4 août 2013

Un Numide en Amérique du Nord – 192 -

Moi mes souliers m’ont conté … (3)
''À mes petits écrivains en herbe …’’
Pour clore cette réflexion revenons un cours moment à mes souliers  …  ils avaient déjà pris des chemins qui montent et emprunté bien des chemins de vie ... en les observant une réminiscence du passé m’invite à relater … cet instant de sincérité, d’authenticité et de pertinence qu’on ne vit pas deux fois dans son existence mais dont on se rappelle à un moment impromptu de sa vie.
Malgré mes questionnements, me voici parti dans mes élucubrations, mes rêveries d'enfants, mes illusions, ... en fait, mes plats préférés, les héros de mes illustrés - aujourd’hui on dit bandes dessinées - (Blek le Roc, Les pieds nickelés, Tartine Mariole …), les vestiges romains de Timgad, l’espace sidéral, mes stars du club local de football (Soccer en anglais) sont les sujets dont je voulais parler. Toutefois et rapidement l’angoisse, l’anxiété, le désarroi prennent la place de l’enthousiasme du début. Je n’arrivais pas à débuter le premier mot de la première phrase et il fallait en écrire dix. ‘’10’’, devenait pour moi un chiffre catastrophe.
Donc, les idées se bousculaient pêle-mêle dans ma tête … Ma première pensée était d’associer ce chiffre à une expression populaire que l’on prononce pour conjurer le sort : ‘’dix dans tes yeux’’ mais en fait, on dit ‘’cinq dans tes yeux’’ … tout s’entrechoquait mais rien ne se dessinait au bout de ma plume Sergent Major.
La feuille blanche me fixe et je la fixe. Les mots ne viennent pas. Leur écriture est difficile, ardue, laborieuse, compliquée ... J’ai choisi d’écrire, les fameuses dix lignes, non pas sur les plats que j’aime mais sur l’un de mes héros de bandes dessinées, celui qui me faisait rêver des embuscades qu’il faisait aux ‘’tuniques rouges’’. Blek Le Roc, était un trappeur qui se battait pour l’indépendance de l’Amérique du Nord. Il faut savoir que les bandes dessinées étaient, pour les bambins que nous étions à l’époque, notre télévision, notre cinéma et surtout un grand sujet de discussions mais aussi de chamailleries … Écrire dix phrases sur Blek Le Roc et ses compagnons de lutte le Professeur Occultis (médecin itinérant) et Double Rhum, le vieux trappeur, appelé ainsi parce qu’Il aimait boire du rhum, me paraissait chose aisée.
Pendant plus de quinze ans, aucun, parmi la trentaine d’élèves, ne savait s'il avait bien écrit où le contraire. Quelle note avait-il méritée ? Et toutes les questions que l’on se pose après son premier examen, test ou exercice.  Il faut savoir que la demande avait été formulée à la fin du mois de juin et de l’année scolaire. L’enseignante était partie sans faire connaître son appréciation. Je ne lui en voulais pas mais au plus profond de moi-même j’espérais avoir été à la hauteur de ses attentes et de mes espoirs.  
Un jour, de l’année 1972, quelques-uns parmi les élèves de l’époque - une douzaine - reçurent une lettre, la même pour tous, dans laquelle on pouvait lire une phrase valorisante, élogieuse, flatteuse … on pouvait y lire : ''À mes petits écrivains en herbe, vous rappelez-vous votre première composition en français ? Sachez qu'elle fut le premier jalon d'un livre que vous n'aviez pas fini d'écrire. Alors, avez-vous poursuivi l’exercice ou bien vous êtes vous arrêtés en si bon chemin? Si c'est le cas, sachez que vous avez raté une occasion de vous exprimer si vous avez continué à faire part de vos expérience vous êtes certainement sur la voie du succès. Belles plumes ... ne lâchez pas. Toutes les langues s'apprennent par la lecture, par l'écoute mais aussi par leur écriture ...''.   Depuis, ce temps là,  ... l'aventure continue. 
Ferid Chikhi          

