31 oct. 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 172 -

Il faut rêver grand pour atteindre une partie de son idéal  !
Suite à ma réflexion ‘’La souveraineté du Québec : Utopie ou Instrumentalisation intellectuelle ? - 2 – ‘’ publiée sur Vigile.net (1) et Politicoglobe.com (2), des lecteurs ont émis des commentaires que j’ai eu le plaisir de lire. Le dernier celui de M. Robin Larocque très intéressant par son contenu et sa forme l’est aussi parce que c’est un jeune qui s’est exprimé comme l’ont fait des milliers d’autres durant le printemps 2012. Je lui propose ci après mon commentaire et mes questionnements.
@ rolar116, M. Robin,
Comme je l'ai déjà dis dans une autre réflexion je ne connais pas grand chose de la politique québécoise et je veux apprendre ... et loin de moi l’idée de donner des leçons …
Alors voici à la fois des commentaires et des questionnements qui ne s'adressent pas forcement à vous mais à tous ceux qui vont dans la même direction que le sens commun :
1) c'est bien de savoir dans quel camp chacun se positionne.
Le votre, vous le décrivez très bien, à partir du chef d’Option Nationale. Vous faites confiance à un homme qui vous a ‘’charmé’’. Vous ne dites pas par quoi ? Est-ce pour son charisme !? Le contenu de son discours, idées développées, style de communication, franchise, intégrité, engagement pour la cause  !? Son éloquence !?...
2) Vous parlez de la jeunesse et de ''la crise étudiante'' ... 
ü De quelle crise s'agit-il ? Le fait de sortir dans la rue pour crier son ras-le-bol et dénoncer les pratiques néolibérales en matière d'accès à l'instruction, à l'université et à l'école avec deux entités la publique, celle où tout le petit monde peut aller et les privées financées par l’argent du contribuable accessible aux plus nantis !?  À mon humble avis il ne s’agit de crise mais bien d’une belle prise de conscience. Et, je dis Bravo aux initiateurs et à ceux qui les ont soutenus !
ü b) Des projets de la ''jeunesse québécoise ... '' !? Là aussi de quels projets s'agit-il !? Celui de l'indépendance, celui de son devenir, celui d'un projet de société inclusif !? Oui ! C’est ce que j’ai entendu lorsque les Gabriel Nadeau Dubois, les Desjardins, les Léo Bureau-Blouin et tous les autres, ont, à chaque fois, pris la parole lors des manifestations estudiantines. Oui ! Il y a une prise de conscience, il y a une prise de parole pour véhiculer les idées d’un projet de société. Là aussi je crie Bravo ! 
3) Jean Martin Aussant !?
Oui, je conçois bien qu'il s'agit là d'une jeune personnalité politique connue pour ses positions souverainistes et qui a su mobiliser, au vu de mes observations,  une frange de la jeunesse québécoise par des idées claires et porteuses d'une démarche politique d'avenir. Et le reste, de quoi s'agit-il ?
