9 mai 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 151 -

Cinquantenaire 1962-2012
Retour à l’histoire
"Le temps" est le trésor le plus précieux
que nous ayons ...’’
Alexandre Le Grand 
Donc et dans la continuité de ce qui précède, oui, nous n’avons rien en commun avec les autres sauf notre humanité et des valeurs partagées.
Confiant en des gouvernants censés être éclairés et éclairants, nous les avons suivi alors qu’ils nous prescrivaient le panarabisme malgré notre africanité et bien que nous ne soyons pas asiatiques, donc différents aussi bien par notre attitude collective que par nos résolutions consensuelles ; et ce n’est pas parce que nos ancêtres ont accepté et consolidé l’Islam que nous devons rejeter ou renier notre identité originelle et les fondements de notre personnalité amazighe.
Ils nous ont prescrit le socialisme bien qu’au lendemain de l’indépendance, l’incertitude qui nous habitait était un des soubassements de l’idéologie qui aurait du nous mener vers la prise en charge de notre destin. Elle est distincte pour ne pas dire singulière comparée au socialisme importé. La société algérienne a toujours été une société de partage social et de solidarité, d’affermissement, de constance et d’équilibre, d’équité et de justice mais pas du tout une société de nivellement par le bas.
Ils nous ont prescrit le non-alignement alors que par essence on ne s’aligne sur personne. Nous pouvons certes faire l’effort de nous aligner parce que nous avons un esprit de solidarité, une grande tolérance mais nous affectionnons autant notre liberté de mouvement que celle de penser. À cela s’ajoute que par principe et selon un des préceptes de notre indépendance nous voulons rester différents.
Nous avons subi des oligarques prédateurs, des totalitaires et des archontes soumis aux polémarques de la dernière heure. Mais le temps finit par les confronter à la volonté du peuple qui ne veut que paix et justice. Ces acteurs du drame algérien sont contre les libertés tant individuelles que collectives mais ils tiennent aux leurs. Ils sont contre les mouvements et la mobilité spontanés du citoyen mais ils les préservent lorsqu’il s’agit des leurs. Or, le propre de l’homme n’est il pas d’aller de l’avant, de se mouvoir, de changer de lieux et de place pour qu’il puisse vivre dignement et honorablement, se développer et progresser ?
Pourtant, un vecteur porteur devrait orienter les décisions centrales des gouvernants et il se définit par la réponse à la question suivante : La stabilité existe-elle ? Si la réponse est affirmative, elle ne saurait être viable si son existence n’est pas éphémère alors que celle du changement est permanente. Dans son livre ‘’L'équilibre et l'harmonie’’, le philosophe français,  Gustave Thibon posait la question suivante : ‘’Connaissez-vous beaucoup d'hommes qui attribuent leurs échecs à leur incapacité?’’ 
Ferid Chikhi

