7 sept. 2013

Un Numide en Amérique du Nord - 195 -

Immigration, Exil et Société d'accueil  - 3 -  
Qu’est ce qui nous a échappé pour en arriver là ?
Leurs effets (ceux des événements cités précédemment) sur un grand nombre de sociétés sont qualifiés de pervers et de dévastateurs. L’un parce qu’il est considéré comme contre nature, honteux, ignominieux et provocateur au regard des valeurs morales ; l’autre comme provocateur, d’agressant, restreignant et envahissant par la régression et les dérives socioculturelles qu’il véhicule.
Un autre exemple plus coloré. L’apparition de couleurs en arc-en-ciel attire l’attention. Elles n’ont as pour vocation de cacher mais d’exhiber ses porteurs.’Ils sortent du placard’’ dit-on … Les autres les voient mal. Pourtant, confrontées au pouvoir de l’argent et de la politique, beaucoup de voix parmi les antagonistes s’appliquent un bâillon. Toutes ou presque décident de faire preuve de ’rectitude politique’’.  
Presque en même temps un autre épiphénomène vole la primauté à cette bannière. Un morceau de tissu différent et distinct. Une étoffe sur la tête de ses porteuses. Elles soutiennent qu’il est le signe de leur soumission. Il éclipse celui des premiers cités. Plus visible par le nombre de porteuses il est plus ostentatoire. Elles se sentent indexées. Mais se pose-t-on la bonne question ? À l’évidence non. Quelle est-elle cette vraie question ? Tout simplement : que cache t'elle cette étoffe ? Ses porteuses crient à la discrimination, à la stigmatisation, à la protection de leur droit de le porter pour leur conviction. Voilà encore un autre concept qui est extrait de la besace de la victimisation. Ils sont tous deux utilisés tout azimut … les deux sont agressants pour les autres ; les deux culpabilisent les contradicteurs. 
Au plan linguistique, le vocabulaire de tous les jours s’enrichit, se met à jour, s’adapte : Homophobie. Islamophobie. Stigmatisation. Victimisation ... Des qualificatifs qui ne vont pas l’un sans l’autre et qui sont servis à bien des plats de la communication sur les ondes radios, les écrans de TV, les pages des journaux … Et même les réseaux sociaux … On essaye de ne pas en faire cas mais c’est plus fort que tout. On est interpellé … Les côtes d’écoute s’affolent dés que l’un des sujets est abordé … Ça dérange. Des organisations anti … sont créées. Elles essayent de mobiliser leurs ouailles. Elles veulent convaincre des sympathisants. Certaines font dans la manipulation pendant d’autres tentent la persuasion.
Le seul remède disent quelques-uns c’est l’instruction, l’éducation pour changer les mentalités … Non il faut  imposer des valeurs modernes et progressistes disent d’autres. Mais, s’exclament d’autres ces personnes sont instruites et même cultivées alors qu’un nombre de plus en plus grand rétorque, les deux sont aussi malades de ce que l’homme - le politicien en particulier - a fait d’elles. En fin de compte, il a coupé le cordon ombilical qui les reliait au projet de société. Projet qui définit les voies et moyens pour améliorer le bien être du citoyen en suivant le chemin de la logique, du raisonnement et surtout du progrès.
Oui ! Les sociétés changent. Elles changent aussi parce qu’elles accueillent des pans entiers d’autres sociétés venant non seulement des territoires limitrophes aux leurs mais même et surtout de contrées lointaines. Des us et coutumes réapparaissent là où elles avaient disparues. Des habitudes nouvelles tentent de s’imposer. Il y a celles qui sont acceptées et partagées. Il y a les autres qui font peur, qui font craindre leur généralisation à des personnes mal à l’aise avec des pratiques étrangères à la société. Les gouvernants, pourtant élus, veulent des sociétés qui les écoutent, qu’ils peuvent diriger comme ils l’entendent mais pas comme le veulent ces mêmes citoyens. Ils veulent des moutons.
À suivre
Ferid Chikhi