Vous dites ‘’je suis convaincu qu’en donnant à M. Aussant la tribune nécessaire, il saura rallier les Québécois derrière le plus beau des projets qu’une société puisse avoir’’. Croyez-vous vraiment que les vieux partis vont se gêner de l’empêcher d’en occuper une seule ? Une tribune, c’est comme la liberté, ça ne se donne pas mais ça s’arrache, ça s’occupe. Les jeunes l’ont démontré durant le printemps 2012.
Une autre question : qu'est ce qui le différencie - et puisque vous citez le PQ - de Bernard Drainville, de Stéphane Bédard ou de Martine Ouellet ?
Mieux encore, qu’est ce qui le différencie de vous et de ceux qui ont conçu depuis plus de 45 ans la souveraineté du Québec comme un rêve pour une société distincte ? Vous n’en soufflez mot en tant que jeune. Est-ce, comme vous le dites, par méconnaissance ou encore parce que vous n’avez ‘’pas connu cet engouement social et politique qui provoquait ires et passions’’ ?
Dans ma réflexion sur la souveraineté du Québec, je le maintien là aussi, j’ai retenu une classification que certains ont trouvé peu simpliste mais elle a fait mouche, je me la suis appropriée et je l’ai partagée : Il y a ceux qui sont pour et il y a ceux qui sont contre. Je vous classe dans celle des pours avec cependant un bémol : lorsque vous me le confirmerez en mettant de l’avant le pourquoi et le comment vous voulez le faire. Il est vrai  que le moment et les moyens viendront par la suite.  Il faut rêver grand pour atteindre une partie de son idéal.
Lorsque je repense aux révolutionnaires cubains, vietnamiens, algériens, etc. des années ‘’50’’, leur âge ne dépassait pas les 25 ans. Ils ont atteint le summum de leurs actions en mettant un terme à la colonisation de l’Afrique, de l’Asie du Sud Est et de l’Amérique Latine … ils avaient non seulement un idéal mais aussi un projet de société et avant de le mettre de l’avant, ils ont appris à en maîtriser toutes les parties de son contenu et de son idéologie, à le vulgariser pour en parler, à en user pour rassembler, sensibiliser et à motiver le reste de leur peuple. Ils avaient le même âge que les premiers souverainistes.
Je sais qu’‘’à d’autres temps d’autres mœurs, et à d’autres pays d’autres façons de faire’’ mais les objectifs étant les mêmes, les plus éclairés d’un peuple et sa jeunesse doivent l’orienter et l’aider à faire les bons choix.
J’aimerai tant vous lire, vous entendre, vous voir – vous les jeunes - sachant que vous voulez faire partie de la solution, alors écrivez, parlez, faites vous lire et faites vous entendre. Durant le printemps dernier rares sont ceux qui ne vous ont pas vus, lus et entendus … mêmes ceux qui étaient contre vos actions … ceux qu’il faut convaincre. Alors je reprends la chute de mon écrit : ’’Je fume du thé et je rêve éveillé pour qu’un jour je vive la souveraineté du Québec et encore plus de libertés et tant pis pour ceux qui ne l’aiment pas. Là c’est comme si j’optais pour que ce soit ma seconde indépendance’’.
Ferid Chikhi

