14 févr. 2017

L'Otage

Le dernier ouvrage de Salah Chekirou.
Il nous conte l’histoire d’une jeune Québécoise infirmière de son état qui sort avec difficulté d’une grosse dépression suite à une douloureuse rupture avec l’amour de sa vie.  Ce roman se veut un vibrant hommage aux combats des femmes d’ici et d’ailleurs pour que triomphe la vie.
Salah Chekirou, ancien journaliste Algérien, a à son actif plusieurs titres publiés en France, en Algérie, en Égypte, au Liban … Parmi ceux-ci :  ‘’Le Tycoon et l’empire des sables’’. Censuré, dès la première semaine de sa sortie, il a été ramassé et détruit.  
Un cours extrait de l’ouvrage de Salah Chekirou trace le chemin que le lecteur suivra pour apprendre à mieux connaître Suzanne
L’otage c’est Suzanne
(…) Suzanne Planturier fut accueillie en héroïne à l’hôpital Saint Josef de Lachine. Elle intégra graduellement ses fonctions auprès des malades qu’elle avait toujours voulu accompagner jusqu’à leur finitude. Leur reconnaissance, leur désarroi et leurs amours la rendaient toujours plus forte et plus positive.
Elle apprit de Sylvain Beauregard, qu’elle rencontrait à l’heure du lunch, toutes les
batailles que le comité pour sa libération avait livrées durant de longs mois. Elle sut qu’il s’était beaucoup approché de sa mère et de sa sœur, que ses parents l’avaient adopté ; car il avait été d’un grand soutien pour elles et pour leur cause : la libération de leur fille et sœur. Elle intègre le service des soins palliatifs d’un grand hôpital montréalais, pensant qu’en côtoyant les malheurs de ceux que la vie n’a pas choyé, elle se remettra sur ses pieds. C’est auprès de ses patients qu’elle apprend beaucoup de choses sur sa vie.
Les années ‘’90’’ c’est aussi le début de la généralisation de l’utilisation de l’internet un peu partout dans le monde. Le début de l’utilisation des emails, du chat… A cette époque les jeunes femmes montréalaises se targuent d’avoir un chum outre atlantique… C‘est aussi, en Algérie, la période de la guerre contre les civils. Tout le pays est en proie aux exactions des hordes intégristes. Suzanne rencontre une jeune victime de cette situation dramatique.
Il la considère telle une bouée de sauvetage qui lui arrive dans son océan de désespoir. Pour Suzanne c’est une aventure prometteuse, nouvelle et croquante.
Suzanne, je te veux comme femme. Marions-nous et partons à la recherche de tes enfants. À deux, on gagnera cet ultime combat et nous formerons une famille.
Suzanne ne répondit pas. Elle resta pensive, sans bouger, sentant les paumes des mains de son ami, protectrices, réconfortantes et douces.
Suzie, il n’y a pas que ça. Je te demande en mariage parce que j’ai réappris à t’aimer. Je t’aime. Tout le temps que j’aie passé aux côtés de tes parents, je ne rêvais que d’une seule chose ; te voir libre et heureuse, moi à tes côtés. Je voudrais avoir une part de responsabilité dans ce bonheur.
 Suzanne prit la main de son ami dans la sienne et lui déclara sereinement :
Moi aussi, je me sens bien avec toi. Je sais que tu as été fidèle tout ce temps. J’apprécie la passion que tu nourris pour moi, mais mon cœur est là-bas. À huit mille kilomètres d’ici. Je veux retrouver mes enfants. Ils n’ont personne, là où ils se trouvent. Leur père a choisi de se faire massacrer par mes geôliers pour me permettre de vivre et de rapatrier nos enfants. Il s’est passé beaucoup de choses et d’événements depuis…
Ce que je te demande, c’est de sceller notre union par les liens du mariage et d’unir nos volontés de retrouver Jean et Romuald…
Sadjid Jean et Okba Romuald, pour leurs prénoms… Et puis, pourquoi pas? J’accepte de me marier avec toi à une seule condition…
Laquelle ?
Que tu te convertisses à l’Islam ; car, moi, je suis musulmane.
Une musulmane ne peut pas se marier à un chrétien non converti !
Sylvain Beauregard la regarda avec des yeux de chouette étonnée. Il resta figé un moment.
De la fenêtre donnant sur la rue d’un bar grec s’élevait vers les cieux comme une prière une musique douce, envoûtante, ample, exécutée à partir d’un violoncelle suivi de la voix rauque, limpide, chargée d’émotion du grand maître Mikis Theodorakis : « Tin porta anoiggo to pradi … » le poème de Tassa Livatidis, merveilleusement rendu par le magnifique compositeur militant.
Vous voulez en apprendre plus sur Suzanne Planturier allez en librairie et demandez ‘’L’Otage’’.

27 janv. 2017

Un Numide en Amérique du Nord - 274 -

Le monde musulman doit tourner la page du mal et ouvrir celle du bien
Les prophètes ont été les premiers indignés et  
Les premiers désobéissants aux ordres établis. 
De quelques causes et de leurs effets.
Comme suite aux précédentes réflexions celle-ci porte sur quelques idées relatives au rapport de l’Orient à l’Occident, deux faces de la même médaille ; au monde musulman et ses références doctrinales et enfin aux musulmans et à leurs élites qui doivent les conduire sur le chemin du registre du bien. Toute une réflexion me diriez-vous mais tenons-nous-en seulement à quelques facettes.
Après l’expansion musulmane, celle des empires colonialistes, qui se voyaient éternels occupants des terres de la Méditerranée aux confins de l’Afrique, est passée aux mains des puissances qui tiennent à la réalisation du Grand Israël, un territoire qui s’étendrait des limites de l’Euphrate à celles du Nil. En quelques décennies des peuples qui pensaient avoir gagnés leur sédentarité se trouvent ballotés au gré des vents sur les routes de l’exode ou à survivre aux flots de la Méditerranée, pour passer des ‘’rives de la souffrance à celle du bonheur’’.
L’Occident et l’Orient les deux faces de la même médaille mais
Tout ce chambardement est scruté par des experts et des analystes des observatoires occidentaux. Les uns parlent du choc des civilisations, les autres de guerres des religions, quelques-uns évoquent l’affrontement de l’Occident et de l’Orient. Mais tous feignent d’ignorer qu’une civilisation succède à l’autre, que les religions monothéistes se succèdent et se complètent alors que l’Occident et l’Orient, sont les deux faces de la même médaille.
Les masses musulmanes du Moyen Orient jurent par Allah qu’elles sont victimes des
agressions humiliantes et du mépris que l’Occident leur inflige depuis la fin de l’empire
Ottoman est elles sont convaincues qu’il veut configurer le Grand Israël tout en profitant des richesses naturelles et patrimoniales recensées dans cette partie du monde. Des œuvres d’art témoins de leurs histoires, de leurs cultures, les sceaux de leurs identités et de leurs civilisations sont volés par les occidentaux qui les considèrent comme faisant partie du patrimoine de l’humanité. Ces mêmes occidentaux parlent d’un ‘’emprunt civilisationnel’’.
Toutes ces œuvres d’art sont les témoins de leurs histoires, de leurs cultures, les repères de leurs identités et de leurs civilisations. Les occidentaux considèrent que ces biens et autres œuvres d’art font partie du patrimoine de l’humanité. C’est un acte civilisationnel que de les ‘’emprunter’’, sans quoi elles seront détruites par leurs mercenaires (comme l’ont été Les Bouddhas, Palmyre, Mossoul, Damas, Alep).
Le Coran, deux grandes œuvres en une seule
Depuis du millénaire précédent, les musulmans se sont réveillés en situation d’impuissance et d’affaiblissement ‘’imposés’’ par la gouvernance décadente des Ottomans. Il aura fallu peu de temps pour que des dictateurs et une opposition factice pervertis par un Islamisme et un Wahhabisme rétrogrades prennent sa place avec le consentement tacite des puissances occidentales, comme l’est Israël, ce petit caillou dans la chaussure.
La référence à l’islamisme, et ses succédanés le Salafisme et le Tekfirisme, remplace la parole sacrée du Coran. Ces deux idéologies meurtrières et élitistes poussent des pans entiers des populations musulmanes à la régression identitaire, cultuelle et culturelle. Leur endoctrinement se construit sur de prétendues attestations jurisprudentielles (Chariaa) ou traditionnelles (Sunna), le tout conforté par des paroles (Hadith) attribuées au Prophète (SAAWS).
Des expressions encadrent le message des prédicateurs du Wahhabosalafisme. Ils énoncent le Haram (l’interdit), le Layadjouze (l’Illicite) et les opposent à ceux qui autorisent : le Yajouze, le Halal, le makboul, le makrouh (le permis, le licite et le toléré). Les croyants sont ainsi placés dans une voie où l’esprit critique est banni. La liberté de penser par soi-même est refoulée et réprimé mais les tenants de ces idéologies décrètent que la Sahwa (le réveil) a été déclenché. Des libres penseurs, s’en offusquent et prennent la peine de questionner et tentent de déconstruire le modèle de ce silence qui limite les énoncés et la compréhension à un vocabulaire réducteur. Mais cela reste insuffisant.
Depuis ma prime jeunesse, mes lectures et mes expériences de compréhension du Coran ont été des outils d’informations qui me permettaient de mieux apprécier la place des religions, les relations ainsi que les postures de leurs croyants, les uns vis-à-vis des autres. Les enseignements sont surtout ceux de la mise en valeur du ‘’chemin vertueux et de la médiane’’ ainsi que les logiques de la répartition du Coran en deux registres dédallées - celui du bien et celui du mal – fixée par la chronologie adoptée. L’idéal étant bien entendu de trouver la ligne droite et de ne jamais aller au-delà de la médiane. En les respectant, pratiquant ou non, je savais que je serai toujours du bon côté, quelques fussent les perceptions des autres.
Les musulmans et leur rupture avec le registre du mal
Comme bien des humains, les musulmans sont convaincus qu’étant de passage sur terre, tout ce qui leur arrive, tout ce qu’ils font est écrit dans le ciel, consigné dans le registre où Allah trace le chemin de vie de chacun. S’ils y dérogent - Adam et Eve - c’est que Satan les a influencés et, par conséquent, ils s’exposent au châtiment divin. Même s’ils sont libres de faire le bon ou le mauvais choix, ils devraient pencher pour le bon, puisqu’Allah les a avertis. C’est là que commence ‘’l’Ijtihad’’.
Donc, tout ce qu’ils vivent se justifie par ce qui est qualifié de Mektoub (L’écrit). Le
‘’Destin’’, la ‘’fatalité’’, c’est ce qui est consigné dans ‘’le livre qui se trouve à la droite d’Allah’’. C’est mis de l’avant, occultant consciemment ou non le commandement qui ordonne : ‘’Ô les croyants ! Vous êtes responsables de vous-mêmes ! Celui qui s’égare ne vous nuira point si vous avez pris la bonne voie.’’105. 5. Al Maidah. Post-hég. Ils commettent ainsi l’erreur du discernement. Mais à contrario, cette erreur du discernement n’exclut pas le repentir, même lorsqu’il s’agit d’Allah, de la révélation, de la croyance au destin ou en un sort intrinsèque à chacun. ‘’El Islam’’ (la soumission) n’est pas la servitude à la puissance divine c’est la capacité de se remettre en question, c’est une raisonnement spirituel permanent pour mener une vie loin des turpitudes et des dérives inconvenantes.
La bonne action avec la bonne mesure et la réalisation du bien sont recommandées parce que la transformation débute par celle du comportement, de l’attitude, de la parole porteuse d’amour et de contentement et c’est ce qui est prescrit par le verset 11 de la sourate 13 : ‘’… En vérité, Allah ne change pas l'état d'un peuple tant que celui-ci ne change pas ce qui est en lui-même.’’
Pour les sociétés musulmanes, il n’y a que le changement intégral qui améliorera leurs statuts les faisant passer d’arriérées à celles du bien-être et de l’équilibre individuel et collectif. Elles doivent se remémorer que les prophètes ont été les premiers indignés et les premiers désobéissants aux ordres établis de tous les temps. Elles doivent fermer le registre du mal, de la perversion et s’éloigner de ses pages. Elles doivent ouvrir celles du raisonnable et du respect de la vie. Elles doivent arrêter les dissimulations, les impostures et les bigoteries. Elles doivent se placer du bon côté de la
Les premiers à s’engager sur ce chemin doivent être les élites (instruits, savants, érudits, libres penseurs et intellectuels). Ce sont eux qui doivent initier le changement et inciter les autres musulmans à ne plus écouter et suivre les pseudo imam et autres exégètes qui se cachent dans la noirceur des medersas et des mosquées pour diviser et égarer les musulmans. Ils doivent se commettre au grand jour pour libérer l’Islam de son registre mortifère et le replacer dans la lumière.
Sans quoi, si c’est au nom de Dieu et du Prophète (SAAWS) que sont mises en œuvre des règles empêchant toute forme de critique ou de remise en question de tout ordre humain imposé, c’est par conséquent aller à contre sens de la révélation qui établit que ‘’les hommes doivent changer ce qui est en eux…’’ et se développer au rythme de l’évolution générale de l’humanité.
Ferid Chikhi
http://quebec.huffingtonpost.ca/ferid-chikhi/monde-musulman-reforme-islam_b_14344000.html

10 janv. 2017

Un Numide en Amérique du Nord - 273 -

Yennayer 2967, nouvel an Amazigh.
Yennayer marque le Jour de l’An du calendrier agraire, utilisé depuis l'antiquité par les Imazighene. Il correspond au 1er jour de janvier du calendrier julien, aujourd'hui en décalage de 13 jours par rapport au calendrier grégorien.
Yennayer est généralement célébré le 13 ou le 14 janvier mais un consensus a été adopté pour que cette célébration se tienne le 12 janvier de chaque année.
Les familles partagent traditionnellement un repas à base de couscous volaille ; celui-ci doit être copieux pour symboliser l’abondance de la nouvelle année.
Pour plus de précision se reporter à mon article du 12 janvier 2014 et mis à jour
12 janvier 2017 / Yennayer 2967
Assegas Ameggaz
Le 12 janvier 2017 correspond au nouvel an 2967 du calendrier amazigh. C’est le calendrier agraire utilisé depuis l'Antiquité par les Berbères. Même s’il est décalé de 13 jours par rapport au calendrier grégorien, un consensus est retenu pour le fêter le 12 janvier du calendrier Julien.
Fête culturelle, c’est aussi l’une des premières manifestations communautaires connues de la civilisation berbère.
En guise de rappel il faut savoir que ce jour commémore l'accession, en l'an 950 av. J-C, d'un pharaon berbère, SheShonq 1er, prince de la tribu berbère des Mechaouch, qui conquit le pays des Pharaons et y régna de 945 à  924 avant J.C. Il fut le fondateur de la 22e dynastie égyptienne. Son action principale a été de réunifier l’Égypte en l’an 950 avant J.C. Il occupa la Palestine et Jérusalem et s’empara des trésors du temple de Salomon.
L’une de ses caractéristiques les plus remarquables est d’être fêtée par toutes les populations de l’Afrique du nord.  Durant cette journée un repas copieux Imensi n Yennayer  est servi et des festivités sont organisées avec pour symboliques la consécration du changement, l’annonce de perspectives d’avenir plus fastes et l’éloignement du spectre de la famine.
C’est aussi l’occasion d’accueillir chaleureusement les forces du bien et du renouveau auxquelles croit le berbère. Ce repas est fait de couscous avec de la viande de veau sacrifié (Asfel) ou de viande séchée (Acedluh) et de volaille (un coq pour l’homme et une poule pour la femme).
Le dessert est fait de beignets lesfenj  et de crêpes tiγrifin, de figues sèches, d’amandes, de noisettes, de dattes.
Imensi n Yennayer    marque la fin des labours. C’est un repas familial et communautaire.
Il invite à la communion avec les forces du bien, les génies, gardiens, de la maison à qui sont offertes des petites quantités d’aliments judicieusement déposées près du seuil de la porte, dans les coins près de la cheminée, au pied de l’olivier, à la place du métier à tisser azzetta.
Celui-ci doit être impérativement fermé et remisé dés la veille, sans quoi les forces du bien s’emmêleraient dans les fils et se  vexeraient. Ce qui n’est pas de bon augure. Axxam, la maison est nettoyée et embaumée à l’aide de branche de pin et durant les trois jours qui suivent le balai fait de bruyère est caché.
Yennayer marque le retour sur terre des morts porteurs des énergies de la fécondité. C’est pourquoi il est recommandé aux femmes de ne pas porter de ceinture, symbole de fécondité. Celles qui enfreignent cette règle deviendraient stériles.
La gestuelle est ordonnée de sorte qu’elle symbolise la générosité et l’abondance. Les berbères participants à la célébration, considèrent que par leurs actions, la protection des forces du bien est acquise pour leur communauté et son environnement.
Yennayer comme le disent les anciens ce n’est pas seulement un moment de l’année célébré à la fois avec faste mais aussi, même si cela parait paradoxal, avec cette sobriété reconnue comme une valeur par les populations confrontées à un climat versatile, à une terre exigeant des efforts colossaux avant qu’elle ne produise ce qu'elles attendent d’elle.
Yennayer c’est surtout une organisation sociale qui fait le lien entre des croyances païennes et des pratiques en constante évolution. Des coutumes et des rites anciens perdurent et confirment sa place dans les traditions berbères.
Alors, Assegas Ameggaz
Ferid Chikhi