sont, non seulement, diversifiées, mais certaines sont dominantes. Les médias sociaux et la numérisation de presque tous les médias écrits accroissent la diffusion instantanée et en continue de l’information et des spectacles. Le tout magistralement influencé par l’argent. À cela, vient s’ajouter l’accès aux TV étrangères via les satellites. Je me suis intéressé à l’importance que donnent bien des immigrants récents et les minorités plus anciennes aux chaînes québécoises. Elle est quasiment nulle. Il s’avère que presque tous les immigrants sont connectés à leurs pays d’origine et seuls quelques individus regardent quelques émissions québécoises, pour diverses raisons. En d’autres termes l’opposition n’est pas seulement le fait de Québécois anglophones et libéraux, elle provient aussi de milieux culturels diversifiés, puisque le Québec n’a pas su et ne sait pas encore sensibiliser efficacement les nouveaux arrivants et les minorités plus anciennes à son projet d’indépendance. Si l’on ajoute les réseaux sociaux on remarque que les jeunes sont ailleurs et l’indépendance du Québec ne fait pas partie de leurs intérêts majeurs. Mieux encore, durant les quatre décennies précédentes (de 1960 à 1990), bien des opposants immigraient au Canada en provenance des USA et d’Europe, s’installaient au Québec. C’était entre-autres des Italiens d’origine, des Portugais, des Grecs, des Juifs, etc. leurs quatrièmes générations se disent québécoises mais ne considèrent dans une province, un appendice du Canada.

Le présent et l’avenir pour les Québécois de toutes origines

De nos jours les enjeux auxquels est confronté le Québec sont complexes et multiples. Ils sont interreliés et exigent non seulement une priorisation en fonction des besoins de la population mais aussi une planification à laquelle tous doivent adhérer. Ils exigent une organisation multifactorielle afin qu’aucun aspect n’échappe aux gouvernants. La démographie, l’éducation, l’immigration, la santé sont des défis majeurs persistants et significatifs. Le développement des régions et la gestion du territoire exigent une architecture moderne pour l’agriculture, l’industrie connexe. La nouvelle économie sur des bases modernes doit porter une attention soutenue pour sédentariser les populations dans les nouveaux centres urbains. Les technologies nouvelles doivent être pensées et apprises hors des vases clos occupés par l’Intelligence Artificielle et avec les apprentissages requis pour que la population en soit partie prenante. Quant à la culture, pas seulement l’éducation nationale) elle doit viser la consolidation des acquis de la langue française. Cette armature consoliderait l’autonomie de l’État Québécois. Dans le même sillage les relations internationales et le réchauffement de la planète restent deux entreprises à mettre de l’avant. Une des questions essentielles réside dans la priorité à accorder à l’un ou à l’autre de ces objectifs, sans diminuer l’intérêt pour tous les autres.

L’indépendance du pays concerne les Québécois de toutes origines

Depuis le début de l’expansion impérialiste et colonialiste des puissances Européennes et notamment l’Empire Romain, aucun pays occupé ne s’est libéré du joug de l’occupant sans livrer bataille. À l’inverse, le Québec et sa Révolution tranquille ne ressorti pas du lot des révolutions armées. La révolution tranquille a germé chez des hommes et des femmes pour défendre des idées manifestes qui la distinguent de l’autre ; de démocratie et de paix. C’était, un engagement mené par des figures pour qui l’indépendance était le moyen de voir différemment le futur du peuple Québécois. Ils étaient de langue et de culture francophones.  Cependant, 60 ans plus tard, ce qui les distinguait des anglophones québécois s’est estompé. Même le bilinguisme officiel revendiqué au fédéral bat de l’aile.

En 2022/2023, une passe d’arme est déclenchée pour défendre la langue et la culture française en Amérique du Nord. Il est observé une baisse de l’utilisation du français dans tous les domaines d’activités. Des enseignants, des groupes organisés, des politiques, des sociologues… prennent le chemin de la défense de la langue. Ils observent et constatent avec tristesse que le mal est plus profond que cela n’apparait. Toutefois, des propos peu reluisants ciblent les immigrants et surtout les nouveaux qui arrivent au pays sans la maîtrise du français. Leur intégration se fera avec le soutien du gouvernement canadien qui privilégie l’anglais au français. Or, nous savons qu’aux défis cités plus haut la langue est le moyen de communication privilégié mais aussi le fondement de la préservation du patrimoine historique français en Amérique du Nord. 

Une hirondelle ne fait pas le printemps !

Au cours de ce premier trimestre de l’année 2023, trois élus désignés comme étant « les trois mousquetaires » du Parti Québécois ont bravé les règles institutionnelles monarchiques établies depuis des siècles, et leurs collègues à l’Assemblée nationale ont finalement fait œuvre utile en refusant de prêter le serment d’allégeance au nouveau Roi d’Angleterre. Cependant, cet épisode qui a hissé le parti québécois au-dessus du lot pourra-t-il perdurer et assisterons-nous a d’autres exploits qui amèneraient tous les Québécois à renouer avec l’idée d’indépendance de leur pays ? La prudence, m’amène à revisiter deux proverbes souvent utilisés dans mon pays d’origine. Le premier dit : une hirondelle ne fait pas le printemps. Le second dit : on n’applaudit pas d’une seule main. Aux membres du parti Québécois de faire la démonstration que cela est possible. Si j’entends le claquement d’une seule main et qu’une hirondelle apparait dans le ciel bleu du Québec,  j’applaudirai de  mes deux mains.

Pour l’heure, je me dis que le modèle de la Révolution tranquille devrait être revisité à la lumière des changements majeurs intervenus au cours des dernières décennies. Nous savons que les révolutions s‘ajustent en fonction des aspirations des populations. Beaucoup d’éléments doivent être mis à n niveau ou remplacés pour rassembler toutes les couches sociales et tous les Québécois quelques soient leurs origines. Le Parti Québécois, les autres organisations indépendantistes sont-ils capables de provoquer ces mutations ?

Ferid Racim Chikhi

Un Numide en Amérique du Nord - 379 -

  L’émotion vient avant la raison Lorsque les auteurs écrivent ils ont auparavant longuement réfléchi. Lorsque les auteurs écrivent ils ...