9 mai 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 261 -

Le Québec : L’indépendance d’un pays et la libération de ses citoyens -II-
Souvent, pour ne pas dire tout le temps, des évènements conjoncturels mais dont les effets se font sentir, non seulement à long terme mais aussi à très court terme, selon la manière dont ils sont perçus par le commun des mortels, nous interpellent et nous invitent à réagir. Ils sont soit à proximité soit à  distance. Ils deviennent des enjeux cruciaux dans le devenir d’un peuple. Lorsqu’ils sont vécus à distance et que nous ne pouvons rien y faire il ne nous reste qu’à les apprécier à froid. Cependant, ils nous invitent à un plus de réflexion.
Par exemple, l’autodétermination, l’indépendance, la libération sont des moments qu’il faut réaliser et vivre pour soi-même et pour les autres. Ce qui se passe au Québec, où je vis depuis plus de quinze, années, m’invite à exprimer mon sentiment le plus profond au sujet de son maintien dans la confédération Canadienne ou son indépendance. Mais la décision ultime dépend avant tout des Québécoises et des Québécois.
Depuis 1995, les Québécoises et les Québécois ont-ils compris et savent-ils que faire l’indépendance d’un pays ne saurait se résumer à une bataille à la chefferie, à la désignation d’un leader ou d’un chef d’un parti aussi prestigieux soit-il et que La chefferie ne saurait être le moteur de la lutte pour l’indépendance ?
À mon humble avis, dès le départ, la sémantique est à revoir. Commençons par nous demander qu’est-ce que l’indépendance ? Ensuite, demandons-nous qu’est-ce que la souveraineté ? Personnellement, je ne répondrais ni à l’une ni à l’autre des deux interrogations, parce que j’ai vécu une indépendance et je conçois que celle et celui qui n’ont pas vécu cette expérience n’exprimerons pas le même sentiment. Par contre j’élimine le concept de la souveraineté pour une raison toute simple, il fait référence à la monarchie, et je pense à la Britannique et par opposition elle me fait aussi penser à la monarchie pontificale.
Faire l’indépendance d’un pays est en soi une œuvre colossale qui intéresse et concerne autant ses hommes que ses femmes et surtout si elles et ils mettent de l’avant l’avenir des générations futures. Il est indéniable que depuis plus de cinquante ans, le Québec a progressé, il s’est développé et bien entendu les Québécoises et les Québécois ont évolué, mais est-ce suffisant sans une véritable émancipation collective ? Est-ce suffisant pour achever le projet d’une véritable indépendance ?
Faire l’indépendance d’un pays c’est, avoir la conviction que c’est le rassemblement des forces vives de la nation qui saura venir à bout des divergences pour une lutte de longue haleine. Une lutte pour des idées citoyenne, une lutte pour une véritable justice sociale, une lutte pour une répartition équitable des richesses du pays, une lutte pour une gouvernance qui prend en considération les besoins de toutes et de tous.
Faire l’indépendance d’un pays c’est anticiper que sur le champ de l’adversité des premiers, des seconds et des militants avérés et convaincus, sans omettre des citoyens désabusés et frustrés que les chefs n’ont pas atteint pour parachever le projet et son but final, ne seront présents pour fêter la consécration finale. 
Pour celles et ceux qui le savent déjà - et pour nous qui venons de loin et qui l’avons vécu - faire l’indépendance a exigé de nos aînés, celles et ceux qui l’ont réalisée de gros sacrifices, y compris ceux envers les plus proches et les plus intimes.
En fait, nous qui l’avons vécue, nous l’avons appris au fur et à mesure que le temps passait et que nous comprenions l’importance de ces sacrifices et nous en avons pris conscience. Nous avons aussi compris que seuls les peuples qui ont soif de liberté, ceux qui savent ce que l'aliénation identitaire veut dire, seuls ces peuples savent puiser dans leurs entrailles la volonté d'offrir aux générations futures un pays indépendant.
Au plus profond de leurs êtres les Québécois le savent mais encore une fois, la recherche du consensus légendaire n’y est pas pour se lancer, à l’unisson, dans cette belle aventure.
Faire l’indépendance, c’est aussi, pour les leaders, les chefs, les politiques et les militants, énoncer clairement les principes, les valeurs et les règles qui participeraient de l’atteinte au but final qu’ils s’assignent et qu’ils souhaitent atteindre comme patriotes prêts à tout sacrifier pour le recouvrement de l’identité et de la vraie distinction culturelle. 
Faire l’indépendance d’un pays c’est savoir que vivre libre dans son propre pays est meilleur que de
vivre sous la dépendance et le pouvoir de l’autre comme aliénés. La prison tutélaire, condescendante et dédaigneuse est avant tout idéologique, elle est pire que le bagne. La vivre et la subir c’est finir par mourir comme coupable d’un crime de lèse-majesté ou on s’en échappe comme victime d’une machination. Lorsqu’on voit le mépris avec lequel sont qualifiés ‘’les séparatistes’’ qui peut vivre et survivre sans dignité, sans indépendance et sans être libre ?
Ceci devient d’autant plus crucial que l’aliénation fait perdre tout ce qui a été l’histoire des ancêtres, de leur identité, de leur culture, de leur langue remplacées par d’autres plus prégnantes et envoutantes au point que la résistance des plus convaincus s’étiole au fil du temps et devient tenue, fragile et au final impuissante à faire face à une nouvelle histoire qui s’écrit de plus en plus sans leur concours, qui leur est imposée et qu’ils doivent assimiler et répéter comme étant la leur.
L’indépendance d’un pays, n’est pas l’affaire d’un seul homme aussi charismatique soit-il ou d’une seule femme aussi leader ou pionnière soit-elle, c’est l’affaire d’hommes et de femmes porteurs d’un projet de pays, d’un projet de société, d’un projet de citoyenneté. Il importe pour la faire d’informer, de sensibiliser et de conscientiser les citoyens par des actions constantes et permanentes de ce qu’apportera l’indépendance à toutes et à tous.
Les grands agrégats d’un État tels que la défense nationale, l’économie, la diplomatie, l’éducation, la santé, la jeunesse, la solidarité ne sauraient configurer à eux seuls les contours d’un pays si au préalable les fondements de la Nation ne sont pas pensés, conçus, considérés et partagés fièrement et dignement par tout le peuple.
Ferid Chikhi
À suivre