4 mai 2012

Un Numide en Amérique du Nord -150-

Printemps arabes et Printemps de l’érable -2-
La grève des étudiants du Québec - 2012
Cette grève mobilise des professeurs et des leaders politiques. Ils s’impliquent et suivent de plus en plus ce mouvement de contestation. 
Des journalistes questionnent les protagonistes. Des parents soutiennent leurs enfants. Des groupes sociaux prennent le relais par moments. Des travailleurs ayant perdus leurs emplois pour soi-disant des causes économiques s'associent au mouvement. Des personnalités politiques et d’autres éminences appellent au calme et vont de leurs suggestions pour que l’année universitaire ne soit par perdue. Les firmes de sondages affichent leurs enquêtes et tentent d’orienter les uns et les autres.
En fait, la société est partagée. Une partie de la population soutient les étudiants grévistes parce qu’il est question de projet de société en pleine mutation à cause des politiques ultra libérales que connait le Québec depuis une décennie. Une autre partie la dénonce au nom d’une démocratie à sens unique selon laquelle c’est la majorité qui décide pour la minorité. Celle-ci devant plier et accepter même les décisions qui la néantise.  La mondialisation, elle aussi à sa part d’influence ne serait-ce que par la référence à la mobilisation des masses des Printemps arabes. J’observe malgré une similitude entre les évènements des pays arabes et celui du Québec, d’une part, c’est celui de la forte présence policière et d’autre part celui des médias.
Au Québec, cette contestation prend une ampleur telle que des journalistes venant de partout se concentrent sur cet évènement qui finira selon toute vraisemblance par modifier le paysage politique du Québec et aura certainement des répercussions essentielles sur les gouvernants Canadiens. Le gouvernement ne fléchit pas et jusqu’au 03 mai 2012 ne voulait pas négocier.  Les étudiants pour leur part résistent et mènent action après action avec toujours des innovations.
A titre indicatif, au lieu de manifester le jour ils ont appris à le faire le soir pour ne pas bloquer les rues et la circulation. Récemment, encore, le  03 mai 2012, beaucoup d’entre eux se sont partiellement dénudés et ont revendiqué, avec des touches d'humour, plus de transparence de la part du gouvernement libéral.
La ministre de l’éducation a plusieurs fois montré des signes d’irritation et donne l’impression d’être dépassée. A mon avis, les analystes du gouvernement (premier ministère et ministère de l’éducation) ne maîtrisent pas les facteurs de mobilisation et les capacités de réflexion des fédérations estudiantines. Le terrain sur lequel évoluent les étudiants est méconnu par les gens de bureau. La rue est devenue non pas et seulement une salle de cours mais aussi une école de sciences politiques appliquées.
Le parti libéral a délocalisé son conseil général de Montréal vers Victoriaville et les étudiants ont décidé d’investir cette ville en fin de semaine. Pour tenter de désamorcer cette initiative et la mobilisation générale le chef du gouvernement libéral a convoqué pour une séance de travail toutes les fédérations d’étudiants. Cela va t'il aboutir en une reprise de cours et une suspension de la grève ? Ma réponse est négative.
Ferid Chikhi

3 mai 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 149-

Printemps arabes et Printemps de l’érable -1-
La grève des étudiants du Québec - 2012
Des lecteurs d’un Numide en Amérique du Nord m’ont demandé de m’exprimer sur la grève des étudiants du Québec, une grève qui en est à sa douzième semaine, un record de mobilisation citoyenne et un évènement majeur dans la vie politique du pays. A vrai dire j’observe le déroulement des rassemblements et des manifestations organisés par les fédérations des étudiants toutes organisations confondues. J’en parle avec des collègues, avec des amis et je regarde la télé ou j’écoute la radio dés le moment où les journalistes en parlent ou interviewent les protagonistes. Cependant, Je reste méfiant à l’égard de celles et de ceux – exception faite des étudiants des 3 fédérations - à qui sont offerts les micros pour donner leurs avis, que souvent je ne partage pas.
Ce qui a retenu mon attention c’est entre autres qu’un grand nombre d’observateurs a comparé la grève des étudiants du Québec aux Printemps Arabes au point de la qualifier de Printemps des Érables. Mais, si seuls les mots soutiennent la comparaison puisque les raisons fondamentales ne sont pas comparables il est certain que c’est d’avenir qu’il est question pour les deux : Celui des générations futures.
En fait, il faut admettre qu’autant, le printemps arabe est une réaction de la population des pays concernés contre l’oppression et la répression de leurs dirigeants, autant celui des érables est une opposition aux politiques du gouvernement libéral d’augmenter les frais de scolarités avec des effets dévastateurs sur les budgets des futurs gestionnaires du pays. Ce gouvernement ne veut rien entendre des revendications convaincu que les visées vont au-delà de l’attitude inflexible et inébranlable des étudiants. Par leur attitude ceux-ci font la démonstration que leur détermination est orientée vers sa chute.
La dernière proposition d’étaler ces frais de scolarité sur 7 ans au lieu de 5 ans a été rejetée unanimement par les fédérations et accompagnées de contre propositions fort intéressantes dans la mesure où elles demandent l’ouverture du dossier de l’université de façon globale et complète.   
L’argument le plus sensible des étudiants réside dans l’endettement de plus en plus croissant des générations futures et notamment la difficulté d’accès aux études universitaires des moins nantis..   
Ferid Chikhi