23 juil. 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 265 -

Terrorisme : Pourquoi les musulmans ne parlent pas ?
Le silence, c'est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors dis et meurs ! 
Tahar Djaout
Depuis les attentats de Paris nous ne sommes plus dans le ‘’ Je suis Charlie’’ mais dans ‘’l’après Nice’’ et le faux coup d’État Turc en passant Molenbeck et les autres crimes commis contre les civils de Syrie, de Libye, du Yémen, Afghanistan et d’ailleurs. En l’espace d’un semestre le monde a changé. Un changement majeur qui configure les contours d’un nouveau monde et dépasse celui de la seule mondialisation.
Récemment, sur la terrasse d’un restaurant, alors que nous échangions nos commentaires sur ces crimes contre des citoyens innocents, une amie Allemande s’est demandée : À qui le tour ?  Sur le moment, un rictus se fige sur mon visage et très vite, les souvenirs des jours d’enterrements de mes amis assassinés durant les années ‘’90’’ remontent à la surface. Je la fixe quelques secondes avant d’exprimer mon anxiété en rappelant que maintes fois nous avons répété cette question et toujours la réponse ne tardait pas à nous parvenir. C’est ce qui s’est passé. Quelques jours après c’est Munich ! Encore Munich ! Des morts, des blessés, des familles endeuillées, des peurs exposées… en Allemagne des explications mesurées des autorités et ailleurs ce sont des spéculations maladives souvent insensées, des politiques en déphasage total avec la nouvelle réalité d’un monde meurtri par des individus avec lesquels seule la puissance de la force publique est de mise. Le monde a changé. Le monde va encore changer avec l’élection vraisemblable de Donald Trump à la tête des USA. Le monde change avec le pseudo coup d’état en Turquie, alors que de nouvelles victimes s’ajoutent sur la liste des islamistes. Victimes d’abord anonymes et par la suite connues. Mais encore et toujours bien des citoyens du monde dit ‘’Libre’’ nous demandent, entre autres : ’’Pourquoi les musulmans ne dénoncent-ils pas ces attentats commis par leurs coreligionnaires ?’’
Nous avons souvent entendu cet énoncé qui nous cible, nous invite, nous interpelle, nous somme de nous exprimer contre ce fléau devenu mondial. Que ce soit en France, au Canada ou ailleurs c’est le même appel, le
même refrain : Pourquoi ne dites-vous rien ? Pourquoi ne dénoncez-vous pas ces actes, abjectes, ces crimes scandaleux commis par les vôtres ? Même si tous savent que les premières victimes sont les musulmans. Un grand nombre parmi-nous ne trouvant pas quoi répondre assurent : ‘’Non ce n’est pas cela l’Islam. Les musulmans n’agissent pas ainsi…’’  Parfois, ils citent maladroitement un verset du Coran qui condamne celui qui tue une vie. Sans plus. Ils ne disent pas la phrase magique. Celle que tous les autres veulent entendre : Oui ! Ils sont de nous et nous devons les arrêter, les condamner, les dénoncer. Manifester contre eux. Des Occidentaux voudraient supprimer le mal à la source en s’en prenant à la matrice Coranique et se présentent comme des experts et spécialistes du texte sans tenir compte du contexte, et encore moins de l’époque de sa révélation.
Pendant ce temps, les médias de masse, poursuivent leur quête du sensationnel. Ils ont choisi d’offrir leurs plateaux, leurs micros leurs colonnes à des militants islamistes et à quelques musulmans conservateurs et activistes de la sahwa, qui ne cachent ni leur proximité ni leur allégeance au salafisme, au wahhabisme et au tekfirisme, y compris le criminel, et de toute façon ils le sont tous si ce n'est pas directement c'est par une complicité qui valide leur duplicité. Quand un musulman ‘’normal’’ - je n’aime pas ce qualificatif comme je n’aime pas l’autre, le ‘’modéré’’ parce qu’ils sont tous les deux péjoratifs - parle, ‘’la communauté’’ est sommée de le contrer.  Elle considère que c’est au représentant accrédité par la tribu, par les politiques et leurs médias, de parler au nom de toutes et de tous, y compris celles et ceux qui n’ont jamais offert leur délégation. Mieux encore, pour le faire, la communauté réfléchit et patiente que le ‘’La’’ soit donné et par les pseudo imams, les pseudo leaders, les pseudos représentants. Leur message se résume à quelques mots : ‘’Ils sont contre mais…’’
Le ‘’MOI’’ et le ‘’JE’’ sont haïssables, honnis et bannis dans les pays arabo-musulmans
En Occident, si un musulman – pas un islamiste - ose s’exprimer en dehors de ce cadre préétabli, des groupes et leurs porte-voix, s’en offusquent et le qualifient de vendu, de traître, de retourné… de moins que rien qui a renié les références de son groupe et les valeurs de sa communauté. La raison d’une telle attitude est simple : Le ‘’’MOI’’ et le ‘’JE’’ sont haïssables, honnis et bannis dans les pays qui ont plié, non pas et seulement, devant les préceptes religieux mais aussi devant les cultures venues d’ailleurs portées par l’Islam et étrangères aux US & Coutumes des pays arabo-islamisés. Paul Valéry aurait été bienheureux de constater que ce qu'il a dit se vérifie dans un contexte qu’il n’aurait jamais imaginé. 