8 mai 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 260 -

Seuls les peuples qui ont soif de liberté, ceux qui savent ce que l'aliénation identitaire veut dire, seuls ces peuples savent puiser dans leurs entrailles la volonté d'offrir aux générations futures un pays indépendant.
Le Québec : L’indépendance d’un pays et la libération de ses citoyens - I -
Comment rester neutre ou indécis lorsque l’indépendance d’un pays est en jeu ?
Des citoyens de pays européens constitués depuis plus d’un demi-siècle demandent pour leurs provinces, leurs régions ou leurs territoires, l’autonomie et quelques-uns, tels que l’Écosse, veulent l’indépendance. Ils le font essentiellement afin de préserver leur identité et leur culture originelles mais aussi pour partager les valeurs universelles. Le Québec, cette Belle Province du Canada et d’Amérique du Nord n’est pas en reste.
En 2006, le Monténégro a déclaré son indépendance rompant avec ce qu’était devenu la communauté d’États de Serbie-et-Monténégro.
En octobre 2015, en Catalogne, lors des élections la coalition ‘’Ensemble pour le oui (JxSí)’’ et la Candidature d'unité populaire (CUP), défendant un programme indépendantiste, ont remporté 73 députés sur 135 au Parlement, avec 47,8 % des suffrages exprimés.
Considérant juste ces deux exemples, comment pourrait-on ignorer que cela fait déjà plus de cinquante ans que des pans entiers de la société Québécoise sont encore à la recherche de l’indépendance de leur pays ?
Beaucoup d’immigrants qui arrivent au Canada, ignorants de l’histoire des premiers européens qui ont débarqué sur les rives du St Laurent, demandent depuis plusieurs décennies et à qui veut les entendre : Pourquoi, l’ont-ils égarée, pourquoi la cherchent-ils encore puisqu’ils n’ont pas su la préserver, la protéger, la garder ? La réponse est simple mais concise et claire : Non ! Ils n’en ont jamais disposé.

