21 juin 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 157 -

Cinquantenaire 1962-2012
Quels paramètres pour l'identité
Je viendrais à ce pays et je lui dirais :
’Embrassez-moi sans crainte et si je ne sais que parler,
C’est pour vous que je parlerai’’.  
Aimé Césaire. Cahier d’un retour au pays natal.
À jour -15 du cinquantenaire de l’indépendance, que dire des intellectuels algériens ? Qu’ils soient consacrés ou effacés, négligés ou dédaignés, exilés exception faite de ceux qui ont été assassinés, les intellectuels ont un devoir de veille, d’anticipation et de clairvoyance. C’est aussi, leur lucidité et leur capacité de discernement qui sont exhortées à l’expression. Ils sont censés guetter et interpeler par leur sagacité la société et ses gouvernants, à éveiller les consciences.
Leur place sans être circonscrite est un espace restreint mais ouvert aux idées, aux analyses, aux prescriptions et aux appels pour l’amélioration de l’environnement humain auxquels ils appartiennent.
Ils se verront gratifier de l’appellation d’avant-garde que la société civile réclame de sa voix profonde et du plus profond de la mémoire.
Je suis de  ceux qui considèrent que l’Algérie des temps modernes ne peut taire ses élites pensantes. La société tout entière doit les questionner mais pas les solliciter, les écouter et pas les supplier. Ils la sondent, l’examinent et la contestent. C’est cette dialectique qui permet de débusquer les institutionnalisés et les renier.
C’est dire combien la question cruciale est à la fois éducative et culturelle. Sans ces deux paramètres l'identité se dilue et les repères se perdent. Or, il existe un fossé singulier, anormal et inhabituel dans d’autres pays que j’ai observé en Algérie ; il est à la fois prodigieux par son vide abyssal et vierge par le travail qui doit y être fait. Dés que je me mets à y penser je ne peux occulter que la majorité de nos intellectuels écrivent dans une langue que les jeunes ne comprennent presque plus. 
C’est à la fois surprenant et remarquablecela est pire que le fossé créé par ces milliers de jeunes tombés au champs d'honneur entre 1954 et 1962 auxquels il faut ajouter ceux qui ont été décimés depuis 1980 à nos jours. C'est ce fossé qu'il faut combler en revisitant nos valeurs fondamentales. qu’entre le citoyen et ses intellectuels la communication n’est pas possible faute de maîtrise et de compréhension de la langue qu’ils parlent chacun de son côté.
Aujourd’hui, ce fossé peut être comblé par l’ouverture sur le monde et l’intérêt des plus jeunes pour les progrès et les avancées observés ailleurs et auxquels ils ont accès grâce aux autoroutes de l’information. C’est le seul tremplin viable à même de canaliser les énergies encore perceptibles et déchiffrables, repérables et affirmées. A la veille du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, le temps presse avant que la médiocrité déjà fortement incrustée ne se fossilise à jamais.    
Ferid Chikhi