27 oct. 2012

Un Numide en Amérique du Nord -171-

Héros du quotidien !?
La différence comme valeur enrichissante
Tout a commencé par l’énoncé d’une simple question qui se lit comme suit : ««Connaissez-vous une personne qu’on peut appeler’Héros du quotidien’’ ?»»  Cette formulation se poursuivait par ««Les médias n’en parlent pas, mais cette personne contribue à transformer notre société par ses gestes exemplaires et quotidiens. Partagez avec nous son influence sur votre vie.»»
J’ai été invité à assister à la discusion et à y prendre part avec un groupe de quelques personnes de divers statuts et formations.
À vrai dire, j’ai du m’y prendre à plusieurs reprises afin de trouver celui ou celle - le héros ou l’héroïne - qui me marque au quotidien, auquel je me réfère autant de fois que je le peux, dans la journée, la semaine, le mois. Mais, il y avait une exigence incontournable, il fallait que ce soit quelqu’un ‘’d’inconnu. Un monsieur ou une dame simple et qui passe inaperçu(e)’’.
Au début, j’ai commencé par faire une sélection parmi les personnes les plus proches que je connaissais et avec lesquelles j’ai eu des moments de plaisir ou qui m’ont inspirées. Une personne parmi celles qui, tout en étant anonyme, a été l’auteur d’un évènement remarquable, exceptionnel, mémorable, pas forcément sensationnel mais qui m’a interpelé et surpris par son originalité.
Plus le temps passait plus je me rendais compte que le simple fait d’y penser rendait le choix plus tenu. J’ai du alors affiner mes critères pour considérer seulement ‘’une personne qui contribue à transformer la société par ses gestes exemplaires’’.
Au début, les premièrs personnages qui défilèrent dans ma tête sont ceux de ma femme et de mes filles. Leurs vécus depuis plus de 30 ans ont été pleins d’actes de courage et de bravoures, durant des moments oû leurs vies étaient réelllement en danger. Des instants de sacrifice et de renoncement lorsqu’il fallait tout laisser et partir, quitter la famille, les amis, le pays. Je revoyais l’humilité et la réserve avec lesquelles il fallait œuvrer pour rassembler le plus de monde autour des actions à mener et lorsqu’avec des proches qui ont vécu certains des mêmes évènements nous avons osé prendre les devants de la scène en restant discrets. Elles jouaient un rôle prépondérant.
C’était aussi des périodes très longues de fidélité aux valeurs inculquées des années durant. Le regard sur les autres membres de la famille, les proches, les amis, la patrie toujours présents dans la mémoire de chacun et de tous. Ou simplement, ce moment fort critique de faire face à l’exil.
Toutes ces attitudes, ces comportements qui sont les leurs ont toujours été renforcés par une abnégation à toute épreuve même si des nouveautés surgissaient les unes après les autres.
J’ai aussi pensé à mon père et à ma mère … mais cela devait se faire à titre posthume.  Ce qui n’était pas initialement demandé. J’ai alors pensé à mes sœurs et mes frères qui chacun(e) de son côté suivait un destin forgé dans le creuset des valeurs imprimées par notre père et notre mère.
Finalement, j’ai opté pour évoquer des personnes avec lesquelles, depuis un peu moins de cinq ans, je passe le plus clair de mes journées. Quelques-uns de mes collègues. Je dis bien quelques-uns. Ils font leur travail avec un dévouement singulier et un grand respect à l’égard des handicapés qui souhaitent intégrer le marché du travail. Leurs œuvres s’enregistrent au quotidien par leur densité, leur complexité, leur concentration et bien entendu leur portée socioéconomique.
Ce sont des moments de vérité renouvelés. Chaque fois qu’une personne vivant des limitations fonctionnelles, physiques, psychiques ou neurologiques est prise en charge par un ou une de ces collègues et qu’elle réussit, après un laps de temps, à rompre avec des habitudes qui l’isolait, la claustrait et la confinait, c’est ni plus ni moins qu’une victoire sur l’exclusion et une réussite pour l’inclusion. Pour un Schizophrène, un déficient intellectuel, un dysphasique, une personnalité limite, un TED, un sourd, etc. intégrer le marché du travail ce sont des yeux qui brillent, un sourire sincère par sa spontanéité, une attitude gagnante simplement exprimée, une reconnaissance malgré un handicap persistant et significatif.
C’est aussi un pas vers l’allègement du fardeau des proches qui depuis fort longtemps, pour un grand nombre d’entre-eux, se sont dévoués à une cause qu’une partie importante de la société ne perçoit pas ou ne discerne pas ou mieux encore ne veut pas comprendre.
Ce sont ces personnes - les conseiller(e)s en intervention - prises individuellement ou collectivement qui sont des ‘’Héros du quotidien’’. Les médias n’en parlent pas. Pourtant elles contribuent à transformer la société par leurs gestes exemplaires et quotidiens. Leur seul but étant de consacrer la différence comme valeur enrichissante lorsqu’elle est traitée avec égard respect, estime et déférence.  
Ferid Chikhi