1 sept. 2013

Un Numide en Amérique du Nord - 194 -

Immigration, Exil et Société d’accueil  - 2 - 
L’effet des mots … des maux … dans une société de progrès !
(…) Les personnes victimes des rejets de la part de leurs environnements humains et vivant des souffrances psychiques cherchent dans l’histoire des langues les mots appropriés pour se défendre et dénoncer ces perceptions, ces actes qui les marginalisent ... elles apprennent la victimisation, elles en usent à outrance ...
Afin de préciser ma pensée, je me dois de confier qu’il m’arrive de faire des temps d’arrêt pour faire le point de la situation concernant mon implantation en Amérique du Nord, au Canada au Québec et je me demande en quoi ai-je changé ? Cela se voit-il ? Mon statut, mes progrès, mes apprentissages, les changements auxquels je suis confronté sont-ils définitifs ou bien peuvent ils encore être altérés ? 
Je le fait en observant le fonctionnement de ma nouvelle société d’accueil. Une société que ses concepteurs et autres chroniqueurs, prosateurs, historiens et sociologues, décrivent comme étant multiethnique et très diversifiée. Avec des nuances puisque les uns la veulent multiculturelle les autres interculturelle.
Je continue à apprendre et à comprendre son fonctionnement, l’évolution avec laquelle elle se transforme, les résistances et les avancées sociales, culturelles et économiques. J’en conclus, sans détours, que c’est une société de progrès et de développements sérieux avec des impacts conséquents pour certains, notables pour d’autres, marquants et utiles pour les individus et toute la société ; d’autres sont constants et majeurs. Ils sont certes ponctuels mais très structurants.
Même la langue par ses mots et sa syntaxe se modifie sous l’influence des divers apports en provenance d’Asie, d’Afrique, d’Europe de l’Est, etc. Elle se transforme, change, s’adapte, s’ajuste et les technologies de l’information d’un côté accélèrent ses améliorations et d’autres hâtent la disparition de quelques règles de base considérées comme désuètes. La langue Française au Québec se métamorphose.
Pourtant, ce sont seulement des mots, des termes, des vocables, des concepts…en quoi peuvent-ils influencer les attitudes et les comportements ? Et bien, ils prennent une signification et un sens particuliers lorsque la façon de les dire ou de les écrire est porteuse d’arrogance, d’insolence, de suffisance, d’irrespect, de raillerie…Ils peuvent aussi exposer le mépris et le dédain.
Il est vrai qu’en fonction des époques, certains de ces substantifs sont sagesse et conscience. Sentiment d’amour ou perception d’inclusion. Ils motivent. Ils justifient, ils légitiment, ils innocentent, ils réhabilitent, ils condamnent…Cependant, souvent ce sont les pires que l’on retient parce qu’ils frappent la conscience. Leur fonction est de nier l’autre.
À titre indicatif…À la fin du siècle dernier, un mot, un terme signifiait la violence à l’endroit des femmes. Il l’est encore de nos jours. Misogynie. Bien entendu, il existe depuis toujours mais ce sont les Grecs qui nous l’ont concocté sous sa forme et son sens actuels. Il est à la fois excessif, abusif et précis. Parmi les peurs générées par les violences sociales la misogynie était répandue sans être totalement généralisée. De nos jours on n’en parle presque plus. Les gens se sont organisés pour tout réduire à des cas et des actes isolés. Un soutien psychologique, de défense, de protection et même de prévention sont offerts aux femmes. La loi s’applique même si parfois elle l’est de façon restrictive.
Pendant ce temps d’autres individus sont ciblées. Des fléaux sociaux nouveaux occupent le champ médiatique !? On vient à en oublier que les séquelles de la misogynie sont encore observées et des stigmates sont devenues indélébiles chez beaucoup de femmes et par extension de familles. Pourtant la récurrence est toujours là, aveuglante, violente et de plus en plus agressante.
Des appels à la fois insidieux et perfides sont entendus afin de les réduire. ’Il faut passer à autre chose’’ entend-on ça et là. Les regards se focalisent sur des événements sociaux et idéologiques, qui malgré le fait qu’ils soient différents par leurs formes et leurs contenus, restent singuliers par leur ampleur. Le monde moderne les redécouvre presque simultanément.
À suivre
Ferid Chikhi