Le Québec, avec environ 8.000.000 habitants, est un territoire qui couvre une superficie de 1.667.441 Km2 dont 21 % sont recouverts d’eau (Lacs, fleuves, rivières, sources). À elle seule cette ressource naturelle est une véritable richesse pour les générations futures. Le Québec est aussi la plus grande province du Canada. Des changements majeurs sont en cours dans la Belle Province et, encore une fois, c’est le parti Québécois qui est sous les feux de la rampe malgré l’incendie ravageur de Fort Mc Murrey en Alberta, à l’autre bout du Canada. Encore une fois, le point de mire, reste le Parti Québécois qui vient d’être déstabilisé par le départ impromptu de son chef Pierre Karl Péladeau. Cette ‘’sortie’’ donne un grand répit au gouvernement libéral provincial et fait oublier pour une période sa non-gouvernance.
Personne ne saurait nier le fait que ce Parti, est une institution du siècle dernier, née à la lumière des indépendances. Malgré les vicissitudes du temps, l’adversité à la fois endogène et exogène c’est-à-dire partisane provinciale et / ou fédérale et parfois continentale, malgré des changements organisationnels souvent inexplicables et inexpliqués, nonobstant les départs de leaders - hommes et femmes - d’exceptions, cette institution survit au temps et aux évènements, sans pour autant atteindre l’objectif qu’elle s’était fixée au début des années ‘’60’’.
Pourtant le problème - parce qu’il y a un problème - persiste et la solution ne semble pas être trouvée. Chacun y va de sa proposition, de sa suggestion, de ses idées de révision, de réorganisation, de changement mais l’indépendance est toujours dans le tunnel et la fameuse lumière qui devrait être le
signe son bout n’apparait pas encore. J’y ai pensé et malgré mon manque de connaissance des arcanes du Parti Québécois, j’ai fait deux tableaux : d’un côté les hommes et les femmes du Parti et de l’autre celui de leurs idées sur fonds de souveraineté ou d’indépendance. J’en ai conclu que les références, à quelques exceptions près sont les mêmes mais elles ne rassemblent pas et souvent elles ne font pas dans l’unité des rangs. Cela m’a rappelé le fonctionnement du Front de Libération Nationale D’Algérie devenu après l’indépendance de l’Algérie le Parti Unique et ses multiples courants idéologiques. Je n’irai pas plus loin dans la comparaison qui offusquent déjà quelques lecteurs. Elle n’est pas de mise selon les uns et elle n’est pas pertinente selon les autres. Mais, j’ai osé… Alors, je poursuis ma réflexion pour dire quelques mots sur l’immigration. Contrairement à ce que pensent et veulent faire accroire quelques faiseurs d’opinons et bien entendu quelques immigrants mal intégrés et souvent ignorants de l’Histoire de leur pays d’accueil, bien des immigrants, dis-je, qui ont quitté leurs pays d’origine pour venir s’installer au Québec s’intègrent, s’impliquent et veulent participer à la réalisation de ce pays qui sera aussi le leur. Ils savent qu’ils ne peuvent pas rester neutre ou indécis lorsqu’une indépendance est en jeu.
Ferid Chikhi
À suivre