14 oct. 2012

Un Numide en Amérique du Nord - 170 -

La souveraineté du Québec : Utopie ou Instrumentalisation intellectuelle ? - 2 -
Réponse à quelques commentaires de lecteurs
@ Michel Bélisle alias Didier - @ André Gignac - @ François A. Lachapelle
Vos commentaires sont fort intéressants et il me faudra en tenir compte. Je concède que l’entrée en matière entre Mélanie et Gilles est certes poussive - comme vous le dites si bien - mais il n’empêche qu’un immigrant qui veut comprendre les tenants et les aboutissants de la souveraineté n’a d’autre moyen que de telles conversations qui lorsqu’elles sont provoquées à bon escient sont riches en enseignements. Il est vrai que je n’ai pas livré toute la conversation mais ce qui me semblait être pertinent suite au mouvement estudiantin et social du printemps et du début de l’été. Cela en valait la peine parce que les deux amis étaient âgés pour Mélanie de 38 ans et pour Gilles de 33 ans. (Ça c’est pour vous M. Bélisle. Peut être que chez les plus jeunes – celles et ceux qui sont ont occupé la rue l’âge tournait autour de 22 ans).
Vous m’invitez à d’abord apprendre un peu plus sur « … les méandres historiques qui expliquent cette "grande danse" dont la musique est "fédéraliste … en vous arrêtant seulement ‘’à deux faits qui contiennent des subterfuges de nature "impérialiste britannique", le fameux "fair-play" britannique.’’ », je vous remercie de cette attention, mais sans prétention aucune ma formation à l’université, il y a de cela trois quatre décennies à débuté par des études en civilisation britannique et par conséquent par ce que beaucoup avant nous ont qualifié de ‘’Perfide Albion’’(Cf. Shakesspear).
Vous faites référence à l’Algérie en soulignant le fait que «« ‘’ les algériens ont pris les armes. Ici, au Québec nous n’avons pas eu le "courage" de prendre les armes.’’ Vous rajoutez que … ‘’ vous comprenez sans doute pourquoi nous n’avons pas pris les armes. En tant que souverainiste, j’aspire à fondé le Pays du Québec par des moyens pacifiques.... ’’ »».
J’aimerais, à mon tour, vous inviter à relire le passage de mon texte où je mentionne qu’ «« à d’autres temps d’autres mœurs, et à d’autres pays d’autres façons de faire »» et j’ajouterais que les Algériens n’ont pas pris les armes sans raisons, mieux encore ils l’ont fait à deux moments historiques de leur devenir.
* Dés le 05juillet 1830 lors de l’invasion de la France colonialiste jusqu’à la reddition d’Abd El Kader en 1847, celle des tribus de Grand Kabylie en 1857 même si des soulèvements ont été observés jusqu’en 1871.
S’en est suivie une longue période de ‘’pacification’’ selon la France Coloniale entraînant - ce dont ne veut pas parler la France - son lot d’enfumades, de massacre de population, de spoliation des terres, d’aliénation culturelle, d’effacement de la mémoire identitaire, etc.
À la veille de la 1ere guerre mondiale un mouvement national algérien renait de ses cendres pour revendiquer le droit à l’égalité ou à l’indépendance. Des militants et des penseurs algériens vont ridiculiser les plus importantes personnalités du régime colonial français et finiront dans leur majorité par être placés sous surveillance policière alors que d’autres assignés à résidence en Égypte et en Syrie. Ce n’est qu’en 1926 que l Émir Khaled préside le premier parti algérien ‘’L’Étoile Nord Africaine’ ’.
* Au lendemain de la 2nde guerre mondiale les algériens ont été invités - sous la promesse ferme de bénéficier des libertés chèrement défendues contre l’Allemagne nazi - à y participer en Allemagne, en Italie, dans les Balkans et bien entendu en France.
Le 8 mai 1945 - date marquée du sceau de la libération et de la liberté - ont lieu des manifestations d’Algériens dans plusieurs villes de l’Est du pays qui devaient à la fois fêter la victoire et rappeler les revendications nationalistes dans la liesse. A Sétif et à Guelma, les manifestations ont été d’abord réprimées par la police ensuite par l’armée française qui a étési brutale que 45 000 civils de seconde zone (algériens) ont été lâchement assassinés.
Je suis certain que vous comprenez que la révolution algérienne aurait pu être aussi tranquille que celle que les souverainistes mènent depuis les années ‘’60’’, cela n’a pas été le cas parce que les esprits colonialiste et impérialiste ne concèdent l’indépendance de ce qu’ils occupent par la force que par la force.
Quant à la Tchéquie et à la Slovaquie, certes leurs indépendances se sont faites pacifiquement surtout qu’il n’y avait pas une véritable hégémonie de l’un sur l’autre et je souhaite que ce modèle soit réitéré pour le Québec mais, là aussi nous ne sommes pas dans le même schéma ; le Canada Britannique domine par les institutions le Québec, sous la surveillance complice du voisin du sud.
Cependant, et à mon humble avis, ce qui pousse à la révolution armée ce sont la précarité, la privation, la faim, les brimades, la spoliation, l’aliénation culturelle, l’effacement de la mémoire identitaire et tous ce qui touche à l’intégrité physique et morale des individus. Nous n’en sommes pas là. Par contre, il y a un facteur essentiel et déterminant dans toute révolution : le niveau d’éducation pour ne pas dire d’instruction atteint par la masse critique du peuple et surtout par les élites. Plus il est élevé plus les mouvements sociopolitiques sont pacifiques. Le cas de la Slovaquie et de la Tchéquie en témoigne mais il faudrait avoir un Vaclav Havel Québécois. Si vous le connaissez de grâce faites le moi rencontrer.
M. Lachapelle, je vais lire le livre de Jane Jacobs, je vous ferai part de mon avis.
Merci à tous pour votre intérêt et surtout pour votre tolérance. Je la savoure !
Ferid Chikhi
De Longueuil