25 août 2013

Un Numide en Amérique du Nord – 193 -

Immigration, Exil et Société d'accueil  - 1 - 
Le poids du passé - les effets du présent
À la fin du siècle dernier on entendait souvent l’énoncé suivant : ‘’Les voyages forment la jeunesse ...’’. De nos jours ce ne sont pas seulement les jeunes qui voyagent mais presque tous ceux qui ont en les moyens. Au-delà des petits voyages, qui durent moins de 45 jours et que l’on fait pour se déplacer d’un point à un autre avec toujours le billet du retour en poche, il y a l’autre, le grand voyage, celui que l’on réalise sans être sûr de revenir sur ses pas ; celui que l’on fait pour fuir une guerre, une dictature, le mépris du totalitarisme, etc. Le voyage qui nous fait immigrer ou l’autre celui de l’exil. Deux concepts qui semblent dire la même chose mais se décryptent différemment que ce soit par la forme ou par le fonds. 
L’immigration, concept aussi vieux que l’humanité. Porteuse de promesses pour contrecarrer les causes qui la génèrent. Elles peuvent être idéologiques, sociales, économiques et / ou religieuses. Des causes qui encouragent, incitent ou poussent des millions d’individus à passer les frontières avec bagages et capitaux des pays les moins nantis vers les pays les plus riches. L’immigration est conçu comme un voyage avec l’objectif de s’installer dans un ailleurs meilleur.
Mouvement du passé vers le présent et le futur. Aujourd’hui, qualifiée de mobilité internationale des ressources humaines. Mobilité au-delà des frontières. Dans son ensemble elle aide à mieux appréhender les grands changements qui interviennent dans le monde et facilitent le transfert du savoir ... Tout le monde le sait, me diriez-vous !
Certes, cela est bien le cas. Un voyage au-delà d’une frontière est assimilé et compris comme une évasion, une échappée ou au moins comme une escapade laissant derrière soi les proches, une partie de son identité, de ses valeurs, et des pans entiers de sa culture. Une partie de soi. Le peu que l’on garde, on tente d’abord de le préserver puis de le ressusciter … Pendant que l’on perd ce peu on apprend, on assimile, on emprunte, on acquiert des nouveaux, sans jamais le faire totalement et complètement parce qu’il est difficile de tout perdre, de tout oublier, de tout ignorer de son passé et de tout apprendre et ou réapprendre. La mémoire est là toujours présente pour nous rappeler ce passé que l’on pense avoir laissé derrière, la-bas, au loin.
On apprend à vivre l’incertitude, le risque, une autre précarité mais on apprend aussi à jouir d’une vraie intégrité physique et mentale et aussi minime soit-il d'un devenir meilleur. En l’espace de quinze ans, depuis le début de ce millénaire des changements politiques, sociaux, scientifiques, technologiques, etc. se font avec une rapidité fulgurante que plus personne ne maîtrise. Les lois, les règlements, les principes sont soumis à des modifications majeures et permanentes.
Les valeurs universelles et sociétales partagées par presque tous les peuples sont soumises à la concurrence de nouveaux paradigmes … concurrence tellement féroce que seuls quelques groupuscules osent encore les défendre.
La peur du nouveau et de l’inconnu génèrent de l’inquiétude qui se transforme à son tour en frayeur. Les individus s’affolent. Une forme d’effroi s’installe et l’hostilité s’affiche pour devenir une phobie … les personnes victimes des rejets de la part de leurs environnements humains et vivant des souffrances psychiques cherchent dans l’histoire des langues les mots appropriés pour se défendre et dénoncer ces perceptions, ces actes qui les marginalisent.
À suivre
Ferid Chikhi