21 févr. 2016

Un Numide en Amérique du Nord - 259 -

L'apport des Cubains au reste du monde,
Le bien-être des citoyens avant tout
De nouveau, l’Ile aux confluents de la mer des Caraïbes, du golfe du Mexique et de l’atlantique est sous les feux de la rampe en prévision du voyage d’Obama au mois de mars 2016. Je me souviens
qu’il y a trois ans de cela je l'ai visitée en compagnie de ma famille et de touristes allemandes (de l’Est). De Montréal à la Havane, trois heures de vol, ça passe vite et trois jours pour visiter la Capitale se sont avérés insuffisants. Juste découvrir l’architecture et l’urbanisme ça réjouit et ça emplit la tête. Le vol de la Havane à Santiago de Cuba a été rapide alors que le retour en voiture de tourisme a été majestueux et féérique grâce au guide et au chauffeur qui nous indiquaient les lieux prestigieux, les dates importantes et les hommes et femmes qui ont pris part à des évènements qui ont jalonnés l'Histoire de cette île depuis sa découverte. Ils le faisaient avec une connaissance et un savoir de l’histoire et de la Culture de leur pays que peu de guides dans le monde possèdent pour le leur. J’avais un double avantage : être Algérien doublé de Canadien et qui plus accompagné de touristes Allemands originaire de Berlin Est.
Nous roulions de découvertes en découvertes, et quoi qu'en disent les détracteurs du socialisme, j'ai vu la démonstration pratique et technique que le progrès, le développement et surtout
l'édification d'un pays se concrétisent avant tout par le bien-être de ses citoyens. Ce que Fidel et le Che ont compris dès le moment ou Cuba a emprunté la voie du socialisme. La santé, l’éducation, la suffisance alimentaire sont les chapitres les mieux fournis par le gouvernement de ce pays de 12.000.000 d’habitants… même si le tabac, le café et la canne à sucre sont les produits premiers de l’île, j’ai appris que les dépenses publiques de santé avaient été, au milieu des années 2000, d’environ 5,5 % du PIB et celles de l’enseignement de 9 % du PIB. Lors de notre séjour en 2013, et selon le PNUD, elles étaient de 9,7 % et 12,7 % du même PIB. Le taux d’alphabétisation le classait au 3ième rang mondial avec l’Estonie, et devant les USA. Pourtant, l'embargo US imposé depuis plus d'un demi-siècle a été des plus inhumains que le monde ait connu. Ces mêmes US le reconnaissent après avoir constatés que leur entêtement dans les politiques d’embargo les a toujours desservis et menés droit au mur.
Ils pensent nous connaître mais nous les connaissons encore mieux…
J'ai parlé à des Cubains de ma génération (baby-boomer), à des jeunes, des vieux, des femmes et
des hommes, des ouvriers et des agents de services publics, des enseignantes, des barmaids et des serveurs, mais aussi à quelques journalistes que j'ai retrouvés avec plaisir et que j'ai connus au début des années ‘’70’’ alors qu’ils visitaient l’Algérie de Boumediene et des non-alignés et, d’autres rencontrés au courant des ''90'' - comme moi - à la retraite - j'ai visité des écoles, des polycliniques, des fermes agricoles, des coopératives alimentaires..., des hôtels, des résidences et des restaurants d'État, des musées et des écoles d'arts (chorégraphie, musique, dramaturgie...) et j'ai trouvé, j'ai rencontré un savoir et un savoir-faire, une éducation et une culture de belle facture... et à ma question, toujours renouvelée (avec une pointe à peine cachée d'amertume et de colère) : Qu'est-ce que tout cela va devenir avec la venue des US ? 
La réponse a toujours été la même qu'elle vienne de l'homme (Carlo) ou de la femme (Luisa) : Les
US !? Ils nous connaissent mal... Ils nous regardent et voient en nous des communistes, donc avec un ressentiment envers le revers de leur médaille à laquelle, malgré eux, ils ne le savent pas, ils appartiennent ; pourtant, c'est d'abord comme des êtres humains qu'ils auraient dû, depuis le début, nous voir. L’un d’entre eux avait ajouté : ce n'est pas la couleur idéologique qui détermine qui est qui… Ce sont l’âme et l’esprit qui te renseignent sur les capacités de l’un et de l’autre. Nous avons un avantage sur eux, nous savons qui ils sont et nous leur disons soyez les bienvenus ! À Cuba vous apprendrez à mieux vous connaître.
Ce que je sais, c'est que depuis la levée de l'embargo, le reste du monde va bénéficier de leur apport. Leurs retours dans les pays d'Europe de l'Est (RFA (ex RDA), Serbie (ex Yougoslavie), Tchéquie et Slovaquie, Autriche et Bulgarie, Pologne et Hongries où beaucoup de Cubains ont fait leurs études académiques vont aider à leur retour sur le radar de la scène internationale.
Ferid Chikhi