25 juil. 2013

Un Numide en Amérique du Nord - 191 -

Moi mes souliers m’ont conté … (2)
De la ‘’Darja’’ à la langue française en dix phrases …
Comme je le soulignais dans mon précédent paragraphe, la dernière fois que je les ai donnés à réparer, ils avaient déjà pris des chemins qui montent et emprunté bien des chemins de vie ... Je pensais avoir révélé à la cordonnière toute l’histoire de ces souliers … avoir divulgué tout ce qui les concernait, les secrets, du moindre au plus gardé, de celui que j’ai tu à celui que j’ai partagé avec l’intime … mais, voilà … une réminiscence du passé m’invite à relater un moment que j’ai vécu comme un défi qu’on ne vit pas deux fois dans son existence mais dont on se rappelle à un autre moment exceptionnel et singulier de sa vie.
(…) Donc, revenons à mon CE2ième année sachant qu’entre temps mes souliers avaient suivi tant de déambulations … pourtant un déclic venait de faire remonter jusqu’à la surface des souvenirs d’antan. En regardant les lanières, qui servent de cordons d’attache et leur enchevêtrement presque artistique, quant elles sont nouées, je repense à ce que disait mon institutrice pour m’aider à rédiger ma première ‘’composition’’. Ses conseils étaient un imbroglio de mots qui avaient du sens mais qui me paraissaient incompréhensibles. Il en était de même en ce qui me concernait puisque souvent ce que je voulais écrire donnait aussi des phrases insolites comparables par certains aspects à cet enchevêtrement de lacets.
Bien plus tard, il faut que je le dise, je découvrais, entre autres, que je pensais, que je réfléchissais en ‘’Darja’’ tout en faisant une traduction approximative en français. Il en était de même pour mes camarades de classes. Si mes premiers pas en écriture de la langue française étaient un des prétextes principaux de rires et de fous rires commis par mes camarades de classe, la véritable cause était sans conteste la mauvaise traduction que j’en faisais. Des moments d’hilarité indescriptible. Mon institutrice, elle aussi, ne pouvait pas, malgré son sérieux, y échapper. Son rire était franc, vrai et surtout associatif. Avec elle, c’étaient de vrais moments de détente et de confiance en soi.
Cependant, et comme préalable il importe de savoir que, cette ‘’composition’’ de dix phrases allait s’avérer l’exercice le plus difficile que je devais réaliser et un objectif surhumain pour mon âge. Cependant, je savais que c’était le début d’une aventure par l’écriture … ne dit-on pas que ‘’c’est le premier pas qui compte le plus, le suivant viendra automatiquement et pour beaucoup instinctivement ?’’ C’était réellement passer une frontière.
Mme Ar…, avait donné des consignes résumées comme suit : ''même si c'est votre première rédaction et qu'elle sera truffée de fautes d'orthographe, je ne serai pas sévère, il n’y aura pas de zéro mais peut être m’étonnerez-vous !? Vous mériterez alors un ‘’très bien ...’’ Tout ce que je veux c'est que vous écriviez dix lignes sur quelque chose que vous aimez faire, que vous aimez manger, un jeu que vous appréciez, votre héros ... sur la personne que vous aimez le plus. Écrivez ce que vous voulez, l’essentiel c’est que cela soit cohérent et compréhensible ''.
Écrire quelque chose que j’aime faire ; mais à 8 ans j’aime tout. Quelque chose que j’aime manger ; là aussi c’est simple à dire mais à écrire ?? Si j’écris que j’aime le ‘’tajine ezzitoune’’ saura t’elle de quoi je parle. Si c’est ‘’El Yahni’’ comment écrire la recette. Lorsque je pense à ce que j’apprécie le plus ... ou encore écrire ce que je veux … c’est un défi que je ne me sens pas encore prêt à relever. Peut-être devrais-je décrire mon héros préféré. Si je le fais elle saura que je lis des illustrés au lieu de lire des livres ; ne va-t-elle pas me gronder ? Je présumais qu’elle comprendrait que regarder des images c’est plus facile que de déchiffrer n’importe quel livre ?! En fait, le plus dur à saisir et à assimiler était  son ‘’l’essentiel c’est que cela soit cohérent et compréhensible’’ … pourtant elle savait que tout ce que je dis l’est … pourquoi alors le demande t’elle ? J’étais perdu et j’ai préféré ne pas imaginer ni envisager son appréciation au moment de la remise du résultat final ...
À suivre ....
Ferid Chikhi  

16 juil. 2013

Un Numide en Amérique du Nord – 190 -

Moi mes souliers m’ont conté … (1)
Le passage d’une autre frontière  
La dernière fois que je les ai donnés à réparer, ils avaient déjà pris des chemins qui montent et emprunté des chemins de vie ... Je pensais avoir révélé à la cordonnière toute l’histoire de ces souliers qui viennent de loin ; ils ont traversé monts et vallons, mers et océans, suivi des routes sans bornes et traversé des frontières gardées et d’autres non gardées. Je lui avais dit que c'était là toute leur histoire. J’avais aussi conclu en soulignant ‘’Je vous les confie pour les réparer peut-être qu’une fois qu'ils le seront ils me mèneront de nouveau sur d'autres chemins ! ?’’.
Je pensais avoir divulgué tout ce qui les concernait, les secrets, du moindre au plus gardé, de celui que j’ai tu à celui que j’ai partagé avec l'intime … mais, voilà qu’en les récupérant et en admirant le travail de remise à neuf que la cordonnière a réalisé sur eux, une réminiscence du passé m’invite à relater un moment que j’ai vécu et fortement ressenti alors que je n’étais qu’enfant. Ce n’était pas un secret mais une omission, bien gardée au tréfonds de la mémoire. Un instant de sincérité, d’authenticité et de pertinence qu’on ne vit pas deux fois dans son existence mais dont on se rappelle à un moment impromptu de sa vie.
C’est vrai ! Je me souviens de mon institutrice du cours élémentaire deuxième année (CE2) - de l’école primaire Jules Ferry - Mme Ar…, à qui je rends l’hommage qu’elle mérite pour la qualité de son enseignement, de son attention pédagogique et de son ouverture d’esprit ainsi que de sa présence avenante.
En fait, elle était plus que l’institutrice dont chacun se rappelle pour avoir offert les premiers apprentissages de lecture et d’écriture. J’avais à peine 8 ans. La langue d’enseignement n’était pas la mienne mais elle faisait partie de mon environnement social et culturel.
Ma langue, je devrais dire ‘’mes langues’’, celles que je parlais à la maison, dans la rue, avec mes parents, avec mes copains, entre nous, etc. étaient des vernaculaires (aujourd’hui évolués) et pas des classiques. Le ‘’ Berbère’’ et la ‘’Darja’’ douces à l’écoute, chantantes, emphatiques par endroits, gutturales ... la première est un dialecte central du Tamazight, la seconde un mélange d’arabe, de berbère, avec des intrusions de turc, d’espagnol, … et même de français … Certes l’ambiance sonore m’avait habitué à les entendre avec ce dernier, mais il y avait quelque chose de bizarre lorsque j’entendais les autres le parler. Les autres c’étaient les français et, débuter l’initiation de l’apprentissage de leur langue, à l’école, restait pour moi le bambin, apprendre la langue de l’occupant. C'était passer d’un territoire à un autre, passer une autre frontière.
En écoutant, ici au Québec, les québécois, parler de la défense de la langue française et sa préservation dans l’océan anglophone qu’est l’Amérique du Nord … j’ai essayé de comprendre la problématique et la colère affichée par certains, la frustration à peine voilée de biens d’autres, l’incapacité formulée par beaucoup de ne pouvoir agir pour la protection de la langue de leurs ancêtres … et de l’autre côté les avancées à peine cachées de l’anglais dans la rue, les commerces, les écoles, les lieux publics … et je pense ‘’SÉQUELLES DE LA COLONISATION’’. Je tentais de comprendre en quoi ma langue avait subi les mêmes agressions que la leur. Ils ne sont pas les autochtones, leur langue n’est pas un vernaculaire … Ce sont les amérindiens qui devraient être plus proche de moi … et de ma perception de la disparition, de la mort lente de leurs langues. En fait, c’était encore un passage de frontière. J’ai pensé m’en tenir à ma première réflexion sans ignorer celle qui se cache en dessous. Celle qui est ignorée alors qu’elle fait partie intégrante du territoire.                                          À suivre ....
Ferid Chikhi