3 déc. 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 176-


Immigration : Intégration – Insertion – Assimilation -3/3-
Des interprétations divergentes !?
Dans les deux précédentes parties de ma réflexion j'ai abordé la récurrence du débat sur l’immigration en relevant que cela se passe à chaque changement de gouvernement ou en moyenne tous les deux ans sans qu'au plan fondamental rien ne change. L’objectif final,  c'est à dire, l'intégration des immigrants, au fil du temps,  perd de sa pertinence et devient de plus en plus incohérente.
Les principaux acteurs - institutions gouvernementales, organismes d'accueil et d'installation et immigrants - occupent le même espace et se parlent mais ne se comprennent pas. Les premiers déterminent des budgets affectés selon les besoins exprimés par les seconds. Ces budgets sont parfois réaffectés parce que non utilisés ou au pire réduits sans que la situation ne s'améliore. Un grand  nombre parmi les troisièmes (immigrants) se retrouvent dans la marge et jamais dans le flux normal de l’apport à la société que ce soit au plan social, culturel, économique et bien plus loin politique.
Or, deux questions essentielles se posent en ce qui concerne la non-atteinte des objectifs d'intégration : pourquoi les politiques mises en œuvre ne fonctionnent pas et pourquoi ne sont-elles pas corrigées, adaptées ou tout simplement remplacées par d'autres plus efficaces ?
Il faut savoir que ce n'est pas le lieu, ici, de faire le bilan de tous les programmes facilitant ''l'intégration'' - d'autres s'en chargent – même si une autre question sous-jacente aux deux précédentes apparaît et concerne, encore une fois,  la définition et la compréhension de ce concept par les principaux concernés (institutions, organismes, intervenants et immigrants) et le rôle de chacun.
Il est clairement établi par des analyses, des études et des recherches académiques que les dysfonctionnements observés sont de divers ordres et niveaux. Mais je retiens, comme avancé précédemment, qu’en matière de concepts les interprétations sont divergentes. En effet, lorsque certains disent ''intégration'', d'autres pensent ''assimilation''; lorsque quelques-uns pensent ''insertion socioculturelle'' d'autres optent pour ''insertion professionnelle''
Ainsi, au lieu de procéder par tâtonnements en changeant les procédures en amont, c'est à dire au niveau de la sélection des bassins, même si elles bénéficient (les procédures) d'arguments présentés comme étant solides pour les justifier, il n’en demeure pas moins que leur subjectivité est avérée. Il aurait été plus pertinent selon beaucoup d’observateurs de s'intéresser aux blocages déjà ciblés, pratiquer des solutions appropriées pour absorber les immigrants qui grossissent les bancs du bien être social et les rangs des déqualifications pour ne pas dire disqualifications et bien entendu, et seulement par la suite, revenir au modèle de sélection qui se base sur une pondération que d'aucuns qualifient de primaire.
Or ces ‘’légers changements’’ dans la politique de sélection et de provenance des nouveaux arrivants semblent aller dans le sens d'une tentative de réponse à un questionnement mal fondé. Néanmoins, même s’il s’agit de changements qui paraissent mineurs pour les institutions gouvernementales ils sont qualifiés de majeurs par les populations initialement considérées comme potentiellement intégrables.
Ne faisons-nous pas partie de la société d’accueil ?
Là encore, le questionnement se fait plus précis de la part des immigrants sélectionnées par le Québec et devenus citoyens canadiens : Faisons-nous ou ferons-nous vraiment partie de la société d’accueil ?  Ou encore, Les politiques gouvernementales en lien avec cette philosophie sont-elles comprises comme un moyen de considérer les immigrants en fonction de leurs provenances ou le sont-elles réellement sans aucune discrimination ?
Les réponses peuvent être déclinées de plusieurs façons : pour les immigrants d’origine africaine (Ouest et Nord) les blocages sont créés pour les exclure puisque leurs profils sont soumis à un tamis de critères et d'exigences spécifiques, telles la reconnaissance de leurs acquis à l’extérieur du Québec avant l'acceptation par les ordres professionnels, la justification de la connaissance de la langue française ou pour le moins celui de la maîtrise d'un minimum linguistique, etc. Alors que pour les autres  des facilités sont négociées entre les gouvernements.  
Que se passe-t-il dans les faits et la réalité au quotidien ?  Une fois l’installation réalisée (logement, inscription des enfants à l’école, obtention des différents papiers administratifs, ouverture de comptes en banque, avis de conformité des diplômes, etc.) il faut s’atteler à la recherche de l’emploi. A cette phase du parcours, la situation prend une autre tournure et se déploie différemment des attentes des uns et des autres.
Les chemins vers l’emploi deviennent de véritables pistes semées d'embûches : non reconnaissance des diplômes et de l’expérience professionnelle, mise à niveau impérative, nécessité d’un bilan de compétences, etc. ce qui en soi est louable. Cependant, rejoindre l'autoroute de l'intégration devient petit à petit une chimère.
Alors, si le sens commun comprend l’intégration comme l’objectif idéal pour qu’un individu rejoigne une partie de la société d’accueil, selon un préjugé favorable, parce qu’Il accepte d’en partager les valeurs, de les accepter et de les respecter, en vue de préserver l’unité et l’intégrité, sans exclusion des différences, une telle approche veut aussi que les institutions, toutes les institutions, de cette société créent les conditions sine qua non pour l’atteinte d’un tel objectif. Mais s’agit-il vraiment d’intégration ? N’est-il pas plutôt question d’assimilation qui ne saurait se traduire que par l’abandon de son ancienne façon de vivre ?  
Par ailleurs, même si les procédures de recrutements des immigrants doivent être adaptées aux besoins en main-d’œuvre des employeurs, le schéma de l’organisation de l’accueil et de l’installation doit lui aussi être réaménagé, adapté et réorienté.
Reste la question des ordres professionnels, si elle est souvent mise en exergue c’est parce que  beaucoup d’observateurs, de spécialistes ainsi que les principaux concernés et même les analystes les plus férus de l’emploi la considèrent comme cruciale. Il faudra tôt ou tard trouver une réponse à chacune des questions suivantes :
  • Comment contribuer  à moins de "protectionnisme" et à ce que les ordres professionnels ne se cachent pas derrière "la défense des intérêts du public" pour encore et encore fermer leurs portes au lieu de s'ouvrir un peu plus aux personnes immigrantes ?  
  • Comment réduire le temps du processus de reconnaissance ?
  • Comment limiter les coûts de financement de cette reconnaissance ?
Il faut reconnaître que le dossier de l'intégration, très complexe par ses multiples facettes, que ce soit en amont ou en aval, devrait faire l’objet d’un profond dépoussiérage en tenant compte de l’expérience de Montréal sans reproduire les mêmes erreurs et du potentiel d’accueil des régions.
Des hypothèses de travail existent et le choix courageux de celles qui fonctionnent permettraient d’éviter des déperditions, des reconversions déconcertantes, imprévues et négatives avec des conséquences insoupçonnées non seulement pour l’immigrant, pour sa famille (ses enfants, ces futurs citoyens du Québec) mais aussi pour la société québécoise.
Ferid Chikhi
http://www.vigile.net/Integration-Insertion-assimilation,52257 
http://www.politicoglobe.com/2012/12/immigration-integration-insertion-assimilation-33-2/