L’appropriation du ‘’ON’ et du ‘’NOUS’’ est soutenue en substance par une phrase qui est inculquée dès le plus jeune âge et se lit comme suit : ‘’Mon Dieu préserve moi du haïssable, aide moi pour ne pas prononcer le mot ‘’Moi’’ ou le mot ‘’Je’,’ ils sont détestables.'' Et, ça fonctionne. Le musulman ne doit jamais parler à la première personne du singulier, seul ALLAH peut le faire. Lui seul peut le dire. Le ‘’JE’’ est le sien. Le musulman peut s’approprier le ‘’Nous’’ et le ‘’Il’’ impersonnel. Mais il ne se citera jamais comme sujet principal. L’Estime de Soi en prend un coup, tellement il se ‘’ Désavoue ’’. Et, si par hasard, cela venait à être entendu, les questions de la stigmatisation fuseront automatiquement : Comment oses-tu parler en ton nom alors que tu es avec ‘’NOUS’’ ? Si tu le fais c’est que tu les as rejoints, ‘’EUX’, pas nos adversaires mais ‘’EUX’’, nos ennemis. ‘’Te prends tu pour DIEU alors que tu n’es que poussière !?’’ La boucle est ainsi bouclée.
Les islamistes – je préfère ce qualificatif parce qu’il est idéologique – et les intégristes et/ou les fondamentalistes qui s’accrochent mordicus aux dogmes et aux pratiques religieuses d'une autre ère – parlent du ‘’NOUS’’ inclusif, contre ceux d’en face. Il m’est arrivé plus d’une fois de sursauter lorsque j’entends certains Québécois parler d’inclusion. Je me demande s’ils entendent ce concept comme le comprennent les islamistes qu’ils privilégient ? Pourtant, entre eux ils les qualifient de mécréants, d'athées, d’impies, d’infidèles, etc… L’histoire le démontre, ils se référent à une ère, une époque, un contexte à jamais révolus, lorsque tout était tribal et qu’il fallait dans ce désert d’Arabie survivre et se protéger contre tout ce qui n’est pas similaire et semblable. Alors, de nos jours, au lieu de se fondre dans la société qui les a accueillis, comme le font des milliers de musulmans venus chercher une citoyenneté complète, ils choisissent de s’ostraciser, se ghettoïser et occuper la marge avec la bénédiction des multi culturalistes.  
Seuls les islamistes et leurs alliés naturels crient à l’islamophobie
Au Québec, la menace islamiste existe bel et bien dans les faits et les actes. Nous savons, même ceux qui font semblant de ne pas le savoir, qu’il est important de distinguer la bonne graine de l’ivraie et comprendre que tous les musulmans ne sont pas islamistes mais que tous les islamistes sont musulmans. Alors se pose la seule et vraie question à savoir : comment faire pour les distinguer et éviter la stigmatisation, le ciblage, ‘’le racisme’’, le mépris, le dédain, le rejet … des autres, de toute la grande masse de citoyens de confession musulmane ?
Pour tenter de trouver quelques pistes de réponses faisons parler quelques indicateurs : Il existe au Canada
environ 700.000 musulmans d'origines diverses, ces personnes viennent aussi bien des pays musulmans que des pays Européens, Africains etc. Au seul Québec ils avoisinent les 200.000 (femmes et enfants compris). Il existe une très faible proportion de fondamentalistes, conservateurs et islamistes – la ligne de démarcation entre les deux premiers groupes et le troisième est mince – alors que les militants islamistes engagés, purs et durs ainsi que les sympathisants au Québec frôlent les 1.500. La masse critique des pratiquants (respect total ou partiel des cinq piliers : Foi en un Dieu unique et en son dernier prophète, prière, jeun, aumône, pèlerinage) s’intègre bien et ne sollicite aucun accommodement religieux. Elle voudrait s’exprimer et participer au débat. Elle n’est ni entendue ni audible pendant que les relais médiatiques l’évite lui préférant les représentants autoproclamés et désignée par les militants actifs. À force de ‘’comparaitre’’, ils ont appris à maîtriser l’art de la victimisation et celui de la culpabilisation de tous les autres citoyens.
Le grand mal vient d’eux. Ils crient à l’islamophobie, à la marginalisation, à la discrimination et même au racisme lorsque ce n’est pas à la xénophobie. Leurs chantres - ils sont, de nos jours, hommes et femmes publiques, intellectuels, universitaires, bien-pensants - n’hésitent pas à marquer leur territoire et leurs espaces de communication en exigeant que leur religion - entendez par là leur idéologie - soit respectée chaque fois que leurs demandes déraisonnables, contraires aux principes de ‘’l’Islam du Juste Milieu’’, sont ignorées parce qu’elles mettent à mal le bon vivre d’abord avec les musulmans ensuite avec les Canadiens en général, les Québécois en particulier et un nombre de plus en plus croissant d’immigrants de provenances diverses.  
Bien des individus vont crier au scandale en répétant que le Coran, la Chari’a, les Hadiths et j’en passe portent en eux les germes de la violence, de l’agressivité de la provocation ostentatoire. Le bon sens veut que personne ne peut le nier mais les musulmans n’en font pas cas. Pire encore, ils ne sont même pas en mesure d’expliquer que ces ‘’versets’’ s’appliquaient à une époque où l’implantation et l’expansion de l’Islam se faisaient par le sabre de la domination d’une ou plusieurs tribus sur d’autres. S'Ils le font ils remettraient en cause tout le contenu de la révélation, et ça c'est tabou.  À l'époque Le modus-operandi se fondait sur deux éléments : les alliances avec les femmes comme tribut et le ‘’ou vous vous intégrez à nous ou vous êtes contre nous’’
Comment faire pour stopper l’islamisation ?
Dans les pays occidentaux, tant que les bien-pensants, les intellectuels, les femmes et hommes politiques ne comprennent pas le sens de la Sahwa islamique – idéologie et instruments de guerre de l’Alliance wahhabisme et confrérie des frères musulmans - tous les efforts pour préserver les vies humaines seront vains. Tant que les relations diplomatiques et de partenariat avec l’Arabie Saoudite et le Qatar ne sont pas révisées, le mal islamiste se répandra de plus en plus et sans possibilité de l’annihiler. Tant que certains circuits commerciaux sont pollués par des pratiques ‘’islamistes’’ le financement des activistes se poursuivra.
Par ailleurs, une issue serait intéressante à emprunter dans le très court terme c'est celle de la formalisation du renforcement des libertés fondamentales, celles de la pensée, de l’expression, de l’opinion et de la critique citoyenne qui garantissent la place de toutes et de tous sans discrimination légale, sans stigmatisation et sans singularisation.  Cela ne va pas sans le bon sens commun qui se fonde sur un vrai consensus social. Les récalcitrants, les fanatisés pour ne pas dire les endoctrinés et les radicalisés doivent être débusqués, contraints par la législation en vigueur et éloignés de la société. Même si je sais que cela ne fonctionnera pas, des actes pédagogiques pourraient être mis en œuvre pour celles et ceux qui voudraient être réadmis au sein de la société. Les autres seront maintenus hors du cadre social généralement accepté par toutes et par tous.
Chez le musulman ‘’le silence’’ est une compétence à déconstruire
Avant d'arriver au Québec bien des musulmans ne parlaient pas, ne pouvaient pas agir et encore moins se plaindre, malgré le fait qu’ils faisaient partie de la grande communauté, la Oumma musulmane. Ils étaient en minorité parce qu’ils étaient partisans et favorables à la laïcité. Ils étaient aussi considérés comme athées, mécréants et donc apostats. Ils ont choisi de se taire pour éviter leur stigmatisation, leur marginalisation ou tout simplement leur mort. Le silence était une de leurs principales caractéristiques. Arrivés au Canada, au Québec ou partis ailleurs ‘’cette compétence’’ leur colle à la peau. Ils n’arrivent pas, pour le moment à s’en défaire. Ils voudraient bien, mais personne pour l’heure n’ose la déconstruire.
En Algérie, pour nous alerter et nous réveiller il a fallu que le regretté Tahar Djaout, dramaturge et écrivain de
renom, nous interpelle et nous rappelle à l’ordre avec son fameuxLe silence, c'est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parlestu meurs. Alors dis et meurs ! ’’. Beaucoup de libres penseurs, de laïcs, de contradicteurs, d'objecteurs de conscience ont osé le pari. Ils se sont retrouvés face à une barre de fer, un sabre, une chaîne de vélo et même un Kalachnikov. Ils décidèrent de s’exiler. Ils sont partis en France, en Allemagne, en Amérique du Nord et même en Australie… L’âme en peine et sans espoir de retour. Arrivés dans leur pays d’accueil, ils découvrent à leurs dépens, qu’ici et ailleurs, cela peut-être comme chez eux mais en plus raffiné. Les islamistes, les égorgeurs… les kamikazes, salafistes, wahhabites et autres tekfiristes les avaient devancés. S’ils parlent, ils sont contrés avec ‘’l’instrumentalisation des concepts’’. Des concepts qui intimident et stigmatisent : racistes, intolérants, islamophobes, extrémistes, fauteurs de troubles sociaux, empêcheurs de ''multiculturaliser'', ennemis de la liberté religieuse, irrespectueux des cultures minoritaires et des communautés, y compris celles dont ils sont issus, etc. Alors, ils se fondent dans la grande foule, deviennent invisibles et restent inaudibles. Ils ont choisi de laisser l’espace, tout l’espace à celles et ceux qui parmi les Canadiens et les Québécois au nom de leur générosité, de leur tolérance, de leur magnanimité leur ont préféré les islamistes.  Mais ils savent au plus profond de leur être que leur société d’accueil ne frappe pas celui qui est venu en ami et qui est à terre. Ils savent que le moment voulu les Québécois en particulier sauront à qui accorder leur satisfecit.
Ferid Chikhi

29 juin 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 264 -

Mohamed Boudiaf
Commémoration, mémoire et souvenirs
29 juin 1992 – juin 2016

Ce régime a peur de la clarté comme les oiseaux de nuit qui ne peuvent voler que dans l’obscurité… Quant à ma destinée, je suis croyant et tout en essayant de diriger au mieux notre vie, nous sommes guidés par une main supérieure, la seule règle est d’agir pour le bien de tous, jamais pour ses propres intérêts. C’est ma règle. À partir de là, tout peut m’arriver demain.
Mohamed Boudiaf
Mohamed Boudiaf, le défunt président de l’Algérie du début des années ‘’90’’ souhaitait une Algérie démocratique tournée vers la modernité. Il voulait mettre fin à la corruption qui gangrenait l'État. Cinq mois plus tard, le 29 juin 1992, il est Lâchement assassiné alors qu’il donnait une conférence des cadres qu'il tenait dans la ville d’Annaba.Au-delà de ses parcours militant et politique avant et pendant la révolution Algérienne, l'exil aura été pour lui un chemin qu’il n’aurait jamais voulu emprunter. Un exil vers la Suisse lui est proposé mais il refusa.
Au-début de l’indépendance de l’Algérie il prend position contre la nouvelle constitution et la politique du régime. Condamné à mort en 1964 par le régime Ben Bella, il quitte l'Algérie et rejoint la France puis le Maroc. Il crée et œuvre au sein de son part. 
Dès 1972, il anime entre la France et le Maroc plusieurs conférences où il expose son projet politique pour l'Algérie, et anime la revue El Jarida. Son livre ''Où va l'Algérie'', qui propose un témoignage lucide sur l'après-indépendance et la prise du pouvoir par les militaires, résume ses propositions politiques. En 1979, après la mort de Houari Boumédienne, il dissout le PRS et se consacre à ses activités professionnelles en dirigeant à Kenitra, au Maroc, une briqueterie.
En Janvier 1992, il retourne en Algérie pour assumer en collégialité la Présidence du Haut Comité d’État. En raison de son long exil, il apparaissait comme un homme neuf, non impliqué dans les dérives et les errements du régime algérien et donc susceptible de sortir le pays de l’impasse. Le 29 juin 1992, un sous-lieutenant, du groupe d'intervention spécial (GIS), tire à bout portant sur le président le tuant sur le coup. La motivation de son assassinat résiderait, selon l’opinion publique, dans un complot impliquant des généraux de l’armée. La commission d’enquête instituée par le gouvernement algérien écarte la thèse de l’acte isolé (agissements d’un officier de l’armée pour des motifs strictement religieux).
Ferid Chikhi
Références : divers témoignages et sources écrites

31 mai 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 263 -

La liberté d’expression au Québec, un joyau toujours menacé
Au Québec, une avancée certaine, en matière de protection de la liberté d’expression a été opérée grâce à l’écoute de la Ministre de la Justice. Elle a retiré la partie – I – de son projet de loi 59 portant sur ‘’la prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à la violence…’’
Le bon sens a donc primé et l’écoute des personnes, des organisations, des institutions a fini par ouvrir une ère nouvelle en matière de rapprochement des citoyens. VCela est d’autant plus important que selon l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. ». AQNAL a applaudi e se dit soulagée de cette sage décision. Ci-après le texte de sa déclaration publiée le 30 mai 2016.
Dangereux parallèle entre radicalisation et islamophobie
La ministre de la Justice Mme Vallée, vient d’annoncer l’abandon de la partie I du projet de loi 59 portant sur les discours haineux. Au nom de l’Association Québécoise des Nord Africains pour la laïcité (AQNAL), nous nous disons soulagés de cette sage décision. La liberté d’expression est la condition première d’une démocratie saine, où tous les citoyens peuvent s’exprimer sans crainte de dénonciations anonymes.
Lors de notre présentation en commission parlementaire en septembre 2015, nous avions exprimé notre vive inquiétude face à la censure abusive qu’entrainerait cette loi, au nom de la lutte au racisme et à l’islamophobie. Cette inquiétude était justifiée, entre autres, par le contexte choisi de la sortie de ce projet de loi, coïncidant avec celui de la mise en place du plan d’action gouvernemental sur la radicalisation au Québec. Ce plan d’action faisait un dangereux parallèle entre la radicalisation et la montée de l’islamophobie. Non seulement ce parallèle est non-fondé - les attentats terroristes ayant lieu dans les pays arabes sont-ils provoqués par l’islamophobie ? – mais surtout il entraine un climat d’autocensure idéal permettant aux mouvements radicaux d’imposer leurs diktats en toute quiétude.
En restreignant la liberté d’expression, faute de riposte adéquate, les promoteurs des discours haineux à référent religieux ont la voie libre pour séduire et leurrer encore plus les enfants et les jeunes adolescents.
En effet, ce ne sont pas les citoyens démocrates en accord avec les valeurs progressistes d’un Québec moderne qui dénoncent les discours haineux, mais bien ces groupes pratiquant le communautarisme et ces islamistes utilisant les failles de nos lois démocratiques afin de faire avancer leur agenda politique. En témoigne les poursuites-bâillon déjà amorcées au Québec contre des militants laïques.
Les pièges de la lutte à l’islamophobie
AQNAL se réjouit donc que la partie « discours haineux » du projet de loi 59 soit enfin retirée. Il n’en reste pas moins que les attaques contre la liberté d’expression au Québec sont nombreuses, et nous appelons les responsables politiques et la société civile à rester vigilants.
Nous nous inquiétons tout particulièrement de la récupération politique des notions de racisme dont l’islamophobie, épouvantail utilisé pour bâillonner les citoyens, y compris les musulmans, qui oseraient critiquer l’islam.  Ces accusations de racisme relèvent d’un groupe minoritaire au discours victimaire qui use d’intimidation pour détourner la population des vrais problèmes, laissant ainsi la voie libre aux extrémistes de tous bords.
Par cette attitude victimaire, revendicatrice, culpabilisante, ce sont ces représentants autoproclamés des communautés qui ont fini par créer ce climat de suspicion et d’antipathie à l’endroit de pans entiers de citoyennes et de citoyens.
Impact des accommodements religieux
Ce sont également les demandes incessantes d’accommodements religieux émanant de groupes d'islamistes, qui entendent imposer leur mode de vie d’un autre temps, qui causent du tort à tous et compliquent l’insertion professionnelle d’immigrant-e-s originaires de pays musulmans.
Pourtant, annoncé le même jour que le projet de loi 59, le projet de loi 62 vise à enchâsser ces accommodements, dits raisonnables, dans une loi. C’est pourquoi, à la veille de la reprise des travaux sur le projet de loi 62, nous demandons que des enquêtes et des études approfondies soient menées afin d’évaluer l’impact réel des accommodements sur l’insertion socio-professionnelle des immigrants.
Nous réitérons notre grand soulagement à l’effet que la partie I du projet de loi 59 portant sur les discours haineux soit retirée. Quant à la partie II visant à favoriser la protection des jeunes, notamment contre les mariages forcés et les crimes d’honneur, nous la soutenons et appelons à la renforcer, car nous la jugeons insuffisante et en deçà des besoins des populations à risque.
Nadia El-Mabrouk,
Leila Lesbet,
Ferid Chikhi.