11 mars 2011

Un Numide en Amérique du Nord - 97-

Bâtir sur du neuf et Toujours partir de zéro -2-
La proximité en question se vit au quotidien …
Répondre aux deux précédentes questions c’est ouvrir la porte à des spéculations, à des hypothèses les unes vérifiables les autres le seraient en partie parce que le faire c’est aussi refuser le changement et ne pas se risquer à voir le monde autrement que par la lorgnette de ceux qui veulent imposer le leur, totalement rétrograde, alors que les paradigmes de la vie et de la société sont en perpétuels transformation.
J’ai entendu des proches me traiter de fou. Oui, n’est-ce pas dans notre cas et à notre âge, faire preuve d’inconscience et à la limite de folie ? Mais il y a des conditions et des facteurs qui varient de jour en jour et personne n’en a la maîtrise. Ce sont ces moments de vérité qui vous engagent à aller de l’avant.
Mes deux filles les ont vécus avant nous. Ma femme et moi même les avons guidées dans ce cheminement. Il importe de souligner que la proximité avec nos filles n’a rien à voir ni avec la religion ni avec la culture traditionnelle mais elle relève bien plus de l’amour filial héritage de l’éducation inculquée par nos mères et nos pères. J’ajouterais que ce n’est pas aussi par la formation acquise dans le système scolaire d'une éducation nationale ‘’sinistrée’’ comme l’a qualifiée le défunt Président algérien Mohamed Boudiaf. C'est bien par l’éducation familiale qui forme, qui trace les contours et dessine tant la forme que le fonds de cette relation et le devenir des générations futures. La proximité en question se vit au quotidien.
Je tiens également à souligner qu’en ce qui me concerne quitter un pays c’est aussi laisser derrière soi des habitudes et des usages difficilement renouvelables ailleurs. Ce sont des parfums singuliers qui n’habillent plus l’atmosphère et l’ambiance du milieu de vie. Il y a aussi des sons et des bruits que je n’entends plus, tel que le timbre du pilon qu’utilisent les femmes pour préparer des condiments, ces aromates et ces épices, destinés à donner du goût et des senteurs spécifiques à la chorba, ce potage de tomate, plein de blé dur concassé et parfumé de coriandre ou à un Tajine de pruneaux agrémenté de raisins secs.
Au-delà des handicaps communs qu’il fallait dépasser ; le plus important a été, en ce qui me concerne, l’âge. Choisir de quitter son pays à 50 ans n’est pas en soi une aventure, un simple voyage mais un changement radical dans la vision, la perception ou la compréhension de l’immigration et de la séparation. C’est comme couper une seconde fois le cordon ombilical. C’est aussi une autre compréhension du passé.
À suivre
Ferid Chikhi

6 mars 2011

Un Numide en Amérique du Nord -96-

Bâtir sur du neuf et Toujours partir du zéro -1-
Des motifs et des choix qui en découlent
Pourquoi avez-vous choisi le Canada et le Québec ? C’est l’une des questions les plus redondantes que posent 90% de ceux que je rencontre au quotidien, lorsque vient l'instant d’aller plus loin dans la relation avec l’autre et la compréhension des chemins de vie empruntés, quelques-uns en toute connaissance de cause, d’autres parce que c’étaient ou ce sont encore les seuls qui se présentent à nous.
Il est vrai que malgré le temps qui passe et repasse, les causes premières du changement sont indélébiles. Il existe des bribes de souvenirs qui se cachent dans la mémoire et qui n’en sortent qu’après un exercice de recherche d’indices qui interpellent ou d’indications qui vous offrent des explications claires et raisonnables.
Il arrive aussi que les facteurs déterminants et les moments de vérité se présentent tout d’un coup comme un package publicitaire. Ils s’étalent devant vous comme des flashs qui brillent et desquels votre attention ne peut être détournée. C’est ce que j’ai vécu alors que je me trouvais en Allemagne à la veille du 11/09/2001. Mon arrivée à Montréal s’est passée un jour d’octobre de la même année. Plusieurs idées d’expatriation avaient été discutées avec ma famille.
Le choix se situait entre retourner au pays ou au contraire tenter le saut d’un ailleurs plein de promesses et bien entendu plein d’incertitudes. Plusieurs options s’offraient à moi avec quelques villes en France - Montpellier, Angers, Paris - où des amis me proposaient leur soutien ; l’Allemagne où je me trouvais déjà, ou au final le grand saut vers l’Amérique du Nord, le Canada et le Québec en particulier.
Il est vrai que quitter un pays est, pour certains, un simple voyage d’un point à un autre mais pour d’autres c’est une aventure pleine de risques. Mais pour le commun des mortels et dans les faits c’est une immigration. Le plus dur à vivre c’est que les candidats à ce voyage laissent derrière eux un pays, une famille, des amis. Mais en ce qui me concerne je savais qu’en plus du pays et de la société je laissais derrière moi un mode de vie ne serait-ce que parce qu’il y a un changement dans l’occupation du temps, une proximité sociale par les visites faites aux plus âgés et aux proches, notamment durant les fêtes religieuses et culturelles. Peut être et aussi en raison de l'âge !? Je quittais aussi un confort matériel monté avec ma petite famille et pour elle, selon des besoins précis et lentement agencés. Je me dessaisissais d’un monde fait de valeurs et de principes de vie différents de ceux qui font converger tant d’immigrants vers cette terre d’accueil qu’est la Belle Province. Pour ceux qui n’ont en pas fait l’expérience, ils doivent savoir que quitter son pays, c’est pire qu’une simple séparation. Ça se déroule alors qu'on est impuissant face à cet acte qui en même temps nous confronte et nous questionne ... S’agit-il d’une fuite ou au contraire d’une avancée vers le futur ? N’est-ce pas un acte de lâcheté ou au contraire un acte de bravoure de se risquer à aller de l’avant ?
À suivre ...
Ferid Chikhi

Un Numide en Amérique du Nord - 